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20 août 1992 · Gouvernement · Paris Match · discours Discours

Articles de M. Bernard Kouchner, ministre de la santé et de l'action humanitaire, dans "Paris-Match" les 20 et 27 août 1992, sur les difficultés et les limites de l'action humanitaire en ex-Yougoslavie et en Somalie.

Bernard Kouchner (auteur)

20 août 1992Paris-Match Pendant qu'en Europe la barbarie se perpétue, une génération d'enfants s'affaisse sur un sol desséché d'Afrique Par Bernard Kouchner Les hommes sont capables de tout. L'avait-on oublié dans nos sociétés riches et égoïstes ? On n'en est pas quitte avec l'oppression pour avoir salué la démocratie. À nouveau des grands massacres en Europe, à nouveau des populations africaines qui s'éteignent par la faim et le feu des armes. Rendons-nous à des évidences oubliées : oui, les guerres sont horribles. La modernité ne change rien à l'affaire. Télévisés, les affrontements restent mortels. L'Histoire est amnésique. Près de cinquante ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, les plus incrédules doivent se rendre à l'évidence : la barbarie rode à nouveau sur le continent européen et des hommes squelettiques croupissent derrière des barbelés. Dans toutes les batailles, il y a des prisonniers, mais, là-bas, dans ce qui reste de la Bosnie-Herzégovine, ce sont des civils, des innocents, que l'on a regroupés, entassés, au nom d'une idéologie odieuse et brutale que l'on avait crue disparue, qui prône la pureté de la race sous la forme d'un slogan grotesque : l'homogénéisation ethnique. Retour des vieilles hantises et retournement de l'Histoire : ceux qui ont combattu les nazis se conduiraient-ils comme eux ? Les militants de l'humanitaire ont recueilli les récits atroces des femmes violées, consigné des témoignages de rescapés qui racontaient les égorgements et les fusillades massifs. Tous les barbelés se ressemblent. Trente ans de parcours au sein de toutes les guerres m'ont vacciné contre l'innocence. Il y a des camps chez les Croates et les Musulmans et il faudra les visiter tous. Il reste que l'agresseur était serbe et porte une énorme responsabilité, que les propagandistes de la pureté ethnique étaient serbes, même si une extrême droite croate applaudissait à ces slogans de haine. Le spectre des grands massacres erre à nouveau en Occident, mais cette fois le monde a réagi, grâce à la presse plutôt qu'aux organismes spécialisés qui, comme à leur habitude, n'ont pas parlé assez tôt de cette lèpre qui montait aux jambes de l'Europe. La politique est apparue en panne. Et certains se plaignent que l'humanitaire envahisse son champ. Je ne suis pas de ceux-là. Jamais, il y a dix ans, on n'aurait songé, au Conseil de sécurité des Nations unies, à protéger les populations civiles par les armes, comme il faudra bien le faire en Bosnie-Herzégovine. Et en Somalie. Droit d'ingérence La communauté internationale doit inventer des fonctionnements d'alerte, comme la cour d'arbitrage que préside Robert Badinter. Elle doit surtout comprendre qu'il convient de prévenir les conflits et non tenter en vain de les arrêter en leur milieu. S'interposer entre les feux croisés se paie cher en termes de vies humaines. Il convient d'inverser la très fastidieuse habitude qui consiste à entamer les négociations après les massacres et non avant. Cela s'appellera le "droit d'ingérence" prononcé par la communauté internationale au nom des minorités en péril et mené par l'ONU. D'autres appellent cela la diplomatie préventive". Et que les impatients, les horrifiés, les légitimes militants des droits de l'homme ne se contentent plus de vilipender leurs alliés. La France, depuis le début du conflit yougoslave, en dépit de divergences visibles d'analyse et du souvenir des alliances historiques, a toujours été aux avant-postes. Bâtissant des actions humanitaires et proposant des interventions armées. Nous sommes de loin le pays qui fournit le plus de soldats dans les rangs de l'ONU et la liste de nos victimes s'allonge. Pas une initiative, de New York à Londres, à l'origine de laquelle on ne puisse trouver la France. Et demain, si cela est utile, nous serons dans les camps de concentration pour tenter d'enrayer l'engrenage des malheurs. Je comprends les impatiences, mais je ne vois pas les propositions, sauf d'envoyer les autres se battre jusqu'au dernier. Intellectuels, mes frères, joignez le geste à la parole. André Malraux ne se serait pas satisfait des protestations. Il aurait proposé des brigades internationales. Que l'on me comprenne bien. Je ne refuse pas de faire la guerre à la guerre, je l'ai fait toute ma vie. Je pense simplement que l'humanitaire, c'est le bon chemin pour protéger les hommes et imposer les libertés. Par les textes de loi, de plus en plus, par la ruse, toujours, et par la force parfois. La France peut-elle manier seule le glaive et la balance ? Nous avons besoin d'Europe. Besoin d'un esprit européen, d'une conscience européenne d'une armée européenne Et d'un choix ferme et européen pour les libertés, qui nous permettra de protéger les faibles et de désarmer les tyrans. Seule, l'Europe de demain pourra imposer le droit d'ingérence. En ces temps d'olympisme, n'opérons pas de hiérarchie dans l'horreur. L'Afrique aussi a soif d'Europe. Pendant qu'en ex-Yougoslavie se perpétue la barbarie et que de vieux chefs ensanglantent les terrains d'agonie du communisme, une génération d'enfants, plus d'un million sans doute, s'affaisse sur un sol desséché d'Afrique, en Somalie. Tout cela soulève le cœur. Et qu'on ne vienne plus jamais nous parler des tribus africaines pour juger des affrontements ! Comme si les tribus yougoslaves ne les valaient pas. Que de ressemblance, au fond, entre les deux guerres ! D'abord la loi du tapage : sans information, pas de malheur. Personne ne réagirait si les images des affamés ou des emprisonnés ne venaient éveiller les consciences à l'heure du repas du soir. En Somalie aussi, des chefs de bande effrayants veulent asseoir leur pouvoir. Guerre de riches, a déclaré, parlant du conflit qui se déroule sur le territoire de l'ex-Yougoslavie, le secrétaire général de l'ONU, Boutros-Ghali. La guerre de pauvres en Somalie, fait beaucoup plus de morts. Pourtant, le prix de la vie n'est pas le même. Ni le prix de la survie. La Somalie, c'est l'enfer sur la terre. Depuis la guerre du Nigeria, je n'ai rien vu de plus horrible de plus insoutenable. Je me souviens des enfants trop légers du Biafra dont les os perçaient la peau. La plainte du Biafra nous est restée dans la gorge comme une connivence, un chagrin rentré, un langage dont nous avons fait MSF (1). Et voilà, encore une fois, que tout recommence et que meurent de faim les enfants noirs de l'Afrique. Au Biafra, nous disions "une guerre de Noirs entretenue par les Blancs". Ici, en Somalie, ce n'est même plus vrai. Privilège de l'indépendance, les Noirs s'assassinent sans vraies influences extérieures ! Cela s'appelle – aussi – l'indépendance. La Somalie était une terre bénie et douce, productive aussi. Il y régnait comme un charme italien. Tous ceux qui ont connu le pays avant le chaos vous le diront. La population était de même race (encore cette horrible notion), de religion semblable et de langue unique. Une chance pour la corne d'Afrique. Aujourd'hui, la tornade des bêtises humaines achève son œuvre de mort et les miliciens de 14 ans, la mitrailleuse pointée, plastronnent à l'arrière des Toyota équipées de canons, jambes arquées et le khat – l'herbe du plaisir – à la bouche. À Mogadiscio, les façades des bâtiments sont hachées comme si les tueurs étaient devenus parkinsoniens. Parfois, pour rien ou pour un rien, on les voit appuyer sur la gâchette de leur kalachnikov. Seul triomphe international du léninisme, ces armes solides sont en vente libre à 25 dollars dans toute la Somalie. À Mogadiscio, la ville brisée, certains quartiers et la rue principale ressemblent à la place des canons de Beyrouth avec plus de plantes exotiques. Mêmes les bougainvillées ont été abattues sur les murs blancs des maisons de style florentin. Nous avons forcé la porte de l'ambassade de France. Nous sommes montés aux étages et dans le bureau de l'ambassadeur, dans le silence troublé du crissement des éclats de verre sous nos pieds. Tout a été minutieusement pillé. Nous avons ramassé un carton, à terre. C'était une invitation pour la fête du 14 Juillet... Nous y avons visité des "feeding centers" où s'alignent les bébés meurtris par le marasme, cette maladie de la malnutrition qui rend les cheveux blonds et les enfants diaphanes. Îlot de paix relative et seule institution qui continue de fonctionner, nous avons apprécié l'hôpital de MSF où des volontaires héroïques ont tenu pendant toutes les années de guerre. Depuis ma première visite, en 1991, la ville a éclaté en deux. D'un côté, le général Aïdid et, de l'autre, Ali Madhi, que l'on nomme le président intérimaire, titre contesté, nous ont reçus. Le premier, en position de force, refuse les unités de l'ONU destinées à protéger les distributions humanitaires. Le second les souhaite. Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies qui concernent la Somalie vont plus loin que celles qui tentent de protéger Sarajevo. Elles imposent une action armée pour assurer les distributions humanitaires. Grâce à Boutros-Ghali, homme de l'Afrique. Les enfants de Baidoa On ne sait jamais si les petits tas de chiffons, aux pieds des femmes, abritent des enfants morts ou des enfants vivants. La mère a parcouru parfois plus de cent kilomètres, traînant sa marmaille vers la nourriture. À la fin, arrivés dans un des trop rares centres de distribution, les enfants sont trop faibles pour manger. Le matériel de réanimation manque, comme les sondes gastriques. Alors ceux-là doivent mourir… Quel âge a celui-ci ? Il n'a plus d'âge puisqu'il va mourir. À même le sol, sous le linge sale qui les recouvre, les os du petit garçon pointent encore en des angles cassants, fragiles à se rompre. Parfois, des bras décharnés protègent les yeux de l'enfant de la lumière qui le blesse et de ce monde qui l'a abandonné. C'est alors trop souvent le dernier geste des malnutris. C'était il y a quelques jours à Baidoa, une ville de l'intérieur de la Somalie, dans une des quatre cents précieuses et dérisoires "kitchens-cuisines" ou les volontaires du CICR (2) s'efforcent de nourrir la population. À l'hôpital, on étend sur une terre souillée des membres brisés et des plaies purulentes. Encore une ONG (3), américaine celle-là, et bien démunie. Dira-t-on assez que ces volontaires aux mains trop vides sont le sel de la terre, les meilleurs représentants d'un Occident riche malgré ses tourments et son chômage, égoïste malgré ses richesses ? En Somalie, les Français volontaires de l'humanitaire ont tout tente et surtout l'impossible. Maintenant, AICF, HSF (4) et d'autres comme "Save the Children" et "Concern" renforcent leurs équipes ou arrivent à la rescousse du pionnier MSF. Besoin d'Europe, encore Là-bas en Somalie, comme partout, les espoirs se tournent vers l'Europe. C'est l'Europe qu'il faut convaincre de doubler l'aide. J'écrirai à tous mes collègues pour leur demander de peser sur la Commission de Bruxelles et je verrai Jacques Delors. Premier succès de ce nécessaire tapage : le ministre des affaires étrangères d'Irlande que j'ai au téléphone part dimanche pour Mogadiscio. Nous allons coordonner nos initiatives. En attendant, la France n'est pas demeurée inactive. Nous avons accueilli dans le port où l'on s'assassine le premier bateau national d'aide, le "Briantais", qui venait de France en tirant des bords tant la houle et les vents de l'océan Indien étaient forts. Plus de 2 000 tonnes de nourriture, une première goutte d'eau. Nous étions là aussi lorsque le premier Hercules C-130 du pont aérien français s'est posé à Baidoa avec de la farine et du lait. Denrées trop précieuses. Il faut doubler l'aide française et nous allons le faire. On nous objecte que la distribution alimentaire n'est pas possible. Faux et vrai problème. Oui, les routes sont peu sûres mais la sécurité reviendra avec la nourriture. Les bandits et les bandes armées pillent aussi parce qu'ils ont faim. Il faut rétablir le circuit économique. Les denrées qui se vendent seront mieux protégées par les marchands que par les milices. J'ai demandé que les hôpitaux de notre pays prennent en charge une éventuelle pharmacie centrale de Mogadiscio. J'ai écrit aux présidents des conseils régionaux et aux maires des grandes villes de France, demandant du riz, du maïs, de l'huile, des haricots et du lait. Les premières réponses sont encourageantes à commencer par Jean Bousquet, de Nîmes, et par la ville de Tourcoing. D'autres arrivent. Nous organiserons bientôt avec nos amis de la Poste, une "Journée française pour la Somalie". Demain, avec votre aide, il y aura pour la Somalie un grand bateau de la France. Aidez-nous à le remplir. N'abandonnons pas les enfants trop légers de Somalie. (1) Médecins sans frontières, créé après la guerre du Biafra, qui fit plus d'un million de morts.(2) Comité international de la Croix-Rouge.(3) Organisation non gouvernementale.(4) Action internationale contre la faim Hôpital sans frontières. 27 août 1992Paris-Match "Les actions humanitaires deviendront des affrontements humanitaires. Ils mèneront à la paix ou à la guerre" Par Bernard Kouchner Souvenez-vous, c'était la semaine dernière, mais les images d'horreur s'effacent vite. La vision de l'homme squelettique dernière les barbelés serbes avait provoqué une onde d'indignation mondiale. Lors de la conférence de Genève sur les réfugiés, la France avait demandé que soient publiés les faits et dénoncées les exactions. Les deux camps, les deux présidents, le Serbe Karadzic et le musulman Izetbegovic, élu celui-là, m'avaient alors prié de visiter les camps de l'adversaire et offert d'ouvrir la porte des leurs, selon mon choix et à ma demande. Fallait-il accepter ? N'allaient-ils pas nous tromper ? Peut-on humaniser la guerre ? La vieille démarche et l'éternelle interrogation du droit humanitaire nous revenaient en tête. Bien sûr, cette offre honorait le pays des droits de l'homme, mais n'allait-on pas gêner le Comité international de la Croix-Rouge ? Nous ne pouvions pas nous dérober, surtout parce que nous savions, depuis la dernière guerre, que les secrets et les diplomaties clandestines peuvent devenir mortels. Mieux vaut en tout cas parler trop vite que se taire. Nous avons voulu partager le fardeau de la preuve avec les Nations unies. M Boutros-Ghali a délégué pour nous accompagner Charles Lamunière, numéro deux de la division humanitaire de l'ONU. Nous avons choisi nous-mêmes les camps, au dernier moment : trois d'un côté et trois de l'autre. Manjacia : une ferme modèle devenue modèle d'oppression. Ils sont quatre mille, dans six étables, à courber la tête et à se lever au claquement de talons des geôliers, amaigris, certains ayant perdu plus de vingt kilos. Le regard de celui-là qui relève la tête, moins soumis que les autres, m'arrête. "Je suis le prêtre catholique de Banja Luka" Ses yeux bleus se voilent très vite. Je parle avec lui, en un mélange d'allemand et d'italien. Il a le courage de dénoncer la politique de "purification ethnique" des Serbes, lui, le Croate. Sera-t-il torturé ? J'ai prévenu le commandant que s'il lui arrivait quelque chose... Le religieux confirme le pire que, par bribes, les voisins nous avaient murmuré Ces quatre mille détenus sont tous des civils, des musulmans de la région de Prijedor, de Sanski Most. Ils sont fréquemment battus. La semaine dernière, trois sont morts sous les coups. Nous avons visité Omarska, le centre de tri banal ! À Tinopolje, ce fut pire. La "purification ethnique" était en marche. Des milliers d'hommes croupissaient au milieu des déchets, sous des bâches de plastique et dans les couloirs et les escaliers d'une usine. Ils venaient de la bourgade voisine de Kazavar. Ils n'avaient pas de nouvelles de leurs femmes et de leurs enfants partis en autocar pour des destinations inconnues. À Kazavar, nous avons vu les maisons musulmanes détruites et brûlées, aux côtés des habitations serbes préservées. Maigre satisfaction côté serbe, la situation, aux dires des prisonniers eux-mêmes, s'était améliorée depuis dix jours en ce qui concerne la nourriture et la brutalité. Merci aux journalistes et aux humanitaires. Du côté musulman, tout n'est pas rose. Si le stade de Sarajevo n'abritait que des réfugiés, si la prison civile était bien tenue, j'ai retrouvé les mêmes yeux bleus perdus de crainte sous les cheveux rasés des hommes et des vieillards qui se serraient à douze par cellule dans la prison militaire. Cette fois, les faciès étaient serbes. Il y avait aussi des bras cassés, des traces de coups. Personne n'avait visité cette prison. J'espère que le CICR pourra bientôt y faire une inspection. Si les regards se ressemblent, on ne peut pas dire que les camps et les prisons soient équivalents. Les arrestations ne se font pas à la même échelle et ces incarcérations, chez les Serbes, s'intègrent dans l'accomplissement de l'odieuse purification ethnique. Une soif d'Europe La France a proposé au monde le droit d'ingérence démocratique. La communauté internationale, jalouse des souverainetés d'État, ne l'a pas encore accepté, sauf fugitivement, au Kurdistan. Le droit d'ingérence s'exercera à titre préventif. Il consistera à intervenir pour protéger les minorités, avant les guerres. Le président Izetbegovic, démocratiquement élu en Bosnie, nous appelait il y a six mois. Seul le gouvernement français a entendu son appel, en ce temps-là. Aujourd'hui est-il trop tard ? Nous répondons aux tueries par l'assistance humanitaire sous protection armée. C'est peu. On nous dit de tous côtés que c'est bien insuffisant. Je sais. Faut-il aller plus loin et faire la guerre pour protéger les victimes ? Ce débat, qui honore notre pays, n'a lieu nulle part ailleurs. Nous sommes seuls à vouloir en faire plus et notre armée est en première ligne près de trois mille Français chez les Casques bleus. J'étais partisan de faire la guerre à la guerre. Après plus de dix voyages et des séjours prolonges en Croatie, en Bosnie et en Serbie, ayant longuement parlé aux spécialistes, et aux militaires français en particulier, après des heures de discussions avec le général Mackenzie, on m'a convaincu que l'attaque frontale est impossible. L'aviation, peut-être : et encore me dit-on… Et la France doit manœuvrer au sein de l'ONU, impérativement. Cela, je le sais. Alors, la mort dans l'âme, pour un temps, contentons-nous des actions humanitaires. Qui deviendront, j'en suis sûr, des affrontements humanitaires. Ils mèneront à la paix ou à la guerre. En attendant, ils auront soulagé des populations. Là aussi, la France aura innové. Mais l'urgence demeure. Et notre rage. Et cette soif d'Europe dans la gorge. De Sarajevo on ne pense pas à la lettre et aux articles du traité de Maastricht. On s'agrippe à l'espoir d'une Europe forte, d'une armée européenne, d'une fraternité européenne indispensable. On sait, à Sarajevo, qu'en cas de malheur les vieilles rancunes reviennent et les haines et les combats du passé. Demain, si le mécanisme européen se bloque, tout peut arriver à nouveau. Sarajevo. Combien de morts pour l'exigence européenne ?
La source — vie_publique · nº 239667
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/239667-articles-de-m-bernard-kouchner-ministre-de-la-sante-et-de-laction-hum?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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