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11 mars 1992 · Syndicats Patronat · FO Hebdo · discours Discours

Articles de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, dans "FO hebdo" des 11 et 25 mars 1992, sur la situation du mouvement syndical mondial face notamment au libéralisme économique, intitulé "Pour une grande confédération internationale des syndicats l

Marc Blondel (auteur)

Force ouvrière Hebdo : 11 mars 1992Pour une grande Confédération internationale des syndicats libres Les délégués de 152 organisations syndicales de 108 pays se réuniront à Caracas du 17 au 24 mars pour le 15e congrès de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). La délégation de la Confédération FO sera conduite par son secrétaire général, Marc Blondel. Il nous livre ici quelques-unes de ses réflexions sur la situation du mouvement syndical international. Les congressistes auront en effet à débattre autour d'un rapport intitulé « Les syndicats libres pour un ordre démocratique mondial : le rôle de la CISL ». Celui-ci part notamment du principe que « sans liberté syndicale ou liberté d'expression, la démocratie est une imposture ». Il met en exergue les dangers d'un « capitalisme de salles de jeux », les gouvernements abandonnant leurs responsabilités devant « la magie du marché » et conseillant aux démocraties naissantes de faire de même. Le rapport de la CIS condamne notamment l'absence de toute dimension sociale dans les politiques économiques, notamment dans les réformes en cours dans les pays de l'Est. Dans ce rapport, la CISL se prononce pour la création « de nouveaux mécanismes de responsabilité et de participation pour toutes les populations du monde ». D'ici quelques jours se tiendra à Caracas – Venezuela – le congrès de la CISL. Confédération internationale des syndicats libres à laquelle nous sommes profondément attachés, non seulement pour des raisons historiques, puisque nous en sommes membres fondateurs, mais parce que ses principes : « Pain – Paix – Liberté » restent les orientations de notre pratique syndicale. Ce congrès est donc celui du syndicalisme libre au plan international, c'est également celui de l'attachement à la démocratie, une démocratie dans laquelle les travailleurs ont la possibilité de s'organiser et de négocier librement. Ce congrès intervient dans une période où la situation mondiale est en pleine évolution. L'histoire, en condamnant sans équivoque le communisme des pays de l'Est, libère le mouvement syndical de sa plus grande perversion, c'est l'occasion historique pour la CISL de s'imposer comme l'organisation, quasi unique, du mouvement ouvrier international. Mais certes, cela ne doit et ne peut se faire que sur le respect scrupuleux de nos principes d'indépendance et de liberté, le temps des illusionnistes et des faux nez n'est pas loin, on ne transforme pas d'un coup de baguette plus de 50 ans de syndicalisme aliéné et courroie de transmission, en syndicalisme authentique. Il suffit de constater comment le terme syndicat – parce que complètement discrédité – est rejeté par les travailleurs de ces pays. Enfin, la CISL doit être consciente que l'insuffisance de coordination des grands pays industrialisés alimente la prédominance des intérêts capitalistes à court terme et la croyance aveugle au marché roi. Ainsi aux tensions Est-Ouest, risque de se substituer le débat naturel entre le capital et le travail sur fond de mise en place de la Communauté Européenne, voire d'une Confédération de l'ensemble des pays Européens. Rien n'est stabilisé en la matière, les tensions en Europe de l'Est et les énormes difficultés économiques et sociales des pays en voie de développement constituent un véritable défi pour l'avenir et le progrès social et économique. Pour nous, le congrès de la CISL doit avant tout être celui de la solidarité internationale, de la liberté syndicale, de la détermination dans l'action, sans naïveté ni faiblesse. Pour le « Pain, la Paix et la Liberté ». La délégation Force ouvrière :Marc Blondel : Secrétaire général.André Roulet : trésorier confédéral.Bernard Mourgues : Secrétaire confédéral chargé du secteur international.Jacques Pé : Secrétaire confédéral chargé du secteur Europe.Roland Raignoux : Secrétaire confédéral chargé du secteur économique. Les membres de la Commission exécutive : Rémy Caillat : Secrétaire général de l'UD de l'Ain, membre de la CE.Marcel Huppel : membre de la CE.Georges Daugeat : Secrétaire général de l'UD du Vaucluse, membre de la CE.Julien Largeron : Secrétaire général de l'UD de la Haute-Loire, membre de la CE. Force ouvrière Hebdo : 25 mars 1992Marché et démocratie Les élections pour les conseillers régionaux et généraux viennent d'avoir lieu. Félicitons-nous que, contrairement aux prévisions, les citoyens français aient encore une fois démontré que le sens civique n'était pas disparu et qu'ils respectaient le suffrage universel. Espérons qu'il en sera de même lors des élections sociales, prud'homales ou de sécurité sociale. Quoiqu'il en soit et sans polémiquer sur les résultats, indiquons simplement que les discours et préoccupations avancés lors de la campagne étaient, à notre sens, bien loin des préoccupations immédiates des salariés ; préoccupations qui se cristallisent fort justement sur le problème du chômage. Cela nous conduit encore une fois à essayer de démontrer l'enjeu final reste la démocratie. L'identité des politiques économiques suivies dans les pays industrialisés, dont l'OCDE est une expression, l'effondrement du communisme en Europe de l'Est contribuent à renforcer le poids du capitalisme. Il faut d'ailleurs relever que ce dernier terme est moins fréquemment usité, comme la formule de classes sociales que d'aucuns rangent aujourd'hui dans le stock des accessoires de l'Histoire. Abusivement présenté comme l'opposé du communisme mis en application, le capitalisme, comme idée, tend à s'estomper. Cela participe d'un recul des idéologies. On ne se dit plus aujourd'hui capitaliste mais partisan du marché. Et l'on fait l'amalgame marché-démocratie, libéralisme économique-liberté. On voit ainsi se dégager une forme d'impérialisme libéral tendant à repousser dans les cordes les notions et pratiques collectives et publiques. Dans une telle logique les exclusions, le chômage et les inégalités deviennent un sous-produit – qui peut même être considéré comme regrettable du marché, voire abusivement, une garantie du fonctionnement démocratique. Qu'on le veuille ou non, ce schéma ne pourra pas se poursuivre sans heurts, et ce pour deux raisons essentielles : 1. La dégradation de la situation sociale dont le chômage est l'expression la plus criante – fragilise progressivement la démocratie et devient privative de liberté.2. Le libéralisme économique ne sera jamais une réponse notamment pour des zones en voie de développement telles que l'Afrique ou l'Asie. Dans ce contexte général de déstructuration le mouvement syndical, en tout cas le syndicalisme libre, détient aujourd'hui une responsabilité quasi historique, à la fois dans ses actions d'autodéfense ou de résistance, dans son attachement à la promotion des données et idées collectives, dans sa volonté de conserver la pratique contractuelle comme enrichissement de la démocratie, dans la valorisation de la nécessité de l'indépendance syndicale et de la laïcité. Au moment où, sous couvert de libéralisme, l'économie s'internationalise et se normalise, au moment où le fossé se comble entre la démocratie chrétienne et la social-démocratie (au bénéfice de la première), il va falloir revivifier les notions et valeurs républicaines. 1992, année du bicentenaire de la République, en est une des occasions. Le rapprochement ou l'alliance sociaux-démocrates (ou socialistes) avec les démocrates-chrétiens a généralement conduit les laïques à renier leurs convictions au nom parfois de la tolérance. Peut-on imaginer la démocratie chrétienne devenir laïque ? Les expériences, au plan syndical ou politique, le montrent aisément. À n'en pas douter la démocratie chrétienne gagne aujourd'hui du terrain, notamment par la faiblesse ou la naïveté des républicains laïques sociaux-démocrates. L'un des exemples les plus significatifs est vraisemblablement celui de la construction européenne sous couvert du sacro-saint principe de subsidiarité. Notre expérience syndicale historique unique (notamment vis-à-vis du communisme), nos convictions et pratiques, nous donnent un avantage : ne pas être naïfs et savoir prendre le temps en considération. L'accroissement depuis quatre ans du nombre de nos implantations nous renforce progressivement. Parce que nous sommes profondément attachés au syndicalisme libre et indépendant nous ne sommes pas dupes vis-à-vis de ceux qui aujourd'hui voudraient entonner l'air du « Embrasse-nous, folle-ville » ; ce qui vient de se passer au congrès de la CISL, dans sa volonté de constituer une organisation « fourre-tout » et la perte successive de conceptions fondamentales dans notre pays peut concourir au délitement... et demain aux menées autoritaires. Il est grand temps que le marché cède le pas à la revendication sociale, à lutte contre le chômage et l'exclusion. C'est l'enjeu pour le mouvement syndical confédéré Force ouvrière.
La source — vie_publique · nº 239424
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/239424-articles-de-m-marc-blondel-secretaire-general-de-fo-dans-fo-hebdo-d?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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