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1ᵉʳ décembre 1989 · Gouvernement · France soir · discours Discours

Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, dans "France-Soir" du 1er décembre 1989, sur les axes de lutte contre le Sida.

Claude Evin (auteur), Christiane Caron (intervenant), Christian Gerin (intervenant)

Davantage d'argent contre le SIDA Des crédits hospitaliers supplémentaires (550 millions de francs) seront dégagés en 1990. 400 infirmières, assistantes sociales et secrétaires médicales seront notamment recrutées À l'occasion de la Journée mondiale du Sida, le ministre de la Santé, Claude Évin, fait le point sur la maladie, nous révèle les moyens que le Gouvernement engagera pour mieux la combattre en 1990 et nous dit quel est, selon lui, le message le plus important à adresser à ceux qui en souffrent. France-Soir : Si vous aviez un seul message à délivrer aujourd'hui, quel serait-il ? Claude Évin : Un message de solidarité avec les malades, avec toutes les personnes atteintes par le virus, avec les pays plus touchés que le nôtre, je pense en particulier aux pays d'Afrique. Aujourd'hui même, ma visite à l'association AIDES exprimera notre refus de toute exclusion. France-Soir : Face à la poussée de la maladie, allez-vous prendre de nouvelles dispositions ? Claude Évin : Je tiens à souligner, à ce propos, que l'extension de la maladie se ralentit, par rapport à il y a un an. C'est un phénomène qu'on observe souvent dans les épidémies. En tout cas, alors que le nombre de cas de Sida doublait tous les onze mois, il ne double plus que tous les vingt mois. Ce n'est pas pour autant qu'il faut ralentir notre effort. France-Soir : Alors qu'allez-vous faire ? Claude Évin : Les structures en place, Conseil national du Sida, Agence française de lutte contre le Sida, Agence nationale de recherches sur le Sida, fonctionnent bien. Nous n'allons pas y toucher, mais nous allons augmenter les moyens consacrés à la lutte contre la maladie. Nous allons dégager 120 millions de francs en 1990, par exemple, pour les campagnes d'information et d'éducation pour la santé, contre 100 millions en 1989. Nous allons continuer d'accroître les subventions aux associations qui interviennent au quotidien. Elles sont déjà passées d'un peu plus de 8 millions en 1988 à 28 millions en 1989. France-Soir : Et pour les hôpitaux ? Claude Évin : Nous allons encore renforcer leurs moyens spécifiques anti-Sida. Ces moyens spécifiques avaient déjà augmenté de 430 millions de francs en 1989. Ils vont encore augmenter de 550 millions en 1990. Ce qui va permettre la création de postes de praticiens hospitaliers, de 400 postes d'infirmières, d'assistantes sociales et de secrétaires médicales et aussi de créer 100 nouvelles places d'hospitalisation à domicile. France-Soir : Des chercheurs se plaignent d'être insuffisamment soutenus. Il y a deux jours, le professeur Leibowitch, de Garches, disait à "France-Soir" : "Je vis de troc, je n'ai pas reçu un sou du ministère depuis 1982." Que lui répondez-vous ? Claude Évin : Les crédits spécifiques consacrés à la recherche sur le Sida ont déjà triplé en 1989 par rapport à 1987-1988, où ils n'étaient que de 50 millions de francs. Ils s'élèveront à 180 millions en 1990. Sur décision d'un conseil scientifique présidé par le professeur Jean-Paul Lévy, 229 programmes de recherche ont été financés cette année. Ce n'est pas moi qui les choisis, mais ce conseil scientifique. France-Soir : Vous avez dit récemment que vous compilez sur les collectivités locales pour lutter contre le Sida. Qu'attendez-vous d'elles ? Claude Évin : Il n'est pas possible de partir d'un point central pour diffuser toutes les informations et répondre à tout risque d'exclusion. L'État ne se désintéresse évidemment pas de ces problèmes, je viens de vous le montrer, mais c'est localement qu'on peut souvent le mieux décider des réponses à apporter. En ce qui concerne les appartements thérapeutiques, par exemple, la collaboration de la municipalité est nécessaire. C'est elle qui peut nous aider à trouver des logements à des coûts raisonnables. Ceux de la ville de Créteil, par exemple, sont le fruit d'une collaboration entre la municipalité, les associations et l'État. France-Soir : Et la vente des préservatifs progresse-t-elle ? Claude Évin : Oui, sans que ce soit une progression extraordinaire. Les pharmaciens d'officine, par exemple, qui assurent plus des deux tiers de ces ventes, les ont vues augmenter de 17,3 % en septembre-octobre de cette année, par rapport aux deux mêmes mois de l'année dernière. Et ils anticipent encore un accroissement des ventes, puisqu'ils en ont commandé 30 % de plus… France-Soir : Alors, les Français changent de comportement Claude Évin : Un tiers de ceux qui ont régulièrement plusieurs partenaires sexuels répondent, dans les enquêtes d'opinion, que le Sida les a conduits à changer de comportement. Parmi ceux qui utilisent des préservatifs, la moitié déclare ne le faire que depuis six mois. France-Soir : Êtes-vous partisan d'une publicité "hard" ? On voyait récemment à la télévision un homme mettre un préservatif. Claude Évin : Personnellement, cela ne me choque pas. Mais ma préoccupation est que l'information soit acceptée par l'ensemble de la population et la conduise à changer de comportement. On est là pour faire de la santé publique et non de la créativité. De la même façon, il y a des pays où l'on choisit de faire une information plutôt terrifiante. Or la peur peut déclencher un rejet complet du message que l'on veut faire passer. Ce n'est pas le choix que nous avons fait en France.
La source — vie_publique · nº 227065
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/227065-claude-evin-01121989-france-soir-lutte-contre-le-sida?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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