Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur l'information, la prévention et l'éducation sanitaire dans la lutte contre le cancer, Montpellier le 9 novembre 1989.
Claude Evin (auteur)
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de me trouver ici à MONTPELLIER au sein de cet espace de prévention des cancers du Val d'Aurelle pour l'inauguration officielle de ce centre d'information qui est sans équivalent en Europe.
C'est grâce à la volonté, au dynamisme, à l'esprit inventif de toute une équipe que ce centre a vu le jour, et tous méritent mes félicitations.
Je voudrais tout spécialement remercier le Professeur Henri PUJOL, Président de la Fédération des centres de lutte contre le cancer et le doyen Claude SOLASSOL, qui tous deux sont à l'origine de cette initiative. Au cours des années ils ont réussi à aplanir un par un les obstacles nombreux qui séparent la conception de la réalisation.
Dès 1984, le CONSEIL GÉNÉRAL de l'HÉRAULT leur a apporté son soutien, conscient de la nécessité et de la possibilité de réduire la mortalité des cancers en particulier par la prévention.
La loi de décentralisation permet de telles actions et je souhaiterais que des conseils généraux plus nombreux suivent cet exemple et soutiennent des actions de prévention.
La Ligue nationale contre le Cancer vous a encouragé car votre projet recoupait ses propres objectifs en particulier par l'importance donnée à l'information et la formation des professionnels de santé et du grand public.
Le Fonds interministériel pour la qualité de la vie, la commission des communautés européennes vous ont également aidés.
Ces différents soutiens ont permis pour la première fois dans notre pays, l'édification d'un instrument original de prévention des cancers reposant sur l'information et l'éducation sanitaire.
Je rappelle que l'ordonnance du 8 octobre 1945 qui officialise les centres de lutte contre le cancer, précise que la prophylaxie des cancers fait partie de leurs missions au même titre que la prise en charge thérapeutique et la recherche.
Vous savez que la France préside actuellement les différents conseils des ministres de la CEE ; c'est pourquoi nous devions être particulièrement attentifs à l'année européenne d'information sur le cancer. L'espace de prévention des Cancers du Val d'Aurelle répond parfaitement à ces objectifs et constitue de ce fait une vitrine française.
Le programme d'action de ce centre, tel que vous l'avez vous-même défini, doit réunir médecins, chercheurs et grand public permettant de mettre à la disposition de chacun une information claire et accessible tout en restant scientifiquement irréprochable. Cette information vise à modifier les comportements facilitant ainsi la prévention et le dépistage précoce de certains cancers.
Mais tout d'abord qu'est-ce-que la santé ? 3 facteurs ne semblent devoir être identifiés :
- l'hérédité ;- l'environnement ;- le comportement.
L'hérédité apparaît comme un potentiel de santé avec lequel nait l'individu et qui conditionne le devenir de celui-ci.
L'environnement concerne à la fois l'univers physique mais également le contexte social et psychologique qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments extérieurs.
Le comportement se traduit par les actes que l'individu décide d'accomplir ou se refuse à accomplir.
La santé est donc un bien "capital" que chacun d'entre nous doit gérer. Pour le faire correctement et maintenir son "acquis santé" il ne doit pas subir mais agir et ses décisions doivent être prises en connaissance de cause. Bien sûr il ne peut modifier son patrimoine génétique, bien sûr il subit dans une certaine mesure l'environnement mais sa marge de manœuvre reste importante et il doit en prendre conscience.
Son hygiène de vie, son attitude face à l'alcool et au tabac ont un poids considérable quant au maintien du capital santé. Il incombe à l'ensemble des responsables d'agir pour le maintien d'un environnement sain même si cela doit être aux dépends d'une certaine rentabilité économique.
L'Espace de prévention du Val d'Aurelle a le mérite de permettre à tout visiteur de prendre conscience de sa qualité d'acteur.
J'adhère aux principes de base qui ont conduit à cette réalisation. Je souhaite les rappeler.
Recourir à une démarche de clarification et d'explication scientifique en évitant les propos moralisateurs et générateurs d'anxiété.
Promouvoir la prévention primaire en induisant des modifications des modes de vie et des comportements.
Confronter dans le cadre de la formation des étudiants en médecine et des autres personnels de santé, les motivations et les compétences pour des actions de médecine communautaire.
Développer une recherche en communication, axée sur les problèmes de diffusion et de réception des informations concernant la prévention des cancers. Ce point me paraît particulièrement important, novateur, et utile.
Enfin favoriser les actions des institutions, des organismes ou des associations ayant des buts convergents avec ceux de l'espace de prévention.
Le bilan de la première année de fonctionnement de l'Espace de prévention des cancers montre, à travers les différentes manifestations, que vous avez organisées, ainsi que par le nombre et la qualité des visiteurs, que l'objectif ambitieux que vous vous étiez fixé sera atteint, même s'il est toujours difficile d'évaluer les actions de prévention.
Je voudrais souligner le rôle de la collaboration qui a pu s'instaurer entre les partenaires privés ou publics et notamment l'engagement du ministère de l'éducation nationale qui s'est traduit par le détachement de personnels.
Je formule le vœu que cette action exemplaire de prévention surtout tournée vers les jeunes, fasse école en France mais aussi à l'étranger.
Dans la lutte contre le cancer, la prévention et l'éducation à la santé, sont une de mes priorités.
Cette priorité se traduit par l'inscription de sujets tels que le tabac, le sida, la drogue ou le cancer au prochain conseil des ministres de la santé des 12 que je présiderai lundi prochain à BRUXELLES.
Autre exemple, la création du Fonds national de prévention. Les actions de dépistage du cancer du sein et du cancer colorectal devront dans les années prochaines et après évaluation de la méthodologie suivie, être étendues à un nombre plus grand de régions et à d'autres cancers.
Pour terminer je voudrais souligner que l'architecture du bâtiment est en harmonie avec l'économie du projet et de sa réalisation résolument tournés vers l'avenir et ouvert à tous.
Je vous remercie.
La source —
vie_publique · nº 229946
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