Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, dans "L'Express" du 20 octobre 1989, sur la maîtrise des flux migratoires et le détournement du droit d'asile.
Claude Evin (auteur)
Ministre de la Santé, le rocardien Claude Évin, 43 ans responsable au Gouvernement du dossier immigration, met en garde contre tout détournement du droit d'asile.
L'Express : 100 000 immigrés de plus par an, est-ce, pour la France, une chance ou un risque ?
Claude Évin : Ce chiffre varie d'année en année. Il ne correspond pas à un flux régulier. L'augmentation du nombre des demandeurs d'asile est effectivement importante pour 1989 : il dépassera 50 000. Mais l'immigration de personnes autorisées à travailler et celle de leurs familles, telles qu'elles sont contrôlées et limitées actuellement, ne posent pas de problème. Quant à la politique du Gouvernement, elle consiste avant tout à favoriser l'intégration des immigrés qui restent en France. Or, pour développer une telle politique d'intégration, il faut aussi que nous maîtrisions les flux migratoires.
L'Express : Existe-t-il une réelle possibilité que, dans notre pays, traditionnelle terre d'asile, la notion de réfugié politique soit détournée de son sens ?
Claude Évin : Oui, je le crains. D'ailleurs, parmi les 50 000 à 60 000 demandes de statut de réfugié pour cette année, beaucoup seront sans doute rejetées parce qu'elles ont un fondement réel d'ordre économique et non politique, au sens de la convention de Genève. L'immigration en France ne peut être une solution au grave déséquilibre Nord-Sud. Ce n'est pas ainsi que se régleront les problèmes de sous-développement. C'est bien plus en rééquilibrant nos relations avec les pays du tiers-monde. L'initiative du président annulant les dettes des pays les plus pauvres est une étape importante dans ce sens.
L'Express : L'Office français de protection des réfugiés apatrides (Ofpra) vient de révéler qu'en deux ans le nombre des demandeurs d'asile aurait, en France, doublé…
Claude Évin : Ces chiffres sont exacts. Le Gouvernement est conscient du problème. Il a décidé, notamment, d'accélérer les procédures de l'Ofpra pour éviter qu'elles ne soient détournées. La tradition d'accueil de réfugiés politiques de la France est l'un des fondements de notre démocratie. Alors, ne laissons pas se créer une situation qui la remettrait en question. La France doit continuer à accueillir ceux qui sont persécutés dans leur pays du fait de leurs opinions ou de leur origine.
La source —
vie_publique · nº 226488
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