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19 janvier 1989 · Gouvernement · RTL · discours Discours

Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, à RTL le 19 janvier 1989, sur le déficit de la sécurité sociale et la protection sociale.

Claude Evin (auteur)

Q. : À propos du déficit de la sécurité sociale : on avance toujours des chiffres énormes auxquels succèdent des chiffres presque euphoriques. Une différence due à quoi ? R. : Elle tient à ce que, dans la présentation que vous venez de faire des comptes de la sécurité sociale, vous n'avez pas été totalement complet. Parce que ce n'est pas simplement la bonne santé économique. Quand il a été annoncé, en juillet dernier, une perspective de déficit de 33 milliards de francs, c'était avant toute mesure correctrice, avant toute mesure de financement. Entre-temps, et notamment au cours de la session parlementaire d'automne, il a été prévu un prélèvement de 15 milliards, qui permet de réduire le déficit annoncé précédemment. Q. : Ce qui suppose que vous n'allez pas prendre de nouvelles mesures forcément douloureuses pour éponger la note ? R. : Ce n'est pas en trois minutes, malheureusement, qu'on peut expliquer en détails les contraintes qui pèsent sur la protection sociale. Elles sont de nature différentes. En matière de vieillesse P.E., la durée de vie augmente. La durée d'activité, elle par contre a tendance à se restreindre. Ce qui veut dire que nous avons des effets mécaniques d'un besoin sans cesse accru de financement de la protection vieillesse. C'est ainsi que, même sans toucher à l'évolution des prestations, à leur augmentation, on a par la seule évolution démographique un besoin de 10 milliards de plus chaque année. C'est là un constat, qui montre que nous aurons toujours besoin de prélèvements supplémentaires. Sauf à rediscuter d'un certain nombre d'éléments avec les partenaires sociaux. Q. : Pour la retraite, vous ne pouvez pas envisager de retarder l'âge des départs. R. : Les problèmes de départ à l'âge de la retraite sont différents selon les âges auxquels l'activité a débuté. Ça peut aussi être différent en fonction de la pénibilité des activités. C'est vrai qu'on peut envisager un certain nombre de dispositifs nouveaux. Je souhaite et, j'ai pour cela engagé avec les partenaires sociaux, je souhaite qu'il y ait une réflexion avec les partenaires sociaux directement concernés, puis- qu'ils gèrent les systèmes de retraite, afin que nous puissions trouver des solutions. Mais, c'est vrai que on ne pourra pas, au regard de ce que j'ai indiqué, un besoin de 10 milliards de plus chaque année. C'est vrai qu'il serait illusoire de considérer que c'est uniquement avec une augmentation des prélèvements qu'on arrivera à compenser ce besoin de 10 milliards. Q. : 7 milliards de déficit, c'est grave ? Ça représente combien de jours de paiements ? R. : À peine deux jours. Et on tient beaucoup à mettre en exergue le déficit de la sécurité sociale, le budget social de la nation correspond à peu près, à la même hauteur, que le budget de l'État, qui affiche 100 milliards de déficit chaque année. Ça ne veut pas dire pour autant qu'il ne faille pas avoir une vigilance permanente parce que je crois qu'il est important à ce que nous garantissions la pérennité de notre système de protection sociale, un système fondé sur la solidarité. Et je m'y suis engagé, de même que le gouvernement. Il m'appartient de maintenir ce système de solidarité. Mais c'est vrai qu'il faut relativiser ce déficit. Q. : (…) les dépenses des Français ne diminuent pas. Il paraît que la vente des médicaments est de plus en plus importante. R. : La protection sociale, c'est ça. C'est vrai que les problèmes de santé ne sont pas tout à fait les mêmes que les problèmes de vieillesse. Et, en matière de santé, c'est vrai qu'il y a une augmentation de la consommation. Et, une trop grande augmentation de la consommation de la population risquerait de ne pas être compatible avec une protection sociale collective. Les Français sont à la fois attachés à une meilleure santé, à un développement de meilleur système de santé, mais ils sont aussi attachés à une meilleure protection sociale. Or, c'est vrai que les deux ne sont pas compatibles. Et qu'il faudra faire des choix. On fait de l'équilibre jusqu'à maintenant. On ajuste. Et, en tous les cas, on passe. Et on a maintenu un bon système de santé et un bon système de protection sociale. Je souhaite que nous puissions continuer encore longtemps comme ça. Q. : Une question politique : que pensez-vous des "affaires" ? R. : Je suis venu essentiellement parler de la sécurité sociale. Je ne suis pas certain qu'il faille mélanger les genres. Q. : Mais tout de même ! R. : Vous vous en tiendrez simplement à cette réponse pour aujourd'hui.
La source — vie_publique · nº 219076
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/219076-interview-de-m-claude-evin-ministre-de-la-solidarite-de-la-sante-et-de?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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