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8 septembre 1988 · Gouvernement · discours Discours

Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale et porte-parole du gouvernement, sur la lutte contre le cancer, Nantes le 8 septembre 1988.

Claude Evin (auteur)

Monsieur le sénateur-maire, président du conseil d'administration du CHRU de Nantes,Mesdames et messieurs les parlementaires,Monsieur le préfet,Monsieur le président de l'université,Monsieur le doyen,Mesdames et messieurs les directeurs,Mesdames, messieurs, Permettez-moi de vous remercier de votre accueil au sein du centre régional de lutte contre le cancer et du centre hospitalier régional et universitaire de Nantes, d'une part, de la faculté de médecine, d'autre part. J'y suis très sensible comme je l'ai été aux propos que vous venez, monsieur le doyen, de m'adresser. J'ai été heureux de prendre connaissance des projets de reconstruction du Centre régional de lutte contre le cancer et de modernisation et d'humanisation de l'Hôtel Dieu, comme j'ai été heureux du contact qui m'a été permis avec les responsables administratifs et médicaux et les personnels de vos établissements. J'ai été tout spécialement attentif – et chacun le comprendra – aux conditions d'accueil et de traitement des malades mais surtout à ce qui dans les projets qui m'ont été présentés, cherche à les améliorer et à prendre en considération toutes les dimensions de la personne humaine. Je dis bien toutes les dimensions, y compris sociales psychologiques c'est un aspect auquel je suis attaché et sur lequel je reviendrai dans un instant. Ma visite conjointe do Centre régional de Lutte contre le cancer et du CHRU a un sens : elle veut rappeler la nécessaire et souhaitable complémentarité des équipements sanitaires. L'opération de reconstruction du CRLCC répond, a cet égard, a une double finalité : - d'abord, bien entendu, offrir des conditions d'accueil et de traitement des malades qui soient conformes à la dignité humaine et a l'efficacité thérapeutique. - ensuite, permettre une restructuration du paysage hospitalier nantais. En effet tout se tient, et le départ du CRECC sur le site de l'hôpital Guillaume et René Laennec facilite l'opération de modernisation et d'humanisation de l'Hôtel dieu, tout en ménageant les meilleures possibilités de coopération des deux établissements sur le site nord, notamment quant à l'utilisation des équipements d'imagerie médicale ou de médecine nucléaire. Ce n'est que progressivement que cette idée d'une complémentarité est apparue dans son caractère opérationnel et cela explique, du projet de reconstruction du sans doute, le long cheminement CRLCC. Les obstacles ont été nombreux et, cependant, j'ai été frappé de constater que la longueur du cheminement du dossier tient moins à ce qu'on appelle, d'un terme parfois ironique et facile, les "lenteurs de l'administration" qu'à la volonté de tous les responsables de rechercher, pour les malades et pour la collectivité, la meilleure solution au meilleur coût. Le résultat me semble être à la hauteur des espérances et je veux en féliciter tous ceux qui ont eu à bâtir ce projet. Je voudrais distinguer, toutefois, parmi tous les acteurs de cette grande œuvre, monsieur le professeur Guilhard, directeur du centre régional de lutte contre le cancer. Monsieur le professeur, tous ceux au premier rang duquel figurent mes collaborateurs et les préfets qui se sont attachés au dossier qui ont travaillé avec vous ont été frappés par votre compétence. Votre ténacité, vos qualités de cœur et, pour tout dire, votre charisme. Cette foi qui soulève les montagnes, vous avez su, depuis de longues années durant, l'entretenir, la faire partager avec une énergie qui n'a d'égale que votre imagination. Le nouveau centre régional de lutte contre le cancer est d'abord - chacun en est persuadé - votre œuvre et celle de votre équipe de médecins et d'administrateurs. Je tenais à vous rendre cet hommage à vous-même et à votre équipe. L'ultime difficulté, ai-je besoin de préciser qu'elle résidait dans le financement de ce projet ? Là encore, grâce soit rendue à ses prévoyants promoteurs, l'apport propre du CRLCC est important et permettra de réaliser le remarquable hôpital de jour et de semaine et de contribuer, de manière significative à la réalisation des installations de radiothérapie. L'aide des collectivités territoriales est, selon les cas, acquise ou espérée et je ne peux que souhaiter qu'elle vienne conforter l'entreprise, notamment, dans sa dimension de centre de recherche car – il faut le souligner – les équipes du CRLCC font de la recherche et ont même acquis, sur ce plan, une réputation qui dépasse nos frontières. Il reste que l'importance du projet chiffre à près de 100 millions de francs nécessitait l'engagement de l'État. Eh bien ! Je suis particulièrement heureux de vous annoncer, aujourd'hui, mesdames et messieurs, que l'État apportera, sur le budget 1989, son aide à la reconstruction du centre régional de lutte contre le cancer proprement dit, c'est-à-dire l'hôpital et son plateau technique. Une subvention de 24 millions de francs sera accordée au CRLCC afin qu'il puisse, sans délai, entreprendre la reconstruction de l'équipement d'hospitalisation complète. Cet effort de l'État n'a été possible que parce que les dirigeants du CRLCC, mes services et vous-même, monsieur le préfet, avez pu, au terme d'études approfondies, garantir que toutes les incidences financières de l'opération étaient compatibles avec les charges supportées par la sécurité sociale. Je vous en remercie. En vous annonçant l'aide de l'État pour ce grand projet, je dois vous dire, toutefois, que ma première pensée va aux malades soignés au CRLCC et aux personnels qui les entourent. Je connaissais, de longue date, les conditions matérielles dans lesquelles, faute de place, les uns et les autres pouvaient vivre et je puis dire, monsieur le professeur, que cette préoccupation n'a cessé d'habiter tous ceux qui se sont battus pour un heureux aboutissement du projet. Tous se réjouissent avec moi de savoir qu'enfin des conditions d'accueil respectant la personne humaine vont être offertes aux malades. Certes, des trésors d'imagination et d'attention ont été dispensés par vous-même et vos personnels, monsieur le professeur, pour que s'établisse – malgré les difficultés matérielles – une relation d'écoute et d'aide entre soignants et soignés. Que l'exemple ainsi donné soit pour moi l'occasion de dire ici, très solennellement que l'humanisation des hôpitaux si elle comprend le préalable nécessaire d'une rénovation des locaux, ne doit pas se limiter à un programme d'équipement. J'en n'ignore rien, bien entendu, pour être moi-même, président du conseil d'administration d'un centre hospitalier, des efforts des gestionnaires et des personnels médicaux et paramédicaux en vue de rendre l'hôpital moins angoissant. Je dis "moins angoissant" pourquoi ? Parce que nous savons bien, les uns et les autres, que le plus bel hôpital qui soit, le mieux organisé, notera pas son anxiété a celui qui arrive pour y être soigné. La maladie remet plus ou moins en cause la personne. Celle-ci se trouve introduite dans un univers inconnu, de plus en plus technique. Son cheminement, dans cet univers, n'est pas maitrisable pour elle : il est lié à l'évolution de la maladie, aux choix difficiles du corps médical : diagnostic, protocoles thérapeutiques. Une part d'aléatoire est inévitable. L'essentiel est qu'elle soit comprise, acceptée et que l'accompagnement du malade se fasse en prenant en compte son évolution psychologique. L'hôpital ne peut pas, ne doit pas devenir une usine à santé. Pour moi – j'insiste fortement sur ce point – l'humanisation réussie est celle qui comprend la psychologie du malade. Aussi, me semble-t-il souhaitable qu'à la lumière des nombreuses expériences réalisées ici et là dans nos hôpitaux, des difficultés rencontrées, des connaissances accumulées, et trop peu enseignées parfois, une évaluation du problème de l'humanisation soit entreprise et que des propositions précises ne soient faites quant à la formation des personnels médicaux et paramédicaux et à la gestion des relations entre soignants et soignés. C'est pourquoi j'ai décidé de réunir, à cette fin, un groupe d'experts qui me remettra ses conclusions avant la fin du premier semestre 1989. Je serai attentif non seulement à la formation et à la gestion des relations soignants-soignés, mais encore à des expériences telles que celles de l'hôpital de semaine et de jour du CRLCC qui, en recherchant un cadre hôtelier, dédramatise, libère relativement le malade de la pression de l'image technicienne de l'hôpital. Il faut dire et redire – inlassablement, et dès l'école point vital – que le tabac et l'alcool sont des facteurs de risques très importants. Il est vraisemblable qu'ils sont à l'origine d'un tiers des cancers en Europe. L'alimentation paraît jouer un rôle dans de nombreux autres cas, peut-être un autre tiers. Quoiqu'il en soit, et parce que les conduites tabagiques, alcooliques et les erreurs alimentaires sont aussi responsables de nombreuses pathologies, au premier rang desquelles certaines pathologies cardiovasculaires, il convient d'accentuer l'effort de prévention, en recentrant l'emploi de nos crédits sur ces domaines et en développant des démarches programmatiques. L'attention à certains facteurs liés à l'environnement doit être maintenue, voire développée puisque l'on sait, là aussi, que l'exposition professionnelle à certaines substances chimiques, l'exposition inconsidérée aux rayons ultra-violets, certaines infections d'origine virale, notamment, accroissent les risques de cancer. Ce qu'il faut c'est que nos concitoyens se pénètrent de l'idée qu'ils peuvent diminuer significativement le nombre des cancers par l'adoption de comportements différents. Je souhaiterais, après vous avoir dit mon sentiment sur ce problème de l'humanisation des hôpitaux, vous livrer mes premières réflexions en ce qui concerne la lutte contre le cancer. Faut-il rappeler qu'il s'agit de la seconde cause de mortalité et que le cancer est responsable de 135 000 décès chaque année ? Pourtant, le cancer n'est pas une fatalité. Actuellement, environ 50 % des malades ont de bonnes chances de connaître la guérison. À cet égard, le témoignage de nombreuses personnes qui ont eu à souffrir d'un cancer, et, parmi elles, des personnalités connues, a eu son importance en contribuant à modifier l'image d'une maladie perçue, il y a dix ans encore, comme inéluctablement mortelle. Une meilleure connaissance des facteurs de risques liée, notamment, aux progrès de l'épidémiologie montre qu'une action préventive résolue peut éviter un grand nombre de cancers.
La source — vie_publique · nº 215163
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/215163-claude-evin-08091988-lutte-contre-le-cancer?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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