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31 juillet 2026 · None · Europe 1 · discours Discours

Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à Europe 1/CNews le 31 juillet 2026, sur les migrants rentrés illégalement en Espagne, les incendies, le racis

Aurore Bergé (auteur), Alexis de la Fléchère (intervenant)

ALEXIS DE LA FLÉCHÈRELa grande interview sur CNews et Europe 1, avec, ce matin, Aurore Bergé. Bonjour à vous. AURORE BERGÉBonjour. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREVous êtes ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, et de la Lutte contre les discriminations. On va revenir, bien sûr, pendant cette interview, sur l'antisémitisme dans notre pays et sur le racisme anti-blanc, la loi intégrale également, que vous portez contre les violences faites aux femmes et aux enfants. On va parler des incendies, bien sûr. C'est une grande préoccupation des Français. Mais d'abord, Aurore Bergé, ces images impressionnantes. En Espagne, à Ceuta, 1 500 migrants sont entrés illégalement en quelques heures. Les autorités espagnoles estiment qu'une récente décision de justice qui interdit les refoulements immédiats des migrants arrivés par la mer a pu créer un effet d'appel. Giorgia Meloni, Première ministre italienne, a réagi. Elle veut suspendre l'Espagne de l'espace Schengen. Est-ce que, par exemple, quand on voit ces images… Je la décris quand même aux auditeurs d'Europe 1, on voit vraiment ces milliers de personnes arriver sur la côte. C'est absolument incroyable. AURORE BERGÉCe sont des images, presque, de chaos, en tout cas des images qui sont très impressionnantes. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRETout à fait. AURORE BERGÉEt j'imagine, qui ont aussi interpellé et inquiété, d'abord, en Espagne. C'est aussi la politique qui est menée par le Gouvernement espagnol en matière migratoire. On sait qu'il y a eu des volontés d'arrivée massive sur le territoire. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREIl y a eu une régularisation. AURORE BERGÉEt des régularisations, en effet, extrêmement importantes. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRED'un demi-million de personnes. AURORE BERGÉC'est là où on voit qu'on a la nécessité de continuer à avoir une coordination, qu'il y ait une coordination européenne. Parce que si on a des écarts-type très importants entre les États sur des volontés de régularisation et de régularisation massive, la France n'a jamais eu et ne fera, en tout cas, pas sous notre impulsion, des régularisations massives au-delà de centaines de milliers de personnes ; parce qu'il y a le risque, évidemment, que ça crée ensuite cette volonté d'augmenter encore le volume d'immigration. Donc, c'est là où on a besoin d'avoir une coordination. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRESuspendre l'Espagne de l'espace Schengen, c'est une solution ? AURORE BERGÉS'il faut, c'est déjà comprendre s'il y a un trou dans la raquette en Espagne. C'est-à-dire, vraisemblablement, ils disent eux-mêmes qu'il y a une décision de justice qui crée une difficulté. Essayer, déjà, de la résoudre et de la résoudre dans les meilleurs délais, parce que l'Espagne, c'est l'une des portes d'entrée majeure, évidemment, sur le continent européen. Et donc, on ne peut pas accepter un risque de passoire, en fait, au sein du continent européen, et via l'Espagne, bien sûr. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREDonc, sur l'espace Schengen, la première ministre italienne… AURORE BERGÉOn a besoin de cette coordination. Elle-même, elle a fait aussi des régularisations extrêmement importantes sur les questions d'immigration économique. Il y a des centaines de milliers de personnes qui ont été régularisées. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRESans forcément donner la nationalité italienne ? AURORE BERGÉOui, mais en tout cas, elle a permis l'entrée massive. Donc, c'est là où, vous voyez, on a besoin qu'il y ait cette coordination très claire, européenne, sur la question de l'asile, sur la question de l'immigration économique, sur la question aussi des flux d'immigration qui sont là, manifestement, de l'immigration absolument illégale. Eh oui, dans ces cas-là, il y a peut-être des choses à regarder. Est-ce qu'il y a des choses à temporairement bouger ? En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il faut qu'on ait une coordination encore plus efficace et efficiente. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREEt qu'on continue la lutte contre les passeurs, que les ONG en question fassent aussi attention ? AURORE BERGÉBien sûr. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREParce qu'il y a une grande entreprise fédérale qui dit que parfois, il peut y avoir des collaborations entre passeurs et ONG. AURORE BERGÉOn est sur des réseaux qui sont des réseaux de traites des êtres humains. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREIl faut être intraitable avec les passeurs ? AURORE BERGÉIl faut être absolument intraitable. On parle de traite des êtres humains. Ceux qui sont en cause, ce sont d'abord les autorités, qui ne savent pas réguler et qui ont permis ce flux massif qui est arrivé en Espagne. C'est d'abord cette responsabilité qui doit être engagée. Comprendre aussi qui a permis leur arrivée. Et on le sait, nous avons des réseaux qui sont des réseaux, ensuite, de criminalité, souvent, qui sont derrière et qui sont de la traite des êtres humains, parce que ce sont des personnes qui donnent tout pour pouvoir partir et qui, ensuite, sont attrapées dans des réseaux dont ils n'arrivent plus, ensuite, à s'échapper. Et donc, on a évidemment cette nécessité, y compris pour des raisons de dignité humaine, bien sûr, d'arriver à continuer à avoir une politique absolument intraitable à leur égard. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRERevenons en France, Aurore Bergé. J'ai été à cette place toute la semaine. Il y a de l'espoir quand même, ce matin, sur le front des incendies en Gironde. Le feu est toujours là. Mais hier, des milliers d'habitants de neuf communes au nord-ouest de Bordeaux ont pu rentrer chez eux. L'A63, entre Bordeaux et Bayonne, a pu rouvrir. En revanche, ça, c'est une moins bonne nouvelle, mais il n'y a aucun TGV qui va circuler jusqu'à dimanche au sud de Bordeaux. Le ministre de l'Intérieur a dit hier : on peut penser que le pire est derrière nous. Est-ce que vous partagez ce diagnostic ? Il y a de l'espoir ce matin ? AURORE BERGÉOui, il y a, je crois, de l'espoir qui est revenu. Encore une fois, je crois saluer la mobilisation absolument exceptionnelle. Vous l'avez montré, toutes ces images tout au long de ces derniers jours. On a vu des femmes et des hommes, avec un courage inouï, se mobiliser : les sapeurs-pompiers, les militaires, les forces de l'ordre, le personnel soignant, parce qu'ils étaient en deuxième ligne. Mais cette deuxième ligne, elle était essentielle, parce que quand vous devez évacuer des EHPAD, quand vous devez protéger des populations vulnérables, quand vous devez les accompagner, quand vous avez des femmes enceintes qu'il faut évacuer, on n'a eu aucune mort civile. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREDes personnes âgées dans les maisons de retraite. AURORE BERGÉAucune mort civile, parce qu'il y a eu cette chaîne de protection absolument massive qui s'est mise en place. Et je crois qu'il fait l'honneur de notre pays. Et puis, je veux le dire, les agriculteurs, ils sont souvent conspués par certains dans notre pays. Tout le monde est heureux qu'ils soient au rendez-vous et qu'ils se mobilisent de manière très massive. Les ouvriers en bâtiment. Donc, il y a eu aussi cette chaîne de solidarité au-delà de celles et ceux dont c'est le travail. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRENos paysans, c'est vrai qu'on ne va pas revenir sur cette polémique, à qui on a envoyé quand même les CRS, à l'époque où ils étaient en colère. Aujourd'hui, on les salue. AURORE BERGÉVous savez, nous, on a fait une loi sur la question agricole. Elle a été, malheureusement, souvent très détournée, alors qu'elle est absolument nécessaire, je crois, pour garantir de continuer à produire en France, tout simplement. Et je crois qu'on voit aussi ce que représente le monde paysan et ce que représente le monde agricole dans les périodes de crise. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREOui. Et vous avez raison de leur rendre hommage. AURORE BERGÉOù là, tout d'un coup, tout le monde les salue. Il ne faut pas le faire qu'en période de crise. Il faut se souvenir. Ensuite, il faut les accompagner, et les accompagner dans le cœur de leur mission et de leur travail. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREAlors, je le disais : beaucoup de monde, aujourd'hui, sur les routes. Un drapeau noir hissé par Bison Futé dans le sens des départs, dans le sud-ouest. Ce serait dommage de tout gâcher. On ne fait jamais assez de prévention ? AURORE BERGÉOui, vous avez raison. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREUn mégot par la fenêtre, un barbecue pendant les vacances qui est mal géré, ça peut tourner à la catastrophe. AURORE BERGÉEn 9 cas sur 10, les incendies, c'est un départ humain. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREOn en fait assez, de préventions ? AURORE BERGÉAlors, vous savez, j'ai l'impression qu'il y a des choses qui sont évidentes. Mais finalement, les évidences, parfois, il faut les rappeler. La préfète l'a dit, c'est-à-dire que même, alors qu'on était au cœur des incendies, on a encore retrouvé des personnes qui allaient de manière illégale en forêt, qui jetaient des mégots ou qui allumaient des barbecues, alors qu'on était au cœur d'incendies qui n'ont jamais été aussi massives, je veux dire presque monstrueux par leur ampleur et par les dégâts et la désolation que ça a pu causer. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREOui. Méga feu. AURORE BERGÉAvec des milliers et des milliers d'hectares détruits, des milliers de personnes, enfin, 2 000 personnes qui ont dû être évacuées, pour certains qui ont perdu leurs habitations. Dans 9 cas sur 10, ces départs de feu sont des départs humains. Alors, soit parce qu'ils sont volontaires, et là, c'est criminel, mais ça devient presque criminel aussi quand c'est soi-disant de la mégarde, parce que la mégarde, ça peut causer les images que nous voyons là, parce qu'à un moment, on n'arrive plus à maîtriser, parce que les vents, parce que les chaleurs extrêmes, parce que l'intensité. Donc, oui, il faut évidemment continuer la prévention. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREVous parlez, Aurore Bergé, de fermeté. Depuis le début des incendies, 275 personnes ont été interpellées, 31 écrouées : 70 %, on le disait, pour des incendies volontaires. Ce sont les annonces, hier, de Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur. Mais c'est vrai aussi que certains Français se disent que parfois, on n'est pas assez ferme. La peine la plus lourde prononcée pour le moment est de 4 ans de prison, dont 18 mois avec sursis, une sanction infligée par le tribunal de Mont-de-Marsan. D'autres pyromanes ont écopé de 2 ans de prison ; ou encore 18 mois, dont 6 ferme avec possibilité de porter un bracelet. Est-ce qu'il faut parfois aller plus loin, même quand on est confronté à des personnes qui sont mineures ? AURORE BERGÉJe crois qu'honnêtement, personne ne comprendrait, au regard de la désolation absolue et des images qu'on voit encore à l'écran, qu'ensuite, on ait des sanctions qui ne soient pas à la hauteur du préjudice qui a été causé. Parce qu'il y a le préjudice humain : des personnes qui ont dû évacuer leur domicile, des personnes qui ont perdu leur maison. Préjudice financier : parce qu'il va falloir ensuite mesurer l'impact financier, y compris sur l'activité touristique, par exemple, qui a été empêchée au cœur de la saison ; et ça veut dire des emplois, derrière, qui sont potentiellement menacés, l'État qui va devoir accompagner, qui va devoir soutenir. Donc, c'est-à-dire, les impôts des Français qui vont être mobilisés. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRECe que vous a dit le ministre du Travail… AURORE BERGÉParce qu'évidemment, c'est un enjeu, des personnes qui n'ont pas pu travailler dans la période. Et puis, il y a le dégât écologique majeur : vous avez 120 000 hectares qui sont partis en fumée. Combien de temps pour arriver à restaurer ces forêts-là, le puits de carbone que ça représente ? Donc, oui, je crois qu'on a besoin d'avoir des sanctions qui sont à la hauteur de ce préjudice. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRESur l'excuse de minorité, par exemple, est-ce qu'il faut revenir sur cette excuse de minorité ? AURORE BERGÉMoi, j'ai déjà eu l'occasion de dire : que j'y étais favorable. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRED'accord. AURORE BERGÉParce que je crois que personne, aujourd'hui, ne comprend qu'on est sur une loi qui a été composée à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale. Les mineurs ont changé. Donc, il y a un enjeu, évidemment, de protection des mineurs vulnérables. C'est tout ce sur quoi nous travaillons. Et on y reviendra dans le cadre de la loi intégrale. Protection de nos enfants et de l'enfance en danger et des enfants qui sont en souffrance, mais zéro naïveté sur la délinquance, voire sur de la criminalité, y compris quand ça touche des jeunes qui ont par exemple 15 ans ou 16 ans. On le voit bien aujourd'hui : on a eu trop de drames causés par des très jeunes. Et on a un rajeunissement, on a un rajeunissement des victimes, parce qu'on a un rajeunissement des auteurs. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREOui, mais le préfet de Paris l'a dit : durant la finale de Ligue des Champions, on a vu des jeunes de 11 ans, ivres, en train de piller des boutiques. Donc, effectivement, c'est un vrai sujet. AURORE BERGÉMais ce qui pose aussi la question de la responsabilité parentale. On a des parents qui sont dépassés, on a aussi des parents qui sont défaillants. Quand on a 11 ans, 12 ans, 13 ans, rien ne justifie qu'on soit livré à soi-même avec le risque, ensuite, d'être entraîné. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREEt les responsabiliser n'est pas simple ? AURORE BERGÉNon, ce n'est jamais simple, évidemment. Il y a un certain nombre de mesures nouvelles qui ont été mises en place, qui doivent être mobilisées aussi par la justice, pour garantir que cette responsabilité parentale, elle soit engagée, y compris financièrement, notamment, quand il y a des enjeux de réparation ; parce qu'il y a eu des détériorations, parce qu'il y a eu des préjudices qui ont été causés, parce que c'est toute une chaîne de responsabilités. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREBien sûr. AURORE BERGÉÇa ne peut pas être que l'État seul. La responsabilité, c'est une responsabilité collective, mais c'est d'abord une responsabilité individuelle. Et parfois, on se repose trop sur les autres en bout de chaîne, et donc, sur l'État en bout de chaîne. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREAurore Bergé, on parlait de prévention. Éric Ciotti, le maire de Nice, a proposé hier une lettre adressée au ministre de l'Éducation nationale. Il veut un hommage aux pompiers dans les écoles à la rentrée, pour saluer leur engagement, transmettre le sens du devoir, susciter aussi, peut-être, des vocations. Qui sait ? J'entendais un chroniqueur sur CNews et sur Europe 1 qui parlait : "Pourquoi pas, à la Sainte-Barbe ?". AURORE BERGÉLa fête des pompiers. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREOui. AURORE BERGÉLa Sainte patronne des pompiers. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRELa Sainte-Barbe, reconnue comme la protectrice des métiers exposés aux risques d'explosion ou d'incendie, incarne à elle seule le courage face aux dangers et la fidélité aux valeurs de solidarité et d'abnégation. Ce serait une bonne idée ? AURORE BERGÉEn tout cas, je crois qu'il faut qu'on n'ait pas la mémoire courte. Parce que souvent, on rend hommage, quand on est au cœur de la crise, à celles et ceux qui nous ont protégés ; et puis, une fois que la crise se referme, chacun reprend le cours de sa vie, ce qui est bien normal, et on oublie. Je pense qu'il ne faut pas oublier. Il ne faut pas oublier l'engagement de ces femmes et de ces hommes au péril de leur vie. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREDonc, vous pourriez souffler ça à l'oreille du ministre de l'Éducation nationale, pour faire ça à la rentrée ? AURORE BERGÉEn tout cas, je crois qu'on a besoin à la fois d'une forme de patriotisme, et ce n'est pas un gros mot, le patriotisme. On a besoin d'insuffler aussi cette volonté d'engagement. D'ailleurs, on a beaucoup de jeunes sapeurs-pompiers dans nos casernes, c'est-à-dire des très jeunes qui s'engagent et qui ont ce sens-là, aussi, du service et du service aux Français. Et je crois qu'encore une fois, on doit se souvenir de l'engagement de toutes celles et ceux qui ont été mobilisés, et qui vont continuer à être mobilisés. Parce que même s'il y a cet espoir qui revient, on sait qu'il y a encore des semaines devant nous pour aller jusqu'au bout de l'extinction de tous les incendies et de tous les départs de feu potentiels. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREEt on verra si à la rentrée, l'idée d'Éric Ciotti est reprise par le ministre de l'Éducation nationale. Autre thème, ce matin, que je voulais vous soumettre, Madame la Ministre, c'est le racisme anti-blanc. Ça concerne directement votre ministère. Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, estime que l'expression racisme anti-blanc n'a pas de pertinence sociologique aux politiques, et qu'elle sert principalement les intérêts de l'extrême droite. Pour le président de SOS Racisme, employer l'expression racisme anti-blanc ne relève pas d'une démarche anti-raciste universelle. Quand on a vu ce qui s'est passé à Crépol avec le meurtre de Thomas Perotto, on a entendu des témoignages sidérants des personnes qui ont dit : "On a entendu, on est venu ici pour planter du blanc". On a vu la justice aussi, qui, finalement, a retenu ce terme de racisme anti-blanc. Quand vous entendez ça, qu'est-ce que vous lui répondez ce matin, au président de SOS Racisme ? AURORE BERGÉJ'allais le dire, il y a eu une décision de justice, qui est une première, et qui va sans doute faire justement jurisprudence. C'est-à-dire que la justice française a reconnu que le racisme anti-blanc, non seulement, existait, mais qu'il pouvait ensuite permettre que le pire puisse exister. C'est-à-dire un assassinat d'un jeune qui a été vraisemblablement ciblé délibérément, avec l'assassinat de Thomas à Crépol. Donc, je crois que le sujet, ce n'est pas de la hiérarchie. On n'est pas là pour hiérarchiser entre les différents types de racisme. Il y a des spécificités. Il y a des spécificités historiques évidentes sur la question du racisme anti-noir et sur la question de l'esclavage, et la manière avec laquelle ces stéréotypes continuent à exister. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREIl y a des débats aussi sur ce… AURORE BERGÉMais il ne faut pas, encore une fois, opposer les racismes entre eux. Il faut qu'on ait ce qu'est la France. C'est-à-dire un pays qui est républicain, un pays qui est universaliste, un pays qui ne trie pas, un pays qui ne hiérarchise pas entre les combats, et un pays qui adresse tous ces combats dans le même mouvement et dans le même temps. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREÇa vous choque ce qu'il a dit, le président de SOS Racisme ? AURORE BERGÉJe pense que c'est surtout inutile. Je pense que c'est inutile, si vous voulez, d'ajouter de la polémique sur la polémique. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREOn pourrait tous se retrouver sur ce thème. AURORE BERGÉParce qu'il y a du racisme, il y a même des racismes. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRETous les racismes, on les condamne tous. Et puis, voilà. AURORE BERGÉEt chacun devrait évidemment les condamner. Ils devraient être condamnés avec la plus grande des fermetés par la justice, parce que c'est une circonstance aggravante. C'est-à-dire, cibler quelqu'un à raison de sa couleur de peau, à raison de son identité réelle ou supposée, à raison de son origine, évidemment que c'est aggraver la manière avec laquelle, ensuite, vous allez pouvoir commettre un délit ou, pire même, un crime. Et la justice, encore une fois, dans notre pays, l'a reconnue dans le cas, malheureusement, du drame qu'a vécu Thomas à Crépol, et sur tout ça. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREAurore Bergé, vous avez réuni hier une trentaine de parlementaires pour préparer une grande loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Cette loi, les Français en ont entendu beaucoup parler depuis le meurtre de la petite Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, retrouvée morte début juin. Mais elle répond à une réalité qui va bien au-delà de ce drame de Lyhanna. Les chiffres donnent le vertige : plus de 270 000 femmes sont victimes chaque année de viols, de tentatives de viols ou d'agressions sexuelles. Plus de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Vous parlez d'ailleurs, ce sont vos mots, Aurore Bergé, d'un continent de violences. Qu'est-ce qu'on fait ? AURORE BERGÉIl faut bien mesurer. Quand on parle des violences sexuelles, que ce soit à l'encontre de nos enfants ou à l'encontre des femmes, on ne parle pas de violences sexuelles qui sont commises à l'extérieur de nos foyers. C'est d'abord ce qui se passe à l'intérieur. Et c'est ça qui est le plus insupportable à entendre. Parce qu'on parle de l'inceste, c'est-à-dire ce que vivent nos enfants de par un membre de la famille notamment, ou de par quelqu'un en qui ils ont confiance. Et ces agresseurs-là, ils abusent de cet amour et de la confiance que les enfants ont. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREEt c'est très important ce que vous dites. C'est-à-dire que c'est le cercle, en fait, familial qui est le premier lieu de drame dans notre pays. AURORE BERGÉEn fait, ce qui devrait être le lieu le plus protecteur au monde devient parfois, trop souvent, le lieu qui est le plus destructeur. Et l'enfant, évidemment, ne se méfie pas de celui qu'il connaît. Il ne se méfie pas de celui qu'il aime. Il ne se méfie pas de celui qui devrait le protéger et qui faillit à ce devoir de protection, et pire, qui en abuse. Et de la même manière, une femme victime de violences sexuelles, dans 9 cas sur 10, elle connaît son agresseur. C'est un ancien conjoint, compagnon, un prétendu ami, un collègue. Donc, il faut avoir bien en tête ces réalités. Et donc, ce qu'on veut faire avec les parlementaires, avec la situation, sur la loi intégrale, c'est quoi ? C'est dire : c'est à la fois une affaire police-justice, c'est-à-dire, il y a évidemment un certain nombre de mesures, encore, à renforcer, de quantums des peines à renforcer. Mais c'est une affaire de société. C'est un fait de société. Comme c'est un fait de société, ça veut dire que ça doit irriguer tous les pans de la société : pour détecter, pour repérer, pour accompagner les victimes. Donc, ce qui se passe au sein de l'éducation nationale pour pouvoir comprendre ce que nos enfants ont à vivre et pour très vite le révéler. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRECe qui s'est passé dans le périscolaire à Paris également. AURORE BERGÉÉvidemment, la question de la formation de toutes celles et ceux qui sont au contact de nos enfants, ça, on l'a déjà mis dans la loi sur la protection de l'enfance. Vous savez que, malheureusement d'ailleurs, la gauche s'est opposée à la perpétuité pour les violeurs en série d'enfants, ce qui est quand même absolument invraisemblable. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRELes moins de 15 ans, hein. C'est ça. Les moins de 15 ans. AURORE BERGÉOn parle d'enfants qui ont subi un certain nombre de viols. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRELes violeurs en série sur les enfants mineurs, de moins de 15 ans. AURORE BERGÉVioleurs en série d'enfants, il faut le redire. La gauche s'y est opposée. ALEXIS DE LA FLÉCHÈRELe texte est passé finalement. AURORE BERGÉLe texte est passé. Et je le dis aussi aux parents : le texte, il permet justement de rassurer les parents, parce qu'il y a beaucoup de parents inquiets, inquiets de mettre leurs enfants dans une colonie de vacances, de les envoyer au périscolaire, dans un centre de loisirs. L'immense majorité de ces personnels sont formés. Et désormais, dans la loi, nous renforçons tous les contrôles qui sont faits à l'encontre et à l'égard de celles et ceux qui sont au contact de nos enfants. Nos enfants, c'est les plus vulnérables. On parle en permanence de principe de précaution. S'il y a bien une matière où il devrait y avoir un principe de précaution absolu, c'est évidemment avec nos enfants. Donc, oui, on va faire cette loi intégrale pour aller au bout de tout ce qui doit être fait dans la loi, de tout ce qui doit être fait à l'extérieur de la loi. Et on l'examinera dès début octobre. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREAurore Bergé, j'ai envie de dire, mieux vaut tard que jamais. Mais après le drame de Lyhanna, la justice a lancé un vaste réexamen des procédures concernant les violences sexuelles sur mineurs. Près de 70 000 dossiers ont été passés en revue conduisant à près d'un millier d'incarcérations. C'est énorme. On ne se réveille pas un peu tard sur cette affaire ? AURORE BERGÉNon. Déjà, parce que, vous le savez, depuis 2017, on a énormément légiféré sur le sujet. Et on a, en grande partie, changé la donne sur ce qui se passe concrètement. On a aujourd'hui des lieux qui existent dans tous les départements pour accompagner, pour repérer, pour détecter. Eh oui, il faut que ce soit un réveil de l'ensemble de la société qui prenne la mesure… ALEXIS DE LA FLÉCHÈREIl y aura un avant et un après Lyhanna ? AURORE BERGÉEn tout cas, je l'espère. Je l'espère, parce qu'il s'est passé quelque chose dans la société. Il s'est passé quelque chose, je crois, pour chaque Français qui a mesuré l'ampleur. Vous avez rappelé les chiffres, encore une fois. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREEt ce n'est que le début, parce que ça va continuer. AURORE BERGÉEt ces chiffres doivent nous interpeller. Et l'objectif, c'est surtout que ça diminue, c'est-à-dire qu'on arrive à accepter qu'il y ait surtout moins de violence dans notre société. Aucune société ne peut accepter, ne peut se contenter de l'idée qu'on continue à adresser ce niveau de violence à l'encontre et à l'égard de nos enfants. Et donc, oui, ça, c'est la responsabilité à la fois de l'État, mais c'est notre responsabilité en tant que famille et en tant que société, évidemment. Donc, on fera cette loi. Mais surtout, on aura besoin d'un impact sur l'ensemble des Français. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREElle va être votée quand, cette loi ? AURORE BERGÉOn va commencer les travaux parlementaires dès le mois de septembre, de manière à aller le plus rapidement possible. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREVous allez être suivi sur ce dossier, par les parlementaires ? AURORE BERGÉÉcoutez. S'il y a bien un sujet où j'espère l'être, et j'espère que nous le serons collectivement, c'est celui-ci. C'est un travail de co-construction, avec les Députés, avec les Sénateurs. Et j'espère que oui, non seulement, on ira au bout, mais que ça se fera dans un climat qui sera un climat de respect, de confiance. Ce n'est pas toujours le cas à l'Assemblée nationale. Et je l'espère même, d'unanimité. J'aurais aimé que ce soit le cas sur la protection de l'enfance. Vous voyez, ça n'a pas été le cas. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREDonc, ce n'est pas si simple ? AURORE BERGÉCe n'est jamais simple à l'Assemblée nationale, mais on peut y arriver quand on y met beaucoup d'engagement et d'énergie. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREEt on suivra avec attention ce qui se passe à la rentrée. Vous êtes ministre spécialisée dans la Lutte contre les discriminations. Il y a une très forte résurgence de l'antisémitisme, Aurore Bergé, dans notre pays. L'affaire Barbara Butch, cette DJ qui a dû quitter la scène. AURORE BERGÉElle a été chassée de scène. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREC'est quand même incroyable. AURORE BERGÉElle a été chassée de scène ALEXIS DE LA FLÉCHÈREOn a aussi Amir, un artiste de confession juive, qui n'arrive quasiment plus à se produire. AURORE BERGÉHeureusement, il arrive à se produire, parce qu'en fait, les Français, ils ont envie d'aller voir ces artistes. Les Français ne regardent pas quelle est l'origine, quelle est l'identité, quelle est la religion. Ils aiment ou ils n'aiment pas des artistes. Ils ont envie d'aller les applaudir. En revanche, il y a ceux qui leur mettent des cibles dans le dos. Et ce qui s'est passé avec Barbara Butch, c'est ça. C'est un tract, un tract signé par la France Insoumise, et un tract qui lui a mis des cibles dans le dos pour faire en sorte qu'elle n'ait pas la capacité à aller au bout d'un concert, à aller au bout d'un spectacle. Et elle a été chassée de scène. Elle n'est pas partie de son plein gré. Elle est partie, parce qu'elle a reçu des projectiles, parce qu'elle a reçu des bouteilles en verre, parce qu'elle aurait pu être blessée et que pour sa sécurité, il a fallu qu'elle quitte la scène. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREBien sûr. AURORE BERGÉEt pire, la France Insoumise s'en est félicitée. Elle s'en est félicitée. Ils se sont félicités d'avoir réussi à la chasser de scène. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREVous avez raison. Mathilde Panot a dit effectivement qu'elle comprenait qu'on puisse avoir une réaction face aux déclarations de Barbara Butch. AURORE BERGÉMais il n'y a rien qui le justifie. Il n'y a rien qui justifie qu'on chasse de scène une artiste, parce qu'elle est juive. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREVous avez parlé de la loi Yadan. Vous avez parlé de la loi Yadan. D'ailleurs, je ne sais pas si vous soutenez cette loi Yadan. AURORE BERGÉOn a un projet de loi. Je porte un projet de loi sur la lutte contre l'antisémitisme. Je l'ai présenté en juillet dernier. Il sera examiné à la rentrée, parce que face à la résurgence de l'antisémitisme, moi, je n'accepte pas les demi-mesures. Et je veux qu'on aille évidemment au bout de la protection qu'on doit aux Français. Mais là aussi, ça suppose un réveil collectif. Et je crois que les Français, ils ont été absolument indignés de voir les images, de voir cette femme seule sur scène, cette artiste, seule sur scène, chassée de scène, parce qu'elle était juive. Elle continue à se produire. Elle s'est produite la semaine dernière. Amir va continuer à se produire, comme Sophia Aram va continuer à avoir ses spectacles malgré la vindicte de la France insoumise. Et je pourrais continuer cette liste d'artistes qui rendent fiers les Français, mais en dépit, encore une fois, de celles et ceux qui voudraient les faire taire. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREEh bien, Aurore Bergé, j'espère que vous aurez raison, et que tous ces artistes pourront continuer à se produire. AURORE BERGÉMais on aura raison, parce que je sais que les Français y sont attachés. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREMerci à vous. AURORE BERGÉMerci à vous. ALEXIS DE LA FLÉCHÈREJe vous souhaite de bonnes vacances. AURORE BERGÉMerci, c'est gentil. A vous aussi. Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 août 2026
La source — vie_publique · nº 304244
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304244-aurore-berge-31072026-migrant-racisme-anti-blanc-loi-violence-sexuelle?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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