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24 août 2026 · Gouvernement · discours Discours

Interview de M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, à RTL le 24 août 2026, sur le budget pour 2027.

David Amiel (auteur), Céline Landreau (intervenant)

DAVID AMIELBonjour, CELINE LANDREAUEt merci d'être sur RTL ce matin. Juste avant le Conseil des ministres de rentrée auquel vous allez participer tout à l'heure. Rentrée marquée par la préparation du futur budget dans un contexte économique morose, un taux d'intérêt de la dette qui grimpe, plus de 4% désormais, une dette qui se creuse encore. À qui allez-vous demander des efforts ? DAVID AMIELVous avez d'abord raison de le rappeler. La hausse forte des taux d'intérêt qu'on observe dans le monde entier, mais qu'on observe aussi malheureusement en France, c'est un coup de semonce. On a changé de monde, y compris par rapport à ce qu'on vivait il y a quelques années, y compris par rapport au printemps dernier, quand on subissait le déclenchement de la guerre dans le détroit d'Ormuz. Aujourd'hui, si on dépense 100 euros sans le financer, ça coûtera ensuite 140 euros à rembourser. Dans quelques années, avant même 2030, la totalité de l'impôt sur le revenu ne servira plus qu'à une chose, c'est à payer les charges d'intérêts, c'est-à-dire au fond, à enrichir les créanciers. C'est la raison pour laquelle il faut évidemment qu'on arrête cette machine infernale. CELINE LANDREAUDonc ça, c'est pour le tableau noir que vous dressez l'exercice de pédagogie. Mais vous n'avez pas répondu à ma question à qui vous allez demander des efforts pour enrayer tout ça ? DAVID AMIELD'abord, il faut que les partis politiques à l'Assemblée nationale fassent preuve de responsabilité. Vous le savez, on n'a pas une majorité à l'Assemblée nationale. Le Premier ministre a adressé ce week-end une lettre extrêmement claire qui rappelle. CELINE LANDREAUUne lettre d'équipage à tous les parlementaires. DAVID AMIELExactement, qui rappelle l'essentiel, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de budget pour l'année 2027, alors, on ira vers une catastrophe économique pour notre pays. Énormément de secteurs économiques tourneraient à l'arrêt, notre déficit exploserait. Et ces deux éléments sont publics. Ils ont été documentés par l'Inspection générale des finances et par le Conseil d'État. Pas besoin de me croire sur parole, ils sont accessibles sur Internet pour tout le monde. CELINE LANDREAUC'est-à-dire, pour être très clair, s'il n'y a pas de budget adopté, le rapport de l'Inspection générale des finances estime que le coût d'une loi spéciale, ce serait 15 milliards d'euros supplémentaires. DAVID AMIELExactement. Et ce compromis politique, ça ne peut pas être le n'importe quoi budgétaire, parce qu'évidemment ce serait la facilité pour les partis politiques de mettre la tête dans le sable, de dire : " Attendons l'élection présidentielle, faisons un accord a minima, laissons filer les déficits ". Mais ça, dans l'environnement économique que je rappelais à l'instant, ce serait extrêmement dangereux. Et nous, on ne sera jamais des Ponce Pilate budgétaire. CELINE LANDREAUDonc, vous appelez tous les parlementaires, à la responsabilité. Ça, on l'a compris, on. Les Insoumis ont déjà annoncé hier qu'ils voteraient la censure. Vous avez des premiers retours de cette lettre qu'a adressée le Premier ministre ? DAVID AMIELJ'ai vu des réactions ce week-end, je n'attendais évidemment pas grand-chose. Des insoumis, Jean-Luc Mélenchon lui-même fait maintenant des promesses qui relèvent davantage de la pensée magique qu'autre chose. Autant, vous connaissez les talents d'orateur de Jean-Luc Mélenchon, on lui découvre ce week-end des talents de magicien, il pense qu'il suffit de rayer la dette d'un trait de plume. Je crois que les chroniques se sont multipliées, y compris à votre micro, pour montrer que ça n'avait absolument aucun sens et que ça construirait en réalité à une catastrophe financière, donc je n'attendais rien de la France insoumise. En revanche, j'attends des partis de Gouvernement, des partis de la droite républicaine, des partis de la gauche républicaine, des partis du Bloc central, qu'on puisse entendre pour construire ce compromis, mais je le redis, un compromis qui évidemment ne soit pas n'importe quoi budgétaire et qui permette de continuer à poursuivre les efforts de réduction du déficit que l'on mène depuis 2025. CELINE LANDREAUDonc, vous attendez la réponse responsable, vous l'espérez des parlementaires, eux attendent peut-être de savoir ce que vous allez décider, ce que vous allez proposer dans ce budget, et je répète une nouvelle fois ma question, à qui vous allez demander des efforts en priorité ? Vous avez vous-même ouvert la porte d'une non-indexation des pensions de retrait d'une certaine partie des retraités, est-ce que ça c'est toujours un sujet qui est sur la table ? Est-ce que vous avez fixé le seuil de ces pensions qui ne seraient pas réindexées 2000, 3000 euros, on a vu des chiffres circuler ? DAVID AMIELC'est un débat qui sera évidemment incontournable. Vous savez, en 2024, l'augmentation pour 100% des retraités, de 100% des retraites, elle nous coûte 15 milliards d'euros chaque année. C'est plus que le budget du ministère de la Justice. Et c'est la raison pour laquelle ce débat existe, parce que dans la période dans laquelle on est, dans la période dans laquelle il faut faire des choix d'urgence absolus, des choix d'urgence qui ne peuvent pas être financés par le déficit, il y a des choix, évidemment, difficiles à faire, et les efforts, ils devront être généraux dans le cadre du budget en ce qui concerne les paramètres précis, les questions précises que vous me posez, et l'ensemble des questions qu'elles relèvent des retraites ou autres, elles seront arbitrées par le Premier ministre et présentées très prochainement. CELINE LANDREAUMais c'est donc toujours une piste sur la table ? DAVID AMIELLe Premier ministre aura l'occasion de rendre ses arbitrages prochainement. CELINE LANDREAUBon, donc on n'a pas de réponse ce matin sur les retraites. Est-ce que la reconduction de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises est aussi sur la table ? Le MEDEF fait sa rentrée cette semaine. J'imagine que les patrons sont sensibles à cette décision. DAVID AMIELJe le disais, les arbitrages structurants pour le budget, et c'est normal, seront présentés par le Premier ministre dans un contexte où tous devront faire des efforts. Des efforts pour quoi ? Des efforts pour financer des politiques publiques essentielles. Je pense à celles qui concernent l'avenir de notre pays et dans le premier élément de budget que j'ai eu l'occasion de présenter au Parlement au mois de juillet dernier, il y a deux augmentations essentielles. La défense et la transition écologique. Et je crois que c'est un symbole de ce qu'on doit faire aussi dans le cadre de ce prochain budget, c'est-à-dire faire des efforts, faire tous des efforts pour pouvoir préserver les investissements indispensables dans l'avenir. CELINE LANDREAURaphaël Glucksmann, qui s'est déclaré candidat officiellement hier, propose, lui, de taxer les super-héritages. Alors, dans son esprit, ça permettrait d'augmenter les salaires en baissant les prélèvements sociaux. Est-ce que ça, ce sont des pistes aussi que vous pouvez mettre sur la table, même si on entend que rien n'est tranché, rien n'est tabou non plus ? DAVID AMIELJ'ai entendu la proposition de Raphaël Glucksmann. Elle ne vise pas à réduire le déficit, si j'ai bien compris. C'est dans le cadre de l'élection présidentielle. Il y aura des débats sur cette question-là. Moi, je pense que tous les débats qui permettent d'augmenter les salaires nets dans le cadre de la présidentielle sont légitimes. Là, l'urgence dans le cadre du budget 2027, c'est d'éviter une dérive très grave des finances publiques, de continuer à réduire les déficits. Demander des efforts aux plus fortunés, on l'a déjà fait dans les budgets précédents, ceux de 2024, ceux de 2025. C'était la contribution différentielle sur les hauts revenus, par exemple. Ça fera évidemment partie des débats légitimes, mais ça ne doit pas nous détourner de l'essentiel, c'est-à-dire les économies budgétaires. CELINE LANDREAUDavid Amiel, je rappelle que vous êtes ministre de l'Action et des Comptes Publics. Qu'est-ce que vous êtes certain, dans ce contexte que vous nous décrivez, de pouvoir tenir la promesse de Sébastien Lecornu ? Pas de hausse d'impôt ? DAVID AMIELJe le disais à l'instant, notre priorité absolue, c'est de réduire le déficit. Et pour cela, la première chose à faire, c'est de faire des économies budgétaires. Parce que souvent dans ce pays, tout est prétexte, pardonnez-moi, à différer, reporter, enterrer les économies budgétaires. Certains disent qu'il suffit d'augmenter les impôts dans le pays qui est d'ores et déjà le plus imposé d'Europe. D'autres prétendent que la dette n'est pas un problème. D'autres voudraient qu'à chaque crise, on abandonne les efforts de consolidation budgétaire. Je crois que notre pays souffre de ça, donc concentrons-nous d'abord sur les économies budgétaires. CELINE LANDREAULes entreprises qui attendront vos arbitrages, les entreprises inquiètes aussi pour leur sécurité informatique. La facturation électronique va devenir obligatoire pour nombre d'entre elles dès le 1er septembre. En clair, les factures devront avoir un format numérique normé, passer aussi par des plateformes agréées par l'État. Officiellement, c'est pour garantir leur sécurité et transmettre automatiquement les données au fisc. Garantir la sécurité, est-ce que vous le pouvez vraiment aujourd'hui dans le contexte des cyberattaques qu'on connaît ? DAVID AMIELD'abord, pourquoi est-ce qu'on fait cette réforme de la facturation électronique ? C'est-à-dire permettre à toutes les entreprises de facturer avec les mêmes standards. C'est pour simplifier la vie de tout le monde. C'est ce qui va permettre de réduire les délais de paiement. Et vous savez à quel point ça empoisonne la vie des PME. C'est ce qui va permettre de réduire les temps administratifs pour les chefs d'entreprise. C'est ce qui va permettre de lutter contre la fraude à la TVA sans multiplier les contrôles tatillons qui, là aussi, empoisonnent la vie. CELINE LANDREAUAvec un record de récupérer 2 à 3 milliards d'euros par an, c'est ça ? DAVID AMIELOui, et sans avoir des contrôles tatillons sur l'immense majorité des entreprises qui respectent bien évidemment les règles. C'est la raison pour laquelle les organisations patronales ont été très engagées dans la préparation et la mise en place de cette réforme. CELINE LANDREAUMais on a les moyens de sécuriser toutes les données de ces entreprises qu'elles vont vous confier demain ? DAVID AMIELMais le plus important, c'est la preuve. Est-ce que cette réforme a marché là où elle a été mise en avant ? Oui. Les Belges, les Italiens ont mis en oeuvre la facturation électronique et ça a fonctionné. CELINE LANDREAUMais je pourrais vous répondre que peut-être que leurs systèmes informatiques sont mieux sécurisés que ceux de la France en matière de cyberattaque. DAVID AMIELLes exigences de sécurité qu'on a demandées aux plateformes agréées sont supérieures à ceux qui existent en Italie et en Espagne. Et j'aurai l'occasion ce mercredi à Bercy, de convoquer l'ensemble des plateformes agréées pour renforcer encore les exigences de sécurité dans le contexte que vous évoquez. Et puis, je voudrais aussi être très clair, le 1er septembre, ce n'est pas une date coupe-prêt, c'est au fond le début, le coup d'envoi de cette réforme de la facturation électronique. CELINE LANDREAUÇa veut dire pas de sanctions pour l'immédiat ? DAVID AMIELÇa veut dire qu'évidemment, d'ici à la fin de l'année 2026, il n'y aura aucune sanction pour aucune entreprise. On sera extrêmement pragmatiques. L'idée est d'accompagner progressivement les entreprises dans l'adoption de la facturation électronique. CELINE LANDREAUEt on rappelle que le délai, ce n'est pas le 1er septembre pour toutes les entreprises. Pour les TPE, PME, ce sera seulement septembre 2027. Je voudrais revenir quand même au piratage des données. On en a parlé de la Direction Générale des Finances Publiques. Vous avez présenté vos excuses aux contribuables. Certains d'entre eux sont appelés à payer leurs taxes foncières à partir d'aujourd'hui. Ils peuvent le faire sans crainte ? DAVID AMIELOui, car ce qui a été attaqué par le cyberattaquant ne concernait pas le paiement des impôts. Il n'y a pas d'impôts qui auraient été détournés, d'avis d'imposition qui auraient été modifiés. Il y a eu un accès à un certain nombre d'informations pour un peu plus de 600 000 particuliers et professionnels qui concernaient, par exemple, le revenu fiscal de référence. Pas la composition de votre revenu, mais le revenu fiscal de référence. Mais jamais le paiement de l'impôt n'a été perturbé. CELINE LANDREAUUn mot peut-être pour finir, David Amiel, de notre sondage Harris Interactive Toluna, pour RTL et M6, il donne Marine Le Pen gagnante ce matin, dans tous les cas de figure, au second tour. Et dans la plupart des hypothèses, après un second tour face à Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous redoutez l'effacement du bloc central de votre famille politique en 2027 ? DAVID AMIELLa première chose que je redoute, c'est la victoire de Marine Le Pen. Parce que ce que montrent les sondages que vous évoquez, c'est qu'aujourd'hui, Marine Le Pen, l'extrême droite, est extrêmement bien positionnée pour l'élection présidentielle. Je pense que ce serait une catastrophe pour notre pays. Une catastrophe pour les finances publiques. Le programme Marine Le Pen serait une catastrophe. On voit à quel point, même sur la question des retraites, le FN n'arrive toujours pas à dire ce qu'il compterait faire. Une catastrophe, évidemment, sur le plan européen, sur le plan des alliances internationales. Une catastrophe pour la cohésion de notre pays. Et je crois que ça, bien au-delà de ma famille politique, bien au-delà de mon parti politique, ça devrait tous interpeller avec une question : " Comment faire pour que les classes populaires et les classes moyennes, qui sont aujourd'hui tentées par le vote du RN, aient une autre voie d'espoir ? " source : Service d'information du Gouvernement, le 25 août 2026
La source — vie_publique · nº 304417
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304417-david-amiel-24082026-rtl-budget-2027?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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