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28 août 2026 · Gouvernement · France Inter · discours Discours

Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire, à France Inter le 28 août 2026, concernant les conséquences du dérèglement climatique sur la production agricole.

Annie Genevard (auteur), Quentin Lafay (intervenant)

QUENTIN LAFAYBonjour Annie Genevard. ANNIE GENEVARDBonjour. QUENTIN LAFAYAlors soyons concrets tout de suite, la production de maïs, elle est au plus bas depuis les années 80. Celle de pommes de terre, amputée d'un quart. Les volailles des millions sont mortes cet été. Même les oeufs, même les oeufs sont plus petits. En bref, les canicules de cet été ont été dévastatrices pour l'agriculture française, pour les agriculteurs. Elle inquiète déjà les consommateurs, on y reviendra. Est-ce que vous êtes capable aujourd'hui de poser un diagnostic sur l'état de l'agriculture française ? ANNIE GENEVARDHier, je réunissais tous les préfets de France pour faire un point très précis sur la situation. L'agriculture française traverse une crise d'une gravité exceptionnelle. On le sait, aux conséquences économiques terribles et aux conséquences humaines. Et je suis très attentive à cette dimension humaine. Pour beaucoup d'agriculteurs, c'est le travail d'une année qui est réduit à néant par la sécheresse, par la canicule, par les incendies parfois. Un point nous inquiète particulièrement, c'est la production de fourrage. 50% de fourrage en moins dans la moitié des prairies et ça touche évidemment à la question de l'alimentation des animaux. Mais le maraîchage de plein champ, l'arboriculture, en partie la viticulture, que ce soit dans la France hexagonale ou en Outre-mer, tous les territoires sont touchés, toutes les productions sont touchées. Nous avons donc une situation d'une extrême gravité qui appelle des réponses urgentes et puissantes. QUENTIN LAFAYAlors justement, face à cela, début août, vous aviez proposé un plan global d'accompagnement canicule-sécheresse-incendie. On a reproché à ce plan son manque peut-être de clarté, une absence de calibrage budgétaire. Est-ce que vous êtes en mesure d'être plus précis ce matin ? ANNIE GENEVARDEh bien, sur la foi de ce que les préfets nous ont dit hier, on va ajuster les mesures que nous allons présenter la semaine prochaine. Il faut effectivement des aides financières, des aides réglementaires, des allégements réglementaires. L'idée, si vous voulez, c'est d'abord d'épauler les agriculteurs dans un moment où ils souffrent particulièrement, où ils voient le travail d'une année réduit à néant pour certains. Et surtout, surtout, de permettre la relance de la production pour l'année prochaine. Il faut pouvoir acheter des semis, il faut pouvoir acheter des plants, il faut pouvoir acheter des engrais. Donc assurer la continuité de l'activité agricole l'année prochaine. QUENTIN LAFAYLa question fondamentale, Annie Genevard, c'est celle du soutien financier, notamment à ces agriculteurs. Beaucoup évoquent déjà un plan qu'ils aimeraient à la hauteur du plan qui avait été mis en oeuvre lors de la crise sanitaire du Covid. Est-ce que vous êtes là aussi capable de nous avancer quelques montants ce matin ? ANNIE GENEVARDNon, parce que ça, c'est encore en cours d'évaluation sur la foi de ce que nous ont dit les préfets. Mais ce que je voudrais rappeler à vos auditeurs, et en même temps le message que j'adresse aux agriculteurs, c'est que notre objectif c'est d'épauler la trésorerie des exploitations les plus fragiles, ou celles qui menacent de l'être, et puis avec une attention particulière portée aux jeunes agriculteurs qui viennent de s'installer dans le métier, qui ont contracté des emprunts, qui doivent continuer leur activité. Ceux-là auront toute mon attention. QUENTIN LAFAYL'autre inquiétude concerne évidemment les consommateurs. D'ores et déjà, les prix des fruits et légumes augmentent. On s'attend à ce que la situation empire bien encore dans les mois qui viennent. Je voudrais vous citer le patron de la FNSEA qui s'exprimait hier devant le MEDEF. Il faut remettre en cause le dogme selon lequel personne ne veut d'inflation alimentaire, disait hier Arnaud Rousseau. Vous êtes d'accord avec cette idée-là ? ANNIE GENEVARDTrès rapidement, moi j'ai fait un appel à la grande distribution pour leur dire un certain nombre de choses. D'abord, la situation que nous vivons évidemment implique un engagement puissant, total, de l'Etat et du Gouvernement auprès de nos agriculteurs. Je veux dire à quel point, depuis le mois de mai, je suis dans mon ministère en mode crise. On essaie d'être au plus près de nos agriculteurs pour les épauler dans ce moment extraordinairement difficile. Mais c'est un effort de solidarité globale qui va du consommateur, qui doit soutenir nos agriculteurs en achetant des produits français, à la grande distribution qui doit revoir les contrats pour un calibrage de fruits et de légumes plus petit. C'est aussi les assureurs, les banquiers, les collectivités, bref, toute la société française, toute la France doit être aux côtés de ces agriculteurs. Maintenant sur la question des prix, puisque c'était votre question, j'observe qu'il n'y a pas une envolée des prix, et en tout état de cause, et pour être encore plus précise dans ma réponse, il est clair qu'entre le consommateur et le producteur, il doit y avoir une recherche d'équilibre. QUENTIN LAFAYC'est-à-dire que le consommateur in fine devra payer un peu plus cher ? ANNIE GENEVARDDisons que l'alimentation doit être payée à un juste prix, la part alimentaire dans le budget des ménages n'a pas cessé de diminuer depuis des décennies. Donc c'est vrai que l'alimentation doit être évaluée à un juste prix, ce qui ne signifie pas que ça va nourrir l'inflation de façon dramatique. On est très attentifs naturellement à contenir l'inflation, et la grande distribution a pris l'engagement de pouvoir mieux rémunérer les agriculteurs si c'est nécessaire, parce qu'au bout du compte, si nous ne voulons pas importer la totalité de notre alimentation, il nous faut produire en France. QUENTIN LAFAYEst-ce que vous avez aujourd'hui des moyens concrets, des leviers, pour permettre à la grande distribution de réduire leurs marges, de permettre aux agriculteurs d'être mieux payés, et aux consommateurs de payer le juste prix, comme vous le dites ? ANNIE GENEVARDJe crois que c'est une prise de conscience globale que nous devons avoir, nous consommateurs. Chaque consommateur a une partie de la solution, mais la grande distribution également, et vous savez à quel point les relations commerciales sont parfois tendues, donc j'appelle à ce que chacun comprenne qu'on ne peut pas détruire de la valeur, et qu'il faut protéger notre appareil productif. QUENTIN LAFAYLa question qui se pose, Annie Genevard, est plus large. Dans le fond, la crise climatique que nous avons vécue cet été, tous les scientifiques le disent, elle est peut-être moins grave que les crises des prochains étés. Il faut rappeler que l'agriculture est victime de cette crise, nous l'avons dit, elle en est peut-être en partie aussi à l'origine, puisque l'agriculture c'est environ 19% des émissions de gaz à effet de serre en France. A moyen terme, à long terme, comment on engage le changement de modèle de notre agriculture ? ANNIE GENEVARDIl est clair que cette crise climatique et météorologique doit inspirer d'autres méthodes de production. Il faut adapter nos bâtiments d'élevage à la canicule, il faut des variétés végétales qui soient mieux résistantes au gel, à la sécheresse, à la chaleur. Il faut un meilleur accès à l'eau agricole, car l'agriculture, contrairement à ce qui peut être dit, ne prélève que 11% de la totalité des prélèvements quand l'énergie en prélève 45%. On irrigue très peu en France. 7% des terres sont irriguées, c'est très peu comparé à d'autres pays. Il nous faut bien sûr orienter vers une production qui s'adapte au mieux au changement climatique. C'est tout l'objet de la politique que j'ai mise en oeuvre, depuis que je suis arrivée à la tête du ministère, en d'ailleurs continuant des politiques qui ont été initiées par mes prédécesseurs. C'est le fonds hydraulique, c'est le Plan Méditerranée pour adapter les cultures aux conditions météorologiques. Ce sont les contrats d'avenir pour la souveraineté alimentaire. Vous savez que 30% de notre assiette est importée. Moi je ne peux pas me résoudre à ça, et je ne veux pas que ce pourcentage augmente. Je veux que nous continuions de produire en France, et c'est tout le plan de souveraineté alimentaire. Donc il faut donner des perspectives à l'agriculture française. QUENTIN LAFAYDans l'action que vous avez menée, il y a aussi la loi d'urgence agricole votée au Parlement fin juillet. Un texte qui prévoit de doubler les volumes de stockage d'eau pour les usages agricoles d'ici 2035. Parmi ces modes de stockage, il y a les fameuses mégabassines, qui sont parfois des objets polémiques parce qu'elles créent certaines inégalités. Beaucoup de scientifiques, beaucoup d'études remettent aujourd'hui en cause l'efficacité de ces mégabassines. Quel est votre point de vue sur le sujet ? ANNIE GENEVARDAlors d'abord vous dire très clairement que le stockage de l'eau ne peut pas se réduire aux réserves de substitution parce que moi, je n'appelle pas ça les mégabassines… QUENTIN LAFAYL'autre nom de mégabassine ? ANNIE GENEVARDNon, ce n'est pas l'autre nom, c'est le nom de ce type de dispositif de stockage de l'eau. Réserve de substitution, qu'est-ce que ça veut dire ? A l'eau d'été qui manque, on substitue l'eau stockée en hiver quand elle abonde. C'est ça une réserve de substitution. Mais il y a aussi les réserves collinaires, l'eau qui ruisselle. Il y a aussi la réutilisation des eaux usées. Le stockage de l'eau ne peut pas se réduire à ce que les écologistes décroissants appellent les mégabassines qui concentrent en quelquesorte leur… QUENTIN LAFAYEn tout cas, beaucoup disent que ces mégabassines sont peu efficaces parce que notamment l'eau qu'elles contiennent s'évapore très, très largement. ANNIE GENEVARDOn estime à peu près à un milliard de mètres cubes d'eau, l'eau qui s'évapore. Sur la totalité de l'eau qui repart à la mer, c'est moins de 1%. Donc bien sûr l'eau s'évapore sous l'effet de la chaleur, c'est un phénomène que chacun peut observer et que l'eau s'évapore, c'est une réalité. Mais ça ne remet pas en cause le sujet d'un meilleur accès à l'eau. Et la loi d'urgence agricole que nous venons, que le parlement vient d'adopter entend effectivement doubler le stockage de l'eau agricole. Et je rappelle que la France stocke très peu d'eau pour l'agriculture et que sans eau il n'y a pas de production. On ne peut pas dire déplorer la sécheresse et plaindre les agriculteurs qui n'ont pas d'eau pour produire… Je rappelle aussi que l'eau agricole, elle a été très puissamment utile pour lutter contre les incendies. QUENTIN LAFAYD'un mot, Annie Genevard, l'autre actualité c'est évidemment la campagne présidentielle qui s'accélère. Des ministres - je pense notamment à Benjamin Haddad, à Maud Bregeon - ont déclaré leur soutien à Edouard Philippe. Avez-vous décidé de votre engagement dans cette campagne ? ANNIE GENEVARDMoi, vous le savez, ma famille politique, ce sont les Républicains. Et je souhaite que dans ce débat qui s'engage pour la présidentielle la droite et la droite de Gouvernement que je représente avec quelques-uns de mes collègues soient présentes à la fois dans le débat et si possible avec un candidat. Notre parti a désigné un candidat en la personne de Bruno Retailleau et je veux dire que le temps des ralliements, s'il doit y en avoir, n'est pas encore venu, ce que je veux dire aussi... QUENTIN LAFAYVous soutenez Bruno Retailleau ? ANNIE GENEVARDBien sûr, je soutiens le candidat de ma famille politique. Ce que je veux dire aussi, c'est que chacun constate qu'il ne faut qu'un candidat entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, faute de quoi et ça nous confère une responsabilité immense. Je veux travailler d'abord à l'unité de ma famille politique et à ce qu'elle soit le mieux représentée dans ce débat. Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 août 2026
La source — vie_publique · nº 304453
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304453-annie-genevard-28082026-france-inter-politique-agricole?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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