Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à CNews le 28 août 2026, sur la recrudescence des actes racistes et antisémites, le projet de loi intégrale de
Aurore Bergé (auteur), Romain Desarbres (intervenant), None (intervenant)
ROMAIN DESARBRESLa grande interview, c'est News Europe 1 avec Aurore Bergé. Bonjour Aurore Bergé.
AURORE BERGÉBonjour,
ROMAIN DESARBRESMerci d'être avec nous ce matin, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. On va parler de toute l'actualité. Évidemment, je voulais vous entendre déjà sur Sébastien Delogu, le député LFI qui est sorti de garde à vue cette nuit. Il est convoqué le 13 novembre prochain devant la justice pour outrage envers des policiers. Ce député est suspecté d'avoir tenté d'empêcher une opération de police dans son immeuble. Comment est-ce que vous jugez son comportement ?
AURORE BERGÉSur le fond de l'affaire, vous imaginez bien que je n'ai pas à m'exprimer parce qu'il y a une enquête qui est ouverte. En revanche, ce que je constate de la part de la France Insoumise, que ce soit monsieur Delogu ou bien d'autres, c'est qu'ils ont mis la violence au cœur d'une stratégie politique et d'une stratégie électorale. La violence est revendiquée comme manière de faire de la politique. On le voit dans les manières d'avoir des rapports de force, les appels à l'insurrection, la désobéissance civile à laquelle ils appellent. Donc, c'est une véritable stratégie électorale de la part de la France Insoumise.
ROMAIN DESARBRESC'est une marque de fabrique chez LFI d'être anti-police ?
AURORE BERGÉEn tout cas, ils ont participé de manière régulière à des manifestations où des slogans étaient scandés, des slogans qui déversent leur haine anti-police, oubliant d'ailleurs évidemment que ce sont les mêmes policiers qui viennent sécuriser les manifestations organisées par la France Insoumise. Donc malheureusement, oui. C'est-à-dire qu'il y a une stratégie de la France Insoumise qui est de dresser des listes, les bons français, les mauvais français. On le voit aussi sur la question de l'antisémitisme, malheureusement.
ROMAIN DESARBRESOn va en parler, oui.
AURORE BERGÉAvec ces fameuses listes de prétendus génocidaires pour évidemment mieux mettre des cibles dans le dos des Français juifs ou de tout simplement ceux qui veulent combattre l'antisémitisme dans notre pays. Et donc oui, il y a une stratégie électorale. Et c'est, je pense, ce qu'il faut reconnaître. Ce ne sont pas des dérapages. À partir du moment où ces dérapages se multiplient et finalement sont quotidiens, c'est une stratégie électorale revendiquée et assumée.
ROMAIN DESARBRESAurore Bergé, vous diriez que la France Insoumise est un parti dangereux ?
AURORE BERGÉJe dis que la France Insoumise, elle abîme la République. Je dis que la France Insoumise, c'est une maladie, je pense, pour la gauche française qui devrait de manière définitive rompre avec la France Insoumise et avec tout type d'accords avec la France Insoumise. Ça a longtemps et souvent été promis. Ce serait bien que ce soit enfin et réellement le cas. Et je pense qu'il ne faut pas laisser la France Insoumise simplement bousiller notre pays. C'est-à-dire bousiller le contrat social, la cohésion sociale dont on a particulièrement besoin aujourd'hui et accepter qu'elle fracture. Donc oui, il faut combattre et il faut battre la France Insoumise.
ROMAIN DESARBRESJe voulais vous entendre sur ce qui s'est passé à Étampes, dans les Saône. Le domicile d'un maire adjoint a été souillé par des croix gammées. Vous avez certainement vu les images. On est en 2026. La croix gammée, c'est le symbole des nazis qui ont exterminé des millions de juifs. Quel est le message quand on dessine une croix gammée ou deux croix gammées en l'occurrence, sur un mur ?
AURORE BERGÉDéjà malheureusement, ce n'est pas la première fois que ces phénomènes arrivent. On a eu les mêmes cas en Seine-Maritime. Là aussi, des croix gammées qui ont été taguées sur des murs des élus de la République qui sont visés ou des établissements publics qui sont visés. Je pense qu'il faut être très clair. Il ne faut absolument rien laisser passer de manière systématique. C'est la raison pour laquelle je fais systématiquement des signalements aux procureurs de la République pour venir aussi en soutien de celles et ceux qui sont attaqués et qui peuvent se sentir aussi souvent bien trop seules face à l'antisémitisme et à la résurgence de l'antisémitisme. Et puis parce que je pense qu'on n'a pas le droit de banaliser la Shoah, de banaliser ces symboles. Quand on en revient à la France insoumise, il faut se rendre compte quand même que dans les universités d'été de la France insoumise, on en est à demander la dissolution du CRIF. Le CRIF est né dans l'après-Shoah. Voilà où on en est, d'un parti politique qui souhaite gouverner dans notre pays. Et donc je pense qu'il y a une banalisation. Et le pire, c'est ce risque-là, le risque de l'indifférence, le risque de la banalisation.
ROMAIN DESARBRESDepuis le 7 octobre 2023, les actes antisémites ont explosé en France et restent à un niveau très élevé. Trois ans après, comment est-ce que vous expliquez que le Gouvernement ne soit toujours pas parvenu à inverser cette courbe ?
AURORE BERGÉAlors heureusement aujourd'hui, on a quand même une décrue sur les actes antisémites. Mais oui, vous l'avez dit et vous avez raison, malheureusement on n'est pas revenu au niveau qu'on connaissait avant le 7 octobre 2023. Donc avant les attentats terroristes perpétrés par le Hamas, où je le rappelle et je le rappellerai à chaque fois, 51 Français ont été assassinés dans ces attentats. Donc on va continuer à se mobiliser, à la fois, ce que je disais, ne rien céder, ne rien laisser passer, continuer à avancer sur la loi. C'est la loi que j'ai présentée en juillet dernier et sur laquelle l'ensemble du Gouvernement est donc évidemment pleinement engagé et qui sera discuté dès cet automne de manière justement à mieux caractériser l'antisémitisme, y compris celui que j'appelle l'antisémitisme d'atmosphère. Ces tags, ces crachats, de manière à ce que systématiquement la circonstance aggravant du fait de l'antisémitisme, du fait qu'on cible quelqu'un à raison de son identité réelle ou supposée puisse être retenue et donc que les sanctions soient véritablement exemplaires.
ROMAIN DESARBRESVous dites vouloir mieux prendre en compte les petits délits racistes ou antisémites, comme ça, comme ces tags par exemple.
AURORE BERGÉOui, parce que c'est exactement l'exemple...
ROMAIN DESARBRESMais vous arrivez à retrouver les auteurs souvent et à les condamner et à les mettre derrière les barreaux ?
AURORE BERGÉAujourd'hui, il faut comprendre que dans la loi, qu'il y ait un tag de cette nature-là ou un tag qui dirait que la vie est belle, vous voyez, c'est caractérisé de la même manière. Parce qu'en fait, ce qu'on condamne, c'est le tag parce qu'il est écrit. Évidemment, ça n'a pas la même signification. Ça n'a pas le même impact quand un élu de la République ou n'importe quel citoyen se réveille en ayant une croix gammée sur son domicile, comme s'il était donc ciblé à raison de son identité, qu'elle soit supposée ou réelle d'ailleurs. Et donc, évidemment, il faut qu'on puisse retenir cette qualification et donc qu'il y ait une circonstance aggravante. Que la sanction ne soit pas de la même nature à partir du moment où ça relève de l'antisémitisme.
ROMAIN DESARBRESLa personne qui a dessiné ces croix gammées, elle mérite quoi exactement, selon vous ?
AURORE BERGÉElle mérite non pas ce qui est prévu aujourd'hui, c'est-à-dire une contravention, elle mérite une sanction qui peut aller évidemment jusqu'à une incarcération. Encore une fois, quand on cible quelqu'un, quand on veut faire peur... Aujourd'hui, on se retrouve dans une situation où on a des Français qui, à raison du fait qu'ils sont juifs, en viennent à avoir un doute sur leur avenir dans notre pays. Ou se disent que leurs enfants, peut-être, n'auront plus d'avenir dans leur pays, notre pays. Personne ne devrait accepter ça. Il n'y a pas un Français qui devrait accepter l'idée que d'autres Français doutent de leur place et de leur avenir en France. Mais pour ça, ça veut dire un sursaut collectif, ça veut dire qu'il faut qu'on aille jusqu'au bout dans la loi, c'était exactement ce que je propose, et ça veut dire aussi qu'on ne doit rien laisser passer et briser aussi ce mur de l'indifférence qui, parfois, est trop important.
ROMAIN DESARBRESAurore Bergé, ministre déléguée, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, avec nous ce matin. Je voulais vous entendre également sur Crépol, 3 ans après la mort de Thomas à Crépol, 16 ans, tué lors d'un bal. Le Figaro révèle ce matin le contenu des interrogatoires des 14 mises en cause. Et au-delà du débat sur le racisme anti-blanc, mais j'aimerais vous entendre aussi sur ce débat, mais il y a un autre, il y a un débat dans le débat, ces auditions révèlent une fracture plus profonde, puisque pour certains jeunes, pourtant nés en France, les Français, entre guillemets, ce sont les autres. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
AURORE BERGÉEn fait, c'est exactement la fracture dont on parlait, c'est-à-dire que finalement, on en vient à considérer qu'on n'appartient pas tous au même pays, à la même nation, à la même histoire, et donc à la capacité à être pleinement français dans notre pays. Et donc ça, c'est le risque évidemment qu'on a. Quand certains appellent à une nouvelle France, ils appellent finalement à cette fracturation du pays, comme si c'était inéluctable, et comme si c'était même souhaitable finalement qu'il y ait plusieurs France qui se confrontent, de la même manière quand on appelle à "petite France" du côté de l'extrême droite, parce que finalement, on en vient à dire que certains seraient moins français que d'autres. Nous, l'objectif, en tout cas de celles et ceux qui sont authentiquement républicains, c'est quoi ? C'est de garantir que chaque Français se sente pleinement français dans ses droits comme dans ses devoirs. On ne peut pas accepter l'idée de la confrontation permanente, de la fracturation permanente, parce que sinon, qui aura encore envie de se dire qu'il appartient à ce pays ? Et donc ça, c'est une responsabilité qui est éminemment politique, évidemment. Et au-delà de ça, on aura ce débat qui est aussi un débat juridique sur les termes. Vous avez vu qu'entre les magistrats, d'ailleurs, ne sont pour l'instant pas pleinement d'accord pour la qualification sur le racisme anti-blanc
ROMAIN DESARBRESLes juges disent que oui, il y a du racisme anti-blanc, et le parquet ne veut pas en entendre pareil. Mais il existe le racisme anti-blanc, Aurore Bergé ?
AURORE BERGÉOui, moi, je l'ai déjà dit. Et je ne le dis pas pour faire plaisir, parce que je suis sur votre plateau. Je le dis parce qu'à un moment, je pense qu'il faut juste voir ce qu'il y a à voir. Et voir ce qu'il y a à voir, c'est qu'il y a des racismes de nature différente qui entraînent des faits de nature différente. Il peut y avoir des discriminations parce que si quelqu'un serait de telle ou telle couleur, de telle ou telle origine, mais nier et refuser la qualification de racisme anti-blanc, je pense que ça ajoute juste, encore une fois, une forme de malaise, comme si on n'osait pas dire les termes et les mots, et comme si on n'osait pas regarder en face la réalité. Je pense qu'il faut non seulement la regarder en face, mais une fois qu'on l'a fait, il faut la combattre. Parce que c'est ça, notre objectif, encore une fois.
ROMAIN DESARBRESAurore Bergé, vous avez travaillé tout l'été à la préparation d'une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, avec l'objectif d'un examen à l'Assemblée, et ce texte, vous le présenterez à la mi-septembre. Déjà, les grandes lignes de ce texte ?
AURORE BERGÉDéjà, loi intégrale, pourquoi ? Intégrale, ça veut dire à la fois les violences faites aux femmes et les violences faites aux enfants. Parce qu'il y a un continuum dans les violences. Notre objectif, c'est quoi ? C'est évidemment de pouvoir détecter, repérer et accompagner au plus tôt les enfants, parce que nous le savons sinon, il y a, à la fois, le fait de les protéger, évidemment, mais il y a le risque de répétition de ces violences. Qu'un enfant victime soit plus tard un adulte victime ou un adulte auteur de violences.
ROMAIN DESARBRESUn enfant témoin peut également devenir un enfant violent.
AURORE BERGÉÉvidemment, parce que quand vous grandissez dans une famille qui est une famille où la violence est le quotidien, pour vous, c'est normal. Là où vous grandissez, la règle qui vous est imposée est la normalité. Et donc, il faut pouvoir briser cette normalité quand il s'y passe, évidemment, des violences. Notamment des violences sexuelles à l'encontre de nos enfants. Donc intégrale, de ce point de vue-là, sur les publics. Intégrale aussi parce que ce n'est pas uniquement un sujet police-justice. C'est un sujet de société. C'est un fait de société au regard du volume des violences qui sont aujourd'hui commises à l'encontre des femmes et à l'encontre des enfants, petites filles et petits garçons. Et donc, ça veut dire mettre en mouvement toute la société, à la fois policiers, gendarmes, magistrats, professionnels de santé. Moi, je travaille avec tous les ordres professionnels en matière de santé, pour qu'ils puissent mieux être formés, mieux détectés, et donc, mieux signaler aussi, évidemment, les violences qu'ils peuvent constater. Professionnels de l'éducation nationale, parce que, oui, l'école a un rôle majeur à jouer, là aussi, sur la détection, le repérage et l'accompagnement. C'est ce qu'on va faire avec ce questionnaire de manière à pouvoir accompagner les enfants dans leur parole, dans leur libération, évidemment, de la parole. Donc, il y a ce qui passe par la loi, et donc, ce qui va être fait dans la loi et discuté à l'Assemblée nationale dès le 7 septembre prochain. Et puis, il y a aussi ce qu'on peut faire sans la loi. C'est ce sur quoi, moi, je m'engage, évidemment, avec le gouvernement. Formation à 100 %, 100 % des policiers et des gendarmes, 100 % des magistrats, 100 % des professionnels au contact de nos enfants. Garantir que, d'ici la fin de l'année, dans 100 % des hôpitaux dotés d'un service d'urgence ou gynécologique, les femmes victimes de violences puissent immédiatement et sur place porter plainte pour ne pas avoir à se déplacer en commissariat ou en gendarmerie pour vous donner un exemple concret.
ROMAIN DESARBRESAurore Bergé, je voulais vous entendre également sur le périscolaire à Paris. Anne Hidalgo et Patrick Bloche, son adjoint, sont visés par trois plaintes pour non-assistance à personne en danger dans le scandale du périscolaire parisien, c'est-à-dire des enfants agressés sexuellement, des tout-petits, par des animateurs. Est-ce qu'il faut, selon vous, que l'ancienne maire de Paris et son adjoint rendent des comptes ?
AURORE BERGÉJe serais bien qu'elle s'en explique enfin. Alors il y aura une procédure judiciaire, donc là-dessus je n'ai pas à m'exprimer sur la procédure judiciaire, ce que je constate c'est quoi ? C'est qu'on parle de dizaines d'enfants, de dizaines d'animateurs périscolaires dans la plus grande ville de France, celle qui est dotée des plus grands moyens et qui aurait donc dû mettre en place les plus grands outils de contrôle et de vérification pour savoir qui on recrute, ce qui se passe à l'intérieur des établissements scolaires, pour détecter, pour repérer, pour croire et accompagner la parole des enfants. Et ce qui est insupportable dans ce que les parents disent, parce que ces parents, ils ont accompagné la parole de leurs enfants, ils ont cru leurs enfants, ils ont eu raison de le faire, ils sont allés jusqu'à porter plainte, ils ont eu ce courage-là, ils se sont même exprimés à visage découvert et je veux rendre hommage à ces pères, à ces mères qui l'ont fait, et parce que c'est évidemment essentiel d'accompagner nos enfants, c'est que c'est un système qui a pu perdurer pendant des années, des animateurs qui ont été déplacés d'un établissement à un autre. On parle de principe de précaution matin, midi et soir. S'il y a bien un endroit où le principe de précaution devrait prévaloir, ce sont nos enfants. Les enfants c'est ce qu'il y a de plus vulnérable, c'est ce qu'il y a de plus fragile, ce sont les êtres que nous devons absolument et impérativement protéger et là il y a une défaillance évidente sur la protection qu'on doit à nos enfants.
ROMAIN DESARBRESAurore Bergé, comment vous qualifiez l'attitude d'Anne Hidalgo ?
AURORE BERGÉSilencieuse en tout cas, très silencieuse sur ce sujet.
ROMAIN DESARBRESTrop silencieuse ?
AURORE BERGÉEn fait, la qualification juridique, ce n'est pas à moi de le dire. Ça ce seront les magistrats qui le diront. Mais je trouve étonnant qu'elle n'ait pas présenté d'excuses aux familles, qu'elle ne les ait pas toutes reçues.
ROMAIN DESARBRESElle n'était pas à la hauteur ?
AURORE BERGÉOn parle encore une fois de familles et d'enfants qui ont vécu des attouchements sexuels, des violences sexuelles et vous l'avez dit, des tout-petits, des enfants en maternelle, des enfants à l'école primaire, des enfants dont nous savons, les médecins savent, que c'est des années avec lesquelles ils vont devoir vivre avec des traumatismes pour les accompagner, pour parfois garantir qu'ils puissent sortir évidemment, parce qu'heureusement, on arrive à sortir de ces traumatismes-là quand on est bien accompagné. Malheureusement, pendant des années, il y a un système qui a prévalu, il faut garantir que plus jamais ce ne soit le cas. C'est aussi ce qu'on fait maintenant sur la vérification évidemment de tous les antécédents judiciaires de celles et ceux qui sont au contact des enfants. C'est aussi sortir de la précarisation sans doute de ces métiers-là, pour garantir que ce soient des personnes mieux qualifiées évidemment, qui puissent être auprès de nos enfants, parce qu'il n'y a rien de plus important quand on confie son enfant, comme c'est mon cas en tant que mère, mais comme disent millions de parents le matin, on veut pouvoir le faire en se disant que nos enfants sont en sécurité. La première chose qu'on doit à nos enfants en tant que parents et en tant que société, c'est la sécurité.
ROMAIN DESARBRESAurore Bergé, je voudrais vous entendre également sur ce qu'a dit Clémence Guétté, députée LFI sur la famille, la famille traditionnelle qui serait survalorisée dans la société d'aujourd'hui, avec l'image du couple majoritairement hétérosexuel qui a des enfants. C'est une forme d'extrême droitisation de la société que de revenir à cette famille traditionnelle. Elle a fait référence à la France pétainiste. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
AURORE BERGÉJe ne comprends pas cette déclaration de guerre à la famille en fait. On peut avoir envie de plaider pour l'amitié, puisqu'au départ c'était le titre de soin, je me dis que c'est intéressant en effet, parce qu'il y a des formes nouvelles sans doute évidemment qui peuvent exister, mais est-ce qu'on a besoin en permanence de faire des déclarations de guerre ? Déclarer la guerre à des hommes et des femmes qui sont en couple et qui ont envie d'avoir des enfants. On est dans un moment qui devrait être alerté, un moment où il y a une décroissance en matière justement de natalité, parce qu'il y a des angoisses nouvelles, climatiques, parce qu'il y a des difficultés sur la garde d'enfants, sur le logement, parce qu'il y a des enjeux en matière de santé. Donc c'est plutôt ça qu'on devrait encourager, comment on donne envie dans notre pays à plus d'hommes et de femmes de vouloir ensemble avoir un enfant et respecter aussi évidemment ceux qui n'en veulent pas. Mais je ne comprends pas pourquoi on déclarerait la guerre encore une fois aux familles, je pense qu'au contraire, il faut bien mieux les accompagner, accompagner aussi les familles les plus fragiles, je pense aux familles monoparentales notamment, à ces mères seules qui doivent être encore mieux soutenues, ce qu'on a fait, les impayés de pensions alimentaires. Mais non, je ne déclare pas la guerre aux familles, au contraire, j'ai plutôt envie de les accompagner et de les soutenir.
ROMAIN DESARBRES2027, Aurore Bergé, Xavier Bertrand a déclaré sa candidature, il y a déjà Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Gabriel Attal, David Lisnard, tout ça pour ne parler que du centre. Vous, vous n'avez pas encore déclaré qui vous soutiendrait ?
AURORE BERGÉAlors déjà, moi je déclare une chose avec constance je crois depuis plus d'un an, c'est la nécessité d'arriver à se rassembler, d'arriver à s'unir, d'arriver à avoir un mode de sélection. Moi j'ai plaidé pendant des mois pour une primaire, on a refusé le principe d'une primaire, ben on y est, on est dans une primaire sauvage, où on se répond par presse interposée, par off, vous savez, dans les médias interposés, en général ça finit mal. Une primaire sauvage, c'est-à-dire se dire qu'on choisirait le plus tard possible le meilleur ou la meilleure pour pouvoir représenter le bloc central, la droite et le centre, c'est le risque de l'échec, et moi, je ne veux pas que notre pays soit en échec, parce que ce n'est pas uniquement l'échec d'un camp. La présidentielle en 2027 et c'est ça qu'il faut avoir en tête, il n'y a pas de filet de sécurité, il n'y a pas de possibilité de rattrapage, s'il n'y a aucun candidat de la droite ou du centre qualifié au second tour, ça veut dire qu'on prend le risque d'un pays où la France Insoumise ou le Rassemblement National pourraient gagner le lendemain, et moi je ne veux pas de ça, je ne veux pas d'un second tour où on laisserait uniquement le choix aux Français entre la France Insoumise et le Rassemblement National.
ROMAIN DESARBRESVous mettez le RN et la France Insoumise au même niveau ?
AURORE BERGÉCe sont des partis qui ont des histoires politiques qui sont différentes, mais ce sont des partis qui, pour moi, sont dangereux pour le pays, pour des raisons de nature différentes. Regardez le débat économique qu'on a eu hier, on a vu que toutes les promesses qui avaient été faites par le Rassemblement National pendant des mois, et notamment à l'époque par Jordan Bardella qui pensait être candidat à la présidentielle, se sont envolées en quelques minutes de grande orale de Madame Le Pen qui à nouveau est revenue sur une retraite à 60 ou 62 ans, infinançable, alors que tout le monde sait qu'il va devoir travailler plus.
ROMAIN DESARBRESIl peut y avoir un débat sur l'économie, mais sur des valeurs comme celle dont on parlait au début de cet entretien, l'antisémitisme, le racisme, il n'y a pas de signe égalité entre le RN et la France Insoumise.
AURORE BERGÉCe qu'a réussi la France Insoumise c'est d'arriver à faire passer le Rassemblement National comme étant un parti acceptable, parce qu'à force d'être un parti aussi brutal dans la vie politique, à force d'être un parti qui a attisé l'antisémitisme, qui a fait de l'antisémitisme une stratégie électorale, ils ont réussi à créer un écran de fumée très confortable pour le Rassemblement National. Et puis d'ailleurs on ne prend pas les éléments à la carte. Un programme, c'est une cohérence globale. Et hier, quand on fait le grand oral sur les questions économiques, désolé pour moi, d'être inquiète, d'être inquiète pour l'avenir de ceux qui sont à la retraite aujourd'hui, dont les retraites ne seraient plus financées, d'être inquiète pour nos enfants qui risqueraient à nouveau d'avoir un chômage de masse, d'être inquiète pour les taux d'intérêt de notre pays et la crédibilité de notre pays si on s'engage dans une voie où à la fin il y aura plus d'impôts, plus de dépenses publiques et moins de travail. Et ça malheureusement, LFI et RN, même combat en la matière.
ROMAIN DESARBRESVous pourriez être candidate ?
AURORE BERGÉMoi ce que je dis, c'est que je m'exprimerai en temps voulu. Et temps voulu, c'est le moment que j'aurai choisi. Et par contre que d'abord je vais continuer à travailler.
ROMAIN DESARBRESC'est une possibilité, vous ne vous écartez pas.
AURORE BERGÉMoi ce que je dis depuis le début, c'est déjà qu'il faut travailler. Il faut arrêter de penser qu'on va mettre le pays à l'arrêt pendant 8 mois. On va dire quoi aux Français ? Écoutez, pendant 8 mois il ne se passera plus rien, on va plus s'occuper de vous, on va s'occuper que de nous. Que de nos petites personnes, que de nos petites candidatures, que de nos petites idées, et puis on verra à l'issue de la présidentielle, à l'issue des législatives, si à nouveau on a le temps de s'occuper des Français. On est aujourd'hui, en tout cas moi j'y suis, nous sommes un certain nombre aux responsabilités, donc ce serait bien qu'on continue à prouver, à démontrer qu'on peut être utile en étant en responsabilité. On a un budget à préparer et à présenter.
ROMAIN DESARBRESEt vous pourriez être utile à la France ?
AURORE BERGÉEn tout cas j'essaie de l'être.
ROMAIN DESARBRESDonc vous pourriez être candidate à l'élection présidentielle ?
AURORE BERGÉJ'essaie d'être utile sur des combats qui me semblent nécessaires, des combats de valeurs sur lesquels je n'ai jamais varié, sur les combats républicains, et je crois qu'on a besoin de plus de républiques dans notre pays.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 août 2026
La source —
vie_publique · nº 304452
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