Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre chargée de l'énergie, à LCI le 24 août 2026, sur la reconduction du chèque énergie et de la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, l'aide aux rouleurs et le régime des retrai
Maud Bregeon (auteur), Nicolas Doze (intervenant)
JOURNALISTEEt notre premier invité de la saison, c'est Maud Bregeon. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous.
MAUD BREGEONBonjour.
JOURNALISTEVous êtes porte-parole du Gouvernement. Et vous êtes également ministre déléguée à l'énergie. Juste pour nos téléspectateurs, il y a un petit QR code qui va s'afficher, parce que ça, c'est la grande nouveauté de la rentrée. Vous pouvez scanner, flasher le QR code, et poser des questions très directes à nos invités. Donc, n'hésitez pas. Pour commencer, Maud Bregeon, question très concrète qui s'adresse, en fait, à la ministre en charge de l'énergie. Le prix des carburants repart à la hausse. L'indemnité carburant 2026, cette aide exceptionnelle, on est sur 100 euros, versée aux travailleurs modestes, dits grands rouleurs, lancée au mois de mai, elle devait s'arrêter au 31 août, autant dire demain. C'est fini ?
MAUD BREGEOND'abord, dès les premiers jours qui ont suivi cette crise, le Gouvernement a pris des décisions claires : aider les secteurs d'activité les plus exposés, je pense aux pêcheurs, je pense aux agriculteurs, je pense aux transporteurs, je pense au BTP ; et aider les Français qui travaillent, les plus précaires, face à des hausses qu'on sait difficiles dans leur quotidien. Les aides pour les entreprises les plus exposées prennent effectivement fin le 31 décembre. Je peux vous dire ce matin que le Gouvernement…
JOURNALISTELe 31 août.
MAUD BREGEONLe 31 août. Pardonnez-moi. Je peux vous dire ce matin que le Gouvernement travaille à une reconduction des aides pour les secteurs, encore une fois, les plus exposés, pour ceux qui consomment le plus de carburant, parce que derrière, ce sont des emplois, parce que derrière, ce sont les salaires des Français. Si vous prenez par exemple un pêcheur, un pêcheur qui n'a plus les moyens, parce que le prix du carburant est trop haut, de partir en mer, eh bien, c'est autant d'emplois, derrière, qui sont mis en difficulté. Ça, c'est pour les professions les plus exposées.
JOURNALISTELes professions exposées. Donc, on a les agriculteurs, la pêche, les transports. Et sur le chèque carburant ?
MAUD BREGEONEt ensuite, sur la question, non pas du chèque carburant, mais la question du budget qui arrive derrière. Vous savez que chaque année est versé ce qu'on appelle un chèque énergie. Un chèque énergie, c'est une aide qui varie entre 150 et 277 euros, versée aux Français, là encore, les plus modestes. 4,2 millions de Français l'ont touché automatiquement en avril dernier. Ce chèque sera reconduit. Nous proposerons, en tout cas, la reconduction de cette aide dans le budget 2027, parce qu'on est dans un moment où le prix de l'énergie est particulièrement haut, et parce qu'encore une fois, on est sur des aides ciblées qui s'adressent à des Français qui en ont particulièrement besoin, et particulièrement besoin pour aller travailler.
JOURNALISTEDonc, deux annonces ce matin en ce qui concerne les aides pour les secteurs les plus exposés, agriculteurs, pêche, transports. Ça ne s'arrêtera pas au 31 août, très certainement. Vous travaillez dessus. Et en ce qui concerne l'aide aux rouleurs, là encore, vous allez essayer de prolonger ?
MAUD BREGEONJe vous parle du chèque énergie, qui est différent de l'aide aux rouleurs.
JOURNALISTEChèque énergie. Exactement. Tout ça, dans le budget 2027, c'est ce que vous espérez. Mais est-ce que vous y croyez un instant ? Est-ce que vous croyez un instant qu'il y a une chance pour un budget à l'automne, sans majorité, en pleine élection présidentielle, franchement ?
MAUD BREGEONJe suis convaincue qu'il n'y a pas de plan B. Voilà. Il n'y a pas de plan B, parce que nous sommes dans une situation internationale et nationale extrêmement difficile. On voit ce qui se passe au Moyen-Orient, on voit ce qui se passe sur la hausse des taux, on voit l'évolution du déficit, qui est déjà très élevée. Et donc, face à cela, aucun parti politique, aucun candidat à la présidentielle ne peut se payer le luxe de se passer du compromis. Regardez le rapport de l'Inspection générale des finances qui est sorti il y a quelques jours. En cas d'absence de budget, donc, en cas d'absence de compromis, c'est 15 milliards d'euros que cela coûterait au pays, et un déficit qui pourrait atteindre 5,9%. Derrière, très concrètement, ça se traduira par plus d'impôts pour les Français, et ça se traduira par moins de services publics.
JOURNALISTEOn voit quand même mal, pardon. On a vu effectivement le Premier ministre, Sébastien Lecornu adresser une lettre aux parlementaires pour les appeler, en gros, au bon sens. Parce que, j'explique pour nos téléspectateurs, s'il n'y a pas de budget, on va vers une loi spéciale. Et cette fois, ce ne serait pas que quelques semaines. Certainement post-élection présidentielle, les législatives, parce que dissolution etc. Il prend la plume, certes. C'est quand même comprendre que vous voyez que ça va un peu dans le mur. C'est quoi la formule magique ? C'est le 49.3, ce sont les ordonnances à la clé ?
MAUD BREGEONSur quel budget ? C'est la première question. Moi, je veux bien qu'on parle de procédure, je veux bien qu'on parle de 49.3, je veux bien qu'on parle d'ordonnances. Nous n'excluons rien par principe. Pais sur quel budget ? Sur quel budget, sur quel compromis, sur quel accord parlementaire ? L'année dernière, on a réussi à trouver un accord parlementaire.
JOURNALISTEAlors, vous allez essayer de faire la même chose ? Vous avez commencé à travailler sur un accord parlementaire avec le Parti socialiste, là, aujourd'hui, justement, pour…
MAUD BREGEONOn travaillera avec toutes les forces politiques.
JOURNALISTEVous avez commencé à le faire ?
MAUD BREGEONOn travaillera avec toutes les forces politiques, comme on travaille avec toutes les forces politiques qui souhaitent apporter de la stabilité au pays et éviter le désordre. On a réussi à le faire l'année dernière : un projet de loi de finances de la Sécurité sociale a été voté. Un accord a été trouvé sur le projet de loi de finances 2026. Dans quelques mois, il y aura des présidentielles. Le futur Président, la future Présidente, aura toute la légitimité pour proposer des aménagements. Mais d'ici là, d'ici là, il faut qu'on s'accorde sur un budget de sauvegarde, impôt de compromis.
JOURNALISTEQuel compromis ?
MAUD BREGEONJe crois que c'est l'intérêt. Encore une fois, c'est l'intérêt du pays, c'est l'intérêt des Français, et c'est aussi l'intérêt des forces politiques.
JOURNALISTEQuel compromis ? Si effectivement, il y a encore négociation cette fois-ci, avec le Parti socialiste, des compromis, vous en demanderez, mais ils vont vous en demander aussi. Sur quoi ils vous…
MAUD BREGEONLe principe d'un compromis, c'est un accord entre deux parties.
JOURNALISTEEt donc, quel est votre effort à vous, de votre côté ?
MAUD BREGEONNous, on va mettre sur la table une première copie, à partir de laquelle les forces parlementaires discuteront.
JOURNALISTEElle sera sur la table quand, cette copie ?
MAUD BREGEONAvec quelques convictions. Elle sera présentée début octobre, comme chaque année, au Parlement ; avec quelques convictions. D'abord, pas de hausse d'impôts, pas de hausse d'impôts supplémentaires entre 2026 et 2027.
JOURNALISTEVous pouvez vraiment le promettre, ça ?
MAUD BREGEONÇa fait partie des grandes propositions que nous ferons. Ensuite, nous verrons les débats qui auront lieu au Parlement. Une baisse des dépenses, c'est absolument nécessaire.
JOURNALISTEDe quel ordre ? Alors, attendez. Là, j'ai déjà deux petites questions que vous mettez sur la table. Elles sont importantes. D'abord, est-ce que vous pouvez vraiment promettre aux Français qu'il n'y aura pas de hausse d'impôts ?
MAUD BREGEONJe promets aux Français que le Gouvernement ne proposera aucune hausse d'impôts supplémentaire en 2027, par rapport à 2026. C'est ensuite aux parlementaires, encore une fois, d'en débattre. Nous ne voulons pas de hausse d'impôts. Les forces parlementaires feront leurs propositions. Vous savez, je me rappelle l'année dernière du Rassemblement national et de La France insoumise qui, main dans la main, avaient voté, en l'espace d'une nuit de débat au Parlement, 35 milliards d'euros d'impôts supplémentaires. Donc, il y aura un débat. Nous, nous ne voulons pas de hausse d'impôts.
JOURNALISTEAlors, vous savez que la musique, il monte, et il faut lire Le Figaro encore ce matin, c'est-à-dire qu'il y a potentiellement des hausses d'impôts dissimulées ; et que dans sa lettre, Sébastien Lecornu dit : "pas de hausse d'impôts", mais ça n'empêche pas de regarder ici et là, par exemple, les niches fiscales. Est-ce que niches fiscales revues ou encore les entreprises, ou en tout cas, les familles, pourraient être touchées ? Et dans quel cas, on aurait quand même des personnes touchées ?
MAUD BREGEONEncore une fois, les familles, les Français qui travaillent, font déjà des efforts très importants au quotidien. Et donc, je le redis, le Premier ministre a pris un engagement. Nous ne proposerons aucune nouvelle hausse d'impôts. Les entreprises, boucs émissaires faciles dans le débat public, contribuent déjà beaucoup à l'effort de redressement national. Leur demander encore davantage, c'est probablement mettre en danger des entreprises et des emplois dans un contexte, je le rappelle, de chômage qui ne le permet pas.
JOURNALISTEJ'insiste un tout petit peu sur les niches fiscales. Il écrit : "ça n'empêchera pas d'interroger l'efficacité de certaines niches fiscales et de lutter contre la fraude et l'optimisation". Est-ce que ce n'est pas, comme l'écrit par exemple, encore, Le Figaro, ouvrir la porte à des hausses et des…
MAUD BREGEONLa fraude et l'optimisation, c'est évidemment, en tout cas pour les fraudes, des abus contre lesquels il faut lutter. La suroptimisation fiscale, ce qui permet d'échapper à l'impôt que vous devriez payer à la collectivité, c'est évidemment des pratiques qui ne sont plus acceptables et plus entendables par une majorité de Français. Mais moi, ce matin, je veux parler encore une fois à toutes ces classes moyennes, à tous ces Français qui vont travailler, qui vont aller travailler dans quelques minutes, qui nous écoutent peut-être avant de partir, qui paient déjà beaucoup d'impôts, parce qu'on paie beaucoup d'impôts en France, plus que dans la majorité des pays de l'OCDE, et qui n'ont pas à en payer davantage. Et ça, c'est la ligne que l'on tient depuis plusieurs années avec le Président de la République. Encore une fois : contre la France insoumise, contre le Rassemblement national, qui n'ont de cesse de nous proposer des hausses d'impôts à chaque nouveau budget.
JOURNALISTEContre La France insoumise, effectivement. Jean-Luc Mélenchon, il l'a dit : quoi qu'il en soit, il censurera. Les mots sont encore extrêmement forts à l'égard de la politique du Gouvernement. On va revenir à Jean-Luc Mélenchon dans un instant. Il faut qu'on parle des retraites, bien sûr, parce que c'est le gros morceau des discussions de cette rentrée. Allons-nous vers un gel partiel des pensions de retraite des plus aisés ? L'une des mesures envisagées serait la désindexation partielle des pensions des retraités aisés par rapport à l'inflation. D'ailleurs, c'est le ministre de l’économie lui-même qui, cet été, l'a dit. La question mérite d'être posée. Est-ce que vous confirmez ici, ce matin, que le Gouvernement s'apprête à demander cet effort budgétaire aux retraités les plus aisés ?
MAUD BREGEONAucune contribution supplémentaire des retraités n'a été arbitrée à l'heure où on se parle. Pour autant, c'est un débat qui aura lieu. Pourquoi c'est un débat qui aura lieu ? C'est un débat qui aura lieu, parce que je crois qu'on est à un moment où on ne peut pas demander aux actifs, à ceux qui travaillent, aux salariés, de contribuer seuls à l'effort national. On est dans un moment où tout le monde fait des efforts, depuis plusieurs années maintenant. Et donc, on ne pourrait pas comprendre qu'une partie de la population soit complètement exonérée de ces efforts. Maintenant, encore une fois, c'est précipité. Le débat aura lieu au Parlement. Et nous, ce qui nous importe, c'est d'avoir l'effort le plus équitable, le plus justement réparti possible. J'ajoute que je ne serai jamais de ceux qui montrent du doigt les retraités, qui, encore une fois, pour beaucoup, font des efforts, aident leurs enfants, aident leurs petits-enfants, ont travaillé toute leur vie. Il ne s'agit pas de créer un conflit intergénérationnel. Il ne s'agit pas d'opposer les actifs aux retraités.
JOURNALISTEOn sait bien : les retraites, c'est très, très, sensible.
MAUD BREGEONPour autant, moi, je croise beaucoup de retraités dans ma circonscription, qui sont prêts à contribuer davantage si cette contribution est perçue comme équitablement répartie, et si l'argent issu de ces contributions est correctement utilisé. Et ça, ça passe aussi par un effort de l’État.
JOURNALISTEMais à partir de quand est-on un retraité aisé en France aujourd'hui, selon vous ? A partir de quel niveau ?
MAUD BREGEONC'est une question que moi, je ne pose pas ce matin.
JOURNALISTEOui, mais c'est la question qui se pose de plus en plus.
MAUD BREGEONC'est une question qui se pose régulièrement dans les débats politiques.
JOURNALISTE2 000 euros, il faut le dire à nos téléspectateurs, c'est effectivement ce qui ressort ces derniers jours, ces dernières heures, des discussions.
MAUD BREGEONMoi, je ne vais pas évoquer 2 000 euros. Vous savez, ce débat est depuis longtemps en France. À partir de quand est-ce qu'on est riche ? À partir de quand est-ce qu'on ne l'est pas ? Qu'est-ce qu'un retraité aisé ? Qu'est-ce qu'il ne l'est pas ? Je crois que ce sont des débats, encore une fois, sans fin. Ce qui compte, c'est de regarder la contribution générale de l'ensemble de la population, de l'ensemble des forces vives du pays, et de rappeler quel est l'objectif. Pourquoi est-ce qu'on veut réduire le déficit ? On veut réduire le déficit, parce que c'est ce qui nous permettra, demain, de baisser les impôts. C'est ce qui nous permettra, demain, d'aider les Français et les entreprises face à de nouvelles crises.
JOURNALISTEDe combien vous voulez le baisser ?
MAUD BREGEOND'investir, pardonnez-moi, dans les secteurs tel que l'école, tel que la santé. Sans baisse du déficit, nous n'avons plus les moyens de nos actions.
JOURNALISTEPetite question, puisque je vous ai dit qu'on reparlerait de Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr, on est dans les premiers gros bras de fer politiques en vue de la présidentielle, là, de la rentrée. Jean-Luc Mélenchon, il a dénoncé des procès intentés par les préfets à l'encontre de Députés. Et la France insoumise, elle exige, je le cite, un État impartial. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez s'est déjà chargé de lui répondre en lui disant que les préfets n'avaient pas de leçon d'impartialité à recevoir. Ceci dit, je voulais savoir quelle était votre réponse à Jean-Luc Mélenchon, dont la rentrée est très musclée.
MAUD BREGEONC'est une remise en cause perpétuelle de l'ordre républicain et de celles et ceux qui, aujourd'hui, tiennent la République.
JOURNALISTEIl n'est pas républicain ? Il est républicain ou pas pour vous, Jean-Luc Mélenchon ?
MAUD BREGEONJe vais vous répondre. C'est aujourd'hui avec les préfets, c'était hier avec les forces de l'ordre. Il y a chez Jean-Luc Mélenchon une remise en cause perpétuelle de l'autorité : de l'autorité légitime, de l'autorité républicaine. Et sans décerner des brevets de républicanisme aux uns et aux autres, ce que je n'ai pas l'habitude de faire, je vois qu'aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon est en opposition avec certains de nos grands principes républicains. C'est le cas de, encore une fois, l'autorité. C'est le cas de la laïcité à certains moments aussi.
JOURNALISTEAlors, je voulais vous interroger sur le cas, la candidature de Raphaël Glucksmann, puisque ça s'est passé sur TF1. Ça s'est passé hier soir. Il a confirmé sa participation à la primaire du PS et de Place publique prévue en octobre. Candidat redoutable, candidat qui serait en mesure d'atteindre le second tour un jour, voire de devancer Jean-Luc Mélenchon qui est donné au second tour dans un sondage d'ailleurs, ce matin, qui fait pas mal de bruit ?
MAUD BREGEONVous savez, moi, je ne suis pas socialiste. Je n'ai jamais été socialiste. Et ce qui se passe au Parti socialiste ne m'intéresse pas beaucoup. Ce qui m'intéresse, en revanche, c'est de travailler à l'union des forces et des Français, de la droite, du centre, autour d'un candidat. Ce candidat, c'est Édouard Philippe. On est de plus en plus nombreux à le rejoindre. Gérald Darmanin l'a fait récemment. Je l'avais fait il y a quelques mois. Je pense qu'aujourd'hui, c'est la personne d'expérience. C'est le bon capitaine, c'est le bon chef d'équipe. C'est celui dont nous avons besoin. Et donc, j'appelle, encore une fois, tous mes amis, tous les Français qui se reconnaissent dans la droite et le centre, qui doutent, à le rejoindre et à participer, encore un fois, à cette grande dynamique collective.
JOURNALISTEEt tous ces Français, c'est Gabriel Attal aussi ?
MAUD BREGEONC'est évidemment Gabriel Attal.
JOURNALISTEGabriel Attal rejoint Édouard Philippe.
MAUD BREGEONC'est évidemment Bruno Retailleau. Je n'exclus personne. Je pense qu'il faut un rassemblement très large. Pourquoi ? Parce que nous courons un risque majeur, qui est devenu une probabilité réelle : c'est un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Moi, je refuse de laisser aux Français le choix d'un bulletin RN ou LFI au second tour de la présidentielle. Et je pense que jouer le jeu de la division à sept mois de la présidentielle, c'est prendre le risque de rentrer dans les livres d'histoire d'une bien mauvaise manière. C'est faire courir un risque économique majeur au pays, encore une fois, que les Français paieront durement.
JOURNALISTEAlors, les Français, je l'ai dit, c'est la grande nouveauté de cette matinale, ils vont pouvoir poser des questions à nos invités très directement. Une question, pour commencer, pour vous : allez-vous prolonger la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises ? On a effleuré le sujet tout à l'heure. Vous voyez, elle concerne nos téléspectateurs.
MAUD BREGEONOui, alors, rappelons de quoi on parle. On parle d'un peu plus de 300 très grandes entreprises qui, effectivement, participent de manière exceptionnelle, depuis deux ans, via une surtaxe sur l'impôt sur les sociétés. Cette reconduction fait partie des pistes étudiées par le Gouvernement. Là encore, ce n'est pas tranché, puisqu'il est trop tôt pour apporter des choix définitifs, mais ça fait partie des pistes étudiées par le Gouvernement.
JOURNALISTEJ'ai une autre question à vous soumettre, et il faut le dire, elle revient régulièrement dans les questions de nos téléspectateurs : pourquoi ne pas faire des économies sur les avantages des ministres, des sénateurs et des députés ?
MAUD BREGEONAlors, concernant les ministres, on en fait déjà. Rappelez-vous, Sébastien Lecornu, à peine nommé Premier ministre, a lancé toute une série d'économies sur les avantages alloués aux anciens Présidents, aux anciens Premiers ministres. Les budgets des ministères sont tous mis à contribution. La communication de l’État a également été mise à contribution, avec une baisse du budget de plus de 300 millions d'euros. Donc, en fait, il y a de réels efforts qui sont demandés, en tout cas à l'exécutif.
JOURNALISTEUne troisième question : pourquoi ne pas aligner le régime retraite des fonctionnaires sur le privé ?
MAUD BREGEONÇa pourra faire partie des débats de la présidentielle. Je crois qu'il y aura, de toute manière, une question centrale, qui est celle des retraites, dans le débat public les mois à venir. Je pense que nous n'avons pas suffisamment de temps pour y répondre dans le prochain budget, mais ça fera indéniablement partie des grands débats de la présidentielle. Moi, je veux vous dire ma conviction profonde : nous allons devoir être plus nombreux à travailler, et nous allons tous devoir travailler un peu plus. Voilà.
JOURNALISTEMaud Bregeon, il est avec moi, il nous a rejoints, c'est Nicolas Doze. Bonjour Nicolas Doze.
NICOLAS DOZEBonjour.
JOURNALISTEMerci beaucoup d'être avec nous. J'explique à nos téléspectateurs : chaque matin, vous ou Christophe Barbier, serez là face à notre invité. Vous les suivez avec beaucoup d'attention depuis la régie. Et Nicolas, vous souhaitez revenir sur un point ce matin ?
NICOLAS DOZEDéjà, continuez cette phrase, travailler un peu plus. Qu'est-ce que vous entendez par travailler un peu plus ?
MAUD BREGEONJe pars d'un principe assez simple, que je crois que tout le monde comprend aujourd'hui : il y a de plus en plus d'inactifs, de plus en plus de retraités, et de moins en moins d'actifs. Le système est donc largement déséquilibré. On revoit ce qui s'est passé dans l'immense majorité de nos voisins européens, y compris chez des Gouvernements de gauche. L'âge de la retraite, en Espagne, par exemple, a été décalé progressivement. Et donc, partout, nos voisins européens font ce même choix : travailler un peu plus tout au long de la vie.
NICOLAS DOZETravailler un peu plus signifie donc remettre en cause la contre-réforme des retraites qui a été votée apparemment pour repartir en sens inverse vers une durée d'activité plus longue.
MAUD BREGEONPour ma part, je pense que nous n'aurons pas le choix d'être, un, plus nombreux à travailler, et deux, de travailler effectivement un peu plus longtemps.
NICOLAS DOZEAvec des signaux dès 2027 ?
MAUD BREGEONSans quoi, le système ne tiendra pas.
NICOLAS DOZEJ'en ai entendu.
MAUD BREGEONIl faut bien que les personnes, les auditeurs et les téléspectateurs qui nous écoutent comprennent que sans cet effort-là, ce sont les pensions de retraite qui seront amenées à diminuer, ce sont les impôts qui seront amenés à augmenter. Et donc, c'est un effort qui est absolument nécessaire.
NICOLAS DOZEUn effort qui suppose un choix politique que nous verrons dès 2027 ?
MAUD BREGEONUn effort qui suppose un choix politique, qui sera fait lors de l'élection présidentielle.
NICOLAS DOZELors de l'élection présidentielle ?
MAUD BREGEONEt j'ai bien conscience que c'est un discours qui n'est pas forcément le plus populaire, qui n'est pas forcément le plus populiste. Mais je crois qu'une majorité de Français, aujourd'hui, a conscience de cette nécessité d'un effort collectif qui nous permette de garantir une soutenabilité au système.
NICOLAS DOZEUn dernier mot sur le budget. L'effort global de 2027, l'effort budgétaire global, vous l'avez aujourd'hui chiffré ?
MAUD BREGEONCe sera, encore une fois, précisé dans les semaines à venir. Vous savez qu'on s'était fixé cet objectif de 5% de déficit. Je ne sais pas si je réponds à votre question.
NICOLAS DOZE5% de déficit, ça fait 150 milliards de trop, mais l'effort budgétaire à fournir ?
MAUD BREGEONPour 2026, donc. Il y a déjà un premier objectif qui est de tenir cet objectif de 5% de déficit en 2026, malgré des crises qu'on n'avait pas anticipées. Je pense notamment à ce qui se passe au Moyen-Orient, aux aides qui ont dû être déployées sur le carburant. Et ensuite, il faudra continuer cette baisse, en tout cas, cette trajectoire à la baisse pour 2027. Je n'ai pas, aujourd'hui, de chiffrage précis à vous donner.
NICOLAS DOZEOn sera au-dessus de 25 milliards d'euros, probablement en dessous de 40 ? Quelque chose comme ça ?
MAUD BREGEONCe sera précisé dans les semaines à venir.
NICOLAS DOZEMassivement sur la baisse de dépenses ? Ou alors, vous avez déjà une idée du mix entre ce que représenteront les baisses de dépenses et ce que représentera la fiscalité ?
MAUD BREGEONJ'avais l'occasion de le dire avant que vous arriviez. D'abord, des baisses de dépenses et pas de nouvelles hausses d'impôts entre 2026 et 2027. En 2026, un certain nombre d'acteurs ont déjà été mis à contribution. Je pense notamment aux plus grandes entreprises, avec cette surtaxe IS. Je disais tout à l'heure que ça faisait partie des pistes, effectivement, que l'on étudiait.
NICOLAS DOZEProbablement, elles seront reconduites.
MAUD BREGEONMais il serait inenvisageable, en tout cas, c'est notre position, de demander aux Français qui travaillent de contribuer encore davantage, alors qu'on est déjà un des pays les plus fiscalisés de l'OCDE.
NICOLAS DOZEC'est assez difficile à croire, Maud Bregeon, quand même, dans la mesure où cette promesse de non-hausse d'impôts a été faite tous les ans et jamais tenue. Et vous savez qu'on peut baisser la dépense en baissant les dépenses fiscales. Mais une baisse de dépenses fiscales a, à l'arrivée, exactement le même effet qu'une hausse d'impôts. Quand vous coupez dans une niche fiscale, quand vous supprimez une indexation, quand vous gelez un barème, vous obtenez le résultat d'une hausse d'impôts sans que ça s'appelle une hausse d'impôts. Et c'est souvent ce à quoi on a assisté.
MAUD BREGEONSi je peux me placer en faux par rapport à ce que vous dites.
NICOLAS DOZEAllez-y.
MAUD BREGEONDepuis 2017 avec le président de la République, les impôts ont massivement diminué. Quand on supprime la taxe d'habitation, par exemple…
NICOLAS DOZEAucun problème depuis 2017, mais…
MAUD BREGEONQuand on baisse l'impôt sur les sociétés comme nous l'avons fait, je prends uniquement ces deux exemples, derrière, c'est une fiscalité qui, concrètement, diminue.
NICOLAS DOZEEn 2017, c'était parfaitement calme.
MAUD BREGEONPardon, je termine.
NICOLAS DOZEAllez-y.
MAUD BREGEONPour répondre à votre question, il y a évidemment cet enjeu central qu'est la baisse des dépenses des ministères.
NICOLAS DOZEOui mais la différence de la dépense publique en France ne se fait pas sur les dépenses des ministères, où elle est à peu près comme dans les autres pays, elle se fait sur la dépense sociale : les retraites, la santé et l'assurance chômage.
MAUD BREGEONEt vous savez notamment que sur la santé, on a annoncé une augmentation des plafonds, des franchises, cet été, qui doit permettre, là encore, de faire contribuer davantage, de manière répartie, une part de la population, et donc d'avoir, encore une fois, un équilibre sur ce système social…
source : Service d'information du Gouvernement, le 25 août 2026
La source —
vie_publique · nº 304415
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