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31 août 2026 · Gouvernement · France Inter · discours Discours

Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à France Inter le 31 août 2026, sur la rentrée scolaire, les violences sexistes et sexuelle à l'école, les violences dans le périscolaire et la dégradation du niveau scolaire des élèves

Édouard Geffray (auteur), Benjamin Duhamel (intervenant)

BENJAMIN DUHAMELBonjour Édouard Geffray. ÉDOUARD GEFFRAYBonjour. BENJAMIN DUHAMELMerci d'être avec nous ce matin, sur France inter, en ce jour de pré-rentrée pour les enseignants. Pour les élèves, ce sera demain. Vous avez reconnu vous-même, dans une circulaire de rentrée, que cette année, je cite, ne sera pas celle de nouvelles réformes structurelles, mais verra la consolidation des réformes engagées. Est-ce que c'est une façon polie de dire que pour améliorer le niveau des élèves, le quotidien des enseignants, il faudra attendre mai 2027 et le nom de votre successeur ? ÉDOUARD GEFFRAYAh non, pardonnez-moi. C'est une façon non pas polie, mais c'est une façon très claire de dire qu'autant, il faut finir ce qui a été engagé. Je pense par exemple à la réforme du recrutement des enseignants. C'est qu'on a fait le plein, d'ailleurs, cette année. Autant, il y a un moment où il faut permettre aux gens aussi de se recentrer sur leur métier. Et moi, ma conviction profonde, c'est que notre institution scolaire, nos professeurs, ont besoin de pouvoir se recentrer sur leur métier, et donc, de ne pas avoir de nouvelles réformes organisationnelles. Moi, je ne suis pas venu là pour laisser mon nom à une réforme ; je suis venu là pour faire en sorte d'améliorer le système scolaire. BENJAMIN DUHAMELMais est-ce qu'en disant cela, Édouard Geffray, vous n'habillez pas une forme d'incapacité politique, compte tenu de la situation, à mener des réformes ambitieuses ? ÉDOUARD GEFFRAYBah, écoutez, non, je n'ai pas l'impression. Mais vous savez, les vraies réformes ambitieuses d'éducation nationale, ce n'est pas forcément celles qu'on annonce à la radio ou aux JT. C'est le travail de fond sur la qualité de la pratique pédagogique, sur les formations des professeurs, sur la lutte contre les violences sexuelles à l'école et en dehors de l'école, d'ailleurs, sur la santé des élèves. Donc, ce sont des choses qui sont, en général, qui n'intéressent pas forcément tout le monde, mais qui, en réalité, changent la donne. BENJAMIN DUHAMELEt on va parler de tout cela. Rentrons dans le concret, Édouard Geffray. Demain, donc, 11,6 millions d'élèves retrouveront le chemin de l'école. Et ça fait partie des questions récurrentes à chaque rentrée scolaire : est-ce que vous pouvez nous dire combien de classes se retrouveront sans professeurs dans le second degré, c'est-à-dire au collège et au lycée ? Ou est-ce qu'au contraire, vous prenez l'engagement qu'il y aura bien un professeur devant chaque classe, qui fait parfois partie des engagements qui ont été pris par vos prédécesseurs, assez rarement tenus ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, l'objectif, c'est évidemment que tout le monde ait tous ses professeurs, puisque je rappelle que dans le second degré, on a 8, 9 professeurs, parfois 10. Donc, premier objectif : c'est que ça soit tenu partout. Deuxième élément, ensuite, quand vous avez 800 000 professeurs dans 55 000 implantations, et devant 11,6 millions d'élèves, dire qu'il est absolument certain qu'un professeur qui serait absent le matin, parce qu'il est malade, et cetera, sera remplacé, ça serait mentir. Mais en tout cas, en absence, ce qu'on appelle de longue durée, c'est-à-dire de gens qui seraient absents un peu longtemps et non remplacés, les derniers éléments que j'ai montrent que s'il y en a, ce sera extrêmement marginal. BENJAMIN DUHAMELDonc, marginal, pas de phénomène plus large d'absence de professeurs devant les élèves du second degré ? ÉDOUARD GEFFRAYTous les indicateurs sont bien meilleurs cette année que l'année précédente, entre autres, parce que les concours ont permis de recruter quasiment à plein. BENJAMIN DUHAMELMême question très précise, sur ce qu'on appelle les AESH, ces assistants d'éducation qui accompagnent les élèves en situation de handicap : est-ce que là encore, il y a eu des phénomènes de pénurie d'AESH, est-ce que chaque élève en situation de handicap qui a besoin d'un AESH en aura un à l'occasion de cette rentrée scolaire ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, là aussi, un, l'objectif : c'est que oui. Deux, pour le coup. On aura la photographie seulement fin septembre. On n'a pas ce genre d'élément-là. On n'en a pas connaissance dès le début de l'année. Trois, vous savez comme moi qu'il y a une croissance très forte, pour le coup, du nombre de notifications d'AESH, de demandes d'accompagnants, qui, généralement, nous arrivent dans l'été. Et parfois, toute fin août. BENJAMIN DUHAMELDonc, ça, c'est une façon de dire qu'il y aura des élèves qui se retrouveront sans assistants d'éducation. ÉDOUARD GEFFRAYEt donc là-dessus, dire que dès demain matin, tous les élèves qui ont reçu une notification, y compris il y a deux jours, auront leur AESH, ce serait vous mentir. Notre cible, là encore, c'est de faire que ce soit le plus couvert possible. BENJAMIN DUHAMELVous, vous parliez, Édouard Geffray, de la question des violences sexistes et sexuelles à l'école. Il y aura une nouveauté cette année. Dans le formulaire que vous soumettez aux élèves sur le harcèlement scolaire, qui est distribué chaque année, il y aura des questions sur les violences sexistes et sexuelles. Vous, vous avez utilisé cette expression, vous dites : "Craindre des résultats sismiques, tant le phénomène est massif". Est-ce que ça suffit, un formulaire, face à un tel afflux de violences, pour lutter contre ce phénomène ? ÉDOUARD GEFFRAYVous savez, c'est intéressant, parce que depuis quelques jours, tout le monde demande si ça suffit. D'abord, personne n'a eu l'idée de le faire. Et ça ne fait jamais les gros titres, que potentiellement, 10 % de nos enfants soient victimes de viols ou d'agressions sexuelles. BENJAMIN DUHAMELOn en parle beaucoup. ÉDOUARD GEFFRAYOn en parle beaucoup, malheureusement, sur les drames individuels, c'est-à-dire qu'on fait jaillir des drames individuels. Mais enfin, personne ne s'arrête sur le fait qu'en France, il y a potentiellement un enfant sur dix qui est victime de viols ou d'agressions sexuelles. BENJAMIN DUHAMELC'est-à-dire, le caractère systémique de ces violences sexistes et sexuelles. ÉDOUARD GEFFRAYC'est-à-dire le caractère vraiment sociétal. Enfin, voilà. Quand vous avez un sur dix dans une classe, vous rentrez dans une classe, vous avez entre deux et trois enfants qui ont été victimes de viols ou d'agressions sexuelles. 80 %, 85 % même, à priori, dans le cercle familial. Et donc, deux éléments. Un : on détecte. C'est-à-dire qu'on dit à tous les jeunes : "Vous allez remplir un questionnaire. Vous pouvez effectivement dire si vous avez ou pas été victime d'actes qui sont inqualifiables". Et deuxièmement, ils pourront tous laisser leur nom et leur prénom s'ils souhaitent être contactés par un adulte de confiance. Et à ce moment-là, on déclenchera évidemment, d'abord, le recueil de la première parole. Et derrière, ça veut dire : signalement à la justice, déclenchement de l'accompagnement social, etc. BENJAMIN DUHAMELMais ça veut dire, même pour des très jeunes élèves en maternelle, ils sont à même de remplir ce formulaire ou d'être aidés à le remplir ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, le questionnaire va être adapté pour les âges. On travaille avec des pédopsychiatres, etc. Et on va le faire dès la grande section, avec des questions adaptées, probablement des visages. Vous avez des smileys. Je dis smileys sauf qu'ils ne sourient pas. Enfin, vous voyez, rouge, vert, jaune, etc. Mais oui, effectivement, on va adapter pour que même un petit puisse répondre. Et après, bien sûr, ça ne vaut pas vérité. Il y aura un recueil de la parole. Et s'il y a soucis : transmission à la justice. BENJAMIN DUHAMELIl y a la question du caractère systémique de ces violences. Et puis, il y a le sujet plus précis qui, évidemment, inquiète beaucoup les parents en cette rentrée : c'est la question des violences dans le périscolaire. Qu'est-ce que vous dites ce matin ? Même si on précise bien sûr que le périscolaire ne relève pas directement de l'éducation nationale, mais des collectivités. Qu'est-ce que vous dites ce matin aux parents qui sont inquiets de voir leurs enfants retrouver le périscolaire, retrouver le centre aéré, voire pour certains qui disent "Eh bien, compte tenu de ce qui s'est passé, compte tenu de cet afflux de violences sexistes et sexuelles dans le périscolaire, je ne mettrai plus mes enfants dans le périscolaire" ? Qu'est-ce que vous leur dites pour les rassurer ? ÉDOUARD GEFFRAYD'abord, je pense qu'il faut… Malgré tout, il y a eu des drames. Il ne faut pas, à partir des drames, assimiler tout le périscolaire, et à fortiori les animateurs, à des criminels. L'immense majorité des animateurs périscolaires sont des gens qui sont dévoués aux enfants à qui ils ont la charge. Maintenant, très clairement, il faut que le périscolaire, qui relève des collectivités locales, ait un niveau d'exigence, vis-à-vis de ses agents, qui est le même que celui qu'on a pour l'éducation nationale. Vous savez que dans le cadre de la loi sur la protection des enfants, je porte un principe de ce que j'ai appelé un fichier d'interdit d'école. C'est-à-dire que l'idée, c'est de dire que chaque fois que quelqu'un est écarté du service public, soit à l'école, soit en périscolaire, ou qu'il est écarté des animateurs sportifs, et cetera, à cause de son comportement avec les mineurs, il ne puisse pas remettre les pieds dans les murs de l'école. Ce fichier-là, tant que la loi n'est pas adoptée, il ne peut pas voir le jour. Donc, on attend évidemment la fin des débats. Ça a été voté à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Il y a de fortes chances que ce soit voté, j'espère, dans les mêmes conditions. Dès qu'on aura cette autorisation législative, on pourra le faire. Et pour l'instant, comme les collectivités locales, je crois, sont maintenant très vigilantes, et évidemment, il faut que les parents, à la fois, fassent confiance, et puis aussi… BENJAMIN DUHAMELDonc, vous leur dites "Allez-y, n'ayez pas peur. Le périscolaire, les centres aérés, sont des lieux suffisamment sûrs pour vos enfants" ? ÉDOUARD GEFFRAYEn tout cas, dans le principe, les lieux périscolaires sont… BENJAMIN DUHAMELC'est difficile à dire. Et on mesure le traumatisme, celui des parents qui ont vu soit leurs enfants directement, soit des camarades de leurs enfants, victimes. ÉDOUARD GEFFRAYEt c'est pour ça que je suis assez ferme sur ce sujet-là. Mais en revanche, si vous voulez, moi, parler à la place des 36 000 communes de France, je n'en suis pas capable. Dire que dans le principe, on fait tout pour limiter les risques, ça, oui, je l'affirme. BENJAMIN DUHAMELÉdouard Geffray, on mesure la qualité du système éducatif, notamment à ce qu'on appelle les enquêtes PISA, qui, tous les trois ans, permettent de faire le point sur la lecture, les mathématiques, en comparant avec nos voisins pays de l'OCDE. Les prochains résultats de la prochaine enquête sont attendus dans les jours qui viennent. Ils sont visiblement mauvais. Ils continuent d'être mauvais. Ça fait dix ans que vous avez mis en place le dédoublement des classes dans le primaire, la refonte des programmes. Qu'est-ce qui ne marche pas ? Pourquoi ça ne marche pas ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, d'abord, les résultats des PISA, ils seront connus, là, dans les huit jours. Donc, on verra à ce moment-là, parce que moi, je n'en connais pas le contenu et le détail. Donc, on verra à ce moment-là. Ce qu'il y a de vrai, en revanche, c'est que, quand on regarde, par exemple, nos évaluations nationales, on voit bien, et pardon, PISA étant une photographie qui correspond chez nous à l'entrée en seconde. C'est important de le dire. Nous, ce qu'on voit à l'entrée en seconde, c'est qu'on voit bien qu'on a encore beaucoup de travail à faire. C'est-à-dire que, pour être clair, il y a un effritement du niveau, notamment sur les années collège, depuis maintenant très longtemps. C'est quelque chose qui est inscrit dans le temps. Donc, on ne sait pas forcément donner les causes, etc. Moi, il y a quand même un point sur lequel j'aime bien insister depuis que je suis arrivé, c'est que nous sommes face à un processus de destruction intellectuelle et cognitive sous l'effet du numérique et des réseaux sociaux. BENJAMIN DUHAMELDonc, les mauvais résultats PISA, c'est le numérique et l'intelligence artificielle. ÉDOUARD GEFFRAYD'abord, je ne sais pas s'ils seront mauvais. Et ensuite, on verra si c'est lié à ça. Mais moi, ma conviction, en tout cas, profonde, c'est qu'il y a tout un rêve pédagogique d'un côté. Ça, c'est sûr. Et vous parlez des programmes, enfin, les programmes, ils entrent en vigueur depuis l'année dernière. Donc, vous voyez bien que pour remonter la pente, il faut 15 ans. BENJAMIN DUHAMELNos voisins de l'OCDE font face aussi au numérique et à l'IA, et ça ne les empêche pas d'avoir des meilleurs résultats que nous. ÉDOUARD GEFFRAYMoi, je ne connais pas le résultats de ce PISA. Si vous les avez, tant mieux. Mais on verra. BENJAMIN DUHAMELMais vous connaissez les précédents, hein. ÉDOUARD GEFFRAYOuais. Mais d'ailleurs, les précédents… Souvent, les précédents, 2022-2025 montrent bien qu'il y a quand même des mouvements de fonds qui sont communs à toute l'Europe. Mais on verra, une fois encore, quand les résultats seront prêts. Moi, pour l'instant, je ne les ai pas. Mais ce que je sais, en revanche, c'est que d'abord, redresser un système éducatif, ça prend du temps. L'enfant qui est né ce matin, il va passer son bac en 2044, si vous voulez. Donc, le PISA 2041, je voudrais bien être comptable. Mais vous voyez… Et première chose. Et deuxième élément : il faut encore, et je me permets de faire attention là-dessus, on est dans une situation où il y a une concurrence entre l'écran et l'apprentissage. Et le risque, c'est qu'on perde dans cette concurrence. Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304547
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304547-edouard-geffray-31082026-rentree-scolaire-violences-ecole-periscolaire?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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