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7 septembre 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à France Info le 7 septembre 2026, sur le budget pour 2027.

Roland Lescure (auteur), Céline Landreau (intervenant)

ROLAND LESCUREBonjour. CELINE LANDREAUMinistre de l'Economie, je le rappelle. On va revenir dans un instant à ce dossier épineux du budget. Mais d'abord, l'Europe se réveille ce matin après ce séisme politique en Allemagne, cette victoire de l'AFD aux élections régionales en Saxe-Anhalt. Elle vous inquiète cette victoire ? ROLAND LESCUREBien sûr qu'elle m'inquiète, c'était malheureusement prévu. Moi j'ai eu l'occasion d'échanger récemment avec des chefs d'entreprise allemands qui étaient extrêmement préoccupés parce qu'elle était un peu inscrite. Bon, ils ratent visiblement la majorité absolue de peu. Mais la probabilité quand même que l'extrême droite, et c'est vraiment de l'extrême droite dur de chez dur, gouverne un Land, donc une région allemande, elle est aujourd'hui réelle. Ça montre qu'on a un défi majeur face à une vague populiste qui est mondiale aujourd'hui et face à laquelle on doit résister. Mais ce n'est pas facile que l'Allemagne, y compris l'Allemagne de l'Est, tombe aux mains de l'extrême droite. C'est évidemment un signal très très préoccupant. CELINE LANDREAUY compris en France. On va revenir à la situation française. Justement, il reste trois semaines pour ficeler le projet de loi de finances, le budget 2027. Et la première question qu'on a envie de vous poser ce matin, Roland Lescure, c'est où ? Où vous allez chercher les milliards d'économies annoncés ? ROLAND LESCUREBon, d'abord il faut être conscient que l'environnement n'est pas facile. Je ne veux surtout pas décaler, je vais répondre à votre question, mais d'abord être conscient que la croissance mondiale aujourd'hui est à risque, les taux d'intérêt sont hausses. On a des taux d'intérêt dans le monde, en France mais aussi ailleurs, aux États-Unis et partout ailleurs, qui sont les plus hauts depuis 2008. 2008, c'était la crise financière. Donc on est aujourd'hui face à une équation macroéconomique mondiale extrêmement risquée. Moi, je rentre des États-Unis, j'étais en Caroline du Nord la semaine dernière pour le G20 des ministres des Finances. Les préoccupations sont énormes. Donc face à cet environnement, on fait face, vous le dites, à une équation budgétaire difficile. Je rappelle qu'on avait... CELINE LANDREAUVous avez promis de répondre ? ROLAND LESCUREOui, oui. On avait... Non mais pour donner un peu l'ampleur du mur auquel on fait face. On avait missionné, avec David Amiel, quatre économistes pour avoir de manière indépendante un diagnostic. Si on ne fait rien l'année prochaine, si on ne fait rien, on sera autour de 6% de déficit budgétaire. Donc ça donne une idée de l'ampleur de la marche. CELINE LANDREAUEt l'objectif c'est cinq ? ROLAND LESCUREL'objectif c'est, j'allais dire, au pire cinq. On aimerait être même en dessous de cinq l'année prochaine. CELINE LANDREAUEt donc vous allez les chercher aussi ? ROLAND LESCUREEt donc il va falloir faire des efforts, j'allais dire, dans toutes les dimensions, dépenses et recettes, dans tous les agents publics, que ce soit les Collectivités locales, qui vont devoir, évidemment, elles aussi, je dirais, contribuer... L'État va faire un effort énorme. CELINE LANDREAURoland Lescure, le diagnostic, on l'entend. Mais l'auditeur qui vous écoute ce matin, il se demande surtout ce qu'il va lui en coûter à lui. Concrètement, vous allez les chercher où, ces économies ? ROLAND LESCUREEcoutez, beaucoup dans les dépenses de fonctionnement de l'État, des collectivités locales et des administrations de sécurité sociale, tous les agents publics. On va essayer de limiter au maximum... Le Premier ministre l'a dit, il ne souhaite pas de nouveaux impôts, de nouvel impôt, de hausses d'impôts supplémentaires. Donc évidemment, ça veut dire que nos concitoyens vont être directement, plutôt, épargnés. Mais évidemment, derrière chaque dépense publique... CELINE LANDREAUMais pas tous. On a parlé de la désindexation, par exemple, des retraites les plus importantes. Est-ce que ça y est, vous avez enfin arrêté le seuil ? Est-ce qu'on va arrêter d'indexer les pensions à partir de 2 000, de 3 000 euros ? ROLAND LESCURENon, et puis évidemment, je comprends les frustrations que ça peut engendrer, parce que derrière chaque mesure, chacun a son avis, chacun a son idée, du seuil, de ce qu'il faut faire, de ce qu'il ne faut pas faire. CELINE LANDREAUOui, mais à la fin de la décision, c'est vous qui allez la prendre. ROLAND LESCUREExactement. Et l'idée d'un budget, c'est de présenter, j'allais dire, une maison entière, bien construite, aussi bien construite que possible, vous l'avez dit, d'ici quelques semaines, début octobre, au plus tard. Et en attendant, on calibre toutes les mesures. Alors, j'entends les préventions des uns et des autres, par exemple, sur est-ce qu'il faut que les retraités fassent un effort. J'ai envie de retourner à la question, est-ce qu'il y a des raisons pour que tout le monde fasse des efforts, sauf les retraités, qui, pour certains d'entre eux, en tout cas, sont dans une situation, je dirais, de revenus relativement favorables ? La réponse est évidemment non. Il faut tous qu'on fasse... CELINE LANDREAUMais quel effort ? Est-ce que c'est la désintoxication des pensions les plus élevées ? Est-ce que c'est la suppression de l'abattement fiscal de 10% qui était aussi sur la table ? ROLAND LESCUREEt voilà, l'un ou l'autre, en tout cas, on garde les deux. CELINE LANDREAUEt l'un ou l'autre ? Il y aura forcément quelque chose ? ROLAND LESCURENon, mais on voit bien que l'un et l'autre ont du sens. Aujourd'hui, vous savez qu'en moyenne, les retraites sont plus élevées que les rémunérations du travail en France. C'est le modèle social, je dirais, à son meilleur, mais qui coûte beaucoup d'argent. Donc, la question de savoir si on augmente moins les retraites que ce que l'inflation prévoirait... On n'est pas en train de baisser les retraites, comme ça a été fait. CELINE LANDREAUNon, mais ce serait une baisse de pouvoir d'achat. ROLAND LESCUREOui, mais il faut quand même avoir en tête ce que d'autres pays ont eu à faire face à des murs financiers, parce qu'ils n'avaient pas fait les mesures nécessaires en temps et en heure. Donc on peut dire, ça serait facile pour nous. CELINE LANDREAUDonc les retraités ne seront pas épargnés, mais l'arbitrage n'est pas encore fait. En tout cas, vous n'allez pas le communiquer ce matin… ROLAND LESCUREVous le savez, nous, on gouverne pour quelques mois, et dans la foulée, un certain nombre de candidats souhaitent présider la France. Ça serait bien plus facile pour nous de dire, franchement, on laisse la note aux suivants. Nous, on souhaite effectivement, je dirais, laisser une note pas trop salée, de manière à ce que les suivants puissent gouverner la France. CELINE LANDREAUEt pour ça, vous avez apparemment pas mal d'idées. On a pu lire dans Les Échos hier que le Gouvernement réfléchissait aussi à taxer davantage l'épargne salariale. Est-ce que ça aussi, c'est une piste sur la table ? Est-ce que vous le confirmez ? ROLAND LESCURENon, mais j'entends bien, ça fait partie des pistes qu'on regarde comme d'autres. Il n'y a rien d'acquis aujourd'hui. Mais j'entends bien que… et c'est pour ça que je suis un peu gêné par ces mesures, ou ces idées de mesures qui sont égrenées les unes après les autres. Derrière chaque mesure, il y a une bonne raison de ne pas la faire. Mais la réalité, c'est que si on ne fait rien, on va dans le mur. Donc moi, je souhaite pouvoir présenter un budget global, équilibré, je dirais aussi juste que possible. Et j'entends bien, j'étais rapporteur général de la loi Pacte, quand j'entends Bruno LE MAIRE dire, il ne faut pas faire ça, je l'entends. Mais si on ne fait rien, on va dans le mur. Et moi, je souhaite que la France reste sur les rails de la croissance et de la soutenabilité budgétaire, c'est ma responsabilité. CELINE LANDREAUEnfin, ce budget, il faut qu'il soit adopté. Pour ça, les Insoumis, les Ecologistes, les Socialistes menacent déjà de censure, le RN laisse pour l'instant planer le doute. Ils utilisent vraiment le chemin de crête pour essayer de le faire passer, ce budget ? Vous y croyez ? ROLAND LESCUREJe vais dire, ça ne dépend pas de moi. Mais je les appelle à leur responsabilité. C'est facile aujourd'hui de dire, franchement, ce budget ne me plaît pas, je le censure. C'est plus compliqué de dire, ce budget, puisque je veux présider la France, je vais peut-être en hériter, je serai capable de le corriger, parce qu'on sait bien qu'un Président qui arrive avec un nouveau Gouvernement peut corriger le budget adopté. L'alternative, parce qu'ils se refilent toute la responsabilité les uns les autres en disant, moi, je vais censurer, on verra si les autres le font, c'est qu'on n'a pas de budget. Et si on n'a pas de budget, là, le mur, on le frappera, et on le frappera fort. CELINE LANDREAUPour les gens qui nous écoutent, ça veut dire quoi, pas de budget, concrètement, dans leur vie, demain ? ROLAND LESCUREÇa veut dire des taux d'intérêt qui montent de manière très forte. Parce qu'aujourd'hui, on est regardé par les marchés financiers qui disent, franchement, on a un Gouvernement qui... CELINE LANDREAUEt des taux d'intérêt qui montent. Pardon, mais dans ma vie quotidienne, ça change quoi ? ROLAND LESCUREÇa veut dire des crédits à la consommation plus difficiles à avoir. Ça veut dire une inflation sans doute qui monte. Ça veut dire des crédits immobiliers pour les futurs acheteurs qui vont être plus élevés. Ça veut dire, malheureusement, le taux du découvert qui peut monte. De manière très concrète, si… j'ai entendu que certains veulent annuler la dette. Si on perd la confiance de ceux qui nous prêtent pour faire tourner la France, la France ne tournera plus. Et on l'a vu, je ne veux pas donner l'impression que j'affole sans raison, on l'a vu en Grèce, on l'a vu en Espagne, on l'a vu en Portugal, quand les prêteurs perdent confiance, les efforts qu'on doit faire sont là des vrais sacrifices, et plus des efforts. CELINE LANDREAUVous parlez de sacrifices, on vient de parler du budget 2027, il y a le 2026 à boucler, vous avez annoncé un milliard d'aides supplémentaires pour les agriculteurs, vous allez les trouver où ? Qui va se sacrifier pour les agriculteurs ? ROLAND LESCUREAlors, là, on n'est pas dans le sacrifice, on est dans la réduction des dépenses de tous les ministères, en gros, à due concurrence, qui vont devoir contribuer. Pourquoi ? Parce que, un, l'agriculture a pris un choc énorme cette année, la production agricole a baissé. CELINE LANDREAUD'accord, mais qui va payer pour les agriculteurs ? Vous sabrez quoi ? C'est une prison qui ne va pas… un chantier qui ne va pas être lancé tout de suite ? C'est quoi ? ROLAND LESCUREOn va devoir faire des efforts dans tous les ministères, et chaque ministère va devoir nous faire des propositions pour dire, effectivement, on contribue tous à l'appui d'une profession qui a souffert de manière historique cet été. Donc chaque ministère va devoir faire un petit effort. Un milliard, c'est beaucoup. Un milliard sur le budget de l'Etat, qui représente des centaines de milliards d'euros, évidemment, c'est beaucoup moins. Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304576
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304576-roland-lescure-07092026-france-info-budget-pour-2027?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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