Interview de M. Serge Papin, ministre des PME, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'Achat, à Sud Radio le 2 septembre 2026, sur les plateformes chinoises de fast fashion, les commerces de centre-ville, le pouvoir d'achat, les impôts
Serge Papin (auteur)
JACQUES CARDOZEVotre parole est attendue en cette rentrée. Beaucoup de Français ont du mal en termes de pouvoir d'achat. Nous sommes très écoutés dans le monde rural et on va aborder plusieurs sujets qui concernent également le monde rural. Commençons par le textile, si vous voulez bien. Votre actualité, c'est l'ultra fast fashion. Une taxe européenne de 3 euros par colis a été mise en place. Est-ce que cette taxe européenne est un moindre mal pour permettre à l'industrie française, textile, de faire face à cette déferlante asiatique ?
SERGE PAPINPlus largement, sur les plateformes, vous savez quand j'ai pris ce job de ministre, venant de la société civile, en tant qu'ancien chef d'entreprise, j'ai reçu des fédérations de commerçants, de fabricants, qui m'ont tous dit, première parole, monsieur le ministre, c'est injuste, il y a une concurrence déloyale avec les plateformes chinoises qui vendent des produits non conformes, etc. Donc, moi je me suis attaqué au sujet. On a d'ailleurs, au passage, suspendu la plateforme Shein après la vente de produits illicites. Il y a, au passage, des sanctions qui ont été portées, parce que moi, j'ai une administration qu'on appelle les fraudes, vous savez, la DGCCRL, et qui contrôle. Donc, on a fait des prélèvements. Ces prélèvements, on a regardé les produits, on s'est aperçu que la majorité, la grande majorité de ces produits ne respectaient pas nos codes de la consommation. Ils étaient même parfois dangereux, voire illicites. Donc, moi je me suis dit : « Voilà, il faut sanctionner ». Donc au passage, il doit y avoir un milliard de sanctions qui ont été données en année glissante entre les sanctions au niveau de l'Europe et au niveau de la France.
JACQUES CARDOZEUn milliard, c'est beaucoup.
SERGE PAPINUn milliard, voilà, les sanctions, donc ce n'est pas rien, vous voyez. Et on a poussé ce qu'on appelle des droits de douane, c'est la France qui a demandé ça. Donc de 3 euros, comme vous venez de le dire, et qui vont augmenter jusqu'à 5 euros au mois de novembre, donc c'est la fameuse taxe petit colis. Et entre l'éveil des consciences, c'est-à-dire les gens qui s'aperçoivent que ces produits sont quand même dangereux, ils voient bien que le business model...
JACQUES CARDOZEVous voulez dire que tout ça a eu aussi un effet sur les consommateurs ?
SERGE PAPINUn effet, bien sur, sur les consommateurs qui se disent, bon, finalement, so what, par rapport à ça, ce sont des produits qui ne sont pas satisfaisants en termes de consommation. Et, évidemment, les taxes, on a une baisse, ce n'est pas rien, de ces produits-là aujourd'hui, de moins 30 à moins 50%. C'est énorme. Et puis, moi, je vais vous dire, je suis content parce qu'on m'avait accusé d'être un espèce de donkey shot. En disant, mais, c'est David contre Goliath, j'ai jamais réussi à...
JACQUES CARDOZEEt pourtant, vous aviez dit : " Je veux leur casser la gueule aux Chinois ". Oui. Vous aviez employé ce terme.
SERGE PAPINNon, mais parce que c'était une façon, comme ça, un peu triviale de dire qu'il faut qu'on se protège. Je n'ai rien contre les Chinois.
JACQUES CARDOZEMais ça veut dire, en tous les cas, et vous nous l'annoncez, qu'il y a une baisse de la consommation. C'est une satisfaction pour vous.
SERGE PAPINUne baisse de la consommation. Bien sûr, parce que c'est moi, en tant que ministre du commerce, des PME, je me dois à la fois de protéger ces entreprises, protéger le consommateur aussi. Et puis, comme vous venez de le dire, là, on est les premiers en Europe à mettre en place une loi contre l'ultra fast fashion. Donc, c'est en route, là. C'est promulgué depuis le mois de juillet et donc les arrêtés, là, passent au 1er septembre. Ça veut dire quoi ? Qu'on va avoir une espèce de coefficient qu'on va mettre en place, qui est issu à la fois d'un nombre de produits énormes, fake Shein, par exemple, met 6 000 à 7 000 produits par jour.
JACQUES CARDOZECe dont vous êtes en train de parler, c'est la deuxième taxe, au niveau européen, qui est un malus, c'est bien cela.
SERGE PAPINC'est un malus, au niveau français. Pas européen, pour l'instant.
JACQUES CARDOZEMais qui pourrait être reprise par d'autres pays européens.
SERGE PAPINEn tous les cas, donc, ce malus, il est issu de deux choses. Un nombre de produits énormes, qui est mis en compte. 6 000 à 7 000 produits par jour sont mis en marché par Shein. Et surtout, la réparabilité. Donc, un indice de réparabilité. Parce que ces produits qui sont tellement éphémères, ils sont irréparables. Donc, on a voulu mettre un malus qui va de 50 centimes, si c'est un sous-vêtement, à 12 euros maximum, si c'est par exemple un manteau.
JACQUES CARDOZECe sera en fonction du vêtement, voilà, et ça peut monter jusqu'à la moitié, à peu près, de la valeur du vêtement.
SERGE PAPINLa valeur avec un plafond à 12 euros, pour l'instant.
JACQUES CARDOZEEt donc, le but, c'est évidemment de défendre les commerces européens.
SERGE PAPINBien sûr, défendre les commerces européens. Puis surtout, vous savez, moi, je m'étais engagé sur la COP21, il y a 10 ans. Et vous vous rendez compte qu'il y a 600 avions qui viennent en Europe, chaque jour, pour livrer des produits qui ne respectent pas les codes de la consommation. Qui ne payent d'ailleurs, au passage, aucune taxe sur notre protection sociale, sur les retraites, etc. Donc, vous voyez, c'est quand même bien…
JACQUES CARDOZEEt c'est la raison pour laquelle, Serge Papin, les industries européennes veulent 10 euros de plus par colis. Sur ce point, est-ce que vous êtes d'accord ?
SERGE PAPINOui. Alors, nous, on montre l'exemple en France. Je pense que l'Europe est en train de prendre conscience aussi. Et là, je vais vous dire, la France sert d'exemple. Parce que parfois, on dit : " Ouais, mais l'Europe, c'est l'espèce de grande marmite, là, on ne peut rien y faire ".
JACQUES CARDOZEEt quand ça marche bien, il faut le dire.
SERGE PAPINEt puis, quand on montre l'exemple, quand on est déterminé, on voit que l'Europe, elle nous suit.
JACQUES CARDOZEAlors, pourquoi ne pas appliquer cette même taxe à, non pas l'ultra fast fashion, mais la fast fashion ? Et là, je pense à des marques, pardon de les citer, mais comme Zara, H&M. Vous faites une différence ? Oui, je fais une différence.
SERGE PAPINOui, je fais une différence. Ce sont des magasins physiques. On pourrait citer Kiabi, Jules, etc. Pourquoi ? Parce que d'abord, ils ne sont pas dans l'ultra fast fashion. Il y a une différence entre l'éphémérité, si je puis dire, de l'ultra, et eux, ils sont dans ce qu'on appelle la fast fashion. Ils vendent des produits, par exemple, Kiabi vend des jeans made in France, qui sont à 35 euros. Moi, je n'ai pas envie de pénaliser les commerçants français qui ont des magasins physiques, qui emploient des vendeurs dans les territoires, mais c'est pénaliser les plateformes chinoises. Donc, c'est ciblé.
JACQUES CARDOZEAlors, justement, à propos des commerces français et physiques, vous avez déjà travaillé avec les commerces de centre-ville. Dans le monde rural, il y a aussi des grandes difficultés. Comment peut-on faire pour aider ces commerces ruraux, dans ces régions où, très facilement, on va vers le géant de l'e-commerce ? Vous avez des propositions à faire ?
SERGE PAPINOn a déjà un plan d'action pour le commerce de centre-ville en général. On a mis en place des outils. Les outils, il y en a deux auxquels je pense qu'ils sont très efficaces. C'est d'abord la foncière. La foncière, qui est une possibilité au niveau des mairies, qui est dotée par la Banque des Territoires, qui est une banque qui dépend de l'État. Il y a un budget qui est quand même conséquent, 100 millions d'euros, et qui permet de préempter, d'acheter les mairies. Les mairies ont cet outil, elles achètent des commerces. Ça leur permet de ré-ouvrir des rideaux, de réguler les loyers. Si on couple ça avec un métier que vous ne connaissez peut-être pas, qui s'appelle les managers de commerce de centre-ville, il y en a presque un millier maintenant. Et quand on couple les deux possibilités stratégiques pour les mairies de s'impliquer dans le commerce de centre-ville, avec des animateurs, c'est efficace. Et du coup, on est en train de retourner la situation et de ré-ouvrir des rideaux qui étaient fermés. Premier point. Deuxième point sur le commerce rural, on a, bien sûr, un dispositif qui va être exprimé, qui va être communiqué dans quelques jours, et qui va être une aide assez conséquente pour remettre des commerces dans les zones où ils ont disparu. Et voilà, j'aurais l'occasion...
JACQUES CARDOZEVous réannoncez dans Sud Radio ce matin, qu'il y aura une aide spécifique pour le monde rural, pour les commerces en monde rural ?
SERGE PAPINIl y a deux choses, si vous permettez. Il y a d'abord ce qui peut être fait avec le privé, parce qu'il y a des enseignes qui font des choses en proximité qui sont très bien. Et là, il suffit aussi de coupler. Quand la mairie, par exemple, investit dans un local, on peut mettre dans des petits bourgs une enseigne type Vivalp, Petit Casino, je pense à eux, parce qu'ils sont très impliqués dans ce domaine-là. Et ça marche, sur des petites surfaces. Et quand il y a dans des zones, par exemple, où il y a entre 500 et 1 000 habitants, pour situer à peu près l'échelle, on a des budgets aux alentours de 80 000 euros par dossier, qui permettront de réactiver des commerces en zone rurale. Donc j'aurai l'occasion de l'exprimer dans quelques jours.
JACQUES CARDOZESerge Papin, vous êtes, je le disais, ministre du pouvoir d'achat. Forcément, ça résonne dans la tête lorsque l'on entend ça. D'abord, le constat, aujourd'hui, quels sont les chiffres dont vous disposez, et notamment concernant l'inflation ?
SERGE PAPINAlors, on a l'inflation qui est la plus faible d'Europe, puisque l'inflation au niveau de l'Europe, c'est aux alentours de 3%. En France, à date, aujourd'hui, on est à 2,4% à la fin de l'été. L'inflation alimentaire, c'est moins de 1%. Donc, sur les produits de consommation alimentaire, on est, je dirais, en stabilité.
JACQUES CARDOZESur l'été ?
SERGE PAPINDepuis le début de l'année.
JACQUES CARDOZEDepuis le début de l'année.
SERGE PAPINDepuis le début de l'année, en moyenne, bien sûr. Donc, de ce point de vue-là, c'est sous contrôle.
JACQUES CARDOZESur la consommation, sur cet été, en supermarché ?
SERGE PAPINPlutôt bonne. C'est-à-dire qu'on est en croissance. On est en croissance de 0,4-0,5%. Donc, c'est une petite croissance, mais elle est là. L'été s'est plutôt bien passé. Les touristes de l'étranger sont venus nombreux dans le pays, malgré la canicule. Les Français aussi. Il y a eu une augmentation, par exemple, des nuitées, avec les Français, de l'ordre de 1%. Donc, on va faire une bonne saison touristique. J'aurai l'occasion de le dire, là aussi, dans les prochains jours.
JACQUES CARDOZEAlors, qu'allez-vous proposer pour redonner de l'air aux Français, d'une façon générale, en matière de pouvoir d'achat ? On parle souvent, au sein du Gouvernement, de rééquilibrage.
SERGE PAPINÉcoutez, on est confrontés à un triple défi. Jamais vu. C'est pour ça que, là, vraiment, on est dans la réalité. C'est quoi ? Une crise énergétique la plus forte depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec les conséquences que ça a, avec la fermeture du détroit d'Ormuz. Une crise climatique, jamais vue non plus, et avec tout ce que ça va avoir comme conséquence sur l'adaptation. Et puis, une crise aussi sur les taux d'intérêt. On est, aujourd'hui, confrontés à des taux d'intérêt qui sont élevés, à la fois pour nos comptes publics et pour les particuliers. Donc, tout ça pèse. Donc, qu'est-ce qu'on a voulu faire ? On a mis un filet de sécurité.
JACQUES CARDOZEVos solutions à vous.
SERGE PAPINVoilà, on a mis un filet de sécurité, donc, pour les salaires les plus modestes. D'abord, le SMIC, il a augmenté de 3,6% depuis le début de l'année. On est un des seuls pays d'Europe à faire ça de cette manière-là. Ce n'est pas rien, c'est 800 euros de plus pour quelqu'un qui est au SMIC. On a le chèque énergie qui a été mis en place.
JACQUES CARDOZEÇa, c'est ce que vous avez déjà mis en place, Serge Papin. Mais quelles sont les annonces que vous pourriez faire ?
SERGE PAPINLes annonces, déjà, vous voyez, c'est avoir ces possibilités de continuer à aider les salaires les plus modestes. Les activités, en les ciblant, je pense, aux grands rouleurs, qu'on continue aussi à aider. Donc, voilà, ça c'est quelque chose qui va se pérenniser, quelque chose qui existe, et c'est une vraie protection.
JACQUES CARDOZEEt dans le même temps, on apprend que les retraités vont devoir mettre la main au portefeuille.
SERGE PAPINIl y a un budget qui va être proposé.
JACQUES CARDOZEEt quels sont les retraités qui vont devoir faire un effort ?
SERGE PAPINIl y a un budget qui va être proposé. Donc, de ce point de vue-là, je pense qu'on a des comptes publics, il va falloir tenir compte de la dette, et en même temps, avoir une protection. Donc, il y a une stratégie sur le budget qui est en place, dont on discute, et je pense que tout le monde devra faire un effort, et pas forcément que les retraités.
JACQUES CARDOZETrès bien, on va en parler dans une seconde. Vous restez avec nous, Serge Papin, ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'Achat. On marque une toute petite pause. On va parler de cette possible désindexation des retraites, ou de cette suppression de l'abattement de 10%. Vous aviez également évoqué le montant de 3 000 euros à partir desquels les retraités pourraient être mis à contribution. Peut-être que ce sera un autre chiffre, vous nous le direz dans une seconde.
(…)
JACQUES CARDOZESerge Papin, ministre des PME du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat est dans le studio de Sud Radio. Bonjour Serge Papin, c'est la deuxième partie de notre entretien. On abordait la question des efforts, parce que c'est à peu près certain aujourd'hui, cette petite musique, les Français l'ont entendu, qu'il y aura des efforts à faire. Et vous disiez, juste avant la pause, que tout le monde va devoir faire ses efforts. Est-ce que vous pourriez nous préciser votre pensée ?
SERGE PAPINÉcoutez, vous avez évoqué tout à l'heure les retraités. Moi évidemment, je suis retraité. Et donc j'ai envie qu'il y ait une solidarité intergénérationnelle. Bien sûr, parce que je vois bien, je mets de côté évidemment, les retraités qui sont dans les minimums vieillesse ou les petites retraites. Autrement, disons, les retraités qui sont plus à l'aise, on le voit bien, ils ont envie aussi de transmettre. Moi je vois, je discute avec des gens de ma génération. Donc comment on pourrait faire ça, à condition que ça soit fléché ?
JACQUES CARDOZEOui, justement.
SERGE PAPINIl faudrait que ce soit fléché et qu'on se dise : " Les efforts qu'on va faire, ça sert aux jeunes actifs ".
JACQUES CARDOZEAlors il y a fléché, mais il y a aussi qui ?
SERGE PAPINQui en bénéficie ?
JACQUES CARDOZEQui va devoir payer ?
SERGE PAPINÉcoutez, le Premier ministre s'est exprimé, en tous les cas, il n'y a pas d'augmentation de la fiscalité. Ça, c'est quand même un point important. Deuxièmement, il y a des secteurs qui sont stratégiques, auxquels on ne va pas toucher. Au contraire, qui vont être encore améliorés sur le plan budgétaire. C'est la défense. C'est l'adaptation au climat.
JACQUES CARDOZEIl y a une idée qui circule, c'est la TVA sociale. Serge Papin. Je vous propose d'abord d'écouter le patron de la coopérative, que vous connaissez bien sûr, Dominique Schelcher, qui plaide pour une hausse de la TVA. Il n'est pas le seul, il y a Michel-Édouard Leclerc aussi qui a de cet avis. On l'écoute.
DOMINIQUE SCHELCHER, PATRON DE LA COOPERATIVE USi aujourd'hui le chef d'entreprise que je suis veut augmenter de 100 euros quelqu'un qui est aux alentours du SMIC, ça me coûte 483 euros. Peu d'entreprises ont les moyens de se payer ça. Il faut donc moins faire porter la protection sociale sur le travail. On a fait glisser ça depuis des années sur le travail. Il faut faire un mouvement inverse et il n'y a pas 36 solutions. Si on veut baisser ça, il faut faire un transfert en partie sur la consommation. Surtout pas sur la TVA des produits de première nécessité, mais sur la TVA la plus élevée qui en France est une des plus basses d'Europe.
JACQUES CARDOZEQu'est-ce que vous en pensez ?
SERGE PAPINOui, ça fait partie des pistes. Je pense que là, pour le coup, on est dans un programme quasi présidentiel, dans ce qu'évoque Dominique Schelcher. Je ne trouve pas ça idiot. Maintenant, je ne vais pas vous faire la présentation budgétaire ce matin, mais en tous les cas, c'est une idée intéressante à mettre en débat, bien sûr, mais il fait la part des choses entre la TVA sur les produits de première nécessité. Sans doute qu'on pourrait même aller un peu plus loin. Si on voulait, on pourrait dire qu'il faut la baisser. Pourquoi pas ? Et en revanche, les produits qui sont un peu moins dans les besoins quotidiens, les augmenter. Il propose ça.
JACQUES CARDOZEVous seriez favorable à une baisse sur certains produits ?
SERGE PAPINJe n'ai pas dit que j'étais favorable.
JACQUES CARDOZEC'est votre idée, vous dites. Pourquoi pas ?
SERGE PAPINNon, mais mettre ça en débat, en particulier pour les présidentielles, je trouve que c'est une idée qui peut voler.
JACQUES CARDOZEEt puis si en plus du débat des présidentielles, elle peut servir le Gouvernement et les arbitrages du Gouvernement, pourquoi pas ?
SERGE PAPINÉcoutez, ça, comme vous dites, c'est les arbitrages du Gouvernement. Je vous signale que je ne suis pas l'arbitre.
JACQUES CARDOZEComme promis, on vous propose dans ce deuxième quart d'heure, monsieur le ministre, et comme pour tous nos invités politiques, une carte blanche. Vous avez souhaité, vous, cette fois-là, peut-être, ré-endosser le costume du patron et avoir un regard un peu particulier sur le monde politique.
SERGE PAPINOui, je trouve ça intéressant, votre carte blanche. Alors, je lui reprenais un mot que j'ai utilisé quand j'ai fait la petite table ronde à la REF, qui était la réunion avec le patronat, et je disais, il nous faudrait un new deal, vous savez, pour paraphraser, puisqu'on a le président américain à l'époque, puisqu'on est dans un tel changement d'époque. Donc, un new deal, c'est quoi ? D'abord, avec les salariés, et ça répond aussi à votre question, un peu indirectement sur le pouvoir d'achat, c'est d'aller vers plus de partage de la valeur, aller vers un capitalisme plus social. Moi, je serais assez favorable à ça. Donc, comment les entreprises, contrat d'intéressement, de participation, actionnariat salarié, ça, c'est des choses que j'aime bien. Je m'occupe des négociations commerciales. Le new deal, c'est de faire en sorte, quand on voit les problèmes du climat, toutes les répercussions qu'il y a sur notre alimentation, sur l'environnement, sur la santé, il y a ce qu'on appelle des négociations annuelles, qui sont quand même un peu dans le rapport de force. Moi, j'aimerais bien qu'on les transforme en négociations pluriannuelles, que tout le monde ait du temps, qu'on puisse comme ça repenser. Et puis que les politiques, entre nous, ils fassent aussi un new deal entre eux, qu'ils arrêtent un peu...
JACQUES CARDOZEVous ne vous considérez pas comme un politique ?
SERGE PAPINNon, pas vraiment. Par contre, je remarque, moi je suis un commerçant, à l'origine, et un commerçant, ça négocie, je trouve qu'il négocie mal entre eux, ils sont tout le temps en train de s'envoyer des invectives, et s'ils pensaient vraiment, dans leur combat, à l'intérêt général du pays, ils accepteraient aussi que le new deal, ça serait d'avoir un budget pour le pays, parce que ça, c'est l'intérêt du pays aussi.
JACQUES CARDOZESerge Papin, l'un des soucis des chefs d'entreprise, puisque vous disiez que vous vous ressentez patron, c'est aussi la question de la facturation électronique. Dans ce deuxième quart d'heure, on a proposé à des auditeurs de poser leurs questions. On écoute.
LIONEL, CHEF D'ENTREPRISE A GRASSEBonjour Monsieur Papin, je suis Lionel, je suis chef d'entreprise à Grasse, dans les Alpes-Maritimes. Ces derniers mois, on a eu le piratage du SIA, du FICOBA, de la NPS, des données de santé, de la DGFIP, qui s'est fait pirater. Est-ce que les bilans en sécurité ont été faits correctement ? Et est-ce qu'un diagnostic un peu plus poussé, peut-être, que ce qui a été fait, ne serait pas nécessaire ?
SERGE PAPINVous parlez du hackage.
JACQUES CARDOZEIl parle de son inquiétude de la mise en place de la facturation électronique dans le cadre de ces hackings qu'on subit.
SERGE PAPINPour la facturation électronique, la mise en place va se faire tranquillement. On va vivre une phase de transition. Il va y avoir de la souplesse de la part de l'administration.
JACQUES CARDOZEVous dites aux chefs d'entreprise, tranquille, ça va, on va prendre son temps.
SERGE PAPINOn va prendre son temps.
JACQUES CARDOZECombien de temps ?
SERGE PAPINAu moins jusqu'à la fin de l'année.
JACQUES CARDOZEDonc ils ont un trimestre ?
SERGE PAPINVoilà, qui sera une période de transition, et puis après on ne va pas leur tomber dessus non plus au 1er janvier. Ce qui est intéressant, c'est que les entreprises qui sont bien organisées, elles vont essuyer les plâtres pour ceux qui derrière vont observer un peu les choses.
JACQUES CARDOZELe regard des réseaux sociaux avec vous, Benjamin Glaise.
BENJAMIN GLAISEBonjour monsieur le ministre.
SERGE PAPINBonjour Benjamin Glaise
JACQUES CARDOZEOn vous écoute Benjamin.
BENJAMIN GLAISEOn va parler de l'interdiction du portable au lycée. Ça a fait réagir notamment le déplacement d'Emmanuel Macron à se tailler dans un établissement de Mande, en looser pour assurer le service après-vente, devant les caméras, des lycéens aussi, forcément. Il a tenté d'échanger avec eux pour leur expliquer pourquoi cette mesure était devenue nécessaire.
EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUEVous venez là avec des objectifs, et vos enseignants en ont aussi, qui est eux de vous transmettre un savoir, vous de l'acquérir. Donc ça, ce n'est pas compatible avec être sur son téléphone.
BENJAMIN GLAISECeci étant dit, on a appris que vous-même, les membres du Gouvernement, vous étiez privé de portable en conseil des ministres, sommé de les laisser dehors avant de débuter.
EMMANUEL MACRONMoi quand je fais des réunions par exemple à l'Elysée maintenant, je demande aux gens de déposer leur portable avant. Même à l'Elysée, vous faites des réunions avec des gens, ils sont tous sur leur téléphone. Donc il y a des boîtes, le ministre peut vous le dire, en conseil des ministres, chacun dépose son téléphone avant. Parce qu'en fait on n'est pas sinon disponible à ce qu'on fait. Ça veut dire qu'on ne fait plus rien.
BENJAMIN GLAISEUn ministre c'est comme un lycéen, il faut lui retirer son portable pour qu'il reste concentré.
SERGE PAPINOui, et puis il y a aussi des questions de sécurité, quand il y a des réunions comme ça. Donc il y a le conseil des ministres, mais pas que. Avec le Premier ministre, nous étions en séminaire pour le budget.
JACQUES CARDOZEEt il y avait des casiers.
SERGE PAPINEt il y avait des casiers, donc nous avons laissé notre portable longuement, parce que c'est une réunion qui a été très longue.
BENJAMIN GLAISEC'est dur.
SERGE PAPINNon, moi je trouve ça bien qu'on puisse un peu se désaccoutumer.
BENJAMIN GLAISEIl y a des ministres qui sont plus accros que d'autres.
SERGE PAPINIl y en a, il y en a qui sont plus accros.
BENJAMIN GLAISEEt le président les réprimande ?
SERGE PAPINAlors non, parce qu'en conseil des ministres, ils ne viennent pas avec leur portable. Donc ça ils respectent, bien sûr.
BENJAMIN GLAISEJuste d'un mot à l'Assemblée nationale, je ne sais pas si vous pensez qu'il faudrait interdire le téléphone portable lors des séances. On n'a vu, on ne va pas balancer de noms, on a vu des députés, des ministres, voire même des premiers ministres montrer des photos de leurs chiens à leurs collègues, ou jouer en ligne. Est-ce qu'il faudrait l'interdire le téléphone en séance ?
SERGE PAPINJe pense qu'il faudrait encourager l'attention au débat. Le calme aussi dans les débats. Moi je pense qu'il faudrait plutôt encourager le respect dans les dialogues et un peu le fait d'être un peu posé à l'Assemblée plus que, ou autant que les portables.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304593
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