Interview de M. Mathieu Lefèvre, ministre délégué, chargé de la transition écologique, à RMC le 1er septembre 2026, sur le financement de la transition écologique et sur les plateformes de fast-fashion.
Mathieu Lefèvre (auteur), Apolline de Malherbe (intervenant)
APOLLINE DE MALHERBEComment faire pour financer la transition écologique quand on vous dit toute la journée qu'il n'y a plus de sous ? Bonjour Mathieu Lefèvre.
MATHIEU LEFEVREBonjour.
APOLLINE DE MALHERBEVous êtes le ministre délégué chargé de la Transition écologique. Il faut faire des économies d'un côté, et on vous dit : " Il faut financer la transition écologique ". Vous faites comment ?
MATHIEU LEFEVRED'abord, le projet de budget que présentera Sébastien Lecornu va préserver les dépenses d'adaptation au changement climatique. Le budget est en hausse de plus d'un milliard d'euros. Les dépenses très importantes, comme le Fonds vert, qui permet aux collectivités, à l'Etat, d'adapter notamment ses bâtiments au dérèglement climatique, va être porté à un niveau de 1 milliard d'euros : en hausse considérable par rapport à l'an passé. Mais surtout, pour financer l'adaptation climatique, il faut un budget. S'il n'y a pas de budget, il n'y a pas de dépenses d'investissement pour les années prochaines.
APOLLINE DE MALHERBEDonc, il faut commencer par donner un budget ?
MATHIEU LEFEVREIl faut commencer par donner un budget, qui est absolument indispensable.
APOLLINE DE MALHERBEQu'est-ce que vous dites aux oppositions, y compris le PS qui, lors du dernier budget, vous a sauvé la mise, mais qui, cette fois-ci, semble déjà annoncé qu'ils vont censurer.
MATHIEU LEFEVREJe leur dis : dans un contexte de grande incertitude géopolitique internationale, est-ce qu'on a besoin de rajouter du désordre domestique ? Est-ce qu'on a besoin de se fragiliser nous-même, vis-à-vis des marchés, vis-à-vis des Français ? L'absence de budget, ça va coûter au moins 15 milliards d'euros. Ce n'est pas moi qui le dis. C'est un rapport de l'inspection des finances. 15 milliards d'euros trouveraient mieux à être employés dans la rénovation des écoles pour faire face à au dérèglement climatique, canicules qui ne manqueront pas de se répéter. Moi, je suis frappé de voir à quel point il y a, dans la classe politique, des femmes et des hommes qui disent le mot censure ; d'abord, sans même avoir lu la première ligne du budget, parce qu'il n'a pas été présenté.
APOLLINE DE MALHERBEDe fait, personne ne l'a lu ?
MATHIEU LEFEVREPersonne ne l'a lu. Et ensuite, ce sont en général les mêmes qui demandent à ce qu'on investisse plus pour lutter contre le dérèglement climatique. Mais encore une fois, absence de budget égale absence d'investissement pour nous adapter.
APOLLINE DE MALHERBEDu côté socialiste, hein, notamment Raphaël Glucksmann, qui est évidemment candidat à cette primaire. Il dit justement que l'écologie, ça doit être la première chose. Et son tout premier déplacement, une fois qu'il a dit être candidat, c'était pour aller se rendre sur une éolienne.
MATHIEU LEFEVRED'abord, sur les éoliennes. Heureusement que le Premier ministre a fait la programmation pluriannuelle de l'énergie, qui nous permet d'avoir de la visibilité sur la répartition entre le nucléaire et les énergies renouvelables. Je rappelle qu'il a subi une motion de censure pour cela. C'est dire le niveau d'irresponsabilité qu'il peut y avoir chez les partis extrêmes, ce qui n'est pas le cas de la gauche de Gouvernement. Mais ce qui est très important de comprendre pour les Français, c'est que l'absence de budget, ça a un coût certain pour eux ; à la fois parce que, d'abord, ça va renchérir le coût du crédit : les prêts au logement vont être plus élevés élever, les prêts pour les entreprises vont être plus élevés. Puis, un certain nombre de domaines vont se trouver fragilisés. S'il n'y a pas de budget, par exemple, il n'y a pas MaPrimeRénov'. Et donc, c'est tout.
JOURNALISTEMais concrètement, là, à court terme, comment vous faites pour concilier transition écologique et prix des carburants élevés, qui est toujours cette…
APOLLINE DE MALHERBEEt prix du gaz qui monte : aujourd'hui, plus 5,6%.
MATHIEU LEFEVRED'abord, l'écologie, ce n'est pas quelque chose qui est contre les gens, ce n'est pas quelque chose qui doit être pensé de façon non populaire et contre les Français. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement a pris ses responsabilités, proposé des aides d'urgence face à la crise des carburants, dont vous avez vu qu'elles vont être prolongées, de la même manière que pour le chèque énergie, Mais très concrètement, pour continuer à augmenter les dépenses de transition écologique, on fait des économies, par ailleurs : des économies sur le fonctionnement, des économies sur la communication. Les dépenses de communication vont être réduites de 30%, par exemple. Je rappelle que les dépenses des ministères…
APOLLINE DE MALHERBECe n'est pas non plus ce qui fait l'essentiel de la dépense publique, hein. Là, vous rabotez des petits trucs.
MATHIEU LEFEVREOui, mais malgré tout, c'est important. Et si vous regardez bien dans le projet de budget, les dépenses des ministères vont augmenter quatre fois moins vite que l'inflation. C'est donc qu'il y a un effort très important qui est fait. Ce qui n'empêche pas d'avoir des choix, à la fois, notamment, pour la défense dans le contexte international, et notamment pour la transition écologique.
APOLLINE DE MALHERBEDepuis ce matin, si on commande sur un site d'ultra fast-fashion, il y aura une pénalité de 19,50 euros maximum par pièce, dans la limite de 50% des articles. Vous disiez : l'écologie, ça ne doit pas se faire contre les Français. Il y a de très nombreux Français et Françaises qui commandent sur Shein, qui commandent sur cette ultra fast fashion. Et vous allez les pénaliser, alors qu'ils disent que c'est un moyen pour eux, simplement, de pouvoir s'acheter des vêtements.
MATHIEU LEFEVRED'abord, cette proposition est issue d'une loi parlementaire. Mais ce qui est important de voir, c'est que la concurrence déloyale des Chinois, des plateformes chinoises, fait peser d'abord un risque très important sur l'emploi français. Plus on commande sur ces plateformes, plus on met à mal l'emploi français, l'industrie textile française. On met à mal, évidemment, la planète également. Mais le Gouvernement agit pour rétablir une forme de concurrence loyale vis-à-vis de plateformes qui ne respectent pas nos règles sociales, environnementales et économiques.
APOLLINE DE MALHERBEMais je n'ai pas compris. 19,50 euros, ça veut dire que si vous achetez, je ne sais pas, un t-shirt à 10 euros, il va vous revenir à 29,50 euros ?
MATHIEU LEFEVRENon. 19,50 euros, c'est notamment pour les manteaux. Donc, c'est évidemment proportionné par rapport au prix du vêtement.
APOLLINE DE MALHERBED'accord.
MATHIEU LEFEVREPour les t-shirts, c'était 2 euros.
APOLLINE DE MALHERBEÇa peut aller jusqu'à 19,50 euros ?
MATHIEU LEFEVREEt ça sera plafonné à hauteur de 50 % par rapport au prix total du vêtement. Mais l'objectif, disons-le clairement, c'est que les Français puissent continuer à consommer français et ne pas consommer sur ces plateformes.
JOURNALISTEIl faut quand même être conscient de ce qui se passe dans ce pays au niveau social. Je veux dire… Non, mais je comprends très bien ce que vous dites, que vous avez raison. Mais enfin, les gens n'ont plus d'argent. Globalement, c'est un constat qui est partagé. Vous allez les priver d'un truc agréable dans la vie, qui est de s'acheter des vêtements, et indispensable. La France n'est pas capable de donner des vêtements à des gens qui n'ont pas beaucoup d'argent. La Chine le fait. Les faits sont là, même si ce n'est pas bon pour nous. Comment vous résolvez ce problème ? Il n'y a pas que les taxes dans la vie.
MATHIEU LEFEVREAlors, ce n'est pas une taxe. D'abord, parce que d'abord parce que ça ne va pas dans le budget de l'Etat. Non, mais c'est important de le dire, que l'État ne s'enrichit pas avec ça.
APOLLINE DE MALHERBEÇa va où, cet argent, alors ?
MATHIEU LEFEVREÇa va dans l'éco-organisme qui collecte. C'est l'organisme qui s'occupe de gérer la mode dans le pays, et qui permettra justement d'avoir des bonus : des bonus pour les vêtements recyclés, des bonus pour les vêtements qui sont bien fabriqués. C'est ça le principe du pollueur-payeur, c'est-à-dire qu'on prend à ceux qui produisent de mauvaise façon et on redonne à ceux qui produisent de bonne façon.
APOLLINE DE MALHERBEMerci Mathieu Lefèvre d'avoir répondu à nos questions ce matin. Ministre délégué chargé de la Transition écologique.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 septembre 2026
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vie_publique · nº 304569
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