Interview de Mme Catherine Pégard, ministre de la culture, à RTL le 4 septembre 2026, sur la décision de Patrick Bruel d'annuler ses concerts, l'appel à la grève des syndicats de Radio France, l'exposition de la tapisserie de Bayeux à Londres et le budge
Catherine Pégard (auteur), Céline Landreau (intervenant)
CATHERINE PÉGARDBonjour.
CÉLINE LANDREAUMinistre de la Culture. Et merci d'être avec nous ce matin. On va parler évidemment de cette tapisserie de Bayeux dans quelques instants. Mais avant ça, je voudrais revenir sur deux actualités très différentes. D'abord, peut-être, la décision de Patrick Bruel d'annuler ses concerts prévus en octobre. On rappelle qu'il est mis en examen pour viol et agression sexuelle, des faits qu'il a toujours niés. Est-ce qu'il a pris la bonne décision, et est-ce qu'il a trop attendu, peut-être, pour la prendre ?
CATHERINE PÉGARDIl a pris cette décision, c'est la sienne, dont acte. Et je pense qu'aujourd'hui, il faut que la justice suive son cours d'une manière sereine. Les enquêtes se poursuivent. Je pense que c'est évidemment l'essentiel pour les victimes. C'est à elles que je pense. Nous, nous avons un devoir : c'est d'être derrière tous ceux ou celles qui sont victimes de violences sexuelles ou sexistes. Ça, c'est notre conscience. C'est intangible. C'est un débat qui ne s'ouvre même pas. Donc, nous devons lutter contre les violences sexuelles et sexistes. Pour le reste, nous sommes dans un État de droit, et donc lié à la présomption d'innocence. Et la justice doit faire son travail.
CÉLINE LANDREAUVotre collègue au Gouvernement, Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, avait appelé, elle, Patrick Bruel à renoncer à ses concerts. On ne vous avait pas entendue sur le sujet. Est-ce que vous avez cherché à intervenir en coulisses ou vous êtes tenu loin de tout ça ?
CATHERINE PÉGARDNon, je ne suis pas loin de tout ça, je viens de vous le dire. Je suis même très mobilisée sur ces violences sexuelles et sexistes, parce que c'est un travail quotidien pour nous, au ministère de la Culture, pour traquer ces violences sexuelles et sexistes dans tous les domaines, car rien ne les justifie : ni le talent, ni la hiérarchie sociale. Rien ne peut les justifier. Donc, nous sommes là, en effet, pour les traquer. Et j'ajoute qu'une fois que l'on a dit ça, on est dans un Etat de droit, je le répète. Et je pense que la justice doit faire son travail. Et on doit être, chacun, à sa place.
CÉLINE LANDREAUL'avocate de Patrick Bruel explique qu'il n'a voulu prendre aucun risque pour son public, pour les personnes qui travaillent pour lui, après des menaces reçues ces derniers jours. Vous en aviez eu vent, de ces menaces ?
CATHERINE PÉGARDMoi, je n'avais pas eu vent de ces menaces dans les derniers jours. Mais je savais qu'évidemment, le débat commençait à s'envenimer, puisque chacun commençait à avoir un jugement sur l'éventualité que ces concerts reprennent. Patrick Bruel avait décidé d'arrêter sa tournée au printemps dernier. Il prend cette même décision. Je crois que c'est bien.
CÉLINE LANDREAUVous êtes ministre de la Culture, on l'a dit, mais aussi de la Communication. Et vous assurez à ce titre la tutelle de l'audiovisuel public. Les syndicats de Radio France appellent à la grève les 13 et 14 septembre prochains. Ils protestent contre la présence sur l'antenne de France Inter de Charles Sapin, nouveau chroniqueur le dimanche, aujourd'hui, directeur adjoint du magazine Valeurs actuelles : magazine qui porte des valeurs non compatibles avec celles de Radio France, selon les salariés du groupe. Est-ce que vous comprenez cet appel à la grève ?
CATHERINE PÉGARDJe comprends que les journalistes de France Inter puissent ouvrir un débat. Je pense qu'ils le font depuis plusieurs mois, qu'ils ont été eux-mêmes très malmenés dans les derniers mois, et très soupçonnés de part et d'autre, d'ailleurs, de tous les côtés de l'échiquier politique. Peut-être, comme ancienne journaliste, mon avis est que la maison de France Inter doit être ouverte. C'est ce qu'a dit, d'ailleurs, le directeur de la rédaction. Il a raison. Les éditorialistes sont là pour exprimer une opinion, la leur ; pas celle, forcément, des journaux dans lesquels ils travaillent. J'observe que ce pluralisme est respecté dans la rentrée de France Inter.
CÉLINE LANDREAUCe n'est pas suffisamment le cas jusque-là ?
CATHERINE PÉGARDNon, je ne porte pas de jugement. Je vois qu'aujourd'hui, il y a des chroniqueurs qui viennent de tous horizons, qui sont reconnus pour leur talent professionnel. C'est leur qualité professionnelle qu'on doit défendre. Et je pense que c'est toujours dangereux de faire des procès d'intention.
CÉLINE LANDREAUCe pluralisme, il est indispensable, vous le dites. C'est-à-dire que vous ne comprenez pas cet appel à la grève ?
CATHERINE PÉGARDJe n'ai pas à comprendre ou à ne pas comprendre. C'est un débat interne à France Inter, comme ce serait un débat interne à votre radio s'il devait se produire. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut raison garder.
CÉLINE LANDREAUEt attendre et juger sur les faits ? … le procès d'intention.
CATHERINE PÉGARDOn doit juger sur les faits, bien sûr. Le procès d'intention, c'est quand même assez désagréable. La chasse aux sorcières, c'est toujours désagréable. Et je pense que si on a choisi ce chroniqueur, il faut entendre ses propos. Évidemment, ses propos doivent rester ce qu'ils doivent rester. C'est-à-dire, ni des propos de haine, ni des propos de combat politique. Je pense qu'aujourd'hui, on pêche beaucoup par manque de nuances. On doit trouver une voie, surtout dans un moment qui va être très politique, puisque nous rentrons dans une année électorale. Et pendant cette année électorale, il doit y avoir du débat. Toutes les opinions peuvent s'exprimer dans les limites, encore une fois, que l'on doit aux auditeurs, d'abord, que l'on doit aux Français : c'est-à-dire les limites du débat démocratique.
CÉLINE LANDREAUCatherine Pégard, on le disait : vous êtes tout juste de retour de Londres. Vous êtes allée assister à l'inauguration de l'exposition sur la tapisserie de Bayeux, qui vient d'être installée au British Museum, prêtée par la France. Vous avez pu la voir, vous, cette tapisserie. Ça va. Le trajet ne l'a pas endommagé. On a signalé des ruptures de fibres. Rien d'inquiétant ?
CATHERINE PÉGARDOn a signalé une rupture de deux fils sur 70 mètres de long d'une tapisserie. Alors, c'est vrai qu'elle a été examinée avec une particulière attention. Ça a pris beaucoup de temps, puisque les experts l'ont examinée centimètre par centimètre. Donc, je peux vous dire qu'aujourd'hui, si on dit qu'elle est dans le même État en arrivant à Londres qu'elle était avant de partir de Bayeux, je crois qu'on ne se trompe pas beaucoup.
CÉLINE LANDREAUC'est un prêt 10 mois. Ça veut dire qu'elle sera de retour en France l'été prochain. Il n'y a pas de risque, on rassure tout le monde, de voir ce prêt prolongé ?
CATHERINE PÉGARDNon, non. Ça fait d'ailleurs beaucoup rire les Anglais qui ont le sens de l'humour. Ils commencent tout leur discours en disant : "Rassurez-vous, on va vous la rendre".
CÉLINE LANDREAUEn tout cas, l'engouement, il est réel pour cette tapisserie. L'exposition affiche complet jusqu'au 31 décembre. Les premiers billets vendus ont déjà généré près de 3 millions d'euros de recettes. Est-ce qu'il y a une partie reversée à la France, ou est-ce que c'est un prêt qu'on fait à titre complètement gracieux ?
CATHERINE PÉGARDNon. Vous savez, quand on fait des prêts, ce sont toujours les emprunteurs qui paient les frais. Donc, c'est eux qui ont payé tous les frais. Les Anglais ont payé tous les frais de ce prêt, qui est un prêt, encore une fois, extraordinaire, hors normes. Jamais la France n'a fait un prêt aussi important, n'a concédé un prêt aussi important. Et je connais peu de pays qui aient pu concéder des prêts aussi importants à un autre pays.
CÉLINE LANDREAUQuand on se rend compte, l'assurance, c'est 800 millions de livres : plus de 900 millions d'euros.
CATHERINE PÉGARDOui, ça veut tout dire et rien dire.
CÉLINE LANDREAUNon, mais c'est dire l'importance, en tout cas, la valeur qu'on donne à cet oeuvre.
CATHERINE PÉGARDOui, c'est capital, bien sûr.
CÉLINE LANDREAUPuisqu'on parle argent, Madame la ministre, on est dans une période un petit peu compliquée sur le point budgétaire. Le Premier ministre, hier soir encore, annonçait des efforts supplémentaires qui allaient être demandés à chaque ministère. Est-ce que vous, vous avez la garantie de préserver votre enveloppe l'année prochaine ?
CATHERINE PÉGARDPour l'instant, nous sommes dans ces débats budgétaires. Effectivement, les annonces du président de la République et du Premier ministre, puisque le président de la République avait dit à peu près la même chose en Conseil des ministres de rentrée, effectivement, ne nous rendent pas très optimistes sur le budget que nous allons devoir défendre.
CÉLINE LANDREAUVous allez faire partie des sacrifiés ?
CATHERINE PÉGARDNon, je ne crois pas. Je ne crois pas du tout que l'objectif soit de sacrifier les uns ou les autres. Je crois que l'objectif est de prendre conscience que ce sera une année extrêmement difficile. L'éditorialiste qui est en face de moi ne va pas le démentir. Donc, on doit tous faire des efforts. Mais par ailleurs, la culture, à mon avis, est un bien essentiel, et essentiel dans les mois qui viennent, parce que dans le débat politique, la culture a sa place. La culture a sa place pour montrer les limites à ne pas franchir, pour montrer aussi ce qui fait la fierté de la France. C'est sa culture. Moi, je l'ai vue à Bayeux. Je vais le voir dans deux jours pour ce sommet du cinéma, qui sera un sommet totalement inédit, avec plus de 200 personnes qui sont conviées, avec 60 pays représentés. Ça me semble plus important. Le reste, le débat que j'ai à avoir aujourd'hui, c'est de défendre les priorités du ministère de la Culture. Et c'est ce que je fais jour après jour.
source : Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2026
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vie_publique · nº 304624
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