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15 septembre 2026 · Gouvernement · discours Discours

Déclaration de Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer, sur l'inauguration d'une salle Eugénie-Félix Éboué au ministère des outre-mer et un appel en faveur de sa panthéonisation, Paris le 15 septembre 2026.

Naïma Moutchou (auteur)

Monsieur le préfet, cher Olivier JACOB,Madame la directrice générale des Outre-mer,Messieurs les conseillers, chers Laurent Lenoble et Franck Léon, Madame Marie-Françoise Éboué,Monsieur Guillaume Villemot, Monsieur Christian Guémy, alias C2'5 Mesdames et Messieurs, Pendant des années, cette salle a porté un seul nom : celui de Félix Éboué. À partir d'aujourd'hui, elle en portera deux. Eugénie retrouve Félix. Et je crois que ces trois mots disent mieux que de longs discours ce que nous faisons ici. Car ces deux-là ont tout partagé : une vie, une famille, des convictions, les épreuves, la guerre et, lorsque la France s'est effondrée, le choix de ne pas céder. Pourtant la postérité ne leur a pas réservé la même place. Félix Éboué, nous le connaissons. Le gouverneur, le résistant, le compagnon de la Libération. Le premier homme noir à entrer au Panthéon. Eugénie, beaucoup moins. Elle n'était pourtant ni dans son ombre, ni à sa suite. Elle était à ses côtés. Et c'est précisément là que nous la remettons aujourd'hui ! Deux portraits. Deux noms. Une même salle. Non pas pour réécrire leur histoire. Mais pour la raconter enfin toute entière. Revenons un instant en 1940. La France est vaincue. L'armée est défaite. Le gouvernement du Maréchal Pétain a demandé l'armistice. À Londres, de Gaulle n'a presque rien. Une voix à la BBC. Quelques hommes. Une conviction immense. Et à des milliers de kilomètres de là, au Tchad, un homme doit choisir. Félix Éboué, pourrait obéir. Attendre. Se protéger. Il sait surtout ce que son choix peut coûter. Leurs enfants sont dispersés par la guerre. Ginette se trouve en zone contrôlée par Vichy. Charles est au Caire. Henry et Robert sont prisonniers en Allemagne. Pour Félix et Eugénie, la guerre n'est donc pas une abstraction. Elle traverse leur propre famille. Ils ont peur, évidemment. Mais il existe des moments où une vie entière tient dans une décision. Ils choisissent l'honneur. Le 26 août 1940, Félix Éboué refuse l'armistice et rallie le Tchad à la France libre. Le Cameroun suit, puis le Congo, puis l'Oubangui-Chari. En quelques Jours, la solitude d'un homme devient un mouvement. La France libre trouve enfin une assise territoriale. Elle peut organiser le combat, lever des forces et préparer la reconquête. Quelques années plus tard, de Gaulle dira de Félix Éboué qu'il fut "l'un des principaux artisans" du salut national. Et du geste accompli à Fort-Lamy, il aura ces mots très simples : "C'est par là qu'il a marqué l'histoire". Mais dans cette histoire il y a Eugénie. Et je voudrais que nous nous arrêtions vraiment sur elle. Parce qu'Eugénie Éboué-Tell n'est pas un personnage secondaire de la vie d'un grand homme. Elle est une grande femme de notre histoire. Institutrice à Saint-Laurent-du-Maroni. Chercheuse. Anthropologue. Résistante. Infirmière. Députée. Sénatrice. Élue locale. Une femme libre, surtout. Une femme qui dans la première moitié du XXe siècle refuse les cases dans lesquelles son époque voudrait l'enfermer. Elle travaille sur les langues africaines, sur les langages tambourinés et sifflés. Elle observe les cultures sans jamais chercher à les hiérarchiser. Elle croit profondément à l'universel sans demander à personne de renoncer à ce qu'il est. Et quand vient la guerre, elle choisit elle aussi. Lorsque le Tchad rallie la France libre, Eugénie s'engage comme infirmière à l'hôpital militaire de Brazzaville où elle soigne, elle organise, elle défend la France libre. Vichy la condamne à mort par contumace. Cela devrait suffire à dissiper un malentendu qui a duré trop longtemps. On ne condamne pas à mort une épouse parce qu'elle accompagne son mari. On condamne une résistante parce qu'elle résiste. Félix et Eugénie étaient deux résistants. Deux tempéraments, deux volontés, deux français qui, au moment où leur pays vacillait, ont décidé qu'ils ne vacilleraient pas avec lui. Félix meurt prématurément au Caire en 1944. Eugénie aurait pu considérer qu'elle avait déjà suffisamment donné. Elle fait exactement l'inverse, elle continue, et là encore penchons-nous sur quelques dates. Avril 1945, les françaises votent pour la première fois. Quelques mois plus tard, Eugénie Éboué-Telle devient député de la Guadeloupe. Puis sénatrice. Puis membre du conseil économique et social. Elle siège également dans deux conseils municipaux, à Grand-Bourg et à Asnières-sur-Seine. Son parcours dans les grandes assemblées de la République est exceptionnel pour une femme de son époque. Et je pourrai ajouter, pour une femme tout court. Mais ce qui m'intéresse le plus n'est pas l'accumulation des titres. C'est ce qu'elle en a fait. Elle se bat pour l'égalité des enfants nés dans les colonies, pour la protection sociale, pour la départementalisation, le désenclavement des Outre-mer. Autrement dit, elle transforme son histoire personnelle en combat politique. Elle ne demande pas une place dans la République pour elle-même. Elle demande à la République de tenir sa promesse pour tous. Et je crois que c'est aussi pour cela que son parcours nous parle encore autant. En 1949 Eugénie participe au vote de la loi qui fait entrer Félix au Panthéon. Imaginez un instant cette scène. Une femme vote pour que la Nation honore l'homme qu'elle a aimé, avec lequel elle a résisté, combattu, espéré. Elle sait qu'il le mérite. Mais personne alors, n'imagine qu'elle pourrait un Jour le rejoindre. Sur le fronton du Panthéon, il est écrit : "Aux grands hommes la patrie reconnaissante". Les mots portent la marque de leur époque. Notre regard lui peut évoluer. Car Eugénie est de ceux-là. De ces grandes figures auxquelles la patrie doit sa reconnaissance. Des élèves du collège Eugénie Éboué-Tell de Saint-Laurent-du-Maroni ont écrit au Président de la République pour demander sa panthéonisation. Mon prédécesseur, Manuel Valls, avait engagé ce travail. Je veux aujourd'hui le poursuivre, avec tous ceux qui le portent déjà, avec le préfet Olivier Jacob, avec M. Guillaume Villemot, avec celles et ceux qui font vivre sa mémoire, parce qu'ici dans cette maison, nous savons que réparer un oubli n'efface pas l'histoire, mais la rend plus complète. Madame Marie-Françoise Éboué, Je veux vous dire très simplement notre gratitude. Depuis la disparition de Ginette, vous portez une part essentielle de la mémoire familiale. Les photographies qui nous entourent viennent de vous. Derrière les personnages historiques, elles nous rendent les être humains. Les regards, les sourires, la famille, l'intimité. Cette mémoire-là est irremplaçable. Je veux également remercier Camille de Brèvedent et Haussman Vwanderday, dont le documentaire Eugénie Éboué-Tell, une héroïne française sera diffusé ici même le 24 septembre. Le rendez-vous est donc pris. Et bien sûr, Christian Guémy, alias C2'5. Vous avez choisi de placer leurs deux portraits de part et d'autre de cette porte. Félix d'un côté. Eugénie de l'autre. J'aime beaucoup cette disposition parce qu'à partir d'aujourd'hui, pour entrer dans cette salle, il faudra passer entre eux deux. Comme un rappel silencieux. Et ce rappel à toute sa place ici rue Oudinot. Parce que Félix est né en Guyane. Parce qu'Eugénie est née en Guyane, a enseigné en Guadeloupe, représenté la Guadeloupe et consacré une part considérable de sa vie aux Outre-mer. Mais surtout peut-être, parce que leur histoire dit quelque chose de profond de la place des Outre-mer dans l'histoire de France. Les Outre-mer n'ont jamais été à la périphérie de notre histoire nationale. Ils étaient là quand il fallait défendre la République. Ils étaient là quand il fallait libérer la France. Ils étaient là quand il reconstruire. Ils étaient là quand il fallait élargir les droits et faire progresser l'égalité. Et trop souvent, la mémoire nationale l'a oublié. Ici au ministère des Outre-mer, nous avons une responsabilité particulière : faire vivre cette mémoire. Cette salle n'est donc pas un mausolée. C'est une salle de travail, on y discutera, on y négociera, on y sera parfois en désaccord, on y prendra des décisions difficiles. Des décisions qui concerneront des Français vivant dans les trois océans. Et je trouve assez beau que Félix et Eugénie Éboué soient désormais là pour nous regarder travailler. Ils nous rappelleront peut-être une chose essentielle ; que la République n'est jamais acquise. L'égalité non plus. La liberté encore moins. Tout cela tient parce que, génération après génération, des femmes et des hommes décident de les faire vivre. Eugénie disait : "Avec l'union tout est possible. On construit dans la concorde, on détruit dans la discorde". Elle parlait de politique. Elle parlait de République. Mais je crois qu'elle parlait aussi, sans le savoir, à celles et ceux qui travaillent aujourd'hui dans cette maison. À vous toutes et tous qui faites vivre ce ministère, je veux donc dire ma reconnaissance. Vous travaillez pour des territoires différents, éloignés les uns des autres, avec leurs histoires, leurs identités, leurs blessures, leurs ambitions. Mais vous travaillez pour une même République. Vous le faites avec engagement et dévouement. Félix et Eugénie Éboué l'avaient compris avant beaucoup d'autres : on peut servir de loin sans jamais être loin de la France. Ils en ont fait la démonstration au moment le plus sombre de notre histoire. Alors aujourd'hui, nous ne donnons pas seulement leur nom à une salle. Nous remettons côte à côte deux destins qui n'auraient jamais dû être séparés. Niette et Lix, comme ils se s'appelaient entre eux, Eugénie et Félix, Deux vies, Deux résistants, Un même courage, Une même idée de la France. Et désormais, ici, une même porte. Je suis très fière de l'ouvrir avec vous. Vive les Outre-mer, Vive la République, Et vive la France. source https://www.outre-mer.gouv.fr, le 17 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304622
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304622-mme-naima-moutchou-15092026-inauguration-salle-pantheonisation?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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