Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre chargée de l'énergie, à France 2 le 15 septembre 2026, sur les pénuries dans les stations-services, les gros rouleurs, les entreprises en difficulté, le tarif agent pour les électricie
Maud Bregeon (auteur), Francis Letellier (intervenant)
FRANCIS LETELLIERBonjour Maya, bonjour à tous. Bienvenue dans Les 4 Vérités. Le prix de l'essence, toujours plus haut ; mais paradoxalement, des pompes prises d'assaut et des pénuries dans certaines stations-services. Qu'est-ce qui se passe ? Bonjour Maud Bregeon.
MAUD BREGEONBonjour à tous.
FRANCIS LETELLIERVous êtes ministre de l'énergie, porte-parole du Gouvernement. En tant que ministre de l'énergie, vous allez nous dire ce qu'il se passe dans ces stations-services. Pourquoi est-ce qu'il y a des stations-services à sec ?
MAUD BREGEONJe veux rassurer tout le monde ce matin : il n'y a aucun risque de pénurie, et 90% des stations n'ont aucune difficulté d'approvisionnement. Aucune. On a une difficulté particulière sur les stations du réseau TotalEnergies. Ça s'explique en fait assez bien, parce que vous savez qu'ils ont mis en place des plafonnements à la pompe. C'est une bonne chose pour les consommateurs. Donc, il y a une augmentation du volume vendu. Or, derrière, les moyens logistiques, la chaîne logistique d'approvisionnement, elles restent celles d'hier. Ça prend un peu plus de temps.
FRANCIS LETELLIERC'est combien de pour cent à peu près ?
MAUD BREGEON10%. 10% de stations qui ont une difficulté sur au moins un carburant. Donc, 90% des stations n'ont aucune difficulté.
FRANCIS LETELLIEREt ce sont toutes des Total ?
MAUD BREGEONEt 9 stations sur 10, effectivement, 86% pour être précise, sont des stations du réseau TotalEnergies. Nous, on est en discussion, bien sûr, quotidienne avec eux.
FRANCIS LETELLIERÇa va s'arranger ?
MAUD BREGEONPour nous assurer que tous les moyens sont mis en œuvre. Lorsque des dérogations sont nécessaires, on l'a fait par le passé, pour permettre de faciliter le transport, notamment le week-end, le dimanche, on les autorise, bien sûr. Donc, voilà, encore une fois, je veux rassurer les consommateurs ce matin.
FRANCIS LETELLIEREn tout cas, on voit que l'essence ou le gazole, ça augmente. 3 euros le litre, est-ce que c'est envisageable dans les jours qui viennent ?
MAUD BREGEONÉcoutez. Moi, je me suis toujours refusé à prédire l'évolution des prix à horizon de plusieurs semaines ou plusieurs mois.
FRANCIS LETELLIEROn est, dans certaines stations sur les autoroutes, à 2,90 euros le litre. Donc, 3 euros, on y est.
MAUD BREGEONCe qu'il faut rappeler, à mon avis, Francis Letellier, aux auditeurs, aux téléspectateurs qui nous écoutent ce matin, c'est que ce que nous vivons, ce que les Français vivent, et je sais que c'est très difficile pour une majorité d'entre eux, est directement dû à ce qui se passe au Moyen-Orient, au blocage du détroit d'Ormuz par lequel circulaient 20% du pétrole brut et 20% du gaz. Donc, la réponse structurelle, si je puis dire, c'est un retour à la normale dans le détroit. Et c'est ce à quoi travaille le président de la République.
FRANCIS LETELLIERSauf que depuis, vous avez mis en place un guichet d'aide au carburant pour les gros rouleurs.
MAUD BREGEONOn a mis en place des aides, parce qu'on a besoin de moyens de court terme. Et les Français ont besoin d'être aidés.
FRANCIS LETELLIEROui. Mais pourquoi, vous ne dites pas, par exemple, plutôt que d'aller jusqu'à octobre, puisque ça s'est prolongé jusqu'à octobre, on ouvre, pour que ce soit clair pour tout le monde, jusqu'à ce que la guerre soit finie dans le détroit d'Ormuz ? Comme ça, c'est clair.
MAUD BREGEONDepuis le début de cette crise énergétique, on s'adapte en fonction d'une situation géopolitique et militaire qui évolue.
FRANCIS LETELLIERMois par mois ?
MAUD BREGEONEt donc, tous les deux à trois mois, vous l'avez vu effectivement depuis le départ, on adapte et on prolonge, lorsque c'est nécessaire, ces dispositifs. On l'a fait pour les entreprises, on l'a fait pour les gros rouleurs. Et donc, là, encore une fois, on s'adaptera dans les semaines à venir.
FRANCIS LETELLIERL'aide aux gros rouleurs, c'est 100 euros. Ça ne va pas suffire. On est déjà passé de 50 à 100 €. Est-ce qu'on peut imaginer un coup de pouce ?
MAUD BREGEONMoi, je ne ferme aucune porte. Je ne ferme aucune porte, parce qu'il y a ce matin des Français qui nous écoutent et qui, encore une fois, ont de grandes difficultés pour faire le plein lorsqu'ils peuvent encore le faire, pour qui le passage à la station-service est devenu réellement douloureux, qui n'ont pas d'autres choix que de prendre leur voiture pour aller travailler, emmener leurs enfants à l'école.
FRANCIS LETELLIERDonc, j'entends, Maud Bregeon. Ce que vous dites : vous ne fermez aucunes portes. Donc, ça pourrait être plus que 100 euros à termes ?
MAUD BREGEONDepuis le départ, on s'adapte, là encore une fois, mois après mois. Nous ferons le point. Le guichet gros rouleur est ouvert jusqu'à la fin du mois. 1,5 million de Français ont droit à ces 100 euros et n'ont pas fait la demande. Je commence, si vous me permettez, par les inviter ce matin à faire cette demande.
FRANCIS LETELLIERJ'entends bien.
MAUD BREGEONEt contrairement à ce que j'ai pu entendre ici ou là, c'est facile, ce guichet n'est pas une usine à gaz.
FRANCIS LETELLIERMaud Bregeon, j'entends quand même ce que vous avez dit : c'est que 100 euros, c'est aujourd'hui. Mais s'il fallait éventuellement un coup de pouce, ça n'est pas fermé.
MAUD BREGEONJe ne peux pas, encore une fois, prédire ce que sera l'évolution.
FRANCIS LETELLIERNon. Mais vous aviez dit : vous ne fermez pas la porte.
MAUD BREGEONJe peux, en revanche, m'engager à ne pas laisser tomber les entreprises les plus en difficulté et à ne pas laisser tomber les Français les plus précaires qui travaillent.
FRANCIS LETELLIERLes gaziers, les électriciens, sont en grève aujourd'hui, parce qu'ils ne veulent pas que soit remis en cause le tarif agent. Ces 300 000 salariés des électriciens, gaziers, ou retraités, qui paient moins cher leur électricité ou leur gaz, parce qu'ils ont travaillé dans ces entreprises ou qu'ils y travaillent. C'est un acquis depuis longtemps, depuis toujours. Ça fait même partie de leur rémunération. Est-ce que vous souhaitez sa suppression ?
MAUD BREGEONNon. Il n'est absolument pas question de remettre en cause le tarif agent. Que s'est-il passé ? La Cour des comptes a mis en demeure le Gouvernement, a demandé au Gouvernement de régulariser une chose : c'est la fiscalité sur cet avantage en nature. Il y a un tarif agent. Ce tarif agent, constituant un avantage en nature comme tout avantage en nature, et les salariés qui en bénéficient le savent, il est fiscalisé. La manière dont ce tarif agent est fiscalisé est pointée du doigt par la Cour des comptes, qui met en exergue le fait que cette fiscalisation est inférieure à ce qu'elle devrait être.
FRANCIS LETELLIERDonc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les électriciens, les gaziers, vont payer plus de taxes ou de prélèvements sur cet avantage ?
MAUD BREGEOND'abord, il n'y aura pas de passage en force. Moi, je crois au dialogue social. Je recevrai cet après-midi les organisations syndicales. On aura un dialogue. On discute depuis un certain temps maintenant. Et donc, on verra ensemble comment est-ce qu'on peut régulariser cette situation.
FRANCIS LETELLIERMais ça sera fiscalisé ? Mais ça sera fiscalisé, de ce fait ?
MAUD BREGEONC'est déjà fiscalisé, en réalité. La question, c'est le niveau de fiscalisation. Mais comme, pardonnez-moi, comme tous les salariés qui bénéficient d'un avantage en nature le connaissent sur leur feuille d'imposition. Ce n'est pas une volonté du Gouvernement. Encore une fois, c'est une injonction de la Cour des comptes qu'on se doit de prendre en compte.
FRANCIS LETELLIERAlors, parlons des grands comptes : le budget 2027. Les retraités pourraient être mis à contribution, ça fait partie des pistes sur la table : soit désindexation des retraites sur l'inflation, soit fin de l'abattement de 10%. Est-ce que ça pourrait être les deux ?
MAUD BREGEOND'abord, contrairement à la petite musique qui est dans le débat depuis quelques jours, je voudrais dire une chose simple : les retraités ne sont pas les boucs émissaires de ce budget. Il est hors de question de faire des retraités la vache à lait du budget 2027 et de leur faire porter le gros de l'effort. Ce n'est pas le sujet.
FRANCIS LETELLIERDonc, ça veut dire quoi ?
MAUD BREGEONLe gros de l'effort sera porté par l'État. Pour autant, il y a une question de répartition des économies. Et cette question-là, on va devoir se la poser, parce qu'on est dans un contexte qui est très difficile.
FRANCIS LETELLIERMaud Bregeon, ça veut dire quoi ? Est-ce que les deux pistes, l'abattement de 10% supprimé ou bien une désindexation des retraites, toutes les deux restent sur la table ? Ça pourrait être les deux ensemble ?
MAUD BREGEONLe Premier ministre a chargé le ministre de l'action et des comptes publics et le ministre de l’économie de faire un tour de table avec les différentes forces politiques pour voir avec elles ce qu'elles estimaient être acceptable ou pas. Est-ce que les retraités doivent être complètement exonérés de l'effort quand certains actifs pourraient y participer ? Je crois que la réponse est non. À quel niveau est-ce qu'on place cette contribution ? C'est une question de société importante, la répartition de l'effort entre...
FRANCIS LETELLIERMaud Bregeon, sauf que vous avez déjà la réponse. Les oppositions vous disent : "Si vous touchez aux retraites, c'est la censure du budget".
MAUD BREGEONNous, on dit deux choses. D'une part, pas d'augmentation d'impôts. Et cela vaut aussi pour les retraités. Pas d'augmentation d'impôts. Et d'autre part : la volonté. On a la volonté de faire un budget qui sera réversible. Dit autrement, c'est un budget pour quatre, cinq mois. Quatre, cinq mois. Et ensuite, le prochain président de la République, la prochaine présidente de la République, doit avoir les mains libres.
FRANCIS LETELLIERMais si vous supprimez l'abattement, c'est une augmentation d'impôts. Vous êtes d'accord ?
MAUD BREGEONIl faut avoir les mains libres, pour, là, encore une fois, prendre les décisions bien faites.
FRANCIS LETELLIERDernière chose, à propos de menace de censure : le RN menace de censurer le budget si le Gouvernement ne suspend pas votre loi de programmation pluriannuelle de l'énergie, qui donne la part belle, ou plus belle, on va dire, à l'éolien ou au solaire. Est-ce que c'est négociable, oui ou non ?
MAUD BREGEOND'abord, le président de la République, il est élu pour cinq ans. Et cette programmation pluriannuelle de l'énergie, elle est absolument nécessaire. Elle est nécessaire pour les énergies renouvelables, pour la sortie des énergies fossiles, et elle est nécessaire pour le nucléaire.
FRANCIS LETELLIERDonc, vous ne reviendrez pas en arrière ?
MAUD BREGEONMoi, j'ai dit au Rassemblement national que si demain, je suspends cette troisième programmation pluriannuelle de l'énergie, je suspends aussi le renouvellement des centrales nucléaires et la construction de six nouveaux réacteurs et huit en option. Voilà. Est-ce que c'est vraiment ce qu'on souhaite ?
FRANCIS LETELLIERRéponse, donc, qui était donnée. Merci Maud Bregeon d'avoir accepté notre invitation dans Les 4 Vérités. Vous nous avez dit ce matin que vous allez recevoir les électriciens et les gaziers pour évoquer cette fin attendue de leurs avantages sur les prix d'électricité et de gaz.
MAUD BREGEONCe n'est pas la fin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304583
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