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9 septembre 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants, à France Info le 9 septembre 2026, concernant le conflit en Ukraine, le sommet international sur l'espace et les questions internationales.

Alice Rufo (auteur), Alix Bouilhaguet (intervenant)

ALIX BOUILHAGUETBonjour Alice Rufo. ALICE RUFOBonjour. ALIX BOUILHAGUETLes bombardements russes en Ukraine se sont intensifiés, y compris à Kiev. Des frappes qui touchent de plus en plus des infrastructures civiles ukrainiennes. " Nous sommes entrés dans une nouvelle guerre. " C'est ce qu'a dit le maire de la ville. Combien de temps l'Ukraine peut-elle résister ? ALICE RUFOL'Ukraine tient. D'abord elle résiste et elle est assez confiante, à juste titre, sur sa capacité à résister aux agressions russes, qui, vous avez raison : d'abord, l'été a été extrêmement meurtrier, et puis les Russes ont intensifié leurs frappes très peu de temps après les promesses de négociation et de volonté de paix affichées, comme souvent. L'Ukraine demande du soutien, notamment sur le volet antibalistique, parce qu'il y a beaucoup de missiles balistiques qui sont tirés par la Russie et il faut le lui donner. Et si l'Ukraine résiste, si nous sommes à la hauteur du soutien collectivement, alors évidemment, l'Ukraine tiendra. Maintenant, la question est celle des négociations qui ont repris, et cela aussi, c'est une bonne chose. ALIX BOUILHAGUETMais est-ce que cela veut dire que la France et l'Union européenne doivent relever à la hausse leurs engagements pour aider davantage l'Ukraine et aider le pays à passer l'hiver ? ALICE RUFOOui, il faut accélérer. Il faut accélérer sur les menaces qui sont actuellement en cours sur les drones. L'Ukraine a fait des progrès spectaculaires. C'est vrai que sur le balistique - et le président Zelensky le dit - il faut qu'on accélère. Vous savez qu'on a pris des engagements, notamment en matière de protection aérienne et antimissiles. On accélère collectivement, l'Europe accélère. D'ailleurs, c'est elle qui finance le soutien à l'Ukraine. Oui, l'hiver - je crois que les Ukrainiens le disent très clairement - peut être difficile. Mais les Ukrainiens sont déterminés à tenir et nous devons accélérer pour les aider. ALIX BOUILHAGUETEffectivement, Volodymyr Zelensky demande toujours plus de systèmes de défense antiaérienne. Il demande aussi, et cela depuis longtemps, la fermeture du ciel ukrainien. Il est toujours hors de question pour la France d'envoyer des avions Rafale pour aller justement dans le ciel ukrainien ? ALICE RUFOAlors, je prends deux minutes pour expliquer. D'abord, on est engagés sur la construction de l'armée de l'air ukrainienne, puisque vous savez qu'il y a des accords qui ont été signés, et lorsque le président Zelensky est venu à Paris, pour fournir des Rafale à l'Ukraine. Maintenant, la question que vous posez, c'est celle qui est mise sur la table effectivement par pas mal de commentateurs et puis des gens qui réfléchissent tout simplement au conflit, c'est : est-ce qu'au fond on peut défendre le ciel ukrainien depuis un pays de l'OTAN ? Pour l'instant, ce ne sont pas les paramètres qui ont été retenus. Les paramètres, c'est d'aider l'Ukraine à se défendre sans confrontation directe avec la Russie. Cela dit, et je tiens à le dire très clairement, je voudrais juste prendre un pas de recul et dire que cela fait des années que nous, on travaille dans le cadre de la coalition des volontaires. On a fait des pas extraordinaires en matière de livraison d'aviation de chasse, de formation des pilotes, au début de chars où c'était soi-disant " escalatoire ". Donc les options sont examinées, mais celle-là n'est pas retenu à ce stade dans la coalition. ALIX BOUILHAGUETCatherine Vautrin, la ministre des Armées, dit que les Rafale, ce sera avec la coalition des volontaires et une fois qu'il y aura un cessez-le-feu. Sauf que le jour où il y a un cessez-le-feu, c'est trop tard pour les Ukrainiens. On ne le fait pas parce que la France a peur de devenir co-belligérante ? ALICE RUFONon, mais en fait, d'abord on donne de l'aviation de chasse à l'Ukraine, et c'est le cas de la Suède par exemple avec les Gripen, c'est le cas des Américains avec les F-16, c'est le cas de la France avec les Rafale. On a une discussion en cours avec l'Ukraine pour protéger le ciel de l'Ukraine de deux manières : avec de l'aviation de combat, mais aussi avec de la protection aérienne et antimissiles. Ce sont tous les systèmes qui permettent d'arrêter les missiles balistiques. Donc c'est cela que nous demande l'Ukraine en particulier, de manière urgente pour cet hiver. Mais lorsque la ministre des Armées dit cela, c'est parce qu'effectivement les paramètres de la manière dont on soutient l'Ukraine, c'est du soutien à l'Ukraine pour se défendre. Les discussions au sein de la coalition des volontaires, elles sont collectives. Vous dire qu'aujourd'hui, il y a un accord pour, depuis un pays de l'OTAN, directement agir dans le ciel ukrainien : ce n'est pas le cas. ALIX BOUILHAGUETOn n'en est pas là. Certains disent qu'on n'en fait pas assez pour l'Ukraine. D'autres, au contraire, disent qu'on en fait trop. C'est le cas du maire de Perpignan, RN, Louis Aliot. Pour lui, il faut couper le robinet des aides à l'Ukraine. Alors je traduis une question que sans doute certains Français se posent : malgré notre dette, malgré notre déficit, est-ce que la France, elle a toujours les moyens d'aider l'Ukraine ? ALICE RUFOJe trouve cette phrase terrible, et d'ailleurs elle dit beaucoup des erreurs stratégiques qui ont été faites par le Rassemblement National depuis le début du conflit, où il a été proposé une alliance avec la Russie en 2022, Russie qui nous menace directement. Et aujourd'hui, fermer le robinet ? Mais qu'est-ce que ça veut dire ? L'Ukraine sur le champ de bataille joue une partie de la sécurité européenne, premièrement. Donc c'est dans notre intérêt de sécurité. Deuxièmement, coopérer avec l'Ukraine, travailler avec l'armée ukrainienne, travailler avec les percées industrielles aussi qu'ont fait les Ukrainiens sur les drones, c'est dans l'intérêt de la France. Affaiblir le soutien à l'Ukraine ou vouloir couper je ne sais quel robinet, c'est aller à l'encontre des intérêts de sécurité du pays. C'est curieux. ALIX BOUILHAGUETFace à Moscou, alors, il y a l'Estonie qui installe des bunkers, des fossés antichars. Il y a la Lettonie qui a érigé 300 kilomètres de clôtures, la Lituanie qui va créer des marécages, la Finlande qui inaugure une clôture de 200 kilomètres anti-invasion à la frontière avec la Russie. Est-ce que vous croyez qu'une invasion russe est possible ? ALICE RUFOAlors écoutez, j'ai entendu les déclarations - suite aux contacts entre les Russes et les Américains - du président russe disant que la Russie n'était pas menaçante pour l'Europe. C'est d'ailleurs peut-être sur ce fondement que certains se basent pour dire qu'il faut couper le robinet du soutien à l'Ukraine. Mais là c'est toute la stratégie du Kremlin, c'est de dire : " Mais non, nous ne sommes pas agressifs. " Moyennant quoi il y a des tests avec des drones - on l'a vu encore récemment en Allemagne - néanmoins, il y a des attaques hybrides sur nos infrastructures cyber, et sur nos campagnes électorales. Donc il y a un test en tout cas de la Russie très fort, qui touche nos partenaires de l'Est, que nous soutenons activement, y compris avec des Rafale dans le ciel. Mais simplement, je ne crois pas à la non-agressivité de la Russie vis-à-vis de l'Europe. ALIX BOUILHAGUETAlors vous serez aujourd'hui avec Emmanuel Macron au sommet international sur l'espace au Grand Palais. 120 pays conviés, sauf la Russie et la Corée du Nord. Mais il y a des défections. Les géants américains SpaceX, Blue Origin ont décliné. Donald Trump aurait fait pression pour qu'ils annulent leur venue. Est-ce que c'est vrai ? ALICE RUFOJe ne sais pas. Mais en tout cas, si c'est le cas, dommage pour eux. Cela dit, il y a des acteurs américains au sommet spatial de ce jour et des représentations de l'administration américaine. Donc on travaille avec beaucoup de pays et beaucoup d'entreprises, y compris américaines. ALIX BOUILHAGUETIl y a quand même un symbole fort des difficultés, du décrochage industriel de la France et de l'Union européenne : c'est Arianespace qui régnait jusque-là en maître il y a encore peu de temps, et qui est aujourd'hui marginalisé face à SpaceX. Est-ce qu'on peut rattraper ce retard ? ALICE RUFOOui, d'abord oui. Et ensuite, je ne reprendrai pas le terme de marginalisation. Moi, j'étais hier avec des entreprises de ce qu'on appelle le " New Space ". Il y a tout un écosystème spatial en France et en Europe qui est très dynamique. Et l'Europe a des arguments majeurs en matière spatiale. D'où l'objet de ce sommet, qui est de redonner une ambition européenne forte et de travailler avec des partenaires à l'échelle internationale. ALIX BOUILHAGUETFriedrich Merz, le chancelier allemand qui devait coprésider ce rendez-vous international, a lui aussi annulé. On a le sentiment que l'Allemagne devient un grand de l'espace avec l'aide américaine qui a acté l'abandon du SCAF, cet avion de combat commun, qui tourne de plus en plus le dos à Ariane. Catherine Vautrin parle même d'une Europe poignardée par les Allemands. On en est là ? ALICE RUFOIl y a... Il y a d'abord... l'Allemagne fait des... ALIX BOUILHAGUETEt vous ne partagez pas la formule de Catherine Vautrin ? ALICE RUFOJe pense qu'elle a repris le terme d'une question, mais simplement, deux choses. Premièrement, l'Allemagne fait des progrès dans le domaine spatial, qui ont été d'ailleurs salués par le président de la République parce qu'ils sont au bénéfice de l'Europe. Quand vous avez des entreprises européennes qui agissent dans le domaine spatial, qui construisent l'Europe du spatial, c'est bien pour tout le monde, un. Deux... ALIX BOUILHAGUETOui, mais l'Allemagne est devenue un rival, finalement, de la France. ALICE RUFOOn travaille avec l'Allemagne dans le domaine par exemple de l'alerte avancée où il y a une dimension spatiale, et il y a de la compétition européenne, c'est normal, c'est sain. Après, ce qu'il faut, et c'est là où je pense qu'il y a une discussion stratégique à avoir avec l'Allemagne notamment, qui est représentée par son ministre de la Défense, sa ministre de l'Espace, donc elle est bien présente. Mais je pense qu'il faut se redonner une ambition européenne avec de l'autonomie stratégique européenne, parce que ce qui se joue dans l'espace, c'est notre avenir collectif en Europe et c'est l'avenir de la puissance aussi. Donc je pense qu'il y a une discussion stratégique. Oui, le SCAF est une déception. Oui, ce n'est pas bien pour l'Europe de ne pas avoir ce projet... ALIX BOUILHAGUETMais les Allemands n'ont pas poignardé les Européens. ALICE RUFOMais je pense qu'il faut garder de l'ambition et aller de l'avant. ALIX BOUILHAGUETCe n'est pas votre portefeuille, mais quand même juste un mot sur la France et onze autres pays qui veulent restreindre leur commerce de biens provenant des implantations israéliennes en Cisjordanie. Jean-Noël Barrot a dénoncé hier une expansion effrénée de la colonisation. Est-ce que c'est un tournant quand même dans notre relation avec Israël ? ALICE RUFOC'est un pas très important qui a été fait, et je veux saluer les déclarations qui ont été faites par le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères avec ses partenaires. Ce n'est effectivement pas mon sujet. Cela dit, ça l'est un peu parce que je ne crois pas qu'il soit dans notre intérêt qu'il y ait une rupture du droit international où que ce soit, y compris dans notre intérêt de sécurité. ALIX BOUILHAGUETUn dernier mot sur Donald Trump qui vient de publier une carte des États-Unis - vous allez la voir - qui englobe le Mexique, le Canada ou encore l'Islande et les Antilles françaises. Pour vous, c'est quoi ? C'est un enfantillage ou ça mérite une réaction ? L'Islande, je précise, a réagi en convoquant l'ambassadeur américain. ALICE RUFOLa ministre des Outre-mer a très justement réagi. Maintenant, c'est assez extravagant. Moi, je trouve que la meilleure réponse qu'on peut apporter, c'est l'exercice Pégase où j'étais il y a deux jours et qui exerce la souveraineté de la France de manière très claire et très nette, avec un signalement stratégique fort sur l'ensemble de ces territoires, y compris sur ces territoires d'outre-mer, bien évidemment. ALIX BOUILHAGUETDeux dernière question, rapidement. Donald Trump qui, avec finalement son intervention en Iran, a rendu le marché du pétrole totalement incontrôlable. Ce matin, il y a une réunion à Bercy avec les distributeurs. Est-ce que plafonner les prix à la pompe, comme le demandent certains, c'est toujours hors de question pour le Gouvernement ? ALICE RUFONon, mais je ne veux pas parler à la place de Bercy là-dessus. Mon travail, c'est d'essayer de faire en sorte que la liberté de circulation maritime reprenne dans le détroit d'Ormuz. Et je voulais juste dire, parce que je sais quel est le coût pour nos compatriotes de cette guerre, que nous continuons d'y travailler avec plusieurs de nos partenaires et que notre action en matière de déminage, ce qu'on avait prévu - la coalition maritime - pèse et continuera de peser parce qu'il faut sortir de cette situation très difficile. ALIX BOUILHAGUETSébastien Lecornu, on vient de l'apprendre dans le cadre du budget, souhaite baisser les indemnités des ministres pour faire des économies. Déjà, vous étiez au courant ? Puisque c'est une bonne mesure... ALICE RUFONon mais écoutez, oui, je sers mon pays de toute façon. ALIX BOUILHAGUETDonc quitte à effectivement voir baisser mon indemnité, celui de vos conseillers. ALICE RUFOJe servirai mon pays tout le long de ce mandat et tant que je serai utile au président de la République, le Premier ministre sans poser aucune question. source : Service d'information du Gouvernement, le 18 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304647
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304647-alice-rufo-09092026-france-info-politique-de-la-defense?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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