Interview de M. Laurent Panifous, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, à France Info le 8 septembre 2026, sur l'épargne salariale et le budget 2027.
Laurent Panifous (auteur), Alix Bouilhaguet (intervenant)
ALIX BOUILHAGUETBonjour, Monsieur le Ministre.
LAURENT PANIFOUSBonjour.
ALIX BOUILHAGUETNous sommes à trois semaines de la présentation du budget 2027 en Conseil des ministres, mais on voit qu'il échauffe déjà les esprits. Hier, Sébastien Lecornu a annoncé saisir la justice après des fuites dans la presse sur une éventuelle imposition de l'épargne salariale. Pourquoi ? Pourquoi cette plainte ?
LAURENT PANIFOUSÉcoutez, vous savez, la construction d'un budget de l'État, des collectivités, de la sécurité sociale, c'est quelque chose d'éminemment complexe. Et les Françaises et les Français, ceux qui nous regardent, peuvent comprendre qu'il y a des centaines, des milliers d'hypothèses de travail quand on prépare ce type de budget, notamment dans un contexte économique et budgétaire extrêmement difficile, que nous constatons tous, tous les jours. Et qu'un conseiller ou autre puisse faire en sorte qu'un élément de travail devienne une information débattue sur les plateaux télé toute la journée, ça pose un vrai problème.
ALIX BOUILHAGUETMais Laurent Panifous, c'est devenu aussi une information parce que Roland Lescure, le ministre de l'économie, hier matin, a confirmé cette piste. Je le cite : "Oui, l'imposition de l'épargne salariale fait partie des pistes". Il a parlé trop vite ?
LAURENT PANIFOUSCe que je vous dis, c'est qu'il existe des centaines, des milliers d'hypothèses de travail pour chacun des domaines, pour chacun des trois budgets que j'évoquais : l'État, les collectivités, celui de la sécurité sociale. Si à chaque fois qu'il y a une hypothèse de travail, on en fait une information, alors oui, ça déstabilise, oui, ça perturbe le travail et la préparation de ce budget. Dans quelques jours, à la fin du mois, le budget, les arbitrages donnés par le Premier ministre, sera présenté à la représentation nationale.
ALIX BOUILHAGUETVous dites : "Un peu de patience".
LAURENT PANIFOUSAttendons quelques jours, oui.
ALIX BOUILHAGUETMais vous savez quand même, vous connaissez la politique. Les fuites, c'est quand même vieux comme le monde, et c'est d'ailleurs souvent instrumentalisé par les ministres ou les conseillers eux-mêmes pour voir… C'est ce qu'on appelle un ballon d'essai, pour voir comment la proposition prend ou pas auprès de l'opinion publique. Donc pourquoi cette fois-ci ? Je veux dire, il y a eu beaucoup de Premiers ministres qui ont eu des fuites. Pourquoi est-ce que Sébastien Lecornu s'est dit "Cette fois-ci, je porte plainte" ?
LAURENT PANIFOUSÉcoutez, des fuites, il y en a toujours eu, je suis d'accord avec vous. Elles peuvent être parfois instrumentalisées, je n'en sais rien. Je suis assez bien placé pour vous dire que ça n'est pas le cas, pour vous dire que ça ne fait, à l'épreuve, que desservir le travail de préparation du Gouvernement, un travail hyper sensible. Nous avons un objectif, une seule mission dans ce Gouvernement à distance de la campagne présidentielle, qui est très présente également : c'est donner un budget à notre pays, pour l'État, pour les collectivités, pour la Sécurité sociale. Chaque fois qu'il y a une fausse information… C'est une fausse information. Ce serait une information…
ALIX BOUILHAGUETMais c'était une piste.
LAURENT PANIFOUSMais je ne sais pas si c'est une piste. Je ne vais pas vous dire…
ALIX BOUILHAGUETRoland Lescure a dit que ça faisait partie des pistes. Je reprends juste les termes du ministre.
LAURENT PANIFOUSAlors, tous les jours, on va avoir une nouvelle piste sur la table jusqu'au 30 septembre.
ALIX BOUILHAGUETMais celle-là était particulièrement inflammable. Est-ce que laisser planer l'idée d'une éventuelle taxation de l'épargne salariale, c'était finalement plomber le budget avant l'heure ?
LAURENT PANIFOUSJe ne sais pas si ça va plomber, je ne crois pas que ça va plomber le budget avant l'heure. Le budget est difficile. Il faut maîtriser le glissement progressif de ce déficit que nous constatons. Tout ceci dans un contexte pré-présidentiel. Tout est inflammable. Chaque mesure, celle qui peut concerner les retraités, celle qui peut concerner les collectivités, la Sécurité sociale en général, l'État. Moi, ce que je pourrais dire sur ce budget quand même, c'est que beaucoup de personnes parlent. Je suis assez bien placé pour pouvoir dire que beaucoup de personnes parlent sur ce sujet sans connaître la moindre ligne de ce budget. Croyez-moi, il y aura d'autres fuites pendant les trois prochaines semaines…
ALIX BOUILHAGUETEt d'autres plaintes avec l'article 40 ?
LAURENT PANIFOUSMoi ce que je demande aux Françaises et aux Français, le Premier ministre, je crois, à juste titre, tape un peu du poing sur la table pour dire : "ça suffit, nous sommes en train de travailler sérieusement". C'est hyper complexe pour faire en sorte qu'on puisse présenter un budget sérieux aux Françaises, aux Français et aux Parlementaires. Ils vont en débattre pendant les semaines qui suivront, le 12 octobre, à l'Assemblée nationale et au Sénat. Alors arrêtons les fuites, arrêtons les petits calculs, le budget arrive.
ALIX BOUILHAGUETAlors, est-ce que vous pouvez nous confirmer une information ? Le Gouvernement serait finalement favorable à un déblocage exceptionnel de l'épargne salariale. Donc là, on prend le contre-pied. Cette épargne salariale, normalement, elle est bloquée pendant cinq ans. Là, ce serait jusqu'à 5 000 euros. C'est la proposition de loi du sénateur Les Républicains, Olivier Rietmann, qui a été adoptée au Sénat en avril dernier. Est-ce que vous nous confirmez que le Premier ministre vous aurait demandé de faire de la place dans l'agenda parlementaire pour que cette proposition de loi soit examinée au plus vite ? Est-ce qu'il y a une date ?
LAURENT PANIFOUSAh oui, vous êtes bien informé, la réponse est oui, oui. Le Premier ministre m'a demandé d'envisager l'inscription de ce texte qui a été adopté au Sénat et qui prévoit la libération… Donc, c'est l'information à peu près contraire de l'autre. Et c'est pour cela que cette première information, on peut la dénoncer. En tout cas, le fait qu'elle soit mise sur la table comme une information, comme une vérité sur le budget, ce n'est pas le cas. Oui, le Premier ministre m'a demandé à moi personnellement un petit peu le contraire, vous voyez. Donc c'est pour ça que je relativise toutes ces informations qui créent du trouble. Le moment venu, le budget sur la table, chacun pourra juger sur pièce et là, ce seront des informations parce que ce seront des arbitrages. Mais il y aura ensuite le débat parlementaire à partir du 12 octobre, ça arrive, c'est demain. Et là, toutes les sensibilités politiques pourront dire tout le bien ou tout le mal qu'elles pensent de ce budget et pourront l'amender. Ce sera un budget de compromis.
ALIX BOUILHAGUETEt juste un mot sur cette proposition de loi Rietmann. Ce sera à l'agenda quand ?
LAURENT FABIUSÇa ce n'est pas encore défini. Ce que me demande le Premier ministre, c'est de trouver, au sein du temps que j'ai à ma disposition, à la fois à l'Assemblée nationale et au Sénat – mais au Sénat, ça a déjà été adopté – un créneau pour pouvoir inscrire ce texte éventuellement et effectivement libérer l'épargne salariale plus vite que notre droit ne le prévoit aujourd'hui. Donc, ça, ça reste à définir. Mais là aussi, si je vous donne une réponse définitive, c'est qu'il y aurait eu un arbitrage, il n'y a pas eu d'arbitrage. Ça va venir.
ALIX BOUILHAGUETÇa va venir. Vous pensez que ce budget, il a des chances d'être voté ? Qui a intérêt aujourd'hui, aussi bien à gauche que du côté du Rassemblement National, à adopter un budget à huit mois de la présidentielle ?
LAURENT FABIUSTout le monde, je crois, vous voyez. Alors, voté, je ne sais pas s'il sera voté. En tout cas, il faut que ce budget soit adopté. Nous devons avoir un budget, quelle que soit la sensibilité politique. Et vous savez quoi ? Je suis persuadé qu'ils en sont intimement convaincus, tous et toutes qui sont candidats à la présidentielle. Celui ou celle qui sera en responsabilité dans les huit prochains mois, la majorité qu'il aura ou pas d'ailleurs à l'Assemblée nationale, aura beaucoup plus à faire, plus facilement à travailler, s'ils ont un budget que s'ils n'en ont pas. Parce que sans budget, cela veut dire que la France aura un budget en 2027 uniquement à partir du mois d'octobre, ce qui serait totalement délétère pour tout le monde et notamment pour celles et ceux qui auront notre pays en responsabilité.
ALIX BOUILHAGUETVous avez parlé tout à l'heure d'un budget de compromis. Quelles concessions vous êtes prêt à faire, à la gauche notamment ?
LAURENT PANIFOUSNous verrons bien, une fois que le budget sera présenté avec ces arbitrages, ce que sera le budget de ce Gouvernement. Un budget qui tient compte de notre réalité, de la nécessité de maîtriser les déficits. Avoir entendu que les Françaises et les Français… Parce que ça, nous l'avons entendu, ne veulent pas d'augmentations supplémentaires d'impôts, quelle que soit leur sensibilité. Même les femmes et les hommes de gauche ne veulent pas de cela. Nous proposerons un budget qui aura cette identité-là, avec des efforts demandés de-ci, de-delà, forcément des efforts, mais des efforts acceptables, supportables. Ensuite, les uns et les autres feront eux leurs propositions et c'est quand nous aurons ces retours pendant le débat parlementaire en public, devant les Françaises et les Français, qu'alors nous construirons.
ALIX BOUILHAGUETSinon… Et sinon, si vous ne trouvez pas de compromis, est-ce que les ordonnances sont sur la table ? C'est ce que dit le rapporteur général du budget, le député Républicain Philippe Juvin. Il dit : "Si au bout de 70 jours, on n'a pas de résultats, le Gouvernement peut dire stop avec les ordonnances". C'est sur la table ?
LAURENT PANIFOUSMonsieur Juvin dit le Droit. Très bien. D'abord, on va présenter un budget. Un budget le plus sérieux possible, le plus raisonnable possible dans le contexte que l'on connaît. Ensuite, il va y avoir un débat parlementaire qui va durer des semaines, et nous pourrons voir de la part de celles et ceux qui sont candidats, de leurs sensibilités, ce qu'ils proposent à quelques mois d'une élection présidentielle pour modifier ce budget. Et enfin, le Premier ministre prendra une décision sur la manière dont nous ferons voter ou nous ferons adopter ce budget. Mais oui, je vous le dis, nous avons besoin collectivement, quelle que soit notre sensibilité politique, d'un budget pour notre pays.
ALIX BOUILHAGUETLa commission spéciale à l'Assemblée nationale a entamé hier ses débats sur la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles. Est-ce que vous pouvez nous confirmer que le Parlement va pouvoir examiner cette loi avant 2027 ? Est-ce qu'il y a un calendrier déjà précis ? Il s'agit vraiment de rassurer ceux et celles qui manifestent depuis lundi tous les soirs devant les chancelleries.
LAURENT PANIFOUSOui, c'est un sujet très important, la protection des femmes, la protection des enfants sur les violences sexuelles, les violences sexistes. Il y a un texte déjà qui a été adopté à l'Assemblée nationale, qui traite précisément de la protection de l'enfance, qui a été porté par le Gouvernement. Il devait être inscrit au Sénat pendant que l'Assemblée nationale travaillera sur le budget. Donc, une première partie. Une deuxième : la loi dite intégrale, portée par un rassemblement de parlementaires d'origines différentes. Le Premier ministre, le Gouvernement s'y était engagé et donc on fera en sorte que ce texte soit inscrit dès la reprise. Ce sera le premier texte étudié. Donc, dès le 1er octobre, vous aurez à l'Assemblée nationale la loi intégrale. Et d'ailleurs, les députés se sont réunis cette semaine pour définir qui seraient les responsables de texte en fonction des sensibilités. Donc, oui, je vous le confirme et je l'affirme, ce texte sera le premier étudié et sera étudié dans le temps qui nous reste avant la fin de cette session.
ALIX BOUILHAGUETUn mot sur la Tour Eiffel. Elle rouvre ce matin après une journée de grève. Le personnel féminin a dû se faire très discret, c'est le moins qu'on puisse dire, lors d'une visite privée d'un groupe religieux hindou. Est-ce que ça vous a choqué ?
LAURENT PANIFOUSOui, ça me choque. C'est inacceptable. La laïcité dans notre pays n'est pas négociable et ça n'est pas aux agents ou aux organisations de notre pays de s'adapter aux visiteurs. C'est aux visiteurs de s'adapter à notre pays.
ALIX BOUILHAGUETEst-ce que vous dites aujourd'hui qu'il faut des sanctions, notamment vis-à-vis de la direction qui a pris cette décision ?
LAURENT PANIFOUSJe ne parlerai pas de sanctions, je ne connais pas assez bien le dossier, mais en tout cas, si cela vient d'une décision autoritaire, d'une hiérarchie dans l'organisation de la Tour Eiffel, oui, il devrait y avoir des sanctions. Ce n'est pas acceptable.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304623
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé