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8 septembre 2026 · Gouvernement · discours Discours

Déclaration de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, sur la politique de la défense, à Paris le 8 septembre 2026.

Catherine Vautrin (auteur)

Mesdames et messieurs les parlementaires,Mesdames et Messieurs les officiers généraux,Mesdames et Messieurs les ambassadeurs et attachés de défense,Mesdames et Messieurs les directeurs,Mesdames, Messieurs,Monsieur le directeur, Merci de m'accueillir pour conclure cette rentrée stratégique de l'Institut de Recherche Stratégique de l'École Militaire (IRSEM) quelques heures avant l'ouverture d'un sommet spatial d'une grande importance pour notre pays, pour notre continent. L'École Militaire, et tout particulièrement cet amphithéâtre Foch, a encore démontré ce matin que sa promesse était tenue : demeurer le carrefour de la pensée stratégique française. Vos échanges sur l'Europe puissance et sur la place et le rôle de la France dans un monde qui se désaligne posent finalement une seule et même question essentielle, existentielle oserai-je dire, qui demeure la raison d'être du ministère des Armées et des Anciens combattants : comment rester maîtres de notre destin ? Notre première responsabilité, Mesdames et messieurs, c'est de donner à notre pays la France les moyens de sa liberté. Dans un monde où le champ des règles apparaît désormais comme un champ de ruines. Je songe à cette parole de Georges Braque, ce grand artiste dont chacun connaît la guerre héroïque qu'il a livrée, qui disait : " J'aime la règle qui corrige l'émotion ". La Revue nationale stratégique de 2025 nous obligeait déjà à regarder en face le risque d'une guerre majeure de haute intensité en Europe. Personne n'en connaît la date ni l'heure. Mais nous n'avons pas le droit de fonder notre sécurité sur un espoir qui ne serait qu'elle ne peut avoir lieu. Cela ne serait pas seulement irresponsable, cela serait une faute. Depuis février 2022, la Russie mène contre l'Ukraine une guerre d'agression sans merci. Voilà plus de quatre ans que les Ukrainiens résistent : une durée désormais supérieure à celle de la Première Guerre mondiale. Dans le soutien à l'Ukraine, la France tient et continuera à tenir son rang. Nous continuerons à les aider, comme nous le faisons depuis la première heure, avec nos partenaires européens et extra-européens. Pour leur permettre de tenir le front, protéger les villes et les populations civiles, renforcer la défense anti-aérienne dans la perspective de l'hiver – un cinquième hiver de guerre. C'est le sens de notre engagement à contribuer résolument à ce que les Ukrainiens appellent le winter package – pour fournir les moyens dont ils ont besoin. Dans le même temps, Moscou cherche à déstabiliser l'Europe et à diviser ses opinions publiques, les événements survenus à Leipzig l'ont rappelé. Cette stratégie n'a rien à envier aux méthodes déjà éprouvées par les services soviétiques. Travailler les perceptions autant que les rapports de force, désinformer, entretenir l'ambiguïté, pratiquer assidûment l'inversion accusatoire. La France est, elle aussi, directement visée par ces actions. Au Proche et au Moyen-Orient, nous devons tenir ensemble la protection de nos intérêts, de nos ressortissants et de nos forces, la sécurité de nos partenaires et la liberté de navigation, à Ormuz comme ailleurs. Nous devons rechercher des issues politiques à des conflits que nous n'avons pas choisis, mais dont chacun de nos concitoyens paye le prix, comme d'ailleurs tout le monde, aux quatre coins du globe. Face à ces menaces combinées, l'autonomie stratégique doit se concrétiser dans chaque action que nous menons : apprécier une situation par nous-mêmes, comprendre par nous-mêmes, décider par-nous mêmes, agir par nous-mêmes. Cela suppose une dissuasion crédible, des forces entraînées, des stocks suffisants, des services de renseignement performants et une industrie capable de soutenir un engagement prolongé. Car la souveraineté se mesure aussi à ce que nous pouvons produire, réparer, remplacer sous très court préavis. C'est fort de ces constats que le président de la République a engagé une montée en puissance du budget de nos armées qui se traduit par son doublement entre 2017 et 2027. En 2026, la mission Défense représente 57,1 milliards d'euros, hors pensions. C'est absolument considérable. L'actualisation de la loi de programmation militaire, et je remercie une fois encore les parlementaires pour leur accompagnement, cette loi a été promulguée le 16 août dernier, elle porte cette accélération. Chaque année, mesdames et messieurs, nous devons donner à cette programmation sa traduction budgétaire. Pour que la loi devienne réalité, tout dépend de chaque budget, chaque année. Année après année, pour commander les munitions, livrer les équipements, entretenir les infrastructures, améliorer les conditions de vie de nos militaires, permettre plus d'heures d'entraînement, plus d'heures de vol, plus d'heures de navigation, c'est aussi améliorer les conditions de vie des familles. Nous devons préparer la guerre qui vient ; celle que nous devons gagner. Les drones, la robotique, l'intelligence artificielle, la guerre électronique transforment l'art de la guerre. Nous le voyons chaque jour sur les théâtres contemporains. Ils imposent d'expérimenter vite, de produire en nombre et d'adapter nos équipements, mais aussi notre doctrine et notre formation au retour du terrain. Aujourd'hui, le cycle innovation-production-mise en service se compte désormais en semaines. La supériorité des Nations se joue désormais aussi dans la vitesse de cette adaptation. Comme dans les commandes fermes dont nos industriels ont besoin pour investir et recruter. Alors bien sûr, le réarmement a un coût. Mais l'impuissance, soyez-en convaincus, en aurait un bien plus grand. Mesdames et messieurs, donner à la France les moyens de sa liberté est notre première responsabilité. Faire grandir la puissance européenne est la seconde. Un leadership ne peut se construire qu'avec les autres. Il exige d'entendre les préoccupations de nos partenaires, partout sur le continent, et de transformer nos convergences en capacités communes. Je veux le dire notamment à nos partenaires étrangers et aux attachés de défense que je salue tout particulièrement : notre ambition est de bâtir avec vous une Europe capable de prendre une part croissante et déterminante à sa propre sécurité. Ce que nous vous proposons, c'est de faire continent ensemble, c'est de conforter notre position commune face à ces pays continents que sont la Chine, les États-Unis, et la Russie. Cela passe par des commandes communes, des programmes communs, des financements prévisibles et une préférence européenne qui soutienne effectivement nos usines. Acheter ensemble doit aussi nous permettre de produire davantage en Europe et de réduire nos dépendances critiques. Sur ces sujets plus que tout nos instruments doivent servir une même volonté politique partagée. Cette Europe que nous appelons de nos vœux permet de renforcer le pilier européen de l'Alliance atlantique. Elle lui apporte les alliés les plus capables qui prennent davantage leur part au fardeau commun. J'ai la conviction que notre relation avec les États-Unis ne pourra qu'en bénéficier. Mesdames et messieurs, monsieur le directeur, ce réarmement collectif n'est pas seulement militaire, industriel ou budgétaire. Il est aussi, et j'oserais dire avant tout, intellectuel. Et c'est ici que votre rôle prend tout son sens. Par vos travaux de recherche, vos colloques, et vos échanges, comme ceux de ce matin, vous contribuez à cet armement intellectuel de notre pays. Vous contribuez à faire vivre un débat exigeant, à la hauteur du moment stratégique que nous traversons. Et, ce faisant, vous participez au renforcement des forces morales de la Nation et à cet esprit de défense tellement indispensable à notre pays. Vous le faites en assumant une singularité tellement française, cette " French Touch " stratégique, qui fait de la pensée une ressource pour l'action. Car il existe, je s'en persuadée, une manière française d'aborder les affaires du monde : penser la puissance sans jamais renoncer aux principes, rechercher l'autonomie sans choisir l'isolement, et vouloir peser sans jamais renoncer de parler à chacun. Mesdames et messieurs, la France entend demeurer une puissance d'équilibre. Cela exige une parole indépendante, des partenariats diversifiés et la capacité de faire respecter ses engagements. En Ukraine, notre position est claire : aucune paix durable ne peut consacrer le droit de conquête. Enfin, notre troisième responsabilité est de préparer la Nation. Une armée tient aussi par la confiance du pays qu'elle défend. Les forces morales se construisent dans la durée : par l'éducation, la connaissance de notre histoire, la mémoire et par ce lien armées-nation qui se tisse dans l'expérience transmise et partagée c'est tout le sens du nouveau Service national, annoncé par le président de la République en novembre dernier, qui se concrétise à cette rentrée. Il offre à la jeunesse de France, qui y aspire, la possibilité de servir, en prenant toute leur place dans la défense de notre pays. Avec les réserves, dont nous menons à bien le doublement, il contribue à rendre plus robuste le modèle Ressources humaines de nos armées, quantitativement et qualitativement. À l'approche de la présidentielle, cette cohésion sera éprouvée. Croyez-moi nos compétiteurs ne suspendront pas leurs opérations pendant toute la campagne. Bien au contraire. L'ingérence étrangère doit rencontrer une vigilance commune. Protéger une élection contre les cyberattaques et les manipulations, c'est déjà défendre la Nation. Et ceux qui aspirent à commander nos armées doivent assumer les moyens nécessaires à leur mission et ne pas se voiler la face sur la réalité de compétiteurs d'aujourd'hui que certains voudraient voir devenir nos alliés demain. Mesdames et messieurs, nous savons ce que nous avons à défendre. Nous savons l'effort que cela exige. Il nous appartient ensemble de l'assumer. Dans nos choix budgétaires, dans nos capacités industrielles, dans la préparation de nos armées, dans notre préparation intellectuelle, dans la transmission de notre esprit de défense. Car nous n'aurons à répondre que d'une seule chose : quand les menaces se précisaient, quand lesavertissements se multipliaient, qu'avons-nous fait pour préparer notre pays ? Je veux qu'ensemble nous puissions répondre : nous avons regardé le danger en face. Nous avons pris nos responsabilités. Nous avons donné à la France, à l'Europe, les moyens de rester libres. Je vous remercie. source https://www.defense.gouv.fr, le 18 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304655
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304655-catherine-vautrin-08092026-politique-de-la-defense?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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