Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée à l'énergie, à France Info le 3 septembre 2026, sur la prolongation des aides face à la hausse des carburants, la hausse des arrêts maladie, le budget 2027 et les retraites.
Maud Bregeon (auteur), Agathe Lambret (intervenant)
MAUD BREGEON, Bonjour à tous les deux.
AGATHE LAMBRETBonjour Maud Bregeon.
SIMON LE BARONVous êtes porte-parole du Gouvernement, mais aussi en charge de l’énergie. Vous avez promis, il y a deux jours, Maud Bregeon, de ne pas lâcher les Français et les entreprises les plus touchées par la hausse des prix des carburants. Est-ce que vous pouvez nous dire, ce matin, pour qui et pour combien de temps vous allez reconduire les aides ?
MAUD BREGEONTout à fait. D'abord, on sait que c'est difficile pour beaucoup de Français, pour beaucoup d'entreprises. Et donc on a pris cet engagement : être aux côtés des Français qui travaillent, être aux côtés des secteurs d'activité les plus exposés. Les Français qui travaillent, d'abord. Vous savez qu'on a mis en place un dispositif "gros rouleurs" : 100 euros versés, jusqu'à 3 millions de Français y ont droit. Le guichet devait prendre fin au 31 août. On a décidé, je vous l'annonce ce matin, de le prolonger jusqu'au 30 septembre. J'en profite pour rappeler les plus de 1,5 million de Français qui n'ont pas encore fait la demande et qui y ont droit à se connecter sur le site dédié pour pouvoir faire cette demande.
SIMON LE BARONJe rappelle juste, pour ceux qui nous écoutent et qui pourraient être concernés, évidemment, il faut être en dessous d'un certain revenu. Tout est visible sur le site.
MAUD BREGEONIl faut être en activité.
SIMON LE BARONOui. Et faire 30 kilomètres aller-retour tous les jours.
MAUD BREGEON30 kilomètres tous les jours ou 8 000 kilomètres par an. Exactement.
SIMON LE BARONC'est ça. Pourquoi ça n'a pas fonctionné ? C'est trop compliqué ? Enfin ça n'a pas fonctionné. Pourquoi seulement 1,5 million, moins d'un million et demi de Français l'ont demandé sur 3 millions ? C'est trop compliqué ?
MAUD BREGEONIl y a eu 1,4 million de demandes. C'est beaucoup. Nous, on a mis en place le dispositif le plus simple possible. Peut-être que certains n'ont pas encore pris le temps de le faire, peut-être qu'ils n'ont pas eu suffisamment d'informations. Donc on leur redit...
AGATHE LAMBRETPeut-être que c'était trop complexe, une usine à gaz.
MAUD BREGEONOn a vraiment fait le portail, le site internet, la démarche la plus simple possible. Et encore une fois, on sait que c'est difficile pour beaucoup de Français qui subissent la montée des prix à la pompe. Encore ces jours derniers, vous l'avez vu. Et donc, on continuera à être à leurs côtés. C'est une mesure ciblée. Ce n'est volontairement pas une mesure universelle parce qu'encore une fois, on a aussi cette exigence d'attention budgétaire.
SIMON LE BARONDonc toujours pas d'aide pour l'ensemble des Français ?
MAUD BREGEONMais les Français qui travaillent, les Français les plus en difficulté, ont besoin qu'on soit à leurs côtés.
SIMON LE BARONPas de blocage des prix à la pompe ?
MAUD BREGEONPas de blocage des prix à la pompe. C'est une solution qui est irréaliste et qui mènerait, comme on l'a vu ailleurs, à des problématiques de pénuries. En revanche, encore une fois, on est aux côtés des Français qui travaillent et des Français les plus modestes.
AGATHE LAMBRETEt on comprend que le fait qu'un million et demi seulement les demandait alors que 3 millions ont été ciblés, cela vous donne du lest et un peu de marge de manœuvre pour prolonger cette aide budgétairement.
MAUD BREGEONEn tout cas, c'est nécessaire. Vous savez, depuis le début, on adapte les aides annoncées à une situation qui est très incertaine, une situation qui évolue, qui dépend de ce qui se passe au Moyen-Orient. Et on voit qu'encore aujourd'hui, ce n'est pas un secret, ce n'est pas un mystère : les prix restent très hauts. Et donc il y a besoin d'être aux côtés, encore une fois, de ceux qui ont le plus de difficultés.
AGATHE LAMBRET2,26 euros pour le gazole, 2,15 euros pour le sans plomb 95.
MAUD BREGEONDe ceux qui le paient le plus durement.
AGATHE LAMBRETEt toujours pas d'aide généralisé. Maud Bregeon, il y a aussi les aides ciblées que vous avez proposées. Donc les aides ciblées pour les pêcheurs, notamment pour les agriculteurs. Vous avez dit que vous vouliez les reconduire. Est-ce que vous pouvez nous dire que c'est acté ce matin ?
MAUD BREGEONC'est acté. Ces aides seront reconduites pour deux mois, donc jusqu'au 31 octobre. On fera le point fin octobre, en fonction, encore une fois, de l'évolution de la situation, comme on le fait depuis le début. Elles seront reconduites pour les agriculteurs : 0,15 euros par litre ; pour les pêcheurs, 0,25 euros par litre ; pour le secteur du BTP, 0,20 euros par litre. Cela représente à peu près, c'est une estimation, 70 millions d'euros par mois.
AGATHE LAMBRET70 millions d'euros par mois de reconduire uniquement les aides ciblées ?
MAUD BREGEONLà encore, ce sont des secteurs qui sont extrêmement dépendants de l'évolution du prix du baril. Parce que quand vous êtes pêcheur, lorsque vous avez un bateau de pêche, au-delà d'un certain seuil, il n'est plus intéressant pour vous d'aller en mer. Et donc c'est toute une activité économique qui s'arrête. Et derrière, ce sont des emplois, ce sont des salaires, et donc des Français qui le paient très durement sur leur activité. On fait le choix d'être à leurs côtés. C'était extrêmement attendu. Et j'ai évidemment une pensée pour les agriculteurs qui en plus de tout cela...
AGATHE LAMBRETJustement les agriculteurs, de quoi vont-ils bénéficier à court terme ?
MAUD BREGEONUne prolongation des aides sur le carburant, je viens de vous le dire, la même que celle qui était déjà en place. Ils ont vécu un été très, très difficile. Et il y a des consultations qui sont menées en ce moment avec la ministre Annie Genevard.
SIMON LE BARONLa ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, devait annoncer un plan aujourd'hui, il a été reporté. Vous pouvez rassurer les agriculteurs ce matin ?
MAUD BREGEONBien sûr. C'est la priorité absolue du Premier ministre en cette rentrée. Ces dispositifs sont en cours de discussion avec les agriculteurs, avec leurs représentants. Ce sera annoncé dans les jours à venir. Je crois que Sébastien Lecornu a démontré, depuis son arrivée à Matignon, qu'il ne les avait jamais laissés tomber. Il avait toujours été à leurs côtés.
AGATHE LAMBRETIls auront des aides financières Maud Bregeon parce qu'aujourd'hui, les agriculteurs, ils veulent de l'argent pragmatiquement ? Ils ont besoin d'argent. D'ailleurs, les dommages sont colossaux. Ils ne sont pas encore totalement estimés. Donc vous attendez de voir l'ampleur des dégâts avant de décider précisément ce que vous ferez ?
MAUD BREGEONOn continue à discuter avec eux sur ce qui est le plus pertinent. Et cela dépend des régions. Ça dépend des territoires, ça dépend des secteurs, ça dépend des filières. Mais bien sûr, il y aura des aides aussi financières. D'ailleurs, quand je vous annonce une aide sur l'achat de GNR de 0,15 euro par litre.
SIMON LE BARONC'est le gazole non routier.
MAUD BREGEONOui, pardon. C'est une aide financière. Et il y en aura d'autres parce qu'encore une fois, ils traversent une situation qui est exceptionnelle. Derrière l'agriculture, encore une fois, ce sont des femmes et des hommes qui travaillent. Ce sont des salaires. Et puis c'est la capacité, je voudrais juste terminer là-dessus, c'est la capacité de la France à se nourrir. On ne peut pas parler de souveraineté et laisser tomber ceux qui nous nourrissent.
SIMON LE BARONEt donc la semaine prochaine, des annonces pour les agriculteurs ? Vous avez un timing ?
MAUD BREGEONDans les jours à venir.
AGATHE LAMBRETMaud Bregeon, vous voulez aussi renouveler le chèque énergie ?
SIMON LE BARONVoilà, c'était ce dont je voulais parler aussi. Donc allez-y Agathe.
AGATHE LAMBRETLe chèque énergie, jusqu'à 277 euros par an pour 4 millions de Français, donc pour les aider à régler leurs factures, financer certains travaux de rénovation. On va parler tout à l'heure du budget. Mais concrètement, si le budget 2027 n'est pas voté, ces ménages modestes, ils n'auront pas droit au chèque énergie ?
MAUD BREGEONSi le projet de loi de finances n'est pas voté, si le projet de loi de finances est rejeté, les 4,2 millions de Français qui touchent automatiquement cette aide au paiement des factures, entre 170 et 270 euros en avril, ne le toucheront pas en 2027.
SIMON LE BARONVous n'avez aucun moyen de contourner le budget pour le prolonger ?
MAUD BREGEONEt c'est un dispositif, on a besoin d'une disposition budgétaire pour pouvoir, encore une fois, le verser. Et c'est un dispositif qui, là encore, touche les Français les plus modestes, touche des Français qui sont très précaires, qui en ont besoin dans un moment où le carburant a augmenté,
AGATHE LAMBRETAlors qu'est-ce que vous dites aux oppositions ?
MAUD BREGEONDans un moment où le gaz a augmenté. Et je crois qu'encore une fois, on discutera du budget après. Mais quand on parle d'aider les agriculteurs, quand on parle d'aider les Français qui travaillent, qui ont du mal à boucler les fins de mois, qui ont du mal à payer leurs factures, on ne peut pas rejeter le budget en novembre ou en décembre.
AGATHE LAMBRETVous lancez un appel à la responsabilité. Vous dites : vous aurez les difficultés de ces Français sur la conscience si vous ne le faites pas ?
MAUD BREGEONOn lance un appel à la responsabilité. Je lance un appel à la cohérence parce que je vois beaucoup de parlementaires défiler dans les manifestations aux côtés des agriculteurs, par exemple, réclamer au Gouvernement davantage d'aides pour le secteur de l'énergie, par exemple. Ces mêmes qui, demain, menacent de censurer le budget. Ce n'est pas cohérent. Si on veut aider les agriculteurs, si on veut être aux côtés des Français qui travaillent, si l'on veut que ces aides en matière d'énergie soient versées, nous avons besoin d'un budget. Sans cela, on laissera les agriculteurs et un certain nombre de Français, de secteurs d'activité sur le carreau.
SIMON LE BARONVous dites aussi : ce sera 15 milliards d'euros en moins dans les caisses. Alors, c'est l'hypothèse la plus alarmiste. On l'entendait ce matin dans "Vrai ou faux" sur France Info. Si le budget n'est pas reconduit pour l'ensemble de l'année.
MAUD BREGEONAlors ce n'est pas Maud Bregeon qui dit cela. C'est un rapport de l'IGF qui a été publié ces derniers jours.
SIMON LE BARONOui. Mais encore une fois, c'est l'hypothèse la plus alarmiste. Mais est-ce que justement les discours alarmistes fonctionnent ? On se souvient d’Élisabeth Borne, Première ministre en 2024, qui disait : attention, s'il n'y a pas de budget, vous n'aurez plus de carte Vitale. Bon, ce n'était pas du tout le cas.
MAUD BREGEONVous appelez ça un discours alarmiste ? Moi, j'appelle ça un discours de vérité. On est face à une situation internationale extrêmement compliquée. On sait ce qui se passe au Moyen-Orient, on voit ce qui se passe sur l'évolution des taux, qui a des conséquences directes sur...
AGATHE LAMBRETLa France emprunte de plus en plus cher.
MAUD BREGEONLa France emprunte de plus en plus cher. Cela a des conséquences directes sur la dette, sur le déficit. On a une situation intérieure qui est difficile : les feux de forêt qu'on a vécus cet été, une situation politique qui reste évidemment très incertaine. Et effectivement, l'IGF qui nous rappelle que l'absence du budget coûtera 15 milliards d'euros et pourrait nous amener à un déficit record de 5,9% l'année prochaine. Qu'est-ce qu'il y a derrière ces chiffres ? Derrière ces chiffres, il y a notre capacité à investir, à investir dans l'école, à préserver notre modèle de santé, à investir pour l'écologie, à être aux côtés de nos agriculteurs.
AGATHE LAMBRETMais pour cela, Maud Bregeon, il faut de l'argent.
MAUD BREGEONIl faudra faire des choix. Il faudra accepter de discuter. Je comprends qu'on puisse ne pas être d'accord.
AGATHE LAMBRETOui, justement. Maud Bregeon, vos choix sont controversés. Il y a une piste, notamment : le Gouvernement envisage de mettre à contribution les retraités ou certains retraités. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus aujourd'hui ? Est-ce que vous pouvez nous dire que c'est inévitable ? Certains retraités, a minima, devront être mis à contribution dans ce budget.
MAUD BREGEONCe qui est inévitable. C'est un juste partage de l'effort.
SIMON LE BARONCela veut dire oui.
MAUD BREGEONNon. Quand on est dans une situation aussi difficile que la nôtre, on aura des efforts à faire. Cela, c'est une évidence.
AGATHE LAMBRETMais il ne faut pas tourner autour du pot. Vous savez depuis un mois qu'on parle des retraités, est-ce que vous pouvez nous dire oui, ils devront contribuer ?
MAUD BREGEONJe vais vous dire deux choses. D'abord, une ligne directrice et ensuite une méthode. Notre ligne directrice, c'est aucune augmentation d'impôts pour les Français. Notre méthode, c'est la discussion, la consultation avec l'ensemble des forces politiques qui sont prêts à un compromis.
AGATHE LAMBRETQuand est-ce que vous allez les recevoir, les forces politiques, pour en discuter ?
MAUD BREGEONJe crois que ce débat, qui consiste à savoir qui doit contribuer — certains vous diront les Français les plus aisés, d'autres vous diront les entreprises —, la question des retraités, et des retraités, encore une fois, qui ont le plus de patrimoine ou qui touchent des pensions de retraite plus importante, se posera.
AGATHE LAMBRETVous ne répondez pas à la question.
MAUD BREGEONEt pourquoi je ne vous réponds pas ? Je ne vous réponds pas, tout simplement parce que ce n'est pas tranché. Et parce que le Gouvernement seul, qui, ça ne vous aura pas échappé, n'a pas de majorité, ne pourra pas seul trancher cette question.
AGATHE LAMBRETVous recevez quand les forces politiques ? Quand est-ce que vous aurez cette discussion avec les oppositions ?
MAUD BREGEONDans les jours et les semaines à venir. Je laisserai Matignon, encore une fois, communiquer sur les dates précises. Mais enfin, le débat budgétaire commence début septembre à l'Assemblée nationale et au Sénat. Et donc vous voyez bien qu'on est le 3 septembre. Ça se fera d'ici là.
SIMON LE BARONDonc ça va aller vite. Et vous dites : c'est une piste qui sera mise sur la table, de désindexer, c'est-à-dire de faire en sorte que les pensions de retraite des retraités les plus aisés augmentent moins vite que l'inflation ?
MAUD BREGEONC'est un débat qu'il faudrait avoir, et je crois que c'est un débat qu'il faudra avoir sans pointer du doigt les uns ou les autres. Moi, je ne serai jamais de ceux qui disent que les retraités sont des nantis et qu'ils doivent, davantage que d'autres, être mis à contribution. J'estime en revanche que, dans un moment où beaucoup de Français font déjà des efforts dans leur quotidien parce que le coût de la vie est élevé, parce que les fins de mois sont difficiles, se poser la question de quelle est la juste répartition de l'effort entre ceux qui gagnent davantage, entre les entreprises qui peuvent peut-être contribuer comme elles l'ont fait l'année dernière, c'est une question qui est légitime.
AGATHE LAMBRETVous ne pointez du doigt personne, c'est ce que vous dites. Mais en tout cas, vous ciblez quand même les retraités et ceux qui posent des arrêts maladie. Sébastien Lecornu, le Premier ministre, dit qu'il veut réformer en profondeur les arrêts maladie parce qu'il y a trop d'abus. Vous avez des preuves qu'il y a des fraudes ? Et est-ce que ce n'est pas cibler des Français qui parfois sont malades et ont besoin de s'arrêter de travailler ?
MAUD BREGEONIl y a les deux, et je vous renvoie vers le dernier rapport de la CNAM qui montrait l'évolution tendancielle très importante du nombre d'arrêts maladie et du nombre de jours indemnisés depuis 2019. Ça ne signifie pas qu'il faut arrêter du jour au lendemain la possibilité de poser un arrêt maladie, encore une fois.
SIMON LE BARONMais la question d'Agathe, c'est aussi de savoir s'il y a des preuves de fraudes. Est-ce que vous avez des preuves que, dans cette augmentation des arrêts maladie, il y a une majorité de fraudes ?
MAUD BREGEONIl y a une hausse des arrêts maladie qui ne s'explique pas uniquement par des données chiffrées, scientifiques et tendancielles. Et ça, ce n'est pas moi qui le dis. Encore une fois, je vous renvoie vers le rapport de la CNAM qui a été publié il y a un an et demi, qui dit que les questions statistiques, notamment l'évolution de l'âge, le vieillissement de la population, ne suffisent pas à elles seules à expliquer ces hausses d'arrêts maladie. Et donc, on a pris un certain nombre de décisions, notamment le fait de mieux encadrer la durée de ces arrêts maladie : un mois pour le premier, deux mois pour le second et ceux qui suivent. Et ensuite, c'est un débat qu'on aura dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui est un débat qui est légitime. Je vous donne juste un chiffre : c'est 17 milliards d'euros, les arrêts maladie en 2025. Le budget de la Justice, c'est un peu plus de 10 milliards. Pour remettre les choses en perspective.
AGATHE LAMBRETDonc vous dites qu'il y a de l'argent en trop.
SIMON LE BARONIl y aura un débat sur les arrêts maladie, il y aura un débat sur les retraites et sur bien d'autres choses. On continue d'en parler. Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée chargée de l’énergie également. Il est 8h48 sur France Info et c'est l'info en une minute avec Maureen Suignard.
(...)
AGATHE LAMBRETMaud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée à l’énergie, vous disiez : c'est important de voter un budget. La question, c'est avec qui ? Car même dans votre camp, on n'a pas l'air très satisfait des premières pistes. Gabriel Attal, qui est le patron de Renaissance, votre parti, qui est censé soutenir le Gouvernement, explique par exemple qu'il refuse la tournure qui est en train de prendre le débat, que les retraités seraient des égoïstes qui veulent tout garder, que les jeunes seraient des fumistes qui ne veulent pas bosser. Quant à LFI, au Parti socialiste, ils disent déjà qu'ils vont censurer. Maud Bregeon, quelle est votre planche de salut ? Est-ce que vous misez sur le Rassemblement national pour faire passer ce budget ?
MAUD BREGEOND'abord, on mise sur les parlementaires qui soutiennent le Gouvernement, les parlementaires de la droite et du centre.
SIMON LE BARONIls ne sont pas assez nombreux. Ça, vous le savez.
MAUD BREGEONEt ils ne sont pas assez nombreux. Ensuite, on tendra la main, nous, et on discutera avec tous les députés, tous les élus de la République qui acceptent d'être dans une démarche de compromis. Jusqu'à présent, le Rassemblement national et La France insoumise, pour ne citer qu'eux, c'est aussi le cas des écologistes et d'une partie des communistes, n'ont jamais été dans cette démarche-là. Le Rassemblement national nous a censurés ou a tenté de nous censurer à plusieurs reprises. La France insoumise aussi.
AGATHE LAMBRETNéanmoins, aujourd'hui, ce ne sont pas les plus vocaux. Par ailleurs, Marine Le Pen est assez haut dans les sondages et elle envisage certainement de gouverner le pays. Est-ce que vous lui dites : ce serait contre-productif pour vous d'arriver à la tête d'un État encore plus plombé par l'absence de budget ?
MAUD BREGEONMoi, je dis à tous les partis politiques, quels qu'ils soient, et sans les trier, parce que ce n'est pas au Gouvernement de trier les élus de la République : ce n'est dans l'intérêt de personne de priver la France d'un budget pour l'année 2027. Ce n'est pas dans l'intérêt des Français, ce n'est pas dans l'intérêt politique et ce n'est pas dans l'intérêt des candidats à la présidentielle qui prétendent sérieusement appliquer leur programme. Donc il y aura un grand moment de vérité. Il y a les discours des uns et des autres, il y a les postures des uns et des autres. Dans quelques semaines, on sera dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, on verra qui vote quoi et on verra qui se met réellement dans une position de permettre à la France d'avancer pour quelques mois, je le précise. Parce que notre objectif n'est pas d'imposer un budget pour une année entière. Il y aura une élection présidentielle.
AGATHE LAMBRETVous parlez d'une petite mesure mais pas d'une mesure structurelle.
MAUD BREGEONOn est tous, encore une fois, démocrates. C'est pour deux, trois, quatre, cinq ou six mois ce budget. L'objectif : c'est d'avoir un budget de sauvegarde qui permette au pays de tourner et qui ne nous envoie pas dans le ravin, qui ne fasse pas exploser le déficit. Et ensuite, le prochain Président, la prochaine Présidente, aura toute légitimité de proposer au Parlement des modifications budgétaires.
SIMON LE BARONSauf que le débat est perturbé, évidemment, par la campagne présidentielle. Difficile, dans ce contexte, d'avoir un débat budgétaire serein. Vous, vous soutenez, Maud Bregeon, Édouard Philippe. Vous pensiez qu'il s'imposerait comme le candidat naturel de la droite et du centre. "Candidat naturel", c'était ses mots. Il n'y arrive pas. Pourquoi ?
MAUD BREGEONMoi, je pense qu'Édouard Philippe, aujourd'hui, contrairement à ce que vous dites, s'impose comme le candidat naturel de la droite et du centre, parce qu'il est le seul, au sein de notre espace politique, à pouvoir se qualifier au second tour, à éviter un second tour Rassemblement national-La France insoumise, et à être en capacité de rassembler largement les Français.
SIMON LE BARONÇa, c'est difficile.
AGATHE LAMBRETPourquoi Gabriel Attal dit qu'il n'y a pas de favori alors ? Gabriel Attal répète qu'il n'y a pas de favori.
MAUD BREGEONJe vous laisserai lui demander. Ensuite, il y aura une campagne. Moi, je vois les études d'opinion qui se succèdent, qui montrent qu'encore une fois, Édouard Philippe est le seul à pouvoir se qualifier au second tour. Et puis, j'entends les Français autour de moi, dans ma circonscription, des amis, les gens qu'on a tous pu rencontrer cet été, qui, d'abord, sont extrêmement inquiets : inquiets par la situation internationale, inquiets par la situation nationale, inquiets de ce spectre d'un second tour entre Madame Le Pen et Monsieur Mélenchon, qui serait évidemment cauchemardesque pour le pays. Face à ça…
AGATHE LAMBRETPour l'instant, personne n'est en capacité de battre Marine Le Pen dans les sondages, même au second tour. Donc, si on se base sur les sondages…
MAUD BREGEONFace à ça, je dis une chose simple : Édouard Philippe, de par son expérience et sa capacité à rassembler, parce qu'il porte une vision claire, parce qu'il a aussi, je crois, une capacité d'apaisement de la société française, peut nous éviter encore une fois cette situation cauchemardesque. Et puis, il y a une responsabilité collective de tous les responsables de la droite, du centre, de tous ceux qui se reconnaissent dans ce projet, dans ces valeurs : c'est se rassembler, parce qu'on est à un moment qui est absolument charnière, absolument charnière.
AGATHE LAMBRETOn n'en est pas là, Maud Bregeon. Justement, pour rebondir sur ce que vous dites, on écoute Gabriel Attal.
MAUD BREGEONEt l'histoire jugera durement ceux qui refuseront le rassemblement.
AGATHE LAMBRETOn voit que vous visez notamment Gabriel Attal. On l'écoute. Pour lui : Édouard Philippe, ce sont les idées d'il y a 20 ans. Et il assume cette phrase sur France 2.
GABRIEL ATTAL, CANDIDAT RENAISSANCE A LA PRESIDENTIELLEOn n'a pas le même projet. On n'a pas le même projet sur le fond. On parlait tout à l'heure de la question des retraites. Moi, je considère que si le débat sur les retraites, dans l'élection présidentielle de 2027, se résume au fait de savoir s'il faut passer l'âge de départ à 64, 65, 66 ou 67 ans, on aura tout perdu. Parce que ça, c'est le débat d'il y a 20 ans. Moi, je considère que l'enjeu de cette élection, ce n'est pas de recréer l'UMP d'il y a 20 ans.
AGATHE LAMBRETVoilà. Édouard Philippe, c'est le passé, dit Gabriel Attal. Qu'est-ce que vous lui répondez, et est-ce que vous lui dites : "Attention, Gabriel, à ce que tu dis, ça peut laisser des traces" ?
MAUD BREGEONVous savez, moi, il y a 20 ans, j'avais 15 ans et je n'étais certainement pas à l'UMP. Une fois qu'on s'est dit ça, je crois que derrière les discours de plateaux télévisés, il y a aujourd'hui trois projets : celui de Gabriel Attal, celui d'Édouard Philippe, celui de Bruno Retailleau, pour ne citer que ces personnalités, qui sont trois projets, en réalité, avec beaucoup de convergences. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des nuances. Ça ne veut pas dire que les uns et les autres arrivent avec la même histoire.
AGATHE LAMBRETVous entendez ce qu'il dit ? Il dit : Édouard Philippe, c'est le passé. Parler de la retraite à 64, 65, 67 ans, c'est le passé.
MAUD BREGEONIl y a des débats, il y aura des débats. Il y a des formules de communication qui sont ensuite reprises dans les matinales radio. Sur le fond, on gouverne ensemble depuis près de dix ans, avec le président de la République. Bruno Retailleau a été mon collègue au Gouvernement. Il a été ministre de François Bayrou, François Bayrou qui, lui-même, a été un des grands soutiens, et toujours un des grands soutiens historiques du président de la République. Et aujourd'hui, au sein du Gouvernement de Sébastien Lecornu, je suis assise à la table du Conseil des ministres avec des collègues venant de LR, des collègues venant d'Horizons, des collègues qui, comme moi, viennent de Renaissance et sont aux côtés d'Emmanuel Macron depuis le premier jour. Et on partage l'essentiel de ce qu'on porte pour le pays. On est plutôt libéraux. Sur les sujets économiques, on est d'accord. On est en phase pour aller plus loin sur le régalien, pour être plus fermes sur le régalien, on défend le nucléaire.
SIMON LE BARONMais ? Mais il y a un mais, Maud Bregeon.
MAUD BREGEONOn peut toujours trouver les nuances, parce qu'on n'est pas des clones, bien sûr. Donc, on peut trouver des nuances. Mais ce qui nous rassemble est éminemment plus fort aujourd'hui que ce qui nous divise, au regard, notamment, de ce que risque le pays.
SIMON LE BARONJustement, le mais, c'est que vous n'arrivez pas à vous rassembler. Comment vous rassembler ? Est-ce qu'il faut…
MAUD BREGEONSimon Le Baron, que valent ces nuances quand, face à ça, il y a un risque du second tour ?
AGATHE LAMBRETOn entend votre discours, mais Simon a une question.
SIMON LE BARONTrès bien. Mais pour l'instant, vous n'arrivez pas à vous rassembler, ni même à déterminer comment procéder à ce rassemblement. Gérard Larcher, président du Sénat, figure de la droite et du centre, ce matin, dans Le Parisien, dit : "Je sens que les choses bougent pour une primaire". Gabriel Attal lui-même n'exclut pas une primaire de la droite et du centre, sauf qu'Édouard Philippe n'en veut pas. Alors, il a peur d'y aller ?
MAUD BREGEONVous savez, moi, le rassemblement, je l'ai prôné, et je continue à le prôner depuis des mois maintenant. J'ai travaillé à la mise en place d'une tribune avec des collègues parlementaires. On était une centaine à demander à ces candidats de s'entendre. J'entends les uns et les autres dire aujourd'hui "Pourquoi pas une primaire", alors qu'ils l'ont refusée hier, mais sans jamais s'engager à soutenir le gagnant, quel qu'il soit. Prenez David Lisnard, par exemple. Est-ce que David Lisnard s'engage à soutenir Gabriel Attal ou Édouard Philippe en cas de participation à une primaire commune ?
AGATHE LAMBRETNon, il dit qu'il ne veut pas travailler avec eux.
MAUD BREGEONPas exactement. Donc, il y a un peu d'hypocrisie dans ses déclarations
AGATHE LAMBRETDonc vous dites quoi ? C'est hypocrite et c'est trop tard pour...
MAUD BREGEONDans ces déclarations, ce que je dis, je dis une chose simple, ce que dit Gérard Larcher, d'ailleurs, dans les colonnes du Parisien ce matin : la droite et le centre doivent impérativement, impérativement se rassembler. Et dans les semaines ou dans les mois à venir, en tout cas, le temps de ce rassemblement viendra. Et moi, je fais confiance, encore une fois, aux responsables de cet espace politique. On parle de Bruno Retailleau et de Gabriel Attal, mais je pourrais aussi vous parler de Gérard Larcher, je pourrais vous parler de Yaël Braun-Pivet, pour ne citer que ces deux figures qui, je n'en doute pas une seconde, feront preuve de grande responsabilité pour le pays.
SIMON LE BARONOn vous a entendue, Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée chargée de l’énergie. On vous a entendue sur ce rassemblement que vous appelez de vos vœux, de la droite et du centre. On a entendu surtout vos deux annonces, ce matin, dans le 8h30 France Info, concernant les prix des carburants : reconduction du dispositif pour les gros rouleurs, avec ce guichet qui est disponible en ligne ; et reconduction des aides sur le gazole non-routier pour les agriculteurs, les pêcheurs ou le BTP. Merci de nous avoir annoncé cela ce matin sur France Info.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304594
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