Déclaration de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, en hommage aux deux sapeur-pompiers, les caporaux Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme, décédés au mois de juillet 2026 en luttant en Gironde contre les incendies de forêt, en Gironde le 18 sep
Laurent Nunez (auteur)
Madame la préfète, chère Sophie,Mesdames et messieurs les députés,Mesdames et messieurs les sénateurs,Madame et monsieur les députés européens,Monsieur le président du conseil régional,Monsieur le président du conseil départemental, président du Conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours,Monsieur le maire de Bordeaux,Monsieur le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bordeaux,Mesdames et messieurs les préfets, Mesdames et messieurs les élus,Monsieur le directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises, cher Julien,Madame la directrice adjointe de la police nationale, chère Virginie,Monsieur le président de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France,Mesdames et messieurs les représentants des organisations syndicales et associatives,Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,Chères familles,
Le 21 juillet dernier, en début d'après-midi, un feu de forêt se déclare sur la commune de Mérignac, en Gironde, à proximité immédiate de l'aéroport et d'une importante zone d'activité attenante. Ce jour-là, près de 12 500 feux ont déjà emporté quelque 44 000 hectares depuis le début de la saison : c'est déjà plus que sur l'ensemble de la saison précédente. Cela fait désormais de longues semaines, de très longues semaines, que les sapeurs-pompiers de notre pays mènent au sol une lutte acharnée contre les violents incendies qui sévissent partout en France avec une ardeur inédite.
Ce 21 juillet, face aux flammes qui menacent, des moyens terrestres en attaque directe sont rapidement engagés pour contenir la progression du feu, parmi lesquels un camion-citerne feux de forêt. A son bord, deux sapeurs-pompiers professionnels du centre d'incendie et de secours de Saint-Médard-en-Jalles : le caporal Wilfried SCHMITTER et le caporal Anthony BERTHÔME, également volontaire au centre d'incendie et de secours de Saint-Jean-d'Illac. Mais le vent souffle cet après-midi-là, et des rafales atteignant 40 kilomètres heure favorisent la propagation rapide et imprévisible des flammes, au sein d'un massif de pins particulièrement dense. Le véhicule se retrouve pris au piège. Les deux soldats du feu périront dès les premières minutes de l'intervention, n'emportant avec eux que leur courage et leur sacrifice pour ne laisser qu'un indicible chagrin, et l'effroyable vide.
Au sein des casernes de Saint-Médard et de Saint-Jean-d'Illac, ces deux soldats du feu étaient salués pour leur engagement professionnel, et particulièrement appréciés pour leur investissement au sein du groupe. Le caporal SCHMITTER était décrit comme un excellent sapeur-pompier, passionné par son métier. Ayant servi à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris durant sept ans, il se montrait toujours volontaire dès qu'il s'agissait de former les nouvelles recrues, et aimait transmettre son expérience aux plus novices. Parmi d'autres distinctions, il avait été décoré de la médaille de la sécurité intérieure à la suite de la saison des feux de forêt de l'été 2022 – une saison qui avait, également, connu une ampleur exceptionnelle. Le caporal BERTHÔME, lui aussi remarqué pour sa grande disponibilité et son état d'esprit, était quant à lui un élément moteur du groupe, se distinguant par son côté rassembleur et sa force d'initiative pour conduire des projets au sein de sa caserne. Comme son camarade, il était animateur de jeunes sapeurs-pompiers dans le milieu associatif.
Tous les deux avaient 34 ans. Tous les deux servaient comme sapeur-pompier depuis 15 ans ; tous les deux comme professionnel depuis près de huit ans. Bien avant d'être réunis par ce terrible drame, ces deux-là étaient unis par la mission et par l'effort. Ils partageaient la même vocation ; ils ont connu le même destin, tragique. Aujourd'hui, c'est d'une même voix que la Nation leur rend hommage, mais d'un cœur déchiré.
Cet après-midi-là, alors que le caporal SCHMITTER et le caporal BERTHÔME trouvent la mort dans l'accomplissement de leur devoir, quelque 120 sapeurs-pompiers poursuivent les opérations de lutte afin de maîtriser le feu de Mérignac. Grâce à leurs efforts ininterrompus, les flammes demeureront cantonnées à l'extérieur de l'emprise aéroportuaire, sans occasionner de dommages sur ses infrastructures. Les habitants et les personnels des entreprises concernées, évacués en prévention, seront indemnes.
Après avoir parcouru 26 hectares, le feu sera finalement fixé. Voilà pourquoi il y a dans cette intervention du 21 juillet après-midi le plus terrible des paradoxes : la mission des soldats du feu a été accomplie, l'objectif de secours et de protection de la population et des biens atteint – mais au prix exorbitant de la vie de deux sapeurs-pompiers. Des vies chères à leurs familles et à leurs amis. Des vies chères à leurs camarades. Des vies chères à la Nation dont ils étaient à la fois les enfants et les serviteurs dévoués.
Dans la grande famille des sapeurs-pompiers, la disparition du caporal SCHMITTER et du caporal BERTHÔME rouvrait une blessure qui n'avait pas eu le temps de se refermer, et pour cause. Quinze jours plus tôt, la France rendait un dernier hommage au jeune sapeur-pompier volontaire de 22 ans, Baptiste GERFAUD-VALENTIN, décédé en Savoie tandis qu'il était engagé sur le feu de forêt déclaré sur la commune du Planay. Moins d'une semaine après le drame de Mérignac, ce sera au tour du caporal Laurent MANSON de perdre la vie à bord de son camion-citerne. Il était lui aussi sapeur-pompier volontaire, engagé au nord d'Arles sur le dispositif préventif de lutte contre les feux de forêt.
Dans les incendies de végétation qui ont déjà ravagé plus de 100 000 hectares cette année – c'est-à-dire trois fois plus que la totalité de l'an passé – l'engagement immodéré de nos soldats du feu a permis qu'aucune victime ne soit comptée dans la population civile. Mais, sur le front de ces incendies, eux ont perdu quatre des leurs. Voilà le lourd tribut payé par nos pompiers cet été. Voilà la vérité crue de leur engagement quotidien qui peut aller jusqu'au sacrifice.
N'oublions jamais l'héroïsme de ces militaires, professionnels et même volontaires, prêts à s'oublier eux-mêmes pour sauver tout ce qui peut l'être ; ces serviteurs qui courent au danger au nom d'un altruisme librement consenti. N'oublions jamais les risques qu'ils prennent chaque jour, non pas de manière inconsidérée mais, au contraire, dans un élan bien conscient que l'on appelle courage et dévouement, et qu'ils se sont choisi pour devise. N'oublions jamais, enfin, que face aux violents incendies qui embrasent nos forêts, on trouve d'abord des hommes et des femmes ; que les toute-premières capacités que l'on envoie au front des flammes ne sont pas matérielles mais qu'elles sont humaines, et qu'elles forment la ressource la plus noble, la plus précieuse et la plus admirable de notre de sécurité civile.
C'est précisément pour eux qui l'incarnent, et qui se battent parfois jusqu'au sacrifice suprême, que nous devons moderniser notre sécurité civile en commençant par tirer tous les enseignements de cette saison feu de forêt historique par son ampleur. Il en va de la responsabilité de tous.
Les caporaux Wilfried SCHMITTER et Anthony BERTHÔME sont faits chevalier de la Légion d'honneur. La médaille de la sécurité intérieure - échelon or -, la médaille d'honneur des sapeurs-pompiers pour services exceptionnels - échelon or - et la médaille d'or pour actes de courage et de dévouement leur sont décernées à titre posthume. Ils sont cités à l'ordre de la Nation et nommés adjudants à titre posthume.
Elle brûle, la blessure de la Nation. Plus vive encore que les flammes qui ont emporté le souffle des sapeurs Wilfried SCHMITTER et Anthony BERTHÔME. Moins vive, sans doute, que la peine de leurs camarades du SDIS de Gironde et des centres d'incendie et de secours dans lesquels ils servaient, et pour qui j'ai une pensée émue. Car il existe chez les pompiers une fraternité que seuls ceux qui partagent l'épreuve du feu connaissent. Une douleur moins vive, assurément, que la douleur qui ronge le cœur de leur famille et de leurs proches à qui nous redisons cet après-midi notre éternelle compassion, ici, et au même moment, dans tous les services du ministère de l'intérieur, et notamment dans tous les services d'incendie et de secours de France.
source https://www.interieur.gouv.fr, le 21 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304670
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