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10 septembre 2026 · Gouvernement · La Chaîne parlementaire · discours Discours

Interview de M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, à LCP le 10 septembre 2026, sur l'autonomie de l'Union européenne et la relation franco-allemande en matière spatiale, le budget 2027, le niveau d'ex

Philippe Baptiste (auteur), Oriane Mancini (intervenant), Julien Lecuyer (intervenant)

PHILIPPE BAPTISTEBonjour. ORIANE MANCINIMerci d'être avec nous, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace. Interview en partenariat avec la presse régionale, représentée ce matin par Julien Lécuyer de La Voix du Nord. Bonjour Julien. JULIEN LECUYERBonjour. Heureux de vous retrouver, Oriane. ORIANE MANCINIHeureuse également. Julien sera avec nous tous les jeudis cette saison. On va parler de ce sommet international. Monsieur le Ministre, l'Union européenne a-t-elle les capacités de son autonomie en matière spatiale ? PHILIPPE BAPTISTEMais oui. D'abord, il faut rappeler quelques petites choses, c'est que l'Europe, aujourd'hui, en l'état, elle est autonome sur le spatial. On a retrouvé notre capacité d'accéder à l'espace. Je vous rappelle qu'il y a quelques années, on avait une vraie crise, c'est-à-dire qu'on n'avait plus de lanceurs en Europe. Ariane 5 était terminée, il n'y avait plus d'Ariane 5 disponible. Ariane 6 était en retard. Vega, l'autre lanceur européen, avait quelques difficultés. C'était la catastrophe. On a travaillé comme des fous. Ariane 6, aujourd'hui, est un vrai succès. Tous les premiers tirs ont été des succès complets. Vega est revenu dans la course. Et il y a quelques jours, on a eu aussi une nouvelle start-up allemande qui a réussi son premier tir avec un tout petit lanceur. Mais ça veut dire que, quelque part, l'Europe, aujourd'hui, dispose d'une gamme complète pour accéder à l'espace. Ça, c'est l'accès à l'espace, c'est la première étape. Et après, on a des satellites en Europe qui sont aujourd'hui excellents. Maintenant, notre question, c'est que l'on a ces capacités aujourd'hui, mais il y a des sujets où l'on a pris du retard technologique. Et puis l'autre chose, c'est qu'on n'en fait pas assez. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on n'a pas des constellations suffisamment grosses. On n'a pas, parfois, des technologies qui sont adaptées. Donc, il faut qu'on rattrape ça. Mais on a des capacités. Donc, voyons, le verre n'est peut-être pas complètement plein, mais il n'est pas complètement vide non plus, loin de là. JULIEN LECUYEROui, j'entends votre optimisme, Monsieur le Ministre. Mais c'est vrai que quand on voit les chiffres du nombre de lancements projetés par Donald Trump, qui parle de mille lancements d'ici 2030… Alors, je sais bien que ce sont les déclarations de Donald Trump. Mais l'Europe est clairement en retard. Vous parliez de la possibilité d'un lanceur réutilisable. On en est encore loin, et est-ce qu'on va être en capacité de rattraper ce retard ? PHILIPPE BAPTISTEAlors, on en est loin et on n'en est pas loin, puisqu'aujourd'hui on a Maia. Maia, c'est une start-up qui a été lancée il y a quelques années. JULIEN LECUYERMais ce n'est pas pour tout de suite. PHILIPPE BAPTISTEC'est pour 2028. On va avoir les premiers vols. Donc, le développement, aujourd'hui, est très bien avancé. Et c'est probablement l'avenir du transport spatial européen. Donc oui, j'écoute Elon Musk avec parfois intérêt, parfois aussi avec un peu de distance, enfin même souvent avec beaucoup de distance. C'est quelqu'un qui a réussi à faire des choses qui technologiquement sont vraiment très intéressantes en réduisant les coûts et en ayant massifié le business. C'est aussi quelqu'un qui raconte beaucoup de choses qui, parfois, sont très loin de la réalité aussi. Il faut quand même dire les choses aujourd'hui. JULIEN LECUYERIl y a les États-Unis, mais il y a aussi la Chine. PHILIPPE BAPTISTEBien sûr. Donc oui, effectivement, il y a cette massification pour envoyer de plus en plus de satellites dans l'espace. La question qu'il faut que l'on se pose, nous, comme Européens, la première des questions, c'est : de quoi a-t-on besoin pour notre autonomie stratégique, pour notre défense, pour notre sécurité, pour nos télécoms ? C'est la première brique aujourd'hui. Ça, aujourd'hui, est-ce qu'on est capable de le faire en Européens ? La réponse est oui. Il faut qu'on accélère, il faut qu'on aille plus vite, mais nous, on sait le faire. Après, l'autre question, c'est que vous avez besoin de faire beaucoup de lancements si, derrière, vous avez des projets de constellations que vous voulez mettre en orbite, qui sont très nombreuses et très larges. Aujourd'hui, le moteur dans le monde, c'est SpaceX avec Starlink. Pourquoi ils lancent énormément aujourd'hui ? C'est parce qu'ils ont cette constellation de satellites en orbite basse qui s'appelle Starlink. Et donc, c'est pour ça qu'ils lancent beaucoup. Donc de toute façon, j'ai envie de vous dire de manière très concrète, aujourd'hui, on n'a pas cette constellation en Europe. Donc la question de savoir si on doit lancer beaucoup ou pas… ORIANE MANCINIOn va l'avoir ? PHILIPPE BAPTISTEOn va l'avoir, c'est IRIS². IRIS² arrive. On a décidé le projet. ORIANE MANCINIA quelle échéance. PHILIPPE BAPTISTELe projet a été lancé par la Commission européenne. Il a été, je pense vraiment, il faut le dire encore une fois, pensé par Thierry Breton. J'aime bien dire les choses de manière extrêmement claire. Pensé par Thierry Breton, poussé par lui, repris par la Commission aujourd'hui. Il a été lancé, acté, la première phase a été lancée. En 2030, on aura les premiers satellites. Et on a cette constellation qui est lancée. Donc, l'Europe réinvestit dans la course du spatial. On réinvestit de manière raisonnée. Je crois qu'il y a un vrai enjeu et une vraie cohérence aujourd'hui européenne: la France, l'Allemagne, l'Italie. JULIEN LECUYERIl y a une vraie cohérence… PHILIPPE BAPTISTEL'ambition est là. JULIEN LECUYEREst-ce qu'il ne faut pas craindre une concurrence entre les États européens ? On a vu des initiatives portées par différents pays. L'Allemagne continue de regarder quand même vers les équipements américains, alors même que l'idée d'une préférence européenne est sur la table, où est-ce qu'on en est ? PHILIPPE BAPTISTEVous avez complètement raison. Il y a des choses où il y a, je pense, une vraie cohérence et une vraie vision partagée. L'espace est important et crucial pour l'avenir de l'Europe. Il faut augmenter les budgets spatiaux. Il faut investir. Il faut que l'Europe soit un moteur. ORIANE MANCINIÀ combien, pardon ? On va s'arrêter un instant sur le budget parce qu'évidemment, c'est comme pour tout, il faut des moyens. PHILIPPE BAPTISTELes projets aujourd'hui… Par exemple, sur le MFF, le projet de budget européen, on parle… Rien n'est fait puisque les discussions vont s'ouvrir, mais avec des projets qui augmentent d'un facteur cinq ou six les budgets spatiaux européens. Donc on voit bien qu'il y a une prise de conscience aujourd'hui de tous les pays, de tous les grands pays du spatial de l'importance du sujet. Ce sommet en est une parfaite illustration. ORIANE MANCINISans la présence du chancelier Merz. PHILIPPE BAPTISTEAttendez. Je réponds à votre première question. Pardon, je suis un peu… Donc oui, je pense qu'il y a des choses qui nous unissent aujourd'hui. Il y a une vision que c'est crucial pour notre défense, pour notre sécurité, pour notre stratégie, pour l'observation de la Terre, pour le climat, pour la science. Enfin, le spatial est partout. Maintenant, après, effectivement, il y a des modus operandi où, des fois, on n'est pas complètement d'accord. La question de la préférence européenne, nous, c'est quelque chose qu'on porte avec vigueur. C'est-à-dire que moi, ce que je dis aujourd'hui, c'est… Je dis, si par exemple, aujourd'hui, un constructeur européen produit un satellitier européen, ce satellite doit partir sur un lanceur européen, qu'il soit allemand, italien, français ou autre chose. Il faut qu'on reste européens, parce que c'est très naïf. ORIANE MANCINIVous avez réussi à convaincre les Allemands de ça ? PHILIPPE BAPTISTEJe pense qu'on progresse. Je pense qu'on progresse beaucoup. Et je pense qu'on va y arriver. En tout cas, il y a en tout cas une vraie conviction, y compris à Bruxelles, sur ces questions-là. JULIEN LECUYERMais c'est quoi, la crainte ? On a du mal à saisir pourquoi les Allemands qui, a priori, ont la même stratégie se tournent encore vers les États-Unis ? On parle spatial, mais on parle aussi de défense, cela revêt beaucoup d'aspects. PHILIPPE BAPTISTEC'est une question que je vous encourage à poser… JULIEN LECUYERÀ approfondir. PHILIPPE BAPTISTEÀ approfondir et à poser à nos partenaires allemands. Mais ce que je veux dire… ORIANE MANCINIMais est-ce qu'ils n'investissent pas plus que nous en matière d'espace, les Allemands ? PHILIPPE BAPTISTEAlors, les Allemands ont annoncé un programme extrêmement ambitieux d'investissement pour le futur et évidemment, en particulier dans le domaine de la défense, extrêmement ambitieux sur le spatial. ORIANE MANCINIMais aujourd'hui, ce ne sont pas eux, la première puissance spatiale européenne ? PHILIPPE BAPTISTENon. Pardon, excusez-moi, mais pourquoi alors ? Parce qu'il y a les budgets qui sont annoncés, il y a les budgets qui sont réels et mis en place, et puis après, il y a l'empreinte industrielle. Et cette empreinte industrielle, c'est le fruit de dizaines d'années d'investissement. Donc aujourd'hui, en termes d'empreinte industrielle, la France est la première puissance européenne. C'est à peu près la moitié de l'industrie spatiale européenne. Après, il y a l'Italie et l'Allemagne, qui sont de grands pays aussi du spatial. Et ça montre aussi qu'il faut qu'on investisse. La France a décidé d'investir et a annoncé des budgets qui sont importants. Je voudrais aussi dire que, sur les questions de science, de recherche et de technologie, mon ministère voit ses budgets augmenter. Et c'est probablement un des très rares périmètres ministériels qui voit justement un tel investissement. ORIANE MANCINIElle marche bien, la coopération franco-allemande ? Parce que ce sommet, c'est censé être un sommet franco-allemand. On a vu les images. Vous nous avez parlé de ce mini-lanceur allemand, les Allemands ont fait bande à part. Friedrich Merz, le chancelier, n'est pas là. Ce n'est quand même pas un bon signal. PHILIPPE BAPTISTEAlors, il ne vous a pas échappé qu'il y a aussi une politique intérieure dans les États, et donc il s'est passé pas mal de choses en Allemagne. Ce n'est pas à moi de commenter les choses, mais je pense qu'il faut aussi comprendre… ORIANE MANCINIC'est uniquement ça qui explique… PHILIPPE BAPTISTECe n'est pas à moi de le dire. Mais ce que je veux dire, c'est que l'Allemagne est représentée aujourd'hui par deux ministres : Pistorius, le ministre de la Défense, qui est quand même un des poids lourds du Gouvernement, et par la ministre Bär qui, elle aussi, a une vraie importance pour la recherche et pour l'espace. Il y a une coopération aujourd'hui. ORIANE MANCINIIl ne faut pas y voir de tensions franco-allemandes. PHILIPPE BAPTISTEMais il y a des tensions franco-allemandes, en particulier dès qu'on parle d'empreinte industrielle, qui fait quoi, etc. Mais ce que je dois dire aujourd'hui, pour bien connaître le sujet, c'est que c'est beaucoup plus fluide que ça ne l'a été précédemment. Il y a des visions politiques qui sont quand même très alignées et on progresse. On a aussi eu des tensions avec l'Italie ces dernières années sur un certain nombre de sujets qui, aujourd'hui, ont complètement disparu. On a un alignement politique et industriel avec nos amis italiens qui est extrêmement fort. Donc, je pense qu'on est vraiment sur une dynamique de progression. L'Europe s'unit, il faut qu'on investisse plus. Le MFF, le prochain budget européen, sera là. Sur les budgets nationaux, la France montre l'exemple aussi. Donc je veux dire, oui, on a du retard, bien sûr, et il faut qu'on réinvestisse. Mais on a aussi des atouts, on a des talents, on a des infrastructures industrielles qui sont fortes. On a un port spatial européen à Kourou qui est absolument exceptionnel. Donc, pas de sinistrose sur ce sujet. JULIEN LECUYERPas de sinistrose. Il y a une autre absence qui a été remarquée, c'est celle d'Elon Musk, le patron de SpaceX. On a entendu parler de pressions potentielles de la Maison Blanche pour qu'il ne vienne pas à Paris. Le patron de SpaceX, est-ce que c'est aujourd'hui un partenaire ou est-ce que c'est un adversaire ? PHILIPPE BAPTISTEÇa, c'est une belle question. Moi, je ne peux pas confirmer ou infirmer évidemment les pressions ou les discussions qui auraient pu avoir lieu entre des partenaires américains et la Maison Blanche. Ce n'est pas mon rôle. Ce que je constate aujourd'hui, c'est qu'on a annoncé hier, par exemple, un très gros contrat entre Amazon, qui, sauf erreur de ma part, est une entreprise américaine, et ArianeGroup pour plusieurs lancements supplémentaires. Ce qui illustre accessoirement aussi le dynamisme du secteur. Nos partenaires américains ne viendraient pas nous voir si on n'avait pas des lanceurs qui étaient efficaces et rapides. JULIEN LECUYEROui, mais on est dans l'ultra-concurrence à l'heure actuelle. J'imagine que pour vous, la présence de Donald Trump à la Maison Blanche à l'heure actuelle est le signe d'une rivalité qui va être extrêmement forte dans les prochaines années. PHILIPPE BAPTISTECe qui me frappe le plus dans le périmètre qui m'intéresse, c'est-à-dire la recherche, la science, la technologie, c'est que nous avons de l'autre côté de l'Atlantique une grande puissance en science, en technologie, dans le spatial… JULIEN LECUYERDans l'intelligence artificielle aussi. PHILIPPE BAPTISTEIA etc. Elle a des mouvements qui sont brusques, parfois très difficiles et très imprédictibles. Et ça, quand on travaille sur des programmes, que ce soit des programmes industriels ou des programmes de recherche de moyen, de long ou de très long terme, c'est très dommageable. Pour dire les choses très brutalement, sur la science en particulier, sur les questions autour de l'observation de la Terre, sur la santé des femmes, sur le vaccin, sur l'antibiorésistance, il y a tout un ensemble de champs qui ont été quand même un peu dévastés par des changements de position et des changements de cap extrêmement brutaux de nos amis américains. Et ça, évidemment, ça questionne. Et ça nous renvoie aussi à ce qu'on veut faire en Européens. ORIANE MANCINIVous nous avez parlé de ce gros contrat avec Amazon. Que va annoncer d'autre le chef de l'État ? Le sommet prend fin aujourd'hui. PHILIPPE BAPTISTEJe pense qu'il y a déjà beaucoup de choses qui ont été annoncées hier. Au total, si vous regardez l'ensemble des enveloppes, on sera je pense, à la fin, à plusieurs dizaines de milliards d'euros de contrats annoncés d'un point de vue purement business. Vous avez entendu aussi qu'il y avait une annonce forte autour de Thomas Pesquet, qui va retourner dans l'espace et qui va commander une mission avec l'entreprise Vast. Donc ça, c'est un… ORIANE MANCINIUne mission privée. Parce que là aussi, le privé prend de l'ampleur sur le public. PHILIPPE BAPTISTEOui, une mission privée avec des astronautes européens en l'occurrence, qui ont des programmes de recherche. Ils vont faire des manips sur l'ISS, des expériences scientifiques qui sont pour nos laboratoires publics. C'est un partenariat. Vous avez probablement entendu parler hier d'une très belle annonce autour de Vortex, l'avion spatial qui est porté par Dassault avec des partenaires européens, quand on parle de coopération, avec OHB, qui est une très belle entreprise allemande. Cet avion spatial aura un objet dual extrêmement intéressant, où l'on pourra à la fois embarquer des expériences scientifiques, mais il y a évidemment aussi, des applications de défense extrêmement intéressantes. Vous avez entendu parler aussi de la levée de fonds de The Exploration Company, portée par Hélène Huby. On aura probablement des annonces très vite sur une ambition pour la France et pour l'Europe autour de grandes questions, autour de l'exploration et la science. Mais ça, je vous laisse attendre quelques heures. ORIANE MANCINIJuste un mot sur le budget, parce qu'évidemment, on en revient toujours aux questions financières. On sait que Sébastien Lecornu demande à ses ministres de faire des efforts. Le budget de l'espace ne sera pas impacté ? PHILIPPE BAPTISTENon, non seulement il n'est pas impacté, mais le budget de la recherche, de la science, de l'enseignement supérieur et du spatial, il augmente aujourd'hui. Nous sommes quand même sur un projet de budget 2027 qui sera très dynamique. Et quand même à signaler dans un moment où l'on est très contraint. Pourquoi ? Parce que ce sont des dépenses d'avenir et je pense qu'il faut investir. Vous savez qu'en Europe, sur le spatial comme sur la recherche etc., on n'investit pas assez. Et quand je dis cela, je ne plaide pas pour mon périmètre ministériel. Vous savez, je viens de la société civile et je reviendrai dans la société civile un jour. Le sujet, c'est l'avenir du pays. Si vous n'investissez pas dans la recherche, s'il n'y a pas de recherche, il n'y a pas de terreau fertile pour l'innovation, et donc, vous, derrière vous n'arrivez pas à développer des produits qui seront utiles pour les entreprises. ORIANE MANCINIMonsieur le Ministre, sur votre autre casquette, puisque vous êtes aussi ministre de l'Enseignement supérieur, un rapport sénatorial a été publié hier. Il veut supprimer le droit de tous les bacheliers de poursuivre des études. Le bac ne doit plus donner un droit d'accès inconditionnel à l'enseignement supérieur. Comment réagissez-vous à ce rapport ? PHILIPPE BAPTISTEAlors, deux choses. Il y a plein de propositions dans ce rapport du Sénat. La plupart de ces propositions, pour ne pas dire toutes, il n'est pas question de les mettre en œuvre dans les six mois qui viennent. Parce qu'on parle aussi d'augmentation des droits, enfin, il y a plein de sujets. Tout cela n'aura pas lieu dans les mois qui viennent. ORIANE MANCINIDonc, il ne sera pas suivi d'effet avant la fin du quinquennat ? PHILIPPE BAPTISTEMais non, je pense que personne n'imagine que l'on va avoir ces changements structurels à quelques mois d'une élection présidentielle. Moi, d'abord, je loue la qualité du rapport. J'y retrouve énormément de sujets que je porte de long terme. Donc, pas pour demain matin, mais pour le long terme. Je crois effectivement que la question de la place du baccalauréat doit être discutée au moment de la présidentielle, parce que c'est un grand sujet de société. Pourquoi est-ce qu'on a une difficulté aujourd'hui ? On a des taux de succès au baccalauréat qui sont très élevés : environ 96 % pour le baccalauréat général, un petit peu moins pour les baccalauréats technologiques et professionnels. On a beaucoup de bacheliers professionnels qui décident de faire des études supérieures, des taux de poursuite d'études post-bac extrêmement élevés, et avec des jeunes qui ne sont pas forcément suffisamment formés pour faire ces études. Et ça, ça nous amène après à des taux d'échec qui sont considérables en licence. Ce que l'on demande aujourd'hui à nos universités, c'est l'impossible : c'est de prendre des étudiants qui ont des profils extraordinairement variés et de les faire tous réussir. La vérité, c'est que ça ne marche pas. ORIANE MANCINIMais ça, est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, le bac, n'est plus un diplôme assez exigeant ? PHILIPPE BAPTISTEJe vais vous donner un exemple. Vous êtes bachelier professionnel, vous allez faire une licence. La probabilité de succès en quatre ans, c'est 4 %. 96 % d'échecs. Il faut quand même le dire. Il y a une gigantesque hypocrisie autour de ça. De ce point de vue-là, moi, je pense que le débat qui est posé par le rapport sénatorial, il est intéressant et il faut en parler. ORIANE MANCINILe bac, aujourd'hui, ce n'est plus un diplôme exigeant ? Plus un diplôme suffisamment exigeant ? PHILIPPE BAPTISTECe n'est pas ce que je veux dire. Je pense que, quelque part, le bac est probablement une condition nécessaire et suffisante aujourd'hui. ORIANE MANCINIOui, mais vous dites que derrière, il y a un taux d'échec dans les études supérieures qui est élevé. PHILIPPE BAPTISTEJe pense qu'il faut que l'on réfléchisse et peut-être qu'il faut mettre en place des années de propédeutique, des années de rattrapage post-bac pour un certain nombre de bac en tout cas, pour être sûr que les jeunes qui s'engagent dans les études supérieures aient les moyens de réussir. Parce que sinon, c'est une fausse promesse que l'on fait. C'est une hypocrisie. Donc je crois vraiment que ce sujet-là… Encore une fois, ce n'est pas une réforme qui sera mise en place dans les mois qui viennent. Mais je crois que ces questions-là, elles doivent être discutées. JULIEN LECUYERMonsieur le Ministre, vous parliez d'avoir les moyens. Il s'agit aussi des moyens financiers. Comment on doit concevoir cette mesure prônée par la commission sénatoriale qui veut multiplier par cinq les frais d'inscription à l'université ? Est-ce que ça ne donne pas l'impression qu'on va faire une sélection aussi par l'argent ? PHILIPPE BAPTISTEAlors, c'est une autre mesure. Ce que je crois profondément, c'est qu'aujourd'hui, on est dans une situation où les établissements d'enseignement supérieur sont un peu en limite de fonctionnement. C'est-à-dire qu'on voit bien les tensions budgétaires. On leur a demandé d'accueillir massivement des étudiants. Je voudrais juste rappeler un chiffre : en 2018, quand on avait lancé Parcoursup, il y avait 800 000 étudiants sur la plateforme. Aujourd'hui, il y en a plus d'un million. C'est 200 000 de plus. Ce sont des augmentations considérables qu'il faut absorber. On voit bien qu'on est en limite de fonctionnement. Il y a deux options. Soit l'État réinvestit massivement dans l'enseignement supérieur - et massivement, cela veut dire que c'est probablement plusieurs milliards d'euros qu'il faut mettre chaque année. La question peut être ouverte, c'est un débat qui doit avoir lieu. L'autre option, c'est de dire… Je crois qu'augmenter les droits pour tout le monde, je suis farouchement opposé à l'augmentation des droits d'inscription pour tout le monde. Le sujet n'est pas là. C'est de dire, en fonction de vos revenus, peut-être qu'il y a des contributions qui peuvent être supérieures à d'autres. C'est quand même une vraie question. Et je trouve que cette question mérite d'être débattue. JULIEN LECUYERCela pose la question de la réforme des bourses, qui est aussi portée dans le rapport. PHILIPPE BAPTISTEBien sûr, absolument. JULIEN LECUYERVous prônez une réforme des bourses. PHILIPPE BAPTISTEJe pense qu'il faut aussi avoir, à côté de cela, une réforme des bourses en supprimant en particulier les échelons qui sont des espèces de marches d'escalier, où l'on voit que la précarité se focalise en bas des marches de l'escalier. C'est une réforme qui coûte à peu près 400 millions d'euros par an. Il est indispensable de la faire à un moment ou à un autre. Il faut la faire. source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304662
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304662-philippe-baptiste-10092026-autonomie-ue-en-matiere-spatiale-budget-bac?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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