Interview de M. Sébastien Martin, ministre délégué, chargé de l'industrie, à RFI le 10 septembre 2026, concernant le sommet international sur l'espace, la préférence européenne, le budget pour 2027 et la diminution de l'indemnité des ministres.
Sébastien Martin (auteur), Arnaud Pontus (intervenant)
SEBASTIEN MARTINBonjour.
ARNAUD PONTUSSoyez le bienvenu sur RFI. Le sommet international sur l'espace se referme aujourd'hui à Paris. Qu'est-ce que l'industrie spatiale française peut y gagner ?
SEBASTIEN MARTIND'abord rappeler que l'industrie spatiale française est un leader. Elle est un leader européen notamment puisque sur à peu près 8 milliards d'Euros de chiffre d'affaires de l'industrie spatiale européenne, c'est un peu plus de 5 milliards qui sont faits par des industriels français, 70 000 personnes.
ARNAUD PONTUSCocorico.
SEBASTIEN MARTINCocorico, en tout cas, ne nous disons pas que nous ne sommes pas, sur ces questions-là, un pays qui compte. La France est un pays qui compte en matière spatiale et le fait que ce premier sommet ait lieu en France va aussi dire quelque chose.
ARNAUD PONTUSEst-ce qu'il faut plus de coopération industrielle au niveau européen ?
SEBASTIEN MARTINBien sûr, même s'il y en a déjà. Si je prends par exemple le domaine des satellites, c'est une coopération entre la France et l'Italie à travers THALES ALENIA SPACE. J'ai eu l'occasion de visiter à Rome l'usine. Il y en a une également à Cannes. Et je rappelle que sur les satellites, la France est le premier exportateur mondial de satellites. Et on voit bien qu'en plus, face aux géants continentaux que sont les États-Unis d'un côté, la Chine de l'autre, c'est par des coopérations européennes renforcées qu'on peut avancer plus loin.
ARNAUD PONTUSOn n'a pas trop le choix en fait. Mais on voit bien quand même des pays européens et des industries européennes qui se font concurrence.
SEBASTIEN MARTINQuand vous dites "pas trop le choix", attendez, on ne le subit pas quelque part. L'Europe, on l'a voulu. L'Europe, on l'a souhaité. Et l'Europe aujourd'hui, elle doit s'affirmer beaucoup plus comme une puissance. Elle hésite parfois à le faire. Alors qu'en réalité, 450 millions d'européens, un marché comme celui-là, des capacités technologiques comme nous les avons, c'est une puissance y compris dans des notions parfois de rapport de force avec d'autres.
ARNAUD PONTUSD'équilibre des forces géopolitiques.
SEBASTIEN MARTINExactement.
ARNAUD PONTUSPlus de coopération européenne, est-ce que ça veut dire aussi promouvoir une certaine préférence européenne quand on se tourne vers l'espace ?
SEBASTIEN MARTINVous savez que la France, depuis longtemps, porte cette idée de la préférence européenne parce que dans beaucoup de secteurs, y compris dans le spatial, il y a beaucoup de commandes publiques. Et la commande publique, je pense que nos concitoyens apprécient et apprécieraient que cette commande publique aille massivement vers des outils industriels européens, que l'argent des Européens aille vers les Européens. Et vous avez peut-être vu comme moi, mais que les fédérations d'industrie spatiale française, allemande et italienne appellent clairement à la reconnaissance de ce principe dans les commandes institutionnelles. Après les privés, ils font un peu ce qu'ils veulent entre eux, mais en tout cas dans les commandes institutionnelles, qui sont portées par les états notamment, qu'on fasse jouer ce mécanisme de préférence européenne. Parce que l'argent public des Européens doit aller vers les industriels européens.
ARNAUD PONTUSEst-ce que la préférence européenne, ça veut dire qu'on y gagne forcément de l'argent ? Parce que si quelqu'un, si un État veut lancer un satellite et se retrouve avec une concurrence étrangère non-européenne qui lui propose moins pour lancer son satellite, la bonne gestion d'une entreprise ou d'un État, c'est de choisir ce qui...
SEBASTIEN MARTINEst-ce que les autres se posent ces questions-là ? Ou est-ce qu'ils considèrent que oui, il y a des enjeux de commerce parfois. Et avec le commerce, on va peut-être toujours payer moins cher, mais qu'il y a aussi des enjeux de souveraineté. Des enjeux de souveraineté, l'accès à l'espace, c'est aussi un enjeu majeur de souveraineté.
ARNAUD PONTUSDonc il faut se faire une raison. On est prêt à payer plus cher, mais du moment que c'est européen.
SEBASTIEN MARTINJe vais vous donner un exemple. On dit qu'on est prêt à payer plus cher. On a mis en place depuis le 1er juillet des mesures de protection sur l'acier. Parce qu'en fait, on était victime d'un dumping asiatique sur l'acier. Qu'est-ce qui se passe ? Je voyais les chiffres d'ArcelorMittal. La production d'acier d'ArcelorMittal a augmenté de 11% au deuxième trimestre 2026 y compris même avant la mise en place de ces droits de douane, parce que les industriels anticipent. Les prix n'ont, pour autant, pas augmenté parce qu'il y a un effet volume. Et que quand il y a un effet volume qui est drainé par une commande locale européenne plus importante, les prix n'augmentent pas forcément. Et il y a un moment où il faut aussi savoir ce que l'on veut. Et moi je pense que les européens veulent que leur argent serve à soutenir l'industrie européenne.
ARNAUD PONTUSAlors la préférence européenne, on en parle aussi à Bruxelles, puisque la commission européenne a fait un pas de plus vers sa mise en place, si on peut dire. Hier, réforme présentée notamment par Stéphane Séjourné, le Français. Bruxelles propose de donner la possibilité aux collectivités d'exclure d'entrée de jeu les entreprises chinoises de leurs appels d'offres. Vous applaudissez ?
SEBASTIEN MARTINEn tout cas, je salue le fait qu'effectivement, Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission européenne, se batte sur ces questions de préférence européenne et sur le fait de dire que le Made in Europe doit avoir plus de valeur que le Made in China. Et que les collectivités locales, comme l'État, tous ceux qui passent de la commande publique…
ARNAUD PONTUSDes marchés publics, 2 000 milliards d'Euros par an.
SEBASTIEN MARTIN…puissent dans leurs appels d'offres, tout en restant dans le cadre de la loi - et cette loi appartient aussi à un cadre européen que nous avons défini tous ensemble - puissent donner plus de valeur à ce qu'on appelle, vous savez quand vous avez un appel d'offres, vous avez d'un côté une note technique et de l'autre une note économique. En gros, d'un côté le prix et de l'autre ce qu'il y a à l'intérieur de l'offre. Ce que propose Stéphane Séjourné, c'est de mieux valoriser la note technique.
ARNAUD PONTUSOn regarde un peu moins le prix, on s'inquiète moins du prix, c'est ce qu'on disait à l'instant.
SEBASTIEN MARTINOn regarde peut-être un peu moins le prix. Vous savez des fois, quand on ne paye pas cher aujourd'hui, on le paye très cher beaucoup plus tard. C'est ce que j'ai remarqué. J'ai été 11 ans élu local à la tête de mon agglomération à Châlons-sur-Saône. Et je vois bien que des fois, on peut être attiré par quelque chose qui coûte 20% moins cher. Mais en général, il y a une mauvaise surprise qui peut se retrouver quelques mois plus tard.
ARNAUD PONTUSMais est-ce que la préférence européenne, c'est vraiment le meilleur moyen de protéger les industries européennes aujourd'hui ? Est-ce qu'il y a d'autres moyens ? Est-ce que c'est la seule carte qu'on a à abattre ?
SEBASTIEN MARTINEn tout cas, c'est un levier. C'est un levier très important, très intéressant.
ARNAUD PONTUSC'est un aveu de faiblesse quand même un peu. Non ?
SEBASTIEN MARTINPas du tout. D'abord parce que les autres grandes puissances, excusez-moi, le font. Donc s'ils sont faibles, il faut me prévenir. Bon, premier élément. Il n'y a pas de raison que ce que font les Chinois, ce que font les Américains, ce que font les Canadiens... J'ai vu que la Grande-Bretagne, qui a quitté le marché commun et qui aujourd'hui aimerait bien beaucoup y revenir de diverses manières, le Premier ministre britannique a annoncé qu'il voulait un " Buy Great Britain ". Donc il y a quand même aujourd'hui une logique…
ARNAUD PONTUSDonc c'est la tendance. C'est la tendance mondiale.
SEBASTIEN MARTINEt dans des relations internationales qui ont été complètement bouleversées, avec des Présidents qui aujourd'hui promettent des primes au vote et qui ont bouleversé le monde, on voit bien qu'il y a la nécessité de se lancer en puissance, d'assurer sa souveraineté et que l'argent public doit aller dans cette direction-là.
ARNAUD PONTUSSébastien Martin, il nous reste à peine deux petites minutes pour évoquer le budget. C'est le gros dossier pour le Gouvernement français, plus que trois semaines pour le boucler. Est-ce que c'est vrai d'abord, ce qu'on lit dans la presse, que le Premier ministre est sur les nerfs, les nerfs à vif, qu'il en veut aux siens, qu'il est agacé ? Des fuites dans la presse, notamment.
SEBASTIEN MARTINExcusez-moi, mais je pense que le Premier ministre, il a raison de, des fois, affirmer qu'il faut mettre un peu d'ordre dans tout ça. Je ne vais pas sur les plateaux télé pour commenter ce que je ne sais pas ou les arbitrages qui n'ont pas été pris. Et à partir de là, par ailleurs, lorsque l'on sert l'administration aussi, ou lorsque l'on est dans un… - je ne sais pas si c'est un cabinet ou quelque chose - on n'est pas là pour faire fuiter à la presse des choses.
ARNAUD PONTUSIl n'a pas supporté de lire l'indic, l'exécutif envisageait de taxer l'épargne salariale.
SEBASTIEN MARTINMais il a raison. Et comme disait Chirac, un chef c'est fait pour cheffer, et il a cheffé, et il a raison.
ARNAUD PONTUSD'accord, vous êtes du côté du Premier ministre, je ne suis pas très surpris à vrai dire. Mais une diminution de l'indemnité des ministres serait à l'étude dans le cadre du budget, vous confirmez ?
SEBASTIEN MARTINEn tout cas, j'ai lu dans la presse que certains avaient fait fuiter que c'est moi qui avais mis l'idée lors du séminaire gouvernemental. Oui, j'en ai parlé lors du séminaire gouvernemental. Je ne sais pas si cette idée que j'ai mise sur la table lors du séminaire gouvernemental était déjà dans l'esprit de Sébastien Lecornu ou pas. Oui, je suis pour, parce que nos concitoyens, vous savez, tout le monde considère que la situation est difficile, qu'il faut peut-être faire quelques efforts. Eh bien, y compris les ministres, doivent faire la démonstration qu'ils font des efforts.
ARNAUD PONTUSVous gagnez combien monsieur le ministre ? A combien est-ce que vous estimez la part que vous seriez prête à laisser au nom de l'effort commun ?
SEBASTIEN MARTINC'est en ligne, les ministres gagnent 10 000 Euros brut. Après, le net, il dépend de beaucoup d'éléments.
ARNAUD PONTUSEt quelques avantages par ailleurs. Vous êtes prêt à baisser de combien ?
SEBASTIEN MARTINC'est le Premier ministre qui décidera, et le choix que ça ferait par le Premier ministre sera le bon choix. Et quel que soit l'effort que nous aurons à faire, nous les ministres, je pense que c'est essentiel. Et en tout cas que cet effort, il doit aller vers un objectif qui est la réduction de nos déficits.
ARNAUD PONTUSBon, il y aura bien d'autres mesures, bien évidemment.
SEBASTIEN MARTINBien sûr, y compris pour les entreprises.
source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304668
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