Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à RMC Info le 9 septembre 2026, sur le racisme et la transparence salariale.
Aurore Bergé (auteur), Apolline de Malherbe (intervenant)
APOLLINE DE MALHERBEBonjour Aurore Bergé.
AURORE BERGÉBonjour.
APOLLINE DE MALHERBEMerci d'être dans ce studio. Vous êtes la ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. J'ai de nombreuses questions que je vais vous poser dans un instant. Mais l'on a appris cette nuit ces propos, ces mots enregistrés sur la radio et la caméra de ce policier municipal. J'attends évidemment votre réaction dans un instant. Il est 7h39.
(…)
APOLLINE DE MALHERBEIl est 7h42 et vous êtes bien sur RMC et RMC Story. On va bientôt savoir combien gagne notre voisin de bureau. Bonjour Aurore Bergé.
AURORE BERGÉBonjour.
APOLLINE DE MALHERBEVous êtes la ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Vous présentez demain au Conseil des ministres la loi sur la transparence salariale et je vous interroge dans un instant. Mais je voudrais d'abord, je voudrais d'abord que vous écoutiez ces mots qui ont été enregistrés sur la caméra d'un policier municipal, écoutez.
ENREGISTREMENT D'UN POLICIER MUNICIPALJe suis passé par un gamin ou quelqu'un qui a percuté le pare-boue. C'est peut-être un migrant, un petit Kirikou.
POLICIER MUNICIPALKirikou dans la savane, il est persécuté, il est venu en France et il a été percuté par un véhicule. Merde alors !
POLICIER MUNICIPALTout à l'heure, on était sur Carnot. Du bicot, du nègre, du nègre, du bicot. Ça, c'est la France de l'Afghan, beaucoup d'Afghans. Bon, le père, c'est le père à la base, c'est lui qui bande et qu'a les muscles. Cro-Magnon, ça marchait comme ça.
APOLLINE DE MALHERBENègre, bougnoule, connasse. Voilà certains des propos, outre ce que vous venez d'entendre, prononcés par un policier municipal de Carcassonne, membre par ailleurs du service d'ordre du Rassemblement national, enregistré à son insu par sa propre caméra-piéton. C'est une vidéo de cinq minutes qui a été diffusée par nos confrères de L'Indépendant. Votre réaction ?
AURORE BERGÉCe sont des propos qui sont absolument inacceptables. Il n'y a aucune liberté d'expression quand on parle de racisme. C'est un délit. Une enquête judiciaire va pouvoir être ouverte. J'espère qu'il sera immédiatement suspendu par la mairie de Carcassonne de ses fonctions, immédiatement exclu du Rassemblement national, s'il est confirmé qu'il en était membre. Mais au-delà du cas personnel et insupportable, parce qu'en plus c'est quelqu'un qui a des fonctions particulières : quand on est policier municipal, on est là pour faire aussi respecter l'ordre public et faire respecter la loi.
APOLLINE DE MALHERBEIl prononce ces propos alors même qu'il est en fonction.
AURORE BERGÉMais on voit que, dans notre pays, et malheureusement j'ai eu à réagir un certain nombre de fois cet été, on a une libération de la parole raciste, on a une explosion des actes antisémites, et qu'il faut rappeler, puisque vraisemblablement ça n'est pas une évidence pour tout le monde, que ça ne relève jamais de la liberté d'expression, que ce sont des délits. Et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, j'ai souhaité, et on examinera le projet de loi que j'ai présenté en juillet dans les prochaines semaines, aggraver aussi les sanctions, parce qu'on se retrouve dans cette atmosphère aujourd'hui qui devient irrespirable pour beaucoup de Français, qui en viennent à penser que, finalement, est-ce qu'ils ont encore une place dans leur pays, dans notre pays, en France si en permanence on les ramène à une part d'eux-mêmes, à leur origine, à leur couleur de peau, à leur identité, à leur religion ? Et cette atmosphère, elle est engendrée aussi par le climat politique. On est en précampagne ou en campagne présidentielle, je ne sais pas comment il faut le dire. Il ne faudrait pas que cette campagne présidentielle devienne…
APOLLINE DE MALHERBEEst-ce que ça veut dire qu'à vos yeux, les partis différents, là, en l'occurrence, c'est quelqu'un qui est, semble-t-il, d'après nos confrères de L'Indépendant, proche, voire même engagé au sein du Rassemblement national. Est-ce qu'aujourd'hui vous estimez que la campagne présidentielle crispe sur ces identités, sur la question de l'origine des uns et des autres ?
AURORE BERGÉEn tout cas, on l'a déjà vu à l'œuvre en 2024, c'est-à-dire post-dissolutions, élections législatives. Et on a vu le niveau d'angoisse que ça faisait naître chez beaucoup de Français. Et on a vu un certain nombre de candidats du Rassemblement national qui ont dû être, au dernier moment, désinvestis parce que des propos antisémites ici, des propos homophobes là, des propos racistes, ça n'est jamais anodin. Donc, soit c'est de l'incompétence parce qu'on ne sait pas qui on investit et qui on choisit, soit c'est un choix délibéré parce qu'il y a une histoire avec laquelle ce parti a grandi et vraisemblablement avec laquelle il n'a toujours pas rompu.
APOLLINE DE MALHERBEAurore Bergé, vous êtes prête à baisser votre salaire ?
AURORE BERGÉAlors, si la question, c'est la transparence salariale…
APOLLINE DE MALHERBEC'est à la fois, la transparence salariale mais c'est aussi parce que le Premier ministre réfléchit, semble-t-il, à une baisse des indemnités des membres du Gouvernement et de leurs collaborateurs dans le cadre de la recherche de sous pour le budget.
AURORE BERGÉÉcoutez, s'il y a un arbitrage qui est pris, on s'y conformera évidemment toutes et tous. Ce qui compte, en effet, c'est qu'on puisse présenter un budget et qu'on ait surtout un budget pour le pays, évidemment. Et je crois qu'il y a des efforts qui sauront être partagés. Et le premier des efforts qui sera fait par l’État, de toute façon, sur la question des économies budgétaires.
APOLLINE DE MALHERBELa transparence salariale, c'est une directive européenne que vous allez transposer en France et transposer, même sur-transposer, comme on dit, c'est-à-dire avec davantage de zèle. Il faudra connaître désormais le salaire moyen de tous les collègues, une entreprise devra le donner. Pourquoi aller si loin et en même temps avoir quand même attendu jusqu'à présent ?
AURORE BERGÉAlors, il n'y a pas un excès de zèle. Encore une fois, je pense qu'on ne doit pas avoir peur de la transparence. Ce dont on devrait avoir peur, c'est l'arbitraire. C'est l'arbitraire qui crée, à un moment, le doute, les suspicions. Et aujourd'hui, il se passe quoi ? Il se passe qu'on a 14% d'écart entre les revenus des hommes et les revenus des femmes quand on est sur la même durée du temps de travail. Mais on n'est pas sur du poste égal. Mais ça, c'est une moyenne et on est sur 3,6% d'écart, là, quand on compare vraiment à poste égal, travail égal. Et donc on a ces 3,6% d'écart inexpliqués. Et ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire moins de pouvoir d'achat immédiatement, ça veut dire moins de constitution de patrimoine tout au long de la vie, ça veut dire moins de droits à la retraite aussi en fin de carrière. Donc, l'objectif de cette directive, c'est de garantir, encore une fois, qu'il y ait plus de transparence, qu'il y ait plus d'équité, qu'il y ait plus d'égalité. On n'est pas là pour fliquer, on n'est pas là pour le soupçon. Vous ne saurez pas combien votre voisin de bureau est rémunéré normalement, il y aura une moyenne sur des postes équivalents.
EMMANUEL LECHYPREIl y a deux points sur l'efficacité de cette loi. Un, alors, le paradoxe, c'est qu'on surtranspose, mais que de l'autre côté, il n'y a pas de sanction finalement pour les entreprises qui ne respectent pas vraiment.
AURORE BERGÉAlors, s'il y a des sanctions seront mises en place.
EMMANUEL LECHYPREAlors ça, c'est si vous ne communiquez pas du tout les chiffres, mais globalement, il n'y a pas beaucoup de sanctions. Et puis deux, est-ce que le problème, ce n'est pas celui des trajectoires de carrière pour les femmes qui est handicapant plutôt que celui vraiment du salaire ?
AURORE BERGÉIl y a plusieurs sujets, à temps partiel, aujourd'hui, le travail à temps partiel, c'est majoritairement des femmes, c'est plus de 75% de femmes qui sont concernées. Ça, c'est le premier point. Deuxième point, c'est les filières, c'est-à-dire elles vont dans des filières qui aujourd'hui sont moins rémunératrices et qui pourtant sont absolument essentielles et vitales pour l'avenir du pays, les filières du soin et du lien notamment. Donc c'est un enjeu aussi de mixité. C'est la question de la parentalité. Pourquoi je me suis beaucoup battue sur les congés parentaux, sur la création d'un congé de naissance. Parce qu'aujourd'hui, en fait, quand on devient mère, on est pénalisé dans sa carrière. Quand on devient père, on est valorisé dans sa carrière. Et ça, ce n'est pas une vue de l'esprit. Ça, c'est ce que nous disent les chiffres de manière très concrète, avec une baisse de rémunération, des coupures aussi dans la carrière. Et, encore une fois, on a beaucoup parlé de la question des retraites, mais les retraites, ce n'est jamais que le reflet de la carrière que vous avez eue ou non. Donc, il n'y a pas de transposition, on ne fait pas plus. Par contre, ce qu'on a dit, c'est qu'on ferait pas moins que ce qui existait déjà dans le droit français. On avait un index égalité professionnelle, année après année, ça a permis d'augmenter justement les rémunérations des femmes et de réduire l'écart entre les rémunérations des femmes et les rémunérations des hommes. Et donc, évidemment, on veut continuer sur cette trajectoire.
APOLLINE DE MALHERBEJ'ai une dernière question. La Tour Eiffel, des femmes mises à l'écart, cachées derrière des piliers ou dans des salles à l'écart lors d'une visite de religieux hindous ? Est-ce qu'il faudra des sanctions ? Est-ce que l'enquête suffit ?
AURORE BERGÉAlors, je pense qu'il faut évidemment des sanctions et je pense surtout que l'argent n'achète pas tout et que vouloir privatiser la Tour Eiffel, ça peut être possible parce que c'est très lucratif, mais ça ne devrait pas, en effet, acheter la possibilité de choisir celles et ceux…
APOLLINE DE MALHERBEJe vous demande pardon mais, semble-t-il, la Tour Eiffel n'avait même pas été privatisée. C'est-à-dire que c'est une visite privée, au sens où ça a été juste avant l'horaire d'ouverture. Mais d'après les informations qu'on a eues hier…
AURORE BERGÉEt après, ils ont eu un espacé qui a été réservé, à conditionner le fait qu'ils ne souhaitaient pas être accueillis par des femmes.
APOLLINE DE MALHERBESi on parle d'argent, en l'occurrence, ils ont investi par ailleurs une vingtaine de millions d'euros pour monter un temple hindou en région parisienne. Dans ce cadre-là, ils ont été accompagnés par une délégation avec, y compris, la présidente de la région Île-de-France. Mais ils n'avaient pas privatisé, ils n'avaient pas payé pour la Tour Eiffel.
AURORE BERGÉQuand bien même, c'est-à-dire que, de toute façon, l'argent n'achète pas tout et certainement pas le droit d'effacer les femmes. Et dans notre pays, personne n'a le droit d'effacer les femmes de l'espace public. Et c'est une vraie préoccupation qui existe d'ailleurs en France, dans beaucoup trop d'endroits, de se dire que les femmes pourraient être soustraites de l'espace public. Et, en l'occurrence, c'est vraisemblablement ce qui s'est passé, c'est ce que des salariés de la Tour Eiffel ont dénoncé. Il y a des enquêtes qui vont être mises en place, à la fois des enquêtes internes, et j'espère qu'il y aura des sanctions exemplaires qui en seront tirées.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304645
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