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21 septembre 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Mathieu Lefèvre, ministre délégué, chargé de la transition écologique, à France Info le 21 septembre 2026, sur le prix du carburant et le budget 2027 en matière d'environnement.

Mathieu Lefèvre (auteur), Alix Bouilhaguet (intervenant)

MATHIEU LEFEVREBonjour. ALIX BOUILHAGUETLe prix du carburant ne cesse de monter. Grosso modo, aujourd'hui, c'est 2,41 euros - 2,42 euros en moyenne. On le sait, Sébastien Lecornu va réunir notamment les ministres concernés. Dans la journée, vous ferez partie de cette réunion. Est-ce qu'il va y avoir de nouvelles annonces ? Est-ce qu'il faut faire plus pour ceux qui en ont besoin ? MATHIEU LEFEVRED'abord, comme depuis le début de cette crise, le Premier ministre fait montre de responsabilité et de célérité dans la réponse. On va d'abord redire que c'est une crise qui est une crise importée, qui est issue des désordres du monde et à laquelle il faut être en capacité de répondre, notamment pour les Français les plus modestes, les travailleurs les plus modestes. C'est la raison pour laquelle nous avons mis en oeuvre des aides, à la fois sectorielles pour les secteurs économiques les plus exposés, et pour les Français qui roulent le plus pour se rendre au travail. ALIX BOUILHAGUETEst-ce que ces aides, elles vont évoluer ? Est-ce que… Elles sont, aujourd'hui, de cent euros par bénéficiaire, est-ce que cela peut être plus ? MATHIEU LEFEVREC'est l'objet de la réunion de cet après-midi. En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que ces aides devront notamment être finançables, ciblées et évidemment temporaires. Finançables comme ça l'a été pour l'ensemble des aides que nous avons mises en place depuis le début de cette crise au printemps. Ciblées et temporaires, pour répondre à une logique d'efficacité et également de justice sociale. ALIX BOUILHAGUETCe que vous nous dites ce matin, c'est qu'il n'y aura pas de bouclier énergétique comme la France a pu en avoir un à une certaine époque. MATHIEU LEFEVRECe que je dis, c'est que les dépenses inconsidérées du type baisse généralisée de la fiscalité, ce seraient des chèques en bois qui se traduiraient demain par des augmentations d'impôts massives pour tous les Français. ALIX BOUILHAGUETNos voisins, les Allemands, viennent de baisser les taxes. MATHIEU LEFEVREOui, on a fait ça entre 2022 et 2024, sur l'ensemble de la crise énergétique, ça a coûté 70 milliards d'euros au pays. C'est absolument hors de portée aujourd'hui, au moment où notre pays emprunte à des taux élevés. Mais surtout, ça ne répond pas à une logique d'équité, à une logique d'efficacité économique. Il y a à la fois cette réponse d'urgence et puis, il faut le dire, la nécessité d'adopter une posture politique qui nous permette de faire face à ces crises dans la durée. Et ça, c'est tout le travail que mène le Premier ministre sur le plan d'électrification des usages, pour être moins dépendants à l'avenir de l'envolée des prix des hydrocarbures. Je rappelle que chaque année, nous importons 64 milliards d'euros d'hydrocarbures. ALIX BOUILHAGUETJ'entends, juste encore un mot sur cette prime : cent euros versée une fois pour toutes pour les automobilistes les plus précaires. Beaucoup disent que d'une part, ce n'est pas suffisant – donc est-ce que ça va quand même un peu augmenter ? – et la moitié des bénéficiaires ne vont pas souhaiter la toucher cette année, n'ont pas fait les démarches. Est-ce que ce n'est pas aussi une usine à gaz ? MATHIEU LEFEVREIl y a malgré tout 1,5 million de nos compatriotes… ALIX BOUILHAGUETOui mais c'est sur les trois millions qui pourraient être touchés… MATHIEU LEFEVRE…Trois millions et demi de nos compatriotes qui en bénéficient, pour une aide qui est équivalente à vingt centimes par litre de carburant. Il y aura une nouvelle réunion cet après-midi, mais le Premier ministre a toujours montré que sa réponse était évolutive et qu'elle prenait en considération l'évolution de la situation, et qu'elle ne laissait aucun Français de côté, singulièrement les Français vulnérables qui travaillent et qui sont dépendants de leur véhicule pour aller travailler. ALIX BOUILHAGUETVous redoutez un large mouvement social ? Il y a déjà une manifestation qui est prévue sur le pouvoir d'achat le 29 septembre. Il y a aussi cette mobilisation un peu issue des Gilets jaunes le 17 octobre. Est-ce que vous pensez que la France craque ? Vous envisagez ces scénarios ? MATHIEU LEFEVREJe ne prédis pas le climat social. Je dis simplement que nous faisons face à une crise importée, issue des désordres du monde, et qui montre certaines de nos vulnérabilités, notre dépendance aux hydrocarbures. Encore une fois, plus de soixante milliards d'euros importés chaque année, ce qui, je crois, accroît la nécessité de pouvoir nous rendre moins dépendants de ces hydrocarbures. C'est à la fois la relance du nucléaire, le développement des énergies renouvelables et le plan d'électrification des usages. ALIX BOUILHAGUETJustement, vous êtes ministre de la Transition écologique. Finalement, un diesel à trois euros, cela peut avoir du bon. Alors, c'est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d'achat, mais c'est quand même une bonne nouvelle pour le climat. MATHIEU LEFEVREOui, mais nous, on n'est pas là pour culpabiliser les Français. Il y a des Français qui dépendent de leur véhicule pour aller travailler. Il ne s'agit pas de les culpabiliser, de leur faire la leçon ou de leur faire la morale. Il s'agit à la fois d'avoir des aides d'urgence, parce que c'est très difficile dans le contexte social, et de prévoir l'avenir. Mais cet été… ALIX BOUILHAGUETJ'entends ce que vous dites, mais quand même, quand vous regardez les chiffres, baisse de la consommation de carburant, baisse des ventes de voitures thermiques, hausse des ventes de voitures électriques. C'est du jamais-vu. La bascule est en marche et on a le souci. Personne n'est là pour se réjouir, pas même vous à la tête de votre ministère de la Transition écologique. MATHIEU LEFEVREMoi, je m'en réjouis. Mais je ne crois pas à l'écologie qui culpabilise. Je me réjouis que cet été, quatre véhicules sur dix étaient électriques. D'ailleurs, on a mis une politique publique derrière cela avec, à la fois, des bonus et le leasing social, qui est la grande promesse d'écologie sociale du président de la République. Je crois qu'il ne faut pas faire la leçon aux Français. Il faut leur donner les moyens de pouvoir avoir la transition juste dans la durée. Mais évidemment, dans la période, il faut pouvoir continuer à les aider. ALIX BOUILHAGUETIl y a cinquante milliards d'économies prévues dans le prochain budget. Vous le qualifiez comment ? Est-ce que c'est pour vous un budget d'austérité ? MATHIEU LEFEVREC'est un budget de sérieux que présente le Premier ministre, qui fait un choix très fort. D'abord, réduire les déficits publics. Ce n'est pas le cas de toutes les formations politiques. Ensuite, de ne pas augmenter les impôts. Quand on fait ces deux hypothèses-là, il faut mécaniquement réduire les dépenses. Dans un pays qui dépense dix points de PIB de plus que ses voisins, c'est la voie qu'il faut emprunter. ALIX BOUILHAGUETCe sont les retraités qui vont payer la facture : six milliards de plus ? MATHIEU LEFEVREIl ne faut pas stigmatiser une catégorie de la population. C'est un projet de budget exigeant qui, encore une fois, n'augmente pas les impôts des Français, qui épargne les Français qui travaillent. Je rappelle que les crédits dédiés à l'apprentissage seront préservés. Le barème de l'impôt sur le revenu ne sera pas gelé. Et puis c'est aussi un budget qui fait des choix, pas un budget de coupes aveugles. Je peux le dire en connaissance de cause, puisque les crédits du ministère de la Transition écologique vont augmenter, mais c'est un budget sérieux. ALIX BOUILHAGUETC'est ça, votre ministère a donc été épargné, mais le Gouvernement envisagerait néanmoins des coupes dans des établissements publics sous le contrôle de votre ministère : agences de l'eau, parcs nationaux, Office français de la biodiversité ou encore l'ADEME, l'Agence de la transition écologique, qui pourrait perdre 300 millions d'euros, soit plus de 30% de son budget. Est-ce que vous nous confirmez ces informations ? MATHIEU LEFEVRELe projet de budget sera présenté définitivement au 1er octobre prochain. Ce que je peux vous dire, c'est que le ministère de l'Écologie va progresser de plus d'un milliard d'euros l'an prochain, avec notamment l'augmentation du Fonds vert, qui est un outil d'adaptation au dérèglement climatique. ALIX BOUILHAGUETIl avait subi une cure d'amaigrissement l'année dernière. MATHIEU LEFEVREIl a été mis en place par Elisabeth Borne et Emmanuel Macron en 2022. Il n'existait pas auparavant, ce qui va nous permettre de rénover plus de bâtiments publics, plus d'écoles. Cent millions d'euros dans le budget seront dédiés à l'adaptation des forêts au dérèglement climatique. C'est tout à fait inédit et ce n'est pas un point de départ. Le budget de l'écologie aura doublé grâce à Emmanuel Macron entre 2016 et 2026. ALIX BOUILHAGUETSauf que pour boucler 2026, le Gouvernement a annoncé l'annulation de 500 millions d'euros de crédits, ciblant notamment les programmes consacrés à l'écologie, au service public de l'énergie pour financer le plan d'urgence pour l'agriculture. Donc, ça veut dire quoi ? Qu'entre l'agriculture et l'écologie, il faut choisir ? MATHIEU LEFEVRECela veut dire d'abord qu'il y avait une urgence agricole. Des agriculteurs qui ont perdu la moitié, voire la totalité de leurs récoltes. Et donc le Premier ministre a fait montre de responsabilité pour aider cette catégorie d'acteurs qui subissent le dérèglement climatique. Et comme le Gouvernement est un Gouvernement responsable, ce qu'il dépense en cours d'année, il le finance, il le finance par la solidarité interministérielle. Et ça montre, encore une fois, que l'État prend toute sa part dans cet effort de sérieux, puisque au cas d'espèce, c'est l'État qui a pris sa part. ALIX BOUILHAGUETUn mot aussi de votre ministre de tutelle, Monique Barbut. Elle va remettre à la fin du mois ses propositions pour accélérer l'adaptation de la France au changement climatique. Alors il y a des pistes, et notamment une qui concerne le livret A, qui pourrait être relevé de 23 000 euros à 38 000 euros pour dégager des financements pour l'adaptation. Est-ce que c'est une piste sérieuse ? MATHIEU LEFEVREC'est une option qu'a présentée la ministre Monique Barbut. En tout état de cause, l'adaptation au dérèglement climatique ce ne peut pas être uniquement l'affaire de l'État, c'est aussi l'affaire des entreprises, des collectivités territoriales. Et ça n'est pas uniquement budgétaire. L'adaptation au dérèglement climatique, ce sont aussi les horaires des écoles, les horaires des chantiers, les normes dans la construction, la capacité de réutiliser l'eau. C'est un plan très ambitieux que va présenter la Ministre. Ou plutôt, ce n'est pas un énième plan, mais l'accélération de mesures indispensables liées au dérèglement climatique. ALIX BOUILHAGUETMais vous nous dites que ce relèvement du livret A, c'est quelque chose qui pourra être efficient à partir de la fin du mois ? MATHIEU LEFEVREC'est une option, comme l'a indiqué la Ministre. source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304683
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304683-mathieu-lefevre-21092026-france-info-energie?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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