Déclaration de Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants, concernant le Débarquement de Provence en août 1944, sur la plage du Dramont (Var) le 15 août 2026.
Alice Rufo (auteur)
Monsieur le préfet, Madame la sénatrice,Monsieur le vice-président du Conseil départemental représentant monsieur le président du Conseil départemental du Var,Madame la conseillère régionale, Monsieur le maire de Saint-Raphaël,Monsieur le consul général des États-Unis, merci à tous les deux pour vos mots, Mesdames et messieurs les élus,Monsieur le directeur départemental d'incendie et de secours du Var,Monsieur le directeur départemental de l'Office national des combattants et des victimes de guerre,Officiers, sous-officiers, militaires du rang, Mesdames et messieurs les représentants du monde combattant, Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,Chers habitants,Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités.
Dans le mouvement des vagues et dans le silence de cette plage, dans les pierres de l'Estérel, demeure l'écho d'un matin. Celui d'un matin d'août 1944.
Il y a 82 ans, jour pour jour, cette mer était traversée par des hommes venus de loin pour rendre à la France ce qu'elle avait de plus précieux : sa liberté.
Ici, au Dramont, sur cette plage de galets, c'est l'histoire, l'histoire de la France qui s'est écrite.
Le 15 août 1944, l'opération Drageon ouvrait un second front sur les côtes de Provence.
De Saint-Raphaël à Cavalaire, les forces alliées s'engageaient dans une opération militaire considérable. Dans la nuit, des parachutistes étaient largués dans l'arrière-pays. Sur les côtes, des milliers d'hommes prenaient pied sur les plages. Au total, ce sont près de 350 000 soldats alliés qui participeraient à la campagne de Provence. 230 000 sont des Français, 120 000 viennent d'ailleurs, pour libérer un pays qui n'est pas le leur.
Une unité tient ici une place toute particulière dans notre mémoire.
Cette unité, c'est la 36e division d'infanterie américaine.
La " Texas Division ".
Sur leurs uniformes, un T blanc sur fond bleu rappelait les origines de ces hommes venus du Texas et de l'Oklahoma, ces hommes qui avaient fait leurs armes en 1943 lors de la campagne d'Italie et s'étaient distingués par leur discipline et leur efficacité.
Au petit matin du 15 août, ils n'étaient plus seulement des Texans, jeunes gens venus de San Antonio, d'Austin ou de Dallas.
Au sortir du bateau, ils étaient devenus ce qu'ils seront pour toujours, des soldats de la liberté.
Ils avaient devant eux une terre qui leur était inconnue. Une langue qu'ils ne parlaient pas.
Des familles étrangères.
Pourtant, ces engagés du Nouveau Monde venaient se battre pour que ces familles puissent à nouveau vivre libres.
Derrière le cap Estérel, l'inconnu, mais ils avancent courageusement.
Ici, comme en Normandie quelques semaines plus tôt, rien n'est écrit d'avance.
Le débarquement de Provence avait été minutieusement préparé. Mais partout où elle gronde, la guerre impose ses imprévus.
À Saint-Raphaël, les défenses allemandes ont résisté.
Il faut trouver un passage, une porte.
Et ce passage, ce fut le Dramont.
Une plage qui n'était pas destinée, à l'origine, à devenir l'un des grands symboles de la Libération.
Une plage qui devait son existence à la pierre bleue de l'Estérel, reste un symbole pour toute la France, un symbole pour toujours.
C'est cette singularité, la sienne qui allait sceller son destin militaire et notre destin militaire.
Parce que cette plage n'était pas minée comme d'autres du même littoral, elle devint un point d'appui essentiel pour les forces américaines. Elle devient la brèche essentielle par laquelle la France allait redevenir libre.
Le matin du 15 août, les hommes de la 36e division, ceux de la « Ti-Patch Division » débarquent.
Après les galets du Texas et de l'Oklahoma la mer charrie tout le long jour, jusqu'à la nuit et les jours suivants.
Les soldats des 141e, 142e et 143e régiments.
Les véhicules, plus de 10 000 passeront par cette plage et avec eux, Les canons,Les jeeps, Les blindés,
Fourmilière d'hommes et d'acier, la plage se fait quai de débarquement pour les hommes de la liberté.
Une liberté qui gronde, une liberté qui crie et sue sous le soleil cuisant. Une liberté qui se paie au prix fort, aussi.
À 20 h 43, les bombardiers allemands attaquent la zone. Le Landing Ship, Tank LST 282 est touché.
Le navire est détruit, 49 soldats tombent pour toujours.
A quelques kilomètres d'ici, à Théoule-sur-Mer, les marins du Groupe naval d'assaut de Corse connaissent eux aussi le sacrifice suprême, alors qu'ils ont été débarqués sur un terrain miné.
Nous sommes réunis ici, en ces lieux, pour nous souvenir de tous ceux dont les noms sont gravés.
Et de ceux dont les noms se sont effacés. Souvenons-nous de ceux qui sont morts ici.
Souvenons-nous aussi de ceux qui n'ont fait que passer et ont continué le combat. Parce que le débarquement était le commencement d'une marche, d'une campagne.
Vers Saint-Raphaël libérée le soir-même, Vers Fréjus, libérée le 17,Vers Toulon libérée le 28, Vers Marseille libérée le 29, Puis vers la vallée du Rhône. Vers le Nord et l'Est.Vers Strasbourg.Jusqu'au Rhin.
Jusqu'à la victoire. Une belle victoire, une grande victoire pour la liberté. Parce que la victoire, quand elle est symbole d'unité, de réveil des peuples et de recherche de la liberté, est belle.
Et cette marche fut aussi française.
L'armée B du général de Lattre de Tassigny, bientôt appelée 1ère Armée française, rassemblait des soldats venus des colonies, de métropole, d'Afrique du Nord, des résistants réintégrés dans l'armée régulière. Ils ont combattu côte à côte avec leurs alliés américains, unis par un même idéal et guidés par une même volonté : libérer la France, écraser le nazisme et restaurer la démocratie.
Cette mémoire nous oblige. Elle nous oblige à ne pas oublier que la liberté a un prix et qu'elle demande un courage renouvelé. Elle nous rappelle aussi que l'amitié entre les nations se forge dans les heures les plus sombres et qu'elle exige d'être entretenue avec fidélité.
Aujourd'hui, alors que les témoins directs s'éteignent peu à peu, il nous appartient de reprendre le flambeau. Il nous appartient de faire en sorte que leur sacrifice ne sombre pas dans l'oubli.
Car se souvenir, ce n'est pas seulement regarder vers le passé avec nostalgie ou recueillement ; se souvenir, c'est porter haut les valeurs pour lesquelles ces hommes ont donné leur vie.
C'est pourquoi nous devons continuer de transmettre leur histoire aux plus jeunes générations, pour qu'elles mesurent la chance de vivre dans un pays libre et démocratique, mais aussi la responsabilité qui leur incombe de protéger cette paix si chèrement acquise.
En ce jour de commémoration, nous nous inclinons devant la mémoire des combattants du 15 août 1944.
Nous rendons hommage à leur bravoure, à leur abnégation et à leur amour de la liberté. Leur héritage demeure vivant au cœur de notre Nation.
L'histoire ne s'efface pas quand passent les générations, mais elle devient plus fragile, plus précieuse.
Regardons cette plage, regardons cette mer, regardons... souvenons-nous de ces hommes qui ont débarqué ici il y a 82 ans sans savoir s'ils reverraient leur propre terre. Nous savons ce qu'ils nous ont permis.
Nous savons qu'ils ont ouvert la voie à la libération de la Provence, à la libération de la France.
Nous savons que leurs frères d'armes français ont combattu jusqu'au cœur de l'Allemagne.
Nous savons que leurs sacrifices ont permis à notre pays de retrouver sa souveraineté et sa dignité.
Alors, en ce 15 août 2026, nous ne célébrons pas seulement une victoire militaire, nous célébrons la fraternité entre les peuples libres, des peuples qui, dans l'épreuve, ont décidé de combattre ensemble.
Nous célébrons une certaine idée de la France, une France libre, une France debout, une France qui n'oublie pas ceux qui sont venus mourir pour elle, et nous célébrons une promesse : celle de ne jamais laisser disparaître la mémoire de ceux qui ont donné leur jeunesse, et parfois leur vie, pour que nous puissions vivre libres.
Aux anciens combattants, à leurs familles, aux nations alliées, aux résistants, à tous ceux qui ont contribué à la libération de notre pays, nous disons aujourd'hui avec une immense gratitude : nous nous souvenons.
Nous n'oublions pas, et nous transmettrons vos noms et votre histoire. Parce qu'à l'heure où la guerre est revenue sur notre continent, à l'heure où vous l'avez très bien dit, Monsieur le Maire, le ferment de la division, le ferment des petites choses qui peuvent nous diviser est peut-être plus fort que le reste, ce serait se mentir à nous-mêmes que de ne pas sentir ce soir qu'il y a une forme d'unité et quelque chose qui nous dépasse.
Quelque chose que nous devons tous chérir, quelles que soient nos origines, d'où que nous venions.
Quelque chose dont nous devons prendre soin.
Etje vous remercie, Monsieur le Maire, de le faire, ainsi que tous les élus de la République qui sont autour de nous, ainsi que tous les enseignants qui accompagnent nos élèves, ainsi que nos militaires, ainsi que nos associations militaires et patriotiques, et en fait, tout simplement, vous tous. Parce qu'en étant là ce soir, vous êtes dignes de ce que nous devons à ceux qui nous ont libérés, et vous êtes dignes des enjeux qui sont ceux de notre pays et qui sont ceux, au fond, de rester nous-mêmes. C'est-à-dire un grand peuple libre, fidèle à ses alliances et fidèle à son histoire.
Vive la République ! Vive la France !
source https://www.defense.gouv.fr, le 22 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304688
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