Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à RMC Info le 22 septembre 2026, sur les aides au carburant pour les professionnels de santé, le plan d'urgence pour les crèches et les arrê
Stéphanie Rist (auteur), Apolline de Malherbe (intervenant)
STÉPHANIE RISTBonjour Apolline.
APOLLINE DE MALHERBELa ministre de la Santé et de la Famille. Depuis que l'on a annoncé que vous seriez notre invitée ce matin, je dois vous dire que le standard explose littéralement : de très nombreux infirmiers, infirmières, aides-soignants, aides à domicile, qui appellent pour dire leur quotidien. Alors, certes, vous vouliez nous présenter votre plan sur la petite enfance. On va évidemment en parler, mais je voudrais que vous entendiez les témoignages que l'on reçoit depuis ce matin. Et je voudrais commencer par vous faire écouter ce que dit Fadella. Elle est infirmière libérale en Haute-Garonne. Elle nous a appelé tout à l'heure, avant 6 h.
FADELLA, INFIRMIÈREBastien nous appelle et qu'il est au-delà de treize, quatorze kilomètres depuis mon cabinet. C'est non. Il y a des gens qui vont mourir, ouais, seuls. Moi, je travaille à perte, là. Le budget carburant de l'année 2026 est explosé. Je ne suis pas une nonne. Vous voyez ? Le Gouvernement, j'ai envie de lui dire ça.
APOLLINE DE MALHERBEIl y a des gens qui vont mourir seuls. Voilà ce que dit Fadella. Est-ce que vous avez pris la mesure de ce qui est en train de se jouer ?
STÉPHANIE RISTOui. Alors, au printemps dernier, on avait proposé des mesures sur l'accès aux soins des personnes à domicile. Et cet après-midi, avec le Gouvernement, j'aurai l'occasion de m'exprimer sur la partie professionnelle de santé. Mais j'aurai l'occasion cet après-midi, à la conférence de presse, avec l'ensemble du Gouvernement, proposer des mesures…
APOLLINE DE MALHERBEA 17 h, tout à l'heure, une conférence de presse pour présenter les mesures face au carburant. Ce que vous nous dites ce matin, c'est que les infirmiers, les infirmières, les aides-soignants ne seront pas abandonnés ?
STÉPHANIE RISTAlors, évidemment, elles ne seront pas abandonnées. Je ne peux pas dire pendant tout l'été que la canicule cause des morts chez les personnes à domicile, et ne pas prendre soin des professionnels qui utilisent leur voiture pour aller à domicile. Donc, évidemment, ces professionnels de santé sont un autre travail. J'étais, avant de venir, à travailler encore, jusqu'au bout, à des mesures pour présenter cet après-midi. Dès la sortie de cette émission, je continuerai. Et nous proposerons des mesures, avec le Gouvernement, qui seront des mesures ciblées, responsables, mais qui n'oublient pas les professionnels de l'accès aux soins.
APOLLINE DE MALHERBEQui n'oublient pas les professionnels. Ils peuvent compter sur vous ? Honnêtement, là, on sent le représentant, notamment, des infirmiers libéraux, qui était mon invité à 7 h 10, dit : "Si on n'a pas d'aide, on va arrêter de soigner".
STÉPHANIE RISTMais j'entends. Et encore une fois, je ne peux pas dire, tout l'été, qu'on a besoin de s'occuper des personnes à domicile et ne pas s'occuper des professionnels qui vont à domicile avec leur voiture personnelle.
APOLLINE DE MALHERBEYannick est en direct avec nous, qui nous appelle de la Grande Motte. Bonjour Yannick.
YANNICK, AUDITEURBonjour à vous tous.
APOLLINE DE MALHERBEYannick, vous êtes infirmier libéral. Votre ministre est dans ce studio. Elle vient de le dire : vous ne serez pas oubliés par les annonces du Gouvernement à 17 h, tout à l'heure. Quel est votre quotidien à vous, Yannick, et qu'est-ce que vous avez envie de dire à la ministre ?
YANNICKQue déjà, je serai, à 17 h, avec l'ensemble de mes collègues, sûrement du collectif des infirmiers libéraux en colère, en train de l'écouter, parce qu'on attend ça avec hâte ; que le quotidien est de plus en plus difficile, comme ça a été dit par l'intervenante juste avant, par le message. Effectivement, on a des soins où on va les faire avec une quasi-perte, voire même plus qu'une perte. Je tiens tout de même à rappeler que nous sommes le premier hôpital de France à domicile, que les aides de vie aussi interviennent beaucoup auprès des patients, parce que souvent, on les oublie ; et que nous, en tant que infirmiers libéraux dans les paramédicaux, nous sommes vraiment la seule profession de France qui intervienne en quasi-exclusivité au domicile de nos patients dépendants.
APOLLINE DE MALHERBEYannick, vous faites une tournée sur quel secteur, vous, sur un secteur qui représente quoi ? Combien ?
YANNICKAlors, moi, par chance, j'arrive à faire une tournée sur un bassin de vie comme on appelle, qui va être la Grande Motte et sur une partie du Grau du Roi. Donc, c'est un panel aux alentours d'un périmètre de quinze 20 kilomètres à peu près. Mais maintenant, il y a effectivement des patients que je pourrais intervenir au Grau du Roi, sur une partie un petit peu plus lointaine. Je suis obligé de les refuser, parce que rien que le temps d'y aller, quand nous, on a des points de vie, quand il y a le pont qui est baissé, ça me fait perdre facilement dix minutes de temps. Alors, le temps, ça, ce n'est pas trop grave. Et surtout, c'est du temps où le véhicule tourne. Donc, quand il tourne, il y a une consommation d'énergie qui se fait avec le carburant.
APOLLINE DE MALHERBEEt Yannick, je voudrais quand même que la ministre puisse vous répondre.
STÉPHANIE RISTCe que je voudrais redire, mais ce monsieur le sait très bien, c'est que déjà, au printemps, les aides aux grands rouleurs étaient autorisés pour les infirmiers libéraux, c'est-à-dire ceux qui faisaient un certain nombre de kilomètres.
APOLLINE DE MALHERBEMais sous condition de ressources ?
STÉPHANIE RISTComme tous les autres professionnels. Oui, sous condition de ressources et un certain nombre de kilomètres par jour. Ça, ça existe depuis le printemps. Il y a eu aussi, l'année dernière, une revalorisation dans le cadre des négociations conventionnelles pour le métier d'infirmier : de 500 millions d'euros pour les infirmiers. Je ne dis pas que c'est suffisant aujourd'hui, que les carburants, la hausse des carburants dure. Et avec ce niveau. Donc, c'est pour ça qu'il y aura des mesures cet après-midi.
ARTHUR CHEVALLIEROui, mais j'aimerais revenir sur quelque chose qui avait été dit ce matin, c'est-à-dire que des infirmiers qui ne peuvent plus aller voir les malades, ça veut dire que ce sont des malades seuls. Esseulés, ces malades, avant de se laisser mourir, ils vont aller à l'hôpital. Donc, celui-là, ce n'est qu'à priori. Et les hôpitaux s'y préparent : il va y avoir beaucoup plus de patients dans les hôpitaux. On sait quand même qu'en France, les hôpitaux, c'est un sujet sous tension. On sait bien. Qu'est-ce qui est prévu pour ça ? Est-ce que ça, c'est un effet kisscool, si je puis dire ?
APOLLINE DE MALHERBEEst-ce qu'on anticipe ce deuxième effet ?
STÉPHANIE RISTNon, mais c'est un travail que nous avons. Et encore une fois, quand nous avons beaucoup avancé pendant l'été, avec le risque de la canicule et les personnes à domicile. Nous travaillons avec les professionnels de soins à domicile, que ce soit l'hospitalisation à domicile, les professionnels libéraux, les infirmier, notamment.
ARTHUR CHEVALLIERIls sont inquiets, hein. Ce matin, ils nous disaient qu'ils étaient inquiets pour ça.
STÉPHANIE RISTJ'entends cette inquiétude. C'est pour ça que nous allons les accompagner et qu'il y aura des annonces à 17 h.
APOLLINE DE MALHERBERendez-vous à 17 h donc. Mais espérons pour eux qu'ils ne seront pas déçus. J'ai deux autres questions pour vous, madame la ministre : l'une sur votre plan d'urgence pour les crèches. On a énormément parlé, en effet, cet été, notamment des écoles et de leur inadaptation face au réchauffement climatique et face aux canicules. Vous allez mettre en place un plan pour les crèches ?
STÉPHANIE RISTOui, le système économique, je dirais, des crèches n'est pas soutenable, puisque les habitudes de vie ont changé. Et par ailleurs, nous avons en urgence d'amener ce plan pour les crèches, qui est de 90 millions d'euros, 30 millions pour 2026 et 60 millions pour 2027, qui va permettre, un, de soutenir les assistantes maternelles à domicile, de soutenir les familles, en fait, pour trouver des places en crèche. Vous savez qu'on manque, malgré la baisse de la natalité, nous manquons de places en crèche. Et en parallèle de ce plan d'urgence, nous travaillons à des réformes structurelles du modèle économique des crèches.
JOURNALISTEEst-ce que ce ne sont pas surtout les personnels qui manquent ?
STÉPHANIE RISTIl manque aussi des personnels. On est dans une situation de crise du secteur de la petite enfance. Un : du manque de personnel, avec beaucoup d'assistantes maternelles qui partent à la retraite.
ARTHUR CHEVALLIER13 500 postes vacants. Et la première explication, ce sont les salaires. Les salaires sont trop bas. C'est pour ça qu'ils n'arrivent pas recruter.
STÉPHANIE RISTC'est pour ça que je disais : nous avons besoin de ce plan d'urgence rapide, dès 2026, pour aider les crèches et qu'elles ne ferment pas plus de place. Et d'autre part, les réformes structurelles sur lesquelles nous travaillons sur l'attractivité des métiers et sur le modèle économique des crèches.
APOLLINE DE MALHERBEEn fait, on en revient toujours à la même question : c'est quand même la question que le travail ne paye pas suffisamment. Et c'est la même question pour les infirmiers qui nous appellent, les infirmiers et infirmières qui nous appellent depuis ce matin. C'est que s'il y avait plus de marge, ça serait moins douloureux de devoir à calculer au kilomètre près qui on peut aller soigner. Madame la ministre, une question aussi sur cette expression qui a été utilisée par Édouard Philippe la semaine dernière à propos des arrêts maladie. Il dit que c'est open bar les arrêts maladie.
STÉPHANIE RISTÉcoutez. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que notre sécurité sociale ne peut plus soutenir cette augmentation des arrêts maladie : plus de 7 % par an. Je ne suis pas sûr que votre salaire ait augmenté de 7 % en un an. Et cette augmentation de 7 % tous les ans, d'arrêt maladie, fait que si nous voulons continuer à payer les arrêts maladie, en tant que médecin, j'y tiens absolument, nous devons, un, lutter contre les abus : c'est le décret que j'ai pu sortir pour sanctionner les gens qui vont voir plusieurs médecins différents pour avoir plein de petits arrêts. Et d'autre part, faire que les gens aillent mieux pour avoir des arrêts maladie moins longs. Et ce sont les mesures que je prends.
APOLLINE DE MALHERBEMais ça ne vous choque par l'expression d'open bar ?
STÉPHANIE RISTJe pense que ça peut faire prendre conscience. Que si nous voulons continuer à pouvoir que la Sécurité sociale paye les arrêts maladie, il faut, dans ce cas, que nous luttons, un, contre les abus. C'est le décret que j'ai pu sortir. Et d'autre part, que nous fassions en sorte que les gens soient moins longtemps en arrêt maladie.
APOLLINE DE MALHERBEJ'ai bien compris ce que vous dites. Mais ça veut dire qu'effectivement, quand on a un candidat qui dit "Les arrêts maladie en France, c'est open bar".
STÉPHANIE RISTNon, mais je suis médecin. Donc, je pense que les médecins prescrivent de façon sérieuse. Mais quand un malade fait, et il y a plus de 13 000 assurés qui font plus de cinq médecins généralistes différents en quelques moi. Le médecin ne le sait pas forcément.
APOLLINE DE MALHERBEDonc, c'est un peu open bar ? Ce que vous êtes en train de nous dire, c'est qu'en effet, c'est un peu open bar ?
STÉPHANIE RISTJe dis : pour ces patients-là. Et donc, en fait, il faut, et c'est ce que nous mettons dans le décret, plus de sanctions pour les gens qui abusent de notre système et plus de mesures qui accompagnent les gens pour qu'ils aillent mieux et des arrêts maladie moins long.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304682
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