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21 septembre 2026 · Gouvernement · LCI · discours Discours

Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée chargée de l'énergie, à LCI le 21 septembre 2026, sur les carburants, les aides, le Moyen-Orient, les retraites, et le budget.

Maud Bregeon (auteur), Amélie Carrouër (intervenant)

MAUD BREGEONBonjour. AMÉLIE CARROUËRMerci d'avoir accepté l'invitation ce matin sur LCI. Le prix du gazole à près de 2,41 euros en moyenne, c'est un nouveau record qui a été validé, analysé par l'AFP sur la base de données publiques. Emmanuel Macron lui-même, il alerte sur un marché mondial sous très haute tension. Je parle des prix et uniquement des prix. À quel point la situation peut encore s'aggraver ? MAUD BREGEOND'abord, c'est une situation qui est extrêmement difficile pour beaucoup de Français. Je ne l'ignore pas. Beaucoup de gens ont du mal à faire le plein quand ils le font encore, à aller faire leurs courses, amener leurs enfants à l'école, aller au travail. Donc ça impacte considérablement le quotidien de nos concitoyens. Cela s'explique de par la situation internationale. Je pense que c'est important de le rappeler. C'est une situation qui n'est pas tombée du ciel. Ce qui se passe aujourd'hui au Moyen-Orient, c'est 10 millions de barils par jour qui manquent sur le marché mondial. Il y a une action à l'international qui est menée par le président de la République pour diversifier nos approvisionnements, travailler à la réouverture du détroit d'Ormuz. AMÉLIE CARROUËRJe vous le dis, nos téléspectateurs sont très sensibles. Ils nous demandent, par exemple : est-ce que demain, il y aura 0,02 euro de plus ? Ils sont dans un niveau de précision. Maintenant, ils patientent. MAUD BREGEONIl y a l'action sur le plan national, mais les deux sont liés. Ce qu'on fait sur l'international, c'est ce qui doit permettre, sur le long terme, de faire revenir les prix à un niveau normal. Et ce qu'on fait au niveau national, c'est d'abord l'aide à toutes les entreprises en difficulté, parce que derrière ces entreprises, ce sont des employés, ce sont des salaires. Vous avez parlé probablement des pêcheurs la semaine dernière. AMÉLIE CARROUËROn l'a fait. MAUD BREGEON35 centimes par litre pour leur permettre de continuer à travailler. Et on travaille… AMÉLIE CARROUËRAlors, on va y revenir. MAUD BREGEONOn travaille à de nouvelles aides pour les Français qui travaillent, qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture. Ce sera annoncé dans les prochains jours tout au plus. On l'avait fait avec le chèque gros rouleur, vous le savez, 100 euros pour 3 millions de Français, ça court jusqu'au 30 septembre. Et donc le Premier ministre a chargé le Gouvernement d'avancer encore une fois pour ne laisser tomber personne. AMÉLIE CARROUËROn va continuer d'avancer, on va y revenir très précisément sur chacun de ces points. Je précise pour vos téléspectateurs, que c'est une interview, qui leur appartient aussi. Ils ont un QR code qui est à leur disposition. Donc vous flashez, vous scannez, vous posez vos questions. Elles seront relayées dans quelques instants en direct à la porte-parole du Gouvernement. J'insiste lourdement, car je vous assure qu'on a des questions de Français qui nous disent : est-ce que demain on sera à 0,02 euro, 0,03 euro, 0,04 euro de plus ? Est-ce que les 3 euros, c'est un tabou qui est en train de tomber ? Le président n'a pas démenti la barre des 2,50 euros. MAUD BREGEONParce que ni le président, ni vous, ni moi n'avons de boule de cristal. Je ne suis pas en capacité de vous dire ce que sera l'évolution du conflit au Moyen-Orient dans les semaines à venir. Or, ce qui se passe au Moyen-Orient, ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz, ce qui se passe sur le pipeline de contournement en Arabie Saoudite, par exemple, ça impacte directement, c'est ce qui impacte aujourd'hui directement les prix du carburant. C'est aussi pour cela que je dis que lorsque le président de la République, avec ses homologues, travaille à un retour à la normale dans la région, au Moyen-Orient, il travaille directement pour le pouvoir d'achat des Français. AMÉLIE CARROUËREt la question des pénuries. Je donne un autre chiffre, mais il est important, c'est une station sur six en situation de pénurie pour au moins un carburant manquant. Des exportations de pétrole au plus bas, ce n'est pas nous qui le disons, c'est encore Emmanuel Macron lui-même qui le dit. Moins de la moitié de ce qui est produit sort et on nous parle de l'hiver qui arrive avec des pays qui sont en train d'acheter beaucoup plus. Quels sont les risques de pénurie dans notre pays ? MAUD BREGEONIl y a deux choses, sur le plan international, je le disais, il manque 10 millions de barils par jour. C'est pour cela qu'on travaille avec certains de nos partenaires, avec le Canada. Le président de la République l'a fait avec l'Irak pour sécuriser des stocks. On a demandé, à l'échelle européenne, davantage de flexibilité, là encore, pour détendre le marché. On a nos stocks stratégiques. Vous vous souvenez, on en parlait il y a quelques semaines, trois mois de stocks stratégiques auxquels nous n'avons pas touché pour le moment. Ensuite, il y a le plan national. Effectivement, 15%, c'est le chiffre de ce matin. Des stations-service en France ont une difficulté sur au moins un carburant. Mais j'insiste, neuf sur dix d'entre elles concernent le réseau TotalEnergies. Et ça, ça s'explique assez bien, Total maintient ce plafonnement de prix, c'est une très bonne chose pour le consommateur. Ça amène un afflux de consommateurs français dans ces stations et donc un réseau logistique qui est un peu saturé. Mais ces deux choses… AMÉLIE CARROUËRC'est très clair ce matin, les nouvelles mesures. MAUD BREGEONJe vais vous le dire, pardonnez-moi autrement, à l'heure où on se parle, il n'y a pas de risque de pénurie. AMÉLIE CARROUËRVoilà, à l'heure où on se parle, mais on n'écarte pas l'idée que ça puisse intervenir à terme. MAUD BREGEONNous, on travaille à tous les scénarios. AMÉLIE CARROUËRLes mesures, on y revient. Vous l'avez déjà évoqué, mais là, maintenant, on va s'y arrêter beaucoup plus longuement et concrètement. Réunion à Matignon autour de Sébastien Lecornu, aujourd'hui. Vous travaillez à un nouveau dispositif d'aide à partir du 1er octobre pour les travailleurs, pour les Français qui travaillent. Vous confirmez à nouveau ? MAUD BREGEONUne réunion qui se tiendra à 15 h, dédiée à la question des prix. Et le Premier ministre nous a explicitement demandé, en fin de semaine dernière, de travailler à un nouveau paquet d'aide, à de nouvelles aides à destination des Français qui travaillent. AMÉLIE CARROUËREt donc vous nous confirmez la piste du chèque gros rouleur, peut-être plus loin, plus forte ? MAUD BREGEONÇa fait partie des pistes. La philosophie restera la même, des aides ciblées à destination des Français qui travaillent, qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture tous les matins pour aller bosser. AMÉLIE CARROUËRMais ça peut passer par quoi ? Une augmentation de l'assiette ? Plus de personnes concernées ? MAUD BREGEONVous le saurez d'ici quelques heures ou quelques jours. Il nous reste encore un petit peu de travail. C'est normal. Vous savez qu'il y a aussi un contexte budgétaire. On en parlera tout à l'heure, mais l'ensemble des aides déployées, c'est 1,4 milliard d'euros depuis le début de l'année. Et donc on doit trouver ce juste équilibre entre être aux côtés des Français, ne laisser personne sur le carreau et en même temps avoir cette lucidité budgétaire. Parce que j'entends certains nous demander des mesures, notamment la baisse de la TVA du Rassemblement national qui coûterait près de 15 milliards d'euros au budget. 15 milliards d'euros, c'est plus que le budget de la justice, pour que vos téléspectateurs aient une référence. Ça reviendrait à créer, demain, de nouveaux impôts pour les Français. Dit autrement, je ne veux pas prendre aux Français, leur donner quelque chose d'une main et leur reprendre de l'autre. AMÉLIE CARROUËRLa question des taxes, il y a pas mal de questions de téléspectateurs sur ce sujet, donc on y reviendra au moment des questions des Français. J'insiste : est-ce que relever le plafond de cette aide gros rouleur fait partie des pistes, au moins sur la table ? Élargissement de l'assiette ou relever le plafond ? MAUD BREGEONAujourd'hui, encore une fois, toutes les pistes sont sur la table, à condition que ça reste des aides ciblées et que ce soit respectueux du cadre budgétaire. AMÉLIE CARROUËRMais vous avez un petit sujet, c'est qu'un Français sur deux n'a toujours pas demandé cette aide. Ils y ont le droit, ils n'y vont pas. Certains parlent d'une usine à gaz. Est-ce que c'est vraiment bien ? Est-ce que c'est vraiment la réponse appropriée ? MAUD BREGEONDeux choses, effectivement, gros rouleur, 100 euros pour 3 millions de Français, ils sont environ un sur deux à ne pas en avoir fait la demande. Donc moi, je le redis ce matin, le guichet est ouvert, vous pouvez vous connecter sur impots.gouv. Ou vous tapez "aide gros rouleur" sur Google et vous aurez directement la page d'accès. Ce n'est pas une usine à gaz comme vous dites. AMÉLIE CARROUËRCe n'est pas moi qui le dis. Là, ce sont les Français interrogés qui parlent d'une usine à gaz et qui… MAUD BREGEONC'est difficile, de ce que vous reprenez. On a évidemment fait tous les essais, tous les tests nous-mêmes, comme si on y avait droit. On a mis en place la plateforme la plus simple possible, donc vraiment, c'est facilement accessible. Moi, je le dis à 1,5 million de Français qui ont d'ores et déjà fait cette demande, 1,5 million y ont droit en plus. Et donc je les invite à faire la demande ce matin. AMÉLIE CARROUËRVous réfléchissez donc à un nouveau dispositif d'aide à partir du 1er octobre. Mais jusqu'à quand ? MAUD BREGEONLà, ce que je peux vous dire en tout cas, c'est qu'on a prolongé, par exemple, les aides sectorielles à destination des entreprises jusqu'au 31 décembre. Pourquoi ? Parce qu'on anticipe une situation qui restera difficile, qui restera tendue pendant plusieurs semaines, plusieurs mois. Depuis le début de cette crise, on met en place des aides et on s'adapte en fonction d'une situation militaire, géopolitique, internationale qui évolue. On va donc évidemment continuer à procéder comme ça et on aura l'occasion de dire quels sont les détails exacts de ces nouveaux dispositifs. AMÉLIE CARROUËRReconduction aussi longtemps que nécessaire. MAUD BREGEONNous savons bien que les Français ont besoin de pouvoir se projeter, encore une fois à horizon plusieurs semaines ou plusieurs mois, que la situation peut durer encore un certain temps. Je ne sais pas vous dire combien. Et donc nous, tout en étant encore une fois respectueux de la réalité budgétaire de ce pays, parce qu'on doit aussi faire attention. L'argent de l'État, c'est l'argent du contribuable. On ne laissera pas tomber les entreprises les plus en difficulté parce que derrière, ce sont des emplois. Et on ne laissera pas tomber les Français les plus précaires qui travaillent. AMÉLIE CARROUËRPour les entreprises, il pourrait y avoir des aides supplémentaires ? MAUD BREGEONOn les a prolongées la semaine dernière… AMÉLIE CARROUËRMais vous pourriez aller plus loin ? MAUD BREGEONPour les agriculteurs, pour le BTP notamment. Cela faisait suite à des consultations avec les différentes filières. Cela doit leur permettre de continuer à travailler de manière soutenable. Vous savez, quand vous prenez un pêcheur, le prix du carburant, ça peut aller jusqu'à 20, 25% d'une part, de son chiffre d'affaires. Et donc, si on ne fait pas cet effort-là, ce sont des bateaux qui ne vont plus en mer, ce sont des emplois qui sont détruits, ce sont des salaires qui ne sont pas versés. AMÉLIE CARROUËROui, je voulais savoir, il y avait d'autres professions qui pourraient rentrer dans ce spectre-là. MAUD BREGEONEncore une fois, on ne ferme pas de portes à priori, mais on a, je crois, depuis le début de cette crise, travaillé avec l'ensemble des filières pour identifier quelles étaient les professions les plus en difficulté. Vous prenez les agriculteurs qui ont vécu des mois extrêmement difficiles, bien au-delà de la crise du carburant. Vous avez vu les sécheresses, ce qui s'est passé dans les Landes, ce qui s'est passé en Gironde notamment, ça a été le cas dans une grande partie de la France, des récoltes qui sont en berne. Certains agriculteurs ont vu le fruit d'une année de travail anéanti en quelques jours. Et donc reconduire cette aide pour l'achat de gazole non routier, c'était évidemment extrêmement important pour eux. AMÉLIE CARROUËRIl y a une musique qui monte, c'est l'appel à supprimer les certificats d'économies d'énergie. Leur suppression, elle pourrait représenter 10 à 20 centimes par litre en moins pour les rouleurs. J'explique pour nos téléspectateurs qui n'auraient pas encore saisi le sujet : c'est une obligation imposée par l'État à tous les fournisseurs d'énergie. Ils sont contraints de financer des aides aux particuliers, par exemple pour réaliser des travaux d'économies d'énergie dans leur bâtiment, le coût de ces obligations est répercuté sur les prix finaux des fournisseurs. Cela permettrait d'alléger le portefeuille des usagers sans pour autant grever le budget de l'État. Est-ce que c'est à l'étude ? MAUD BREGEONCe serait un non-sens. Supprimer les certificats d'économies d'énergie serait un non-sens. C'est une contribution des énergéticiens, effectivement, qui sert à aider des Français, pas l'État, des Français à faire cette transition énergétique. Très concrètement, c'est environ 100 000 véhicules électriques dont l'achat est aidé chaque année. C'est près de 200 000 aides à l'achat de pompes à chaleur chaque année. Et donc c'est ce qui permet concrètement d'accompagner les Français pour être de moins en moins dépendants du pétrole et du gaz, et cela fonctionne. Quand on regarde les ventes de véhicules électriques en août, 38% sur le marché du neuf, 38% étaient des véhicules vendus, des véhicules électriques. C'était moins de 20% il y a un an. AMÉLIE CARROUËRSans vouloir caricaturer la situation, mais, par exemple, dans un reportage de "7 à 8" hier, il y avait cette infirmière libérale qui dit qu'elle va arrêter certains de ses soins. Il y a des personnes âgées qu'elle ne va plus soigner parce que c'est trop loin et ça lui coûte trop cher. Sa logique n'est pas nécessairement celle de l'achat à terme d'une pompe à chaleur ou encore d'une voiture électrique. Son moment est là. MAUD BREGEONSon moment est maintenant mais le fond du problème est, quand on est en responsabilité politique, on doit aussi avoir cette vision de long terme. Le fond du problème, c'est la sortie des énergies fossiles. Aujourd'hui, 60% de l'énergie qu'on consomme en France, c'est du gaz, c'est du fioul, c'est du carburant. Ça représente plus de 60 milliards d'importations par an. Et donc on doit impérativement maintenir les politiques qui permettent aux Français d'en sortir progressivement, sans quoi les Français resteront dépendants, attachés aux prix fixés par d'autres, aux décisions de Donald Trump, à ce qui se passe au Moyen-Orient, au gaz qu'on importe depuis les États-Unis, l'Algérie notamment, hier la Russie. On a vu les crises énergétiques qui s'enchaînaient. Et je vais vous dire, il y aura d'autres crises énergétiques dans les années à venir. Si on ne fait pas ce travail-là de sortie progressive des énergies, on restera dépendants. Et à la fin, c'est les Français et les Français les plus précaires qui en paient le prix. AMÉLIE CARROUËRIl faut que je mette une autre piste, chez nos voisins allemands cette fois. L'Allemagne veut une taxe européenne sur les superprofits record des groupes pétroliers pour compenser justement la hausse des prix de l'énergie. On y réfléchit, nous, en France ? MAUD BREGEONOn n'a jamais fermé la porte à une réflexion et à un travail à l'échelle européenne. AMÉLIE CARROUËRVous dites : oui, vous allez lancer de telles réflexions ? MAUD BREGEONLe Premier ministre l'avait d'ailleurs dit il y a quelques mois lors d'une question au Gouvernement, il me semble. C'est évidemment une action qui ne peut se faire à l'échelle franco-française. Maintenant, si, à l'échelle européenne, on est en capacité de mettre en place un dispositif qui permet de taxer des superprofits, s'il y en a, et il faudra le démontrer, nous n'y sommes pas opposés par principe. AMÉLIE CARROUËRDonc c'est une réflexion qui pourrait être lancée avec les voisins allemands et d'autres, par exemple. MAUD BREGEONC'est une réflexion qui pourrait être lancée. AMÉLIE CARROUËRLe gaz puisqu'on parle d'énergie, et là, il y a un nouveau mur qui arrive. On en parle assez peu encore, mais le prix de référence augmentera de 6,3% au 1er octobre. La facture moyenne de gaz d'un ménage français va grimper de 120 euros. Est-ce que vous travaillez à des aides sur ce point ? MAUD BREGEONOui. Là, je dois aussi rappeler que c'est directement dû à ce qui se passe au Moyen-Orient. 20% du gaz, du GNL, du gaz liquéfié, transitaient hier par le détroit d'Ormuz, 20% au niveau mondial. Donc ça impacte directement les prix. D'abord, encore une fois, on sécurise nos stocks pour l'hiver. C'est important de le dire pour éviter tout risque d'approvisionnement aux Françaises et aux Français qui nous écoutent. On a renouvelé, et je l'avais annoncé d'ailleurs sur ce plateau, ici même, le chèque énergie pour le projet de loi de finances 2027. AMÉLIE CARROUËREt là de nouvelles aides éventuellement ? MAUD BREGEONEt on travaille, encore une fois, à une logique globale sur l'ensemble de l'hiver. Mais ce chèque énergie, entre 100, 150 et 277 euros, versé à plus de 4 millions de Français en 2027, permettra notamment d'alléger cette facture. AMÉLIE CARROUËREt est-ce que sur ce point, il faut s'attendre à de grandes annonces ? Est-ce qu'un rendez-vous va être fixé pour annoncer aux Français toute une liste de mesures concernant le fait de passer l'hiver ? MAUD BREGEONJe ne sais pas si les Français attendent des grands rendez-vous. Les Français attendent qu'on les aide au quotidien. On a déjà annoncé des mesures pour les entreprises, les sectorielles, et on annoncera dans les jours à venir, encore une fois, celles qui concernent les particuliers. Et puis nous y reviendrons en fonction d'une situation qui évolue. AMÉLIE CARROUËRBien sûr, on va parler des retraites également. Il y a deux informations qui sont sorties ces dernières heures. Information du Monde : le Gouvernement envisagerait de geler les pensions de base pour les retraités touchant au moins 2 034 euros par mois. Selon l'avant-projet de loi de financement de la Sécu, les retraités percevant entre 1 260 et 2 034 euros par mois verraient leur pension de régime s'accroître à un rythme moins soutenu que celui de l'inflation. Est-ce que vous nous confirmez cette information ? MAUD BREGEONJe ne confirme pas les informations de vos confrères, et le projet de loi de finances sera présenté en bonne et due forme en Conseil des ministres début octobre. D'ici là, on continue à travailler et toutes les options sont possibles. La question de fond, c'est celle de la répartition de l'effort entre les retraités, les entreprises, le secteur public, l'État évidemment. Et les retraités ne supporteront pas le gros de l'effort. Cette petite musique consistant à faire croire aux retraités qu'ils seraient les vaches à lait au fond du budget 2027 est complètement fausse. Il y a 54 milliards d'euros d'efforts dans ce budget. Le gros de ces efforts sera supporté par l'État. Une fois qu'on s'est dit ça, il y a bien sûr une réflexion à mener et elle sera menée au Parlement sur comment est-ce qu'on partage cet effort ? Comment est-ce que le partage de cet effort est rendu le plus juste possible ? AMÉLIE CARROUËRConcernant les retraités, il y a cette autre information : envisagez-vous d'abaisser à 3 000 euros le plafond, pardon, de l'abattement fiscal dont bénéficient les retraités, tout en gelant ou sous-indexant certaines pensions ? Ce serait 1,4 milliard selon les sources officielles. MAUD BREGEONJe ne le confirme pas non plus. Ce que je peux vous dire, c'est qu'on proposera. AMÉLIE CARROUËRMais vous l'écartez, cette piste, c'est complètement faux, ça n'existera pas, ou c'est juste que vous n'êtes pas en mesure de confirmer ce matin ? MAUD BREGEONLe Premier ministre a dit dans son interview à vos confrères du Figaro la semaine dernière que l'effort demandé aux retraités serait inférieur à 6 milliards. L'augmentation du budget des retraites l'année prochaine, sans action de notre part, si on ne décidait rien, c'est 12 milliards, du fait de la réindexation et des nouveaux retraités qui entrent dans le système. C'est vous dire que c'est un volume important. Une fois qu'on s'est dit ça, on proposera une répartition de l'effort, encore une fois, qui ne concernera pas uniquement les retraités. Il faut arrêter de donner le sentiment que le Gouvernement voudrait taper sur les retraités, qui concernera l'ensemble des forces vives de ce pays, à commencer par l'État, parce que l'État supportera le gros de l'effort, et puis on en discutera au Parlement. On va passer des semaines à l'Assemblée nationale et au Sénat, avec des débats de députés et des acteurs qui amèneront ce budget. AMÉLIE CARROUËREt avec des contre-budgets. MAUD BREGEONEt on prendra tout le temps qu'il faut. AMÉLIE CARROUËRVous avez jeté un coup d'œil au contre budget du Rassemblement national qui prévoit un… Je regarde mes notes. C'est un nettoyage qu'on n'a pas vu depuis 1958 des finances publiques. C'est ce qu'a dit Jordan Bardella. MAUD BREGEONOn verra ce qui se passe au Parlement. J'ai souvenir que l'année dernière, le Rassemblement national, en 24 heures, a voté 34 milliards d'euros d'impôts supplémentaires à l'Assemblée, 34 milliards d'euros en une nuit environ de travail à l'Assemblée. Donc il y a les présentations de contre-budget et ensuite ce qu'on met dans les actes. Quand on propose, pardonnez-moi, et quand on propose d'abaisser le départ en retraite à 60 ou 62 ans, ça se finance. Je ne sais pas bien comment c'est mis en place dans le budget de Monsieur Bardella, mais ça ne me semble pas très sérieux. AMÉLIE CARROUËREst-ce que vous êtes prêts à des concessions en direction du Parti socialiste, avec qui vous avez pu discuter lors des précédents budgets, ou même à des concessions vis-à-vis du RN ? Et je m'explique. Dans le Figaro, il y a un proche de la candidate, Marine Le Pen, qui a vu des appels du pied dans le plan mis sur la table par Sébastien Lecornu. Délai de carence avant que les étrangers touchent les allocations non contributives. Économies sur les énergies renouvelables. Négociation de la contribution de la France au budget de l'Union européenne. Le Monde a écrit : "Un pas de deux entre Sébastien Lecornu et le Rassemblement national". MAUD BREGEONVous savez, le Rassemblement national a tenté de censurer Sébastien Lecornu et notre Gouvernement à de multiples reprises depuis la nomination du Premier ministre, il y a un an, et notamment lors du dernier budget. Nous, on va travailler et discuter avec tous les parlementaires et avec tous les députés qui composent l'Assemblée nationale, parce que ce n'est pas à l'État, ce n'est pas au Gouvernement de trier les parlementaires. Et puis ensuite, on verra ce que les uns et les autres proposent au Parlement. Moi, je dis une chose simple : les Français n'ont pas intérêt à ce que ce pays soit privé d'un budget pendant sept ou huit mois d'ici à la présidentielle 2027. Les partis politiques n'y ont pas intérêt. Les candidats à la présidentielle n'y ont pas intérêt. Je vous renvoie vers le dernier rapport de l'Inspection générale des finances. Une loi spéciale, c'est un déficit autour de 6% et 15 milliards d'euros de coût pour l'État. C'est absolument colossal dans un moment où on vit une crise internationale, où les taux sont extraordinairement élevés. Je crois que chacun, chacun doit faire preuve d'un peu de responsabilité. AMÉLIE CARROUËROn prend les questions de Français, Maud Bregeon, et on les regarde. Je les découvre en grande partie avec vous. Je crois qu'il y a Adèle. C'est Adèle de Rouen. C'est juste ici. "Nos voisins baissent les taxes sur le carburant. Qu'attendez-vous pour faire de même ?". MAUD BREGEONNous, Adèle, on a fait le choix d'aides ciblées, d'aides ciblées à destination des entreprises, d'aides ciblées à destination des Français. Quand vous baissez les taxes, d'une part, vous touchez tout le monde. Des gens très aisés comme les plus précaires. Nous, on préfère aider davantage les plus précaires. Et puis ensuite, ça coûte énormément d'argent. C'est plusieurs milliards d'euros. Et ce que vous dépensez aujourd'hui, vous devrez d'une manière ou d'une autre le rattraper demain. Donc ceux qui vous disent qu'on pourrait baisser les taxes sans que ça n'ait aucun impact sur des hausses d'impôts demain vous mentent. AMÉLIE CARROUËRUne question de Jérôme, c'est cela. C'est Jérôme et ça, c'est Jérôme qui est à Corbeil. Bonjour à vous Jérôme, merci pour vos questions. "Je ne roule pas assez pour avoir l'air de gros rouleur et pourtant je dépense de plus en plus pour faire mon plein. Allez-vous étendre cette aide ?". MAUD BREGEONC'est possible. Ce n'est pas décidé à l'heure où on se parle. On aura l'occasion de l'annoncer encore une fois dans les heures ou dans les jours à venir. Ce qui est certain, c'est que de plus en plus de Français font face à de grandes difficultés, même s'ils roulent un peu moins que les grands rouleurs que l'on ciblait initialement. Donc toutes les options sont sur la table et on comprend bien sûr ce type de situation. AMÉLIE CARROUËROn va prendre une autre question encore. Je la découvre avec vous, celle-ci : Michel, Strasbourg. "Je refuse de percevoir les aides gros rouleur car je ne veux pas le faire payer à mes enfants. Comment me convaincre ?". MAUD BREGEONSi vous êtes éligible à cette aide gros rouleur, c'est que vous faites de toute évidence face à de réelles difficultés. Parce que les prix du carburant sont très hauts, que vous ne gagnez pas beaucoup et que vous roulez plusieurs dizaines de kilomètres par jour. On a calibré cette aide de manière à ce que son coût soit supportable pour le budget de l'État. Et donc, si vous y avez droit, je vous incite vraiment à la demander. AMÉLIE CARROUËRBonjour Christophe Barbier CHRISTOPHE BARBIERBonjour, Amélie, bonjour Maud Bregeon. AMÉLIE CARROUËRVous êtes face à Maud Bregeon. Je vous en prie, allez-y ! CHRISTOPHE BARBIERVous soutenez Édouard Philippe pour la présidentielle ? Édouard le flémard, disent les réseaux sociaux. Depuis qu'il a inventé l'idée que, comme aux États-Unis, un délai entre l'élection du président et sa prise de fonction pourrait être utile à la préparation, c'est repris notamment, ça l'était ce week-end, par le Rassemblement national. Alors que répondre à cette viralité ? MAUD BREGEOND'abord, Édouard Philippe a déjà répondu sur le fond. Moi, ce qui me frappe dans cette polémique qui circule sur les réseaux sociaux, c'est ce qu'elle dit au fond du débat politique aujourd'hui, de notre incapacité à avoir des débats sérieux de fond. Et de cette tendance que certains partis, et essentiellement les partis populistes, à prendre une information, l'isoler, la détourner et à en faire un élément extrêmement simpliste et extrêmement viral. Je crois que… CHRISTOPHE BARBIERIl faut contrer ça. MAUD BREGEONJe crois que ça fait beaucoup de mal au débat politique. CHRISTOPHE BARBIERLe RN veut se concentrer sur Édouard Philippe. Elle l'a redit, Marine Le Pen, sur LCI la semaine dernière. Elle veut l'affronter au second tour. On apprend dans Le Parisien ce matin qu'au mois de juin, une réunion a été dédiée pour cibler Édouard Philippe. Qu'est-ce que ça vous dit de cette adversité ? MAUD BREGEONJe crois que quand on fait de la politique, on ne choisit pas ses adversaires. D'abord, et je le dis plutôt pour nous que pour le Rassemblement national. Nous, aujourd'hui, et quand je dis "nous", c'est la droite et le centre, pas uniquement Édouard Philippe. On a de toute évidence deux principaux adversaires : le Rassemblement national, d'une part, La France insoumise, d'autre part. Et donc on se bat d'une part pour le rassemblement. C'est extrêmement important. On a aujourd'hui trop de candidats et un risque réel de ne pas être au second tour. Au rassemblement, sur un projet pour éviter aux Françaises et aux Français ce risque mortifère d'un second tour entre le RN et LFI. CHRISTOPHE BARBIERAu nom de ce rassemblement, dites-vous oui ce matin à la proposition que François Bayrou a répétée hier, en établissant un calendrier, une grande primaire de ce qu'ils appellent le "Fleuve central" ? MAUD BREGEONJe pense que François Bayrou part d'une bonne intention. Cette intention, c'est de vouloir rassembler et moi, je la partage. Je pense qu'il faut rassembler dans un espace politique cohérent. Nous, on estime que cet espace politique, c'est celui de la droite et du centre. Pourquoi ? Parce que c'est celui dans lequel on gouverne. CHRISTOPHE BARBIERBien sûr, une primaire pour un seul candidat, ça me paraît logique. MAUD BREGEONDepuis deux ans maintenant, on ne gouverne pas avec les socialistes, ça ne vous aura pas échappé. Et donc cette alliance qui irait du centre jusqu'aux Républicains, qui permettrait encore une fois de rassembler autour d'un candidat commun. Et je pense que ce candidat, c'est Édouard Philippe, nous permettra, je pense, de rassembler aussi les Français. CHRISTOPHE BARBIERMais sans primaire ? MAUD BREGEONEt d'être présents au second tour. Aujourd'hui, je regarde, pardon, je suis peut-être un petit peu simple, mais je regarde les chiffres. Édouard Philippe est de très loin le mieux placé, de très loin, et il agrège autour de lui des forces qui viennent de la droite, des forces qui viennent du centre, du centre, des élus locaux, qui n'étaient pas nécessairement affiliés à un parti politique. Si j'ai fait le choix de le rejoindre, c'est parce que j'ai la conviction qu'il a cette capacité. Encore une fois, autour de valeurs claires, autour d'un projet clair, à rassembler, pas uniquement les partis politiques, mais les Françaises et les Français. Et il faut le rappeler, une élection présidentielle, ce n'est pas une affaire de partis politiques. C'est d'abord un homme, un projet et un peuple. AMÉLIE CARROUËRMaud Bregeon, en toute transparence, en vous interrogeant sur Édouard Philippe, on voit à quel point vous êtes engagée à ses côtés. Presque porte-parole, un peu de sa campagne. Est-ce que ça ne contrevient pas aux demandes du Premier ministre Sébastien Lecornu, de dire : si vous êtes dans ce travail de soutien à ce point d'un candidat, vous ne pouvez pas rester au Gouvernement ? MAUD BREGEOND'abord, il y a des règles, et ces règles, je les respecte. Et ensuite, j'ai fait un choix qui est un choix que j'assume parfaitement devant vous et devant qui me le demande, c'est de travailler avec Édouard Philippe parce qu'il est le candidat le plus à même de rassembler et de nous éviter, je le redis, un second tour entre La France insoumise et le Rassemblement national, parce que je crois au projet qu'il porte, à la personne qu'il est et parce que ce qui, et parce que ce qui se joue en 2027 n'est pas une affaire de petite politique, ce n'est pas une affaire de parti. Ce n'est pas ce qu'on appelle de la poloche entre journalistes et responsables politiques, c'est l'avenir du pays. C'est absolument majeur, ce qui va se jouer en avril 2027. Et donc je crois qu'encore une fois, tout en respectant les règles, on doit aussi pouvoir s'engager parce qu'il en va de l'intérêt et de l'avenir du pays. Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304678
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304678-maud-bregeon-21092026-lci-carburant-aide-moyen-orient-retraite-budget?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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