Interview de M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités, à TF1 le 21 septembre 2026, sur les aides de l'État pour les gros rouleurs, le budget 2027 et la réforme des retraites.
Jean-Pierre Farandou (auteur), Alba Ventura (intervenant), Bruce Toussaint (intervenant)
JEAN-PIERRE FARANDOUBonjour.
BRUCE TOUSSAINTMinistre du Travail et des Solidarités. Grande réunion autour du Premier ministre à Matignon tout à l'heure sur les carburants, notamment pour aider ceux qu'on appelle les gros rouleurs. Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin si le gouvernement va aider davantage d'automobilistes ?
JEAN-PIERRE FARANDOUOn va, je pense, aujourd'hui finaliser des mesures qu'on va proposer aux Français pour aller, en gros, jusqu'à la fin de l'année. Je pense que l'idée d'avoir des mesures ciblées va rester, et la même logique, c'est-à-dire le monde du travail.D'abord, les entreprises pour lesquelles le coût du carburant est trop élevé dans le compte d'exploitation, qui ont du mal à fonctionner. Et deuxièmement, effectivement, les salariés les plus modestes qui ont besoin de prendre la voiture tous les matins pour aller travailler, dont la cible sera la même. Les modalités seront précisées aujourd'hui.
ALBA VENTURAMais, par exemple, les auto-écoles se demandent si elles vont faire partie des aides. Les transporteurs routiers également. Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ce matin ?
JEAN-PIERRE FARANDOULes transporteurs routiers, vous savez qu'ils ont la capacité juridique de répercuter dans leurs coûts de vente le coût du carburant. Donc, on considère que ce sont, en fait, des consommateurs qui récupèrent le coût, ou les clients des transporteurs routiers. Par contre, les pêcheurs, les agriculteurs, on sait que ce n'est pas le cas. Donc, on aura quand même une cible principale sur les professions les plus en difficulté à cause de la hausse du coût du carburant.
ALBA VENTURA100 euros pour les gros rouleurs. Est-ce que c'est une aide suffisante ? Jean-Pierre Farandou, deux secondes. Je ne sais pas si vous avez vu la une du journal Le Parisien aujourd'hui, en France : "Notre vie, c'est le système D". C'est ce que disent, en fait, beaucoup de Français, tous ceux qui galèrent, tous ceux qui dépendent de leur voiture et à qui l'augmentation des prix du carburant a donné un coup de grâce. Est-ce que vous allez augmenter cette aide de 100 euros pour les gros rouleurs ?
JEAN-PIERRE FARANDOUD'abord, je veux dire que je crois qu'on est tous conscients que c'est difficile pour les gens, ceux qui sont obligés de prendre leur voiture. Vous savez, je viens d'un milieu rural. On sait très bien qu'à la campagne, les gens prennent leur voiture tous les jours pour leurs courses, pour aller travailler.
ALBA VENTURADonc, 100 euros, c'est suffisant ou pas ?
JEAN-PIERRE FARANDOUAlors, 100 euros, c'est la somme qui a été décidée jusqu'à maintenant. Ça fait partie, d'ailleurs, des discussions qu'on va avoir aujourd'hui. Est-ce qu'il faut donner plus d'argent, sur plus longtemps ? C'est autour de ça que ça va se passer.
BRUCE TOUSSAINTC'est sur la table ?
JEAN-PIERRE FARANDOUOui, c'est sur la table, bien évidemment. On voit bien qu'il faut réfléchir à une aide supplémentaire pour accompagner les gros rouleurs, les salariés modestes, pour prendre ce choc de la hausse des coûts.
ALBA VENTURADéjà, il y a 1,5 million de personnes qui ne réclament pas les aides. Est-ce que vous ne pourriez pas les aider ?
JEAN-PIERRE FARANDOUL'idée, c'est de les aider, donc effectivement…
ALBA VENTURAÀ récupérer cette aide. Oui, visiblement, ils n'y arrivent pas.
JEAN-PIERRE FARANDOUOn va voir comment on peut faciliter encore l'accès aux aides. Si on me propose une aide, c'est pour qu'elle soit choisie et prise. Donc, il n'y a pas de problème de ce côté-là. Ça peut être un sujet, d'ailleurs, de voir comment on va chercher ce million et demi de personnes qui, jusqu'à maintenant, n'ont pas demandé leur aide.
ALBA VENTURALe gouvernement est en pleine préparation du budget. Tout le monde doit faire des efforts. C'est ce qu'a dit le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui annonce quand même un objectif de 54 milliards d'économies. Alors, tout le monde, ce sont aussi les retraités. Est-ce que vous prenez à votre compte ce matin cette déclaration du ministre de l'Économie, Roland Lescure : "Avec une retraite de 2 000 euros, on n'est pas riches, mais on n'est pas non plus démunis" ?
JEAN-PIERRE FARANDOUD'abord, je voudrais dire, vous l'avez dit, il faut faire des efforts si on veut redresser ce pays. Il faut redresser ce pays. Ce qu'on appelle les intérêts de la dette, ça coûte trop cher. On arrive bientôt à 100 milliards d'euros. C'est insupportable. Les Français, il faut…
ALBA VENTURALe premier budget.
JEAN-PIERRE FARANDOUMais oui, c'est complètement dingue. C'est plus cher que les armées. C'est plus cher que l'Éducation nationale, en fait. Il faut que ça s'arrête, donc il faut avoir le courage. Et quand on est au gouvernement, il faut un peu de courage de temps en temps.
ALBA VENTURAEt le courage, c'est de s'en prendre aux retraités ?
JEAN-PIERRE FARANDOUNon, justement. Alors, il faut… Ce n'est pas le mot. On ne s'en prend pas du tout, d'ailleurs, on ne s'en prend à personne. On essaie de voir comment on peut récupérer des économies. Parce que des impôts, il y en a beaucoup dans ce pays, et des cotisations. Donc oui, il faut faire des économies. Et sur les retraités, on l'a dit, on n'a rien contre les retraités en particulier. C'est une solidarité globale. Les retraités, c'est en gros un peu moins de 6 milliards. Donc c'est 10 % de l'effort à peu près, puisque c'est 54 milliards. Et les retraités, c'est 25 % de la population, un quart de la population, 10 % de l'effort. Il me semble que c'est raisonnable, ces proportions.
ALBA VENTURAEst-ce que ce sont ceux qui touchent des pensions au-dessus de 2 034 euros qui verront leurs pensions gelées ?
JEAN-PIERRE FARANDOUAlors ça, on verra. Dans le projet de budget, vous savez, il y a deux grandes modalités si on veut freiner les dépenses sur la retraite. Premièrement, effectivement, c'est moins revaloriser l'évolution des retraites. Et deuxièmement, éventuellement, revenir sur l'abattement pour frais professionnels. On voit bien le petit paradoxe : frais professionnels, retraités. Il y a quand même quelque chose qu'on pourrait regarder. Ça, c'est le débat au Parlement, qui décidera si on prend une mesure et laquelle, et quelle combinaison des deux mesures éventuelles on peut finir par décider.
ALBA VENTURAOn tape sur le pouvoir d'achat des retraités quand même, parce que quand on ne désindexe pas les retraites, on leur ampute du pouvoir d'achat.
JEAN-PIERRE FARANDOUD'ailleurs, aucune retraite ne sera baissée. Il faut commencer par là et regarder les salariés. D'ailleurs, moi, j'ai proposé de proposer aux retraités de faire, comme pour les salariés, une réévaluation annuelle des retraites avec les partenaires sociaux, comme dans les entreprises autour des salaires. Et l'État, à la fin, prend ses responsabilités.
ALBA VENTURAÇa serait une fois par an, par exemple ?
JEAN-PIERRE FARANDOUÇa serait une fois par an, par exemple, effectivement. On regarderait quelle est l'évolution du système, quelles sont les grandes tendances économiques, quelle est la démographie. Et à partir de là, on pourrait décider d'une réévaluation. Il n'y a jamais de moins, il n'y a que du plus, et on pourrait même avoir une espèce de plancher minimum. On dirait chaque année un minimum pour les retraites, pour augmenter de temps en temps, et on discute chaque année : est-ce qu'on peut faire plus ?
ALBA VENTURAMais enfin, il y a une élection présidentielle, donc cela peut être balayé par le prochain président. Votre idée de revaloriser…
JEAN-PIERRE FARANDOUC'est une proposition qui est loin d'être décidée et votée au Parlement. Et deuxièmement, bien sûr, l'élection présidentielle peut tout rebrasser.Vous savez d'ailleurs que ce budget, on le construit pour être… pour un semestre, j'allais dire, pour être réversible. C'est-à-dire que oui, nous prenons des décisions pour tenir les comptes du pays et tenir les comptes de la Sécurité sociale, mais en veillant à ce que la démocratie va désigner un nouveau président de la République, une nouvelle Assemblée. A partir de là, les nouveaux élus pourront prendre des décisions contraires s'ils estiment que c'est ce qu'il faut faire pour la France.
ALBA VENTURA54 milliards d'économies, vous ne croyez pas que ce budget risque d'être censuré ?
JEAN-PIERRE FARANDOUOn verra. Si on le présente, c'est qu'on y croit, c'est qu'on pense qu'il est nécessaire pour le pays. On est prêts à discuter. On rentre dans la discussion tout en étant ouverts à des propositions. On est prêts.
ALBA VENTURALe 49.3, c'est une idée. Yaël Braun-Pivet, à votre place, la présidente de l'Assemblée, disait : "Allons-y avec le 49.3."
JEAN-PIERRE FARANDOUIl faut d'abord commencer par discuter. On est dans une démocratie parlementaire, donnant au Parlement la chance de travailler, la chance de proposer, la chance de décider, à la fois l'Assemblée nationale et le Sénat. On sait que le Sénat aussi aura des propositions à faire.
ALBA VENTURAUne question, Jean-Pierre Farandou. Il faut préciser quand même que la réforme des retraites reste suspendue. C'est ce que les socialistes avaient obtenu l'an dernier. C'est lors de la présidentielle que sera tranché le débat sur une future réforme des retraites. On est bien d'accord ?
JEAN-PIERRE FARANDOUJe pense que chaque candidat commence à arriver avec sa réforme. Et je pense que c'est très important, effectivement, que les Français puissent trancher puisque, s'il n'y avait pas de nouvelle réforme… Vous avez raison : le 1er janvier 2028, c'est la réforme d'avant qui repart ou il y a une nouvelle réforme ? Cette nouvelle réforme s'imposera. Et s'il n'y en a pas, c'est celle de 2023 qui repart. Là-dessus, on voit que les écuries présidentielles commencent à aborder les choses. On a d'ailleurs, nous aussi, vous savez, fait une conférence sociale. Peut-être qu'on y reviendra dans le débat, qui commence à faire des propositions intéressantes parce qu'elles pourraient être acceptables. Et je pense qu'une réforme des retraites doit être acceptée par les populations, par les syndicats, par le patronat. Et là, cette conférence sociale arrive avec des voies de passage qui pourraient être les bases d'une prochaine réforme.
BRUCE TOUSSAINTLa dernière séquence de cette interview : "J'y crois, je n'y crois pas." Des propositions, des hypothèses, et vous nous dites si vous y croyez ou pas. Aider les salariés en augmentant les forfaits kilométriques. C'est ce que demande Marylise Léon de la CFDT. J'y crois, je n'y crois pas ?
JEAN-PIERRE FARANDOUOui, moi, j'y crois. Je crois effectivement que, quand elles le peuvent, bien sûr, les entreprises peuvent aider leurs salariés à prendre ce choc, ceux qui sont sur les carburants. Vous savez que le Gouvernement a déjà décidé de relever et de multiplier par deux la prime carburant, et aujourd'hui une entreprise peut aller jusqu'à 600 euros pour verser une prime exempte de cotisations et de fiscalité. Donc, il y a vraiment un instrument puissant pour permettre aux entreprises d'aider leurs salariés.
ALBA VENTURARecourir davantage au télétravail pour éviter de prendre sa voiture. J'y crois ou je n'y crois pas ?
JEAN-PIERRE FARANDOUJ'y crois. C'est du bon sens. Si vous avez deux jours de télétravail par semaine, ça fait 40 % de déplacements en moins, 40 % de budget essence en moins. Donc, bien évidemment, chaque fois qu'on le peut, j'encourage à l'usage du télétravail.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304679
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