Interview de Mme Catherine Pégard, ministre de la culture, à France Info le 21 septembre 2026, sur la protection du patrimoine, la sécurisation des musées, le budget 2027 et les économies dans l'audiovisuel public.
Catherine Pégard (auteur), Benjamin Recouvreur (intervenant), Camille Girerd (intervenant)
BENJAMIN RECOUVREUREt bonjour Catherine Pégard.
CATHERINE PÉGARDBonjour.
BENJAMIN RECOUVREURMinistre de la Culture. Merci d'être avec nous ce matin sur France Info, à l'occasion des Journées du patrimoine qui se tiennent tout ce week-end, un rendez-vous plébiscité par les Français depuis plus de 40 ans, mais un patrimoine fragile tout de même, en péril même. C'est le thème de ces Journées du patrimoine cette année. Vous êtes, vous aussi, en tant que ministre de la Culture, inquiète pour notre patrimoine ? Il est en danger ?
CATHERINE PÉGARDAlors je pense qu'il ne faut pas exagérer. C'est vrai que c'est le thème des Journées du patrimoine, le thème choisi par l'Europe : "Patrimoine en péril". Donc cela veut dire que ça regroupe toute l'Europe. Et je pense que la France se tient à un haut niveau de protection de son patrimoine et qu'on ne peut pas dire aujourd'hui que le patrimoine français est en péril. Il y a encore, on évalue à peu près à 20 % le nombre de monuments qui nécessiteraient une restauration approfondie, et donc nous nous y employons. Il faut dire que les crédits du patrimoine ont doublé dans les dix dernières années et que l'intérêt pour le patrimoine, que l'on peut mesurer ce week-end avec le public, montre bien que c'est une des choses qu'il faut protéger au maximum. Parce que l'histoire d'hier fait l'histoire de demain et le patrimoine fait la création.
BENJAMIN RECOUVREURLes 20 % tout de même de monuments qui nécessiteraient des travaux. Est-ce qu'on a les moyens aujourd'hui d'assumer ces travaux de rénovation ?
CATHERINE PÉGARDMais encore une fois, on a des plans qui sont très, très précis, très approfondis pour des monuments qui vont du château de Versailles jusqu'à l'église du plus petit village de France. Il faut aussi mesurer la grande diversité de nos patrimoines et pas non plus considérer que tout coûte des millions. Quelquefois, avec 20 000 euros, vous restaurez une partie d'un petit château qui va s'ouvrir au public et qui va pouvoir après développer son offre. Et ça, c'est très, très important. Et on peut mesurer le chemin parcouru, par exemple avec la Fondation du patrimoine, qui aide beaucoup à développer les projets sur le patrimoine. Plus de 1 000 projets depuis 2018, près d'un milliard d'euros de projets soutenus, avec évidemment le concours de l'État. Et je crois qu'effectivement, la prise de conscience des dernières années, c'est que tout le monde doit s'intéresser à ce patrimoine qui nous intéresse et que toutes les bonnes volontés sont bienvenues : celles de l'État, celles des collectivités locales qui sont très investies, celles des mécènes qui apportent un concours merveilleux, derrière la Fondation du patrimoine, derrière ce Loto du patrimoine dont on parle chaque année. Et je crois qu'effectivement, par ailleurs, tout n'est pas parfait. Moi, comme vous le savez, j'ai dirigé le château de Versailles. Je sais, et je ne vous le dirai pas, ce qu'il reste encore à faire au château de Versailles. Et c'est vertigineux, bien sûr.
CAMILLE GIRERDAlors justement, Catherine Pégard, vous parliez de l'amour des Français pour leur patrimoine et vous avez raison de le rappeler. Il y a le grand patrimoine, ces grands monuments. Et puis il y a tout ce qu'on appelle le petit patrimoine, tous ces édifices qui ne sont pas classés et qui font la France et auxquels nous sommes attachés. Là aussi, sur près de 300 000, il y en a plus de 65 000 qui sont établis comme étant dans un état critique. C'est à peu près un quart. Et on entend votre volonté de protéger le patrimoine français. Mais on le voit, on est aussi dans un moment de budget difficile, de rigueur budgétaire en tout cas. Et d'ailleurs, les directions en régions qui s'occupent de financer tous ces projets qui font vivre notre patrimoine évaluent la baisse de leur enveloppe budgétaire à environ 30 %. Vous pouvez nous confirmer ce chiffre ?
CATHERINE PÉGARDAlors là, je pense qu'il ne faut vraiment pas rentrer dans ces chiffres aujourd'hui puisqu'on est encore dans les discussions budgétaires. Ensuite, il y aura les débats au Parlement. Il est vrai qu'on nous demande des efforts. On nous demande des efforts d'ailleurs pour éviter des sacrifices qui seraient plus brutaux plus tard. On est dans un contexte effectivement difficile, le Premier ministre l'a rappelé.
CAMILLE GIRERDMais sur le patrimoine en particulier, on parlera du budget plus globalement après. Est-ce que, sur le patrimoine en particulier, il y a une baisse de l'enveloppe ? Il y avait encore un article dans Le Parisien, par exemple, aujourd'hui, avec les artisans qui font vivre aussi le patrimoine. On a bien vu avec Notre-Dame de Paris comment ils avaient réussi à le rénover. Ils disent que là, il y a une baisse des crédits et qu'ils vont devoir aussi se séparer de certains de leurs salariés. Qu'est-ce que vous pouvez leur répondre ce matin ?
CATHERINE PÉGARDAlors je pense qu'il y a plusieurs niveaux dans ce que vous dites. Il y a effectivement tout ce patrimoine qui fait le tissu de la France. C'est notre maillage territorial, c'est ce à quoi nous sommes aujourd'hui le plus attachés. Notre priorité, c'est de réparer les urgences. Parce que quelquefois, si vous ne faites pas les travaux qui s'imposent, le lieu se dégrade encore plus. Et l'année suivante, eh bien, ce lieu est encore plus en péril que l'année précédente. Cela paraît banal de le dire, mais cela veut dire qu'il faut faire des choix. Il y a certains monuments qui peuvent attendre encore un an, deux ans.
CAMILLE GIRERDIl y a des priorités. On peut l'entendre.
CATHERINE PÉGARDDonc il faut faire des priorités. Par ailleurs, il y a les métiers du patrimoine et ça, on y est évidemment particulièrement attachés parce que je crois que là aussi, ces métiers du patrimoine sont uniques au monde. On en a parlé au moment, effectivement, de Notre-Dame, mais nous, on en parle tous les jours parce qu'on voit des doreurs, des ébénistes…
CAMILLE GIRERDEt comment les rassurer, madame la ministre, ce matin ? Parce qu'on entend leur inquiétude.
CATHERINE PÉGARDLà aussi, j'entends leur inquiétude, je la partage. Je crois qu'il y a des moments et des endroits où, effectivement, ils peuvent être en difficulté. Là aussi, c'est à nous de les épauler et de voir plus globalement les choses. Vous pouvez être un petit entrepreneur dans le Nord de la France et peut-être, à quelques kilomètres un peu plus au sud, vous pourriez faire davantage de choses, mais vous ne le savez pas. Donc je pense qu'aujourd'hui, comme je l'ai dit tout à l'heure, il faut que les collectivités locales…
BENJAMIN RECOUVREURIl faudrait centraliser un peu les choses.
CATHERINE PÉGARDEn tous les cas, les partager plutôt que les centraliser. Je pense qu'avec les collectivités locales notamment, j'ai commencé ce travail de voir les maires, de voir les présidents de région, de voir les priorités qu'on va partager et de voir justement les entreprises qu'on pourra associer pour aller plus vite, pour faire le travail.
BENJAMIN RECOUVREURL'autre enjeu crucial, Catherine Pégard, pour le patrimoine, c'est bien souvent la sécurité. Et notamment dans les musées. On l'a vu ces derniers mois, notamment avec évidemment le casse du musée du Louvre, les vols des joyaux de la Couronne. On va y revenir en détail. D'abord, d'un mot sur l'enquête pour les retrouver : est-ce qu'on a toujours un espoir de remettre la main dessus ?
CATHERINE PÉGARDIl faut toujours avoir un espoir parce que quelquefois, on retrouve ces objets bien longtemps plus tard. Mais bon, l'enquête continue. Et je ne peux pas vous en dire plus sinon que j'aimerai vous en dire plus.
BENJAMIN RECOUVREURPas d'avancée majeure à ce stade. Est-ce que sur la sécurisation du Louvre, là aussi, vous êtes arrivée juste après la démission de Laurence des Cars, l'ancienne présidente du Louvre, on a avancé sur le sujet, ce chantier qui est énorme pour le plus grand musée du monde ?
CATHERINE PÉGARDLà, effectivement, on a mis en urgence en œuvre un plan de développement de la sûreté et de la sécurité du Louvre. Là aussi, c'est toujours un travail itératif, la sûreté. Les responsables de la sûreté dans les musées, ils savent qu'il faut travailler régulièrement, avoir la conscience que la sûreté, c'est un enjeu fondamental pour les musées, pour les châteaux, et qu'il faut y penser toujours. Et cela peut-être que parfois on l'oublie un peu, parce que quand tout va bien, on oublie qu'il y a une porte qui est mal fermée.
CAMILLE GIRERDC'est ce qui était ressorti avec la commission d'enquête parlementaire, d'ailleurs, qui s'était tranchée sur ce qui s'était passé avec ce casse du siècle au Louvre.
CATHERINE PÉGARDTrès exactement.
CAMILLE GIRERDCe qui est intéressant aussi, et inquiétant, c'est que ces vols ont lieu aussi dans des plus petits musées. On a eu l'exemple récemment des vols au musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, avec deux tableaux qui ont été volés. Ces vols qui se multiplient, ils soulignent quoi ? La fragilité de nos musées ? Il faut prendre plus sérieusement cette question de la sécurité aujourd'hui ?
CATHERINE PÉGARDJe crois qu'aujourd'hui, effectivement, elle nous habite constamment parce que justement, on a vécu ces moments extrêmement difficiles, extrêmement choquants pour les équipes. Parce que je dois dire que les gens font leur travail. Au musée de Cagnes-sur-Mer, il n'y avait aucun risque identifié. Et puis il y a eu ce vol.
CAMILLE GIRERDMais comment faire pour sécuriser tous ces petits musées ?
CATHERINE PÉGARDAlors avant de dire cela, il faut se dire qu'il faut encore une fois y veiller tout le temps et se dire que les attaques sont de plus en plus brutales. À Cagnes-sur-Mer, on a quand même parlé de commandos qui étaient venus pour arracher ces tableaux avec une préparation formidable, parce qu'on a pu apprendre que les voleurs avaient des housses exactement de la taille des tableaux pour pouvoir repartir.
CAMILLE GIRERDEt ça, c'est nouveau, ce degré de professionnalisme qui attaque les petits musées ?
CATHERINE PÉGARDJe crois que le degré de professionnalisme, de l'avis de tous, du ministère de l'Intérieur en tous les cas, n'a jamais été vu précédemment.
BENJAMIN RECOUVREUREst-ce que la France est particulièrement visée par ce type d'attaques nouvelles dont vous parlez ?
CATHERINE PÉGARDPas du tout. Parce que justement, on a des échanges en ce moment avec les musées d'Europe, puisqu'on organise bientôt un G7 des musées d'Europe pour discuter justement des bonnes pratiques des musées, des échanges que l'on peut avoir, pas seulement en termes de conservation ou d'acquisition de chefs-d'œuvre. Et on s'aperçoit que dans tous les pays, il y a…
BENJAMIN RECOUVREURIl y a les mêmes failles de sécurité.
CATHERINE PÉGARDLes failles ou il y a les mêmes fragilités, en tous les cas. Et donc on a mis au point un plan de sûreté doté de 30 millions.
CAMILLE GIRERDQue vous avez présenté au mois de juillet avec six plans.
CATHERINE PÉGARDLe plan de sécurité, je l'ai présenté au mois de juillet. Mais, en revanche, le fonds de sûreté, on l'a mis en œuvre déjà dès le printemps. 423 musées ont déjà été pris en considération. On est en train d'établir la liste des urgences pour les mois qui viennent. Et donc là aussi, c'est un travail régulier qu'il faut mener et il ne faut jamais baisser la garde.
CAMILLE GIRERDMais justement, c'est intéressant, cette liste que vous êtes en train de dresser. Ça fait partie des six points prioritaires que vous avez établis cet été, Catherine Pégard. Mais ça veut dire qu'en fait, on n'avait pas de vision sur nos joyaux à protéger, nos œuvres d'art ? On est surpris, on est rattrapés plus rapidement par cette nouvelle délinquance ?
CATHERINE PÉGARDJe crois qu'on avait une vision tout à fait précise de nos collections. On travaille sur des récolements sans fin, on essaie de comprendre les faiblesses de nos dispositifs, bien sûr. Mais là, je pense que dans l'urgence qui est la nôtre aujourd'hui d'échapper, encore une fois, à ces nouveaux types d'attaques, je crois que c'est ça qui est le plus difficile à comprendre : c'est qu'aujourd'hui vous avez des gens, des voleurs, des escrocs qui s'attaquent à nos lieux comme ils s'attaquaient avant. Quand vous voyez les films, on les voyait s'attaquer à des bijouteries. Aujourd'hui, ce sont les musées. C'est très grave. Et donc on travaille d'ailleurs en concertation de plus en plus étroite avec le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Justice, pour mettre au point, encore une fois, une prise de conscience de la sûreté. J'y insiste beaucoup. Cela paraît peut-être dérisoire, mais si vous voyez quelque chose qui vous semble être une anomalie, il faut tout de suite le signaler.
BENJAMIN RECOUVREURCatherine Pégard, ministre de la Culture, vous êtes notre invitée ce matin du 8 :30 franceinfo. Le budget, ce que coûte la culture, ce qu'il faut y investir, c'est au cœur de cet entretien depuis tout à l'heure. Le Premier ministre cherche 54 milliards d'euros d'efforts à faire dans les comptes de l'État. Catherine Pégard, combien d'économies vous a-t-on demandé ?
CATHERINE PÉGARDPour l'instant, comme je vous l'ai dit, je ne peux pas en parler en détail puisque nous sommes encore en train d'en discuter et nous n'avons pas reçu chacun notre feuille de route. Ce qui est évident, c'est qu'on nous a demandé…
BENJAMIN RECOUVREURVous n'avez pas reçu votre lettre de cadrage, comme on dit ?
CATHERINE PÉGARDNon, je ne l'ai pas reçue ma lettre de cadrage.
BENJAMIN RECOUVREURLe ministre du Logement, qui était à votre place hier, Vincent Jeanbrun, l'avait reçue. Elle devrait arriver très bientôt dans votre boîte aux lettres.
CATHERINE PÉGARDElle arrive en ce moment, vous voyez ?
CAMILLE GIRERDVous devez quand même avoir une idée des efforts qui vous sont demandés.
CATHERINE PÉGARDLes efforts qui nous sont demandés, ils sont évidemment incontestables. On en a déjà fait beaucoup dans les années précédentes, mais là, il se trouve qu'on est soumis à des contraintes qui sont très fortes et qui, surtout, sont nouvelles. Donc, nous en sommes, comme tous les autres, tributaires. Je crois qu'il faut le dire avec sincérité, il faut le regarder avec lucidité, et il faut surtout travailler avec ceux qui sont évidemment impactés par ces budgets pour voir comment on peut faire pour ne pas casser la vie culturelle en France et pour ne pas casser l'image de la France dans le monde, qui est liée à sa culture. Je veux dire, moi vois beaucoup mes homologues étrangers et, dès qu'ils vous rencontrent, ils vous parlent de ce qu'ils voudraient que la France leur apporte. Donc cela a un coût. Il faut y travailler, et je sais que vous attendez des chiffres, mais c'est plus que les chiffres. Les projets, c'est important. Le projet que l'on a pour notre culture, pour ce que l'on veut en dire au monde, c'est très important. Évidemment, on peut dire : "on nous demande des efforts assez considérables". Par exemple, sur le patrimoine, vous l'avez dit.
CAMILLE GIRERDOui, par exemple, quelles sont les pistes d'économies qui pourraient se dessiner ?
CATHERINE PÉGARDLes pistes d'économie, c'est ce que je vous ai dit tout à l'heure : c'est de travailler avec les uns et les autres. Mais par exemple, c'est vrai aussi, ce n'est pas seulement pour les musées. Là, j'ai vu récemment les directeurs des grands théâtres parisiens, des opéras. On travaille ensemble pour voir ce qu'ils peuvent reporter, parce que c'est ça le problème : c'est qu'on a une sorte de grosse bosse.
CAMILLE GIRERDA passer. Donc reporter des spectacles, Catherine Pégard. C'est ça dont il s'agit ?
CATHERINE PÉGARDOn essaie de garder au maximum la production parce que la production, c'est le tissu vital de nos théâtres, de nos télévisions.
CAMILLE GIRERDDonc reporter quoi ?
CATHERINE PÉGARDDonc reporter certains engagements financiers qu'on peut différer, par exemple.
BENJAMIN RECOUVREURIl y a des investissements qu'on va différer ?
CAMILLE GIRERDCertains investissements, on peut différer certains travaux.
BENJAMIN RECOUVREURMais suppose certaines choses, concrètement, ces pistes d'économies… On comprend que vous vouliez préserver le spectacle vivant, le patrimoine, les musées, mais pour faire les économies substantielles.
CATHERINE PÉGARDNon, mais, moi, le problème, c'est que je veux tout préserver. On est bien d'accord.
BENJAMIN RECOUVREURMais comment on y arrive sans justement affaiblir la vie culturelle très concrètement ?
CATHERINE PÉGARDComment on y arrive ? Alors, on nous a donné une feuille de route qui est comme vous le dites très précise, de faire des économies d'une manière très précise. Il faut les faire au cas par cas. Je ne crois pas que le coup de rabot systématique, où l'on dit "on supprime tant de crédits pour le spectacle vivant, tant de crédits pour le patrimoine", soit la bonne solution aujourd'hui.
BENJAMIN RECOUVREURDonc, vous pouvez assurer les acteurs du spectacle vivant, par exemple : il n'y aura pas de crédits en moins pour eux ?
CATHERINE PÉGARDBien sûr qu'il y aura des crédits en moins, mais il y aura des crédits en moins au cas par cas, qui ne rendront pas vulnérables nos établissements. C'est ça, mon but.
CAMILLE GIRERDAlors, justement, Catherine Pégard, il y a de l'inquiétude dans le monde de l'audiovisuel, notamment avec cette question des économies. Jusqu'où est-ce que cela ira ? Jusqu'à affaiblir l'exception culturelle française dont vous parliez à l'instant ? On a appris cette semaine que le groupe France Télévisions allait devoir faire 90 millions d'euros d'économies en 2027. Écoutez ce qu'en dit Pascal Rogard, directeur général de la SACD, c'est la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Il dénonce le désengagement de l'État.
PASCAL ROGARD, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SACD (SOCIÉTÉ DES AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES)Les pouvoirs publics se désintéressent complètement du sort des télévisions françaises. Sur le plan du service public, il y a une diminution forte et constante du financement, qui va forcément frapper la création, donc favoriser les plateformes étrangères et les réseaux sociaux. C'est un sabotage.
CAMILLE GIRERDCatherine Pégard, qu'est-ce que vous répondez ? Ce terme de sabotage est très fort. Est-ce que, à force de rabots, à force de coups d'économies, on sabote la création française ?
CATHERINE PÉGARDJe trouve que Pascal Rogard est quand même extrêmement sévère. J'ai eu l'occasion de discuter très souvent avec lui. Je pense qu'il a une vision quand même extrêmement dure par rapport à ce que nous faisons. Dire que nous nous désintéressons de la production, je trouve que c'est extrêmement injuste. Je pense que tout le travail qui est fait, au contraire, et qui est fait avec France Télévisions, c'est pour préserver la production. On a demandé d'autres sources d'économies.
CAMILLE GIRERDMais Catherine Pégard, il n'est pas le seul à être inquiet. Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, face justement aux géants américains des plateformes Netflix - qui est devenu en 2025 le premier financeur privé pour le cinéma - elle va jusqu'à dire qu'on souhaite cette forme de vassalisation. C'est-à-dire que la création française soit financée majoritairement par une plateforme comme Netflix.
CATHERINE PÉGARDJe verrai dans ces prochains jours Delphine Ernotte et nous en parlerons toutes les deux, parce que la trajectoire d'économies avec France Télévisions, elle a été définie au printemps dernier, donc avant même que nous ayons ces nouvelles mauvaises nouvelles au plan international.
CAMILLE GIRERDIl y a cette nouvelle exigence budgétaire qui vous tient.
CATHERINE PÉGARDEt donc, cette trajectoire d'économies, elle sait qu'elle doit la mener. La mener aujourd'hui, c'est prévenir le pire demain. Comme vous le savez, nous sommes attachés au service public. Je le répète à chaque fois que je viens sur vos antennes : c'est un bien commun. C'est là qu'on peut développer aussi notre vie culturelle, parce que la plus grande scène culturelle, c'est France Télévisions à travers ses programmes. Donc, je suis bien consciente qu'il faut faire tout ce qui sera en notre possible pour qu'on s'attaque le moins possible à l'information et à la production. Ce sont mes deux combats pour France Télévisions. Et là encore, nous en discuterons avec Delphine Ernotte la semaine prochaine. Je comprends son inquiétude, mais encore une fois, tout cela a été déterminé au printemps, à la demande du Premier ministre, début mars. Je venais d'arriver dans ce ministère et depuis début mars, nous travaillons ensemble pour corriger la trajectoire économique de France Télévisions, comme cela a d'ailleurs été demandé par la Cour des comptes d'ailleurs.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304681
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