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18 septembre 2026 · Gouvernement · LCI · discours Discours

Interview de M. David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics, à LCI le 18 septembre 2026, sur le prix du carburant et le budget pour 2027.

David Amiel (auteur)

DAVID AMIELBonjour. AMELIE CARROUËRMerci d'avoir accepté l'invitation ce matin. DAVID AMIELMerci à vous. AMELIE CARROUËRLe gazole passe la barre des 2,38 Euros le litre en moyenne. C'est un record depuis avril 2026. C'est quoi la prochaine étape ? Stagnation ou encore augmentation ? DAVID AMIELTout dépend de l'évolution de la situation militaire au Moyen-Orient, puisque ce qui a déclenché cette augmentation très forte du prix du pétrole, c'est la guerre et le blocage dans le détroit d'Ormuz. Le Président de la République réunissait ce matin les chefs de partis politiques et les candidats à la présidentielle, justement pour pouvoir échanger avec eux autour de l'évolution de la situation géopolitique. D'ailleurs, à la fois en Iran et également en Ukraine, puisque là aussi cela touche très fortement les marchés internationaux de l'énergie. AMELIE CARROUËRVous n'êtes pas en mesure de nous dire si ça va augmenter et dans quelle mesure, je le comprends. Je précise juste pour nos téléspectateurs qu'ils ont leur QR code, c'est à eux, c'est pour eux. Vous le flashez, vous le scannez et vous posez toutes vos questions au ministre, elles seront relayées tout à l'heure en direct, bien évidemment. Pour une Clio diesel, c'est 110 Euros pour un Français désormais le plein. L'année dernière… Vous savez combien c'était combien il y a un an ? C'était 75 Euros. Jusqu'où êtes-vous prêt à aller, au Gouvernement, pour aider les Français ? Sur TF1, il y a eu une annonce importante : l'aide aux gros rouleurs ; elle va aller au-delà du 30 septembre. Jusqu'où va-t-elle courir, cette aide ? DAVID AMIELNous sommes en train de travailler à des dispositifs supplémentaires d'aide et d'accompagnement des Français, comme nous le faisons depuis le début de la guerre. AMELIE CARROUËRPar exemple ? DAVID AMIELNon, mais les chiffres que vous donniez n'existent pas qu'en France. Dans l'ensemble des pays européens, aux Etats-Unis, nous subissons tous cette guerre. AMELIE CARROUËRJ'entends mais nous, là, on parle à nos téléspectateurs français. Quels types d'aides sont en préparation ? DAVID AMIELLes aides aux différents secteurs qui sont les plus touchés par la hausse des prix du carburant - je pense aux pêcheurs qui, s'ils ne sont pas aidés, ne peuvent plus aller en mer, je pense au secteur du BTP, je pense aux agriculteurs - sont prolongées jusqu'au 31 décembre. Guichet d'aide aux gros rouleurs, c'est-à-dire aux personnes qui ont besoin de leur voiture, classes populaires, pour aller travailler, est ouvert aujourd'hui jusqu'au 30 septembre. Et évidemment que des aides supplémentaires seront apportées. Nous y travaillons. AMELIE CARROUËRPar exemple ? Pardon, je vais insister lourdement, mais bien sûr mon travail, c'est de vous pousser à être le plus concret possible pour ceux qui nous regardent. DAVID AMIELMais mon travail, et celui de l'ensemble du Gouvernement, c'est de pouvoir proposer des aides efficaces, des aides ciblées et des aides qui ne se traduiront pas demain par une avalanche d'impôts. Parce que ce serait la facilité, comme certains le font, d'annoncer des milliards et des milliards d'Euros qui, demain, se traduiraient en taxes supplémentaires par les Français qui viendraient grever leur pouvoir d'achat. C'est la raison pour laquelle il faut pouvoir travailler sur des dispositifs d'aides ciblées, d'aides temporaires et d'aides financées. AMELIE CARROUËRPour bien comprendre, c'est quoi le coût d'une telle mesure d'annoncer comme ça que vous prolongez l'aide gros rouleurs au-delà du 30 septembre ? DAVID AMIELLes aides carburants, aujourd'hui, qui ont été déclenchées depuis le déclenchement de la guerre dans le détroit d'Ormuz représentent une enveloppe d'un milliard 400 millions d'Euros. Et ça a conduit à des réductions de dépenses dans les différents ministères depuis le début, parce qu'à nouveau, la pire hypocrisie, ce serait de les faire à crédit, parce que ça voudrait dire une avalanche d'impôts demain dans un pays qui est déjà très lourdement fiscalisé. AMELIE CARROUËREdouard Philippe, ancien Premier ministre, qui a connu les gilets jaunes, il demande au Gouvernement le doublement immédiat des aides ciblées. Vous lui répondez ? DAVID AMIELLes candidats à la présidentielle feront des propositions, et je n'en doute pas qu'ils le feront. Je ne peux pas ici répondre à tel ou tel candidat à l'élection présidentielle, ce que je peux dire… AMELIE CARROUËRCandidat et ancien Premier ministre qui a connu ces sujets sensibles donc du coup, son expérience peut être… DAVID AMIELBien sûr. Les situations à l'époque étaient extrêmement différentes, parce que ce qui se passe aujourd'hui, c'est une crise internationale. D'ailleurs, les mêmes difficultés se posent en Allemagne, en Italie, dans les autres pays européens. Et dans chacun de ces pays, on essaie de trouver les meilleures manières d'accompagner les Français. Donc je vous le dis, il y aura évidemment des annonces qui seront faites dans les prochains jours. AMELIE CARROUËRC'est-à-dire ? DAVID AMIELJe vous le dis, les annonces seront faites dans les prochains jours. AMELIE CARROUËRC'est une question de la semaine prochaine… ? DAVID AMIELNous organisons les choses. AMELIE CARROUËROn est en situation d'urgence, donc chaque jour compte, chaque mot est à ton vu, vous le savez. DAVID AMIELAujourd'hui, l'aide aux grands rouleurs est ouverte, puisque vous m'avez interrogé sur l'urgence. La question est évidemment de savoir ce qui se passe après le 30 septembre, et nous aurons l'occasion, bien avant le 30 septembre, de l'expliquer. AMELIE CARROUËREt comme Maud Bregeon, la porte-parole du Gouvernement, est mon invitée lundi matin, je reviendrai avec elle sur tous ces points également. Mais je n'en ai pas fini avec vous, monsieur le ministre, encore. Vous parlez des pays voisins. Certains ont appliqué des baisses de taxes, se sont mêlés de la fiscalité. C'est ce qui est demandé par certains candidats ici en France. Marine Le Pen vous demande encore et encore la baisse de la TVA, de baisser la fiscalité des carburants. Vous ne voulez pas répondre à tel ou tel candidat, mais là, je vous demande de répondre à une chose qui est demandée par beaucoup d'acteurs du secteur, les représentants d'automobilistes, de la distribution… DAVID AMIELPlusieurs choses dessus. D'abord, contrairement à ce qu'on a souvent entendu, l'État ne gagne pas un Euro en matière de recettes sur le carburant. D'ailleurs la meilleure réponse à ça, ce sont les chiffres dont on dispose. Quand on compare les recettes liées au carburant cette année par rapport à la même période l'année dernière, entre le mois de mars et le mois de septembre cette année, et le mois de mars et le mois de septembre l'année dernière, on a même perdu, pour tout vous dire, 10 millions d'Euros. Pourquoi ? Parce que les recettes de TVA sont liées effectivement aux prix, donc elles augmentent. Mais le principal impôt qui repose sur la consommation de carburant, qui s'appelle l'accise, elle ne dépend pas du niveau des prix, elle dépend uniquement des volumes consommés. Et comme évidemment les volumes consommés baissent, elles baissent drastiquement, et donc au total, ils n'ont pas d'argent. Premier renseignement, heureusement qu'on n'a pas entendu - vous citiez Marine Le Pen, vous auriez pu en citer d'autres - ceux qui nous disaient utiliser une cagnotte imaginaire pour financer les aides aux Français, parce qu'il n'y aurait pas d'aide du tout si on avait décidé de s'organiser ainsi. On s'organisait autrement, on a fait des économies dans les ministères par plusieurs salles successives qui ont permis d'avoir ces aides.Maintenant, une baisse généralisée des taxes, ça serait au fond aider des gens qui n'en ont pas besoin. Moi, si je prends ma voiture pour aller en week-end, je n'ai pas besoin que l'État utilise de l'argent public pour m'aider. En revanche, il faut aider les travailleurs qui ont besoin de leur voiture pour se rendre au travail, pour accompagner leurs enfants. C'est la raison pour laquelle on a besoin d'avoir des aides ciblées. La dernière fois qu'il y avait eu des mesures très générales, ça avait coûté 7 à 8 milliards d'Euros. Et ensuite, on voit aujourd'hui les mesures que nous sommes obligés de prendre pour pouvoir le compenser. A nouveau, si on ne veut pas avoir une avalanche de taxes demain, je crois que les Français qui nous écoutent n'en veulent pas, il faut avoir des aides ciblées et des aides financées. AMELIE CARROUËRAprès, on va revenir sur l'annonce du budget. Encore une question sur les carburants. Est-ce que vous allez demander plus aux raffineurs ? Est-ce que vous allez demander plus à TOTAL ? Côté politique, on entend que les marges du raffinage n'ont jamais gagné autant d'argent. Aujourd'hui, les côtés des grands distributeurs accusent TotalEnergies. C'était encore le cas du patron de la Coopérative U, à votre place il y a quelques jours. Il accusait TotalEnergies de produire, raffiner du pétrole, d'en profiter. Est-ce qu'il faut aller regarder du côté de TOTAL ? En demander plus ? DAVID AMIELIl faut d'abord que TOTAL puisse continuer à intensifier sa baisse des prix à la pompe. Tant mieux s'il peut faire encore davantage. Serge Papin, Roland Lescure, Maud Bregeon, qui sont en charge de ce dossier, y travaillent d'arrache-pied... AMELIE CARROUËRJe vous pose à vous la question précisément parce que vous avez été co-rapporteur de la mission sur les profits exceptionnels des entreprises pétrolières et gazières, sauf erreur de ma part, c'était en 2022. Vous avez soutenu la mise en place de contributions exceptionnelles pour redistribuer une partie de ces profits vers les ménages et les collectivités. DAVID AMIELOui, mais il y a deux manières de redistribuer. Il y a la redistribution par l'impôt, c'est ce qu'elle a fait allusion, et puis il y a la redistribution directe. C'est quand TOTAL, en l'occurrence, baisse ses prix à la pompe, ce qu'ils font depuis de nombreux mois. L'avantage que ça a, c'est que ça permet d'aider directement les automobilistes. Une recette fiscale, on la prélève aujourd'hui, on la touche demain. C'est l'État qui la touche, ça nécessite ensuite de voir comment on la redistribue. Ce qui est quand même très efficace, c'est d'avoir une baisse directe du prix à la pompe. En tout cas, je crois que c'est ce qui est attendu par les Français. Donc évidemment, il faut pouvoir continuer à intensifier ces dispositifs. AMELIE CARROUËRQuestion bonus, est-ce que vous préparez un geste sur la question du gaz ? Le prix de référence augmentera de 6,3% au 1er octobre, c'est très important. La facture moyenne de gaz d'un ménage français va grimper de 120 Euros. DAVID AMIELLa première urgence, c'est évidemment de travailler sur l'approvisionnement. Maud Bregeon, là aussi, y est revenue, la ministre en charge de l'Énergie, à plusieurs reprises. Ensuite, en ce qui concerne la question plus générale du pouvoir d'achat, parce que vous prenez les questions les unes après les autres, mais au fond, ce qui intéresse les gens, c'est quand même à la fin du mois, combien on gagne. Donc ça, ça doit évidemment être un objectif clé dans la préparation du budget 2027, notamment de préserver le pouvoir d'achat des travailleurs. Et c'est la raison pour laquelle il y a des économies importantes. On aura l'occasion d'y revenir, mais il y aura un soutien aux travailleurs. Il n'y aura pas de gel du barème de l'impôt sur le revenu. C'est extrêmement important dans une période où l'inflation augmente. Il y a des dispositifs qui seront prolongés. Je pense à la prime Macron, je pense à la possibilité de racheter ses RTT. Bref, tout ce qui permet de soutenir le pouvoir d'achat des travailleurs, il faut pouvoir le faire dans le budget 2027. AMELIE CARROUËREt donc on en vient à ce budget 54 milliards d'Euros d'économie pour réduire le déficit à 5% en 2027. Il y a quelques jours, on parlait de 35 à 40 milliards. Là, on est à 54 milliards. Comment expliquer une telle augmentation ? C'est à cause de l'augmentation de la charge de la dette ? DAVID AMIELJe ne sais pas à quoi font référence les chiffres que vous évoquez. Ce n'étaient pas les chiffres que nous, on avait donnés. Les 54 milliards d'Euros, ils correspondent à quoi ? Ils correspondent effectivement aux économies, aux efforts plus précisément qui sont nécessaires pour avoir un déficit à 5% du PIB en 2027. Sur ces 54 milliards d'Euros, on n'a pas attendu pour agir. Il y a 9 milliards qui correspondent à des mesures déjà lancées dès cette année 2026, mais qui auront un impact dans l'année 2027. Il y aura 45 milliards d'Euros d'efforts nouveaux qui seront présentés dans le projet de loi de finances et dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. AMELIE CARROUËRJustement, la Sécurité sociale, quel est l'objectif de réduction de déficit de la Sécu ? DAVID AMIELLa Sécurité sociale, quand elle est en déficit, c'est le déficit le plus insupportable. Pourquoi ? Parce que ça veut dire qu'on fait financer par les générations de demain la protection sociale d'aujourd'hui. Je ne veux pas que ce soit à mes enfants dans 30 ans de rembourser mes médicaments. Évidemment, il faut ramener la Sécurité sociale à l'équilibre. Ce que nous proposerons dans les jours qui viennent, c'est une réduction massive du déficit de la Sécurité sociale, une réduction d'un tiers du déficit de la Sécurité sociale pour permettre rapidement son retour à l'équilibre. C'est extrêmement important. Des mesures ont déjà été prises, notamment de contribution des entreprises. Nous avons gelé le barème des allégements généraux au 1er juin dernier. Des mesures ont été prises et continuent à être prises, notamment pour réduire le coût des arrêts de travail, qui augmente considérablement. Aujourd'hui, c'est 1 milliard d'Euros de plus par an en matière d'arrêts de travail. Tout ça doit nous permettre de réduire le plus rapidement possible ce déficit de la Sécurité sociale, un rythme même beaucoup plus rapide que ce qui avait été le cas entre 2011 et 2019. AMELIE CARROUËRUn tiers ? Et quand vous dites rapide, c'est à quelle échéance ? DAVID AMIELUn tiers, c'est pour l'année 2027. Ensuite, il reviendra à nos successeurs de pouvoir le définir. Ce que ça veut dire, c'est que ce que le Gouvernement prépare, c'est une trajectoire extrêmement ambitieuse de réduction du déficit de la Sécurité sociale. AMELIE CARROUËREn parlant des retraites, entre une sous-indexation totale ou partielle des pensions et une suppression de l'abattement fiscal de 10% dont disposent les retraités, vous n'avez pas tranché. Ce n'est pas tranché par Sébastien Lecornu dans son expression. Le débat sera tranché au Parlement. Vous esquivez le problème ? DAVID AMIELNon, d'ailleurs, je crois que les débats qu'il y a eu ces derniers jours montrent plutôt le contraire. Mais là aussi, il faut rappeler le calendrier dans lequel on se trouve. Le budget sera présenté en Conseil des ministres le 1er octobre. Il y aura ensuite, évidemment, un débat au Parlement. Et puis, la question des économies de manière plus générale. On parlait de la question des retraités. Les efforts les plus importants ne porteront pas sur les retraités ou sur telle et telle catégorie de la population. Ils porteront sur l'État. C'est là où l'effort sera massif, puisque le budget des ministères sera gelé. Là aussi, c'est un effort sans précédent, hors défense. On n'avait jamais vu. Donc, il y a un effort très important sur l'État. Et puis ensuite, il y a évidemment des efforts à faire, on parlait en matière de protection sociale. Vous évoquiez la question des retraites. On a une augmentation spontanée des dépenses de retraite, c'est-à-dire, si on ne fait rien, de 13 milliards d'Euros l'an prochain. C'est plus que le budget de la justice. Il y a une partie qui est liée à l'évolution de la démographie. Et puis, il y a une partie qui est effectivement liée aux augmentations qu'on a observées ces dernières années. Donc, oui, il faut se poser cette question. AMELIE CARROUËRSébastien Lecornu précise que l'effort final - pardonnez-moi, ma voix me fait défaut ce matin - l'effort final demandé sera inférieur à 6 milliards d'Euros. Pas 6 milliards, combien ? DAVID AMIELC'est la raison pour laquelle il y aura un débat au Parlement. Parce qu'on sait que c'est évidemment une question politique sensible. C'est une question politique sensible. Pourquoi ? Parce que les retraités votent aussi beaucoup. Et on sait très bien que parfois, il y a une frilosité dans la classe politique à en parler. Ce qui serait le pire, c'est de stigmatiser les retraités. Evidemment que l'effort doit être juste et partagé. C'est la raison pour laquelle l'effort ne portera pas sur les plus petites pensions. Le Premier ministre l'a rappelé. C'est la raison pour laquelle l'effort ne portera pas sur le minimum vieillesse. Le Premier ministre l'a également rappelé. AMELIE CARROUËRDonc, sur les retraites les plus aisées, et là encore, il y a un autre débat qui n'est pas tranché, c'est à quel moment on est aisés. Quelles pensions ? 2 000 ? 3 000 Euros ? Il n'y a toujours pas de seuil. Vous n'avez pas de plan en préparation, vous, dans les ministères, pour le soumettre au Parlement dans quelques jours ? DAVID AMIELOn a évidemment des discussions également avec les forces politiques. On a lancé des concertations cette semaine. Tout cela, à nouveau, sera évidemment précisé d'ici le 1er octobre. AMELIE CARROUËRMais vous, vous allez arriver avec des propositions, non, au Gouvernement pour les soumettre au parti et aux personnes en présence ? DAVID AMIELBien sûr, j'ai évoqué... AMELIE CARROUËRLe seuil serait combien dans vos propositions ? DAVID AMIELJ'ai évoqué moi-même les différentes options qui étaient sur la table. Est-ce qu'on travaille autour d'augmentation différenciée selon les niveaux des pensions ? Est-ce qu'on travaille autour de l'abattement à 10% pour frais dits professionnels qui s'appliquent aux travailleurs et qui s'appliquent depuis la fin des années 70 à un certain nombre de retraités ? Voilà les débats sur lesquels il faut qu'on puisse avancer. AMELIE CARROUËRDonc, consultation avec qui ? Avec qui le veut ? Est-ce que vous avez déjà des réponses de groupes politiques qui vous disent : " on ne viendra pas " ? DAVID AMIELJe laisserai les partis politiques s'exprimer. La France Insoumise est le seul parti politique qui, aujourd'hui, a refusé de se rendre à nos concertations. Mais, en réalité, quand vous échangez avec les forces politiques dans le secret d'un bureau, elles vous disent toutes, évidemment, qu'il faut pouvoir agir sur la dépense sociale, et à nouveau, de manière générale, car il s'agit aussi de travailler sur les prestations sociales, sur les arrêts de travail, sur les dépenses maladies. Vous évoquiez la question des gels. Je rappelle que le point d'indice dans la fonction publique sera gelé. AMELIE CARROUËRAlors, parfaite transition. J'allais y venir. Le point d'indice, effectivement, sera gelé. Leurs salaires, sauf les plus bas, seront figés, malgré une inflation prévue autour de 2% l'an prochain. Résultat, il y avait déjà une grève annoncée pour le 29 septembre par la CGT. Sophie Binet parle de scandale et promet une journée noire. Peu importe ? DAVID AMIELIl faut se rappeler la situation dans laquelle on est. On a, aujourd'hui, des taux d'intérêt qui sont à 4,5%. C'est des niveaux qu'on n'avait pas connus depuis la crise financière. La France emprunte plus cher que l'Italie, emprunte plus cher que la Grèce, emprunte plus cher que l'Espagne. Il y a un an, les taux d'intérêt étaient à 3,5%. Vous vous rendez compte de l'augmentation ? Ça veut dire que, bientôt, la totalité de l'impôt sur le revenu ne servira plus qu'à une chose, c'est à payer les intérêts de la dette. Et ça aura aussi un impact très concret sur le pouvoir d'achat des Français. Pour quelqu'un qui, par exemple, a emprunté 200 000 Euros, un crédit immobilier, par exemple, qui empruntera 200 000 Euros, une augmentation de 1%, celle que j'évoquais à l'instant, ça veut dire 100 Euros de plus par mois. Donc, oui, il faut arrêter la machine infernale. Et c'est la raison pour laquelle il faut ce plan de réduction. La dépense publique qui n'a rien à voir avec ce qu'on a observé dans les pays du Sud de l'Europe. Vous évoquez la question des fonctionnaires, vous savez ce qui s'est passé dans les pays du Sud qui n'ont pas pris à temps les mesures nécessaires, les pays du Sud de l'Europe ? Ils se sont retrouvés à baisser les salaires des fonctionnaires, à baisser les retraites. Nous, c'est ce que nous ne voulons à aucun prix. C'est la raison pour laquelle il faut prendre aujourd'hui des mesures qui peuvent être contestées, et je le comprends, elles ne sont pas faciles, mais qui doivent nous permettre d'éviter le pire. AMELIE CARROUËRJe vais quand même parler des réactions politiques. La gauche retient une chose, c'est le retrait d'allocations, 2 milliards de coupes sur les arrêts maladie, les APL, mais rien pour les entreprises, rien pour les riches. DAVID AMIELDéjà, il ne faut pas confondre les entreprises et les riches. AMELIE CARROUËRNon, c'est les entreprises et les riches. Je n'ai pas fait la confusion, je vous dis les entreprises et les riches. DAVID AMIELMais c'est très important parce qu'on a un enjeu majeur qui est l'emploi. Quand on regarde ce qui s'est passé depuis 10 ans, on a un taux d'emploi qui est à un niveau historique. On ne l'avait pas vu depuis les années 70. Enfin, ce n'est pas acquis. On voit la concurrence féroce des États-Unis, on voit la concurrence féroce de la Chine, on voit les tensions qu'il y a dans l'économie française cette année, donc il faut pouvoir continuer à soutenir les entreprises. Et puis ensuite, vous évoquez la question des plus fortunés. Évidemment que la contribution différentielle sur les hauts revenus continuera à s'appliquer. Évidemment que le travail que nous avons entamé depuis 2 ans pour réduire, limiter les abus de niches fiscales qui peuvent conduire les plus riches à minorer leurs impôts devra se poursuivre cette année parce que le scandale, c'est on a des impôts élevés en France. Le scandale, c'est quand ces impôts sont contournés. Et donc, nous aurons, évidemment, dans le débat budgétaire, à la fois des mesures pour lutter contre l'abus de niches fiscales, y compris par les plus riches, et puis évidemment pour lutter contre la fraude fiscale qui est un autre scandale dans notre pays et nous escomptons 1 milliard d'Euros au titre de la lutte contre la fraude fiscale et sociale. AMELIE CARROUËROn passe aux questions de Français. Une question de Nadine. Je précise, Nadine, elle nous explique avec sa question, elle nous dit : " Moi, j'ai une retraite de 1 200 Euros et elle ne va pas être revalorisée pourtant, je paie mon essence, mes courses, toujours plus cher. " Voilà ce que nous dit Nadine. Elle dit, " moi, je ne comprends pas pourquoi les députés et les ministres ne paieraient pas aussi leurs frais de transport avec leur salaire. Pourquoi ne pas supprimer les avantages des députés et des ministres, chauffeurs, frais de transport ? " DAVID AMIELLe Premier ministre a évoqué la baisse de la rémunération des ministres, la baisse des frais de fonctionnement, etc. Tout ça est évidemment légitime, doit pouvoir être mis sur la table. C'est évidemment symbolique au sens où ce n'est pas là où il y a des énormes masses financières. Moi, je comprends que ce soit attendu des Françaises et des Français, il y aura là aussi des précisions qui seront apportées par le Premier ministre dans les jours qui viennent. AMELIE CARROUËRVous êtes prêt à baisser votre salaire et si oui, de combien ? DAVID AMIELEvidemment que je suis prêt à baisser mon salaire. Ce n'est évidemment pas la question. Vous savez, quand on s'engage en politique, quand on a l'honneur d'être ministre, on le fait pour servir son pays. AMELIE CARROUËROn va prendre la question de Daniel de Royan. « Pourquoi ne pas lancer un grand emprunt national ? » Par ailleurs, Daniel va un peu plus loin dans sa question. Il nous dit que la France a l'empreinte à plus de 4%. Le taux du livret A est à 1,7. Les Français ont de l'épargne. Il dit, Daniel, " moi, je serais content d'aider la France avec un livret à 2,5 et 3%. Pourquoi ne pas lancer un grand emprunt national ? " Daniel. DAVID AMIELDéjà, le livret A, ça permet de financer beaucoup de choses puisque le livret A que vous évoquez, il finance le logement social, il finance beaucoup de politiques publiques. Moi, je ne suis pas favorable à un grand emprunt. Pour tout vous dire, je trouve qu'on a trop d'emprunts, de manière générale, parce que quelle que soit la manière dont on emprunte, à la fin, il faudra le rembourser et on arrive à des moments où l'objectif prioritaire, ça doit être de réduire notre endettement. On voit bien qu'on est dans une situation qui va devenir sinon insupportable et qui, du coup, obligerait dans les années qui viennent à des mesures beaucoup plus difficiles que celles qu'on prend aujourd'hui. Notre priorité, c'est de limiter nos emprunts, de limiter le déficit public. Je crois que c'est ça qui, aujourd'hui, nous oblige. Ce n'est pas facile. La facilité, ça aurait été de se laver les mains, d'attendre la prochaine élection présidentielle, de mettre la poussière sous le tapis. C'est généralement ce que les gouvernements ont fait en période préélectorale, mais on ne peut pas se permettre, quand on a des taux d'intérêt à 4,5%, de jouer les Ponce Pilate budgétaires. AMELIE CARROUËRA qui est dit ? Nicolas Doze, bonjour. NICOLAS DOZEBonjour. AMELIE CARROUËRVous êtes face au ministre. NICOLAS DOZEPourquoi répétez-vous sans cesse qu'il n'y aura pas de hausse d'impôts alors que ce n'est pas vrai ? On peut très bien prendre de l'argent aux gens en taxant davantage ou leur prendre directement de l'argent en leur versant moins d'argent. D'un côté, je monte les prélèvements, de l'autre côté, je baisse les dépenses fiscales. C'est ce qui va se passer sur les pensions de retraite, sur les franchises médicales, sur les APL, sur les indemnités d'arrêt maladie. C'est sans expliquer qu'il n'y a pas de hausse d'impôts alors que ce n'est pas la vérité. DAVID AMIELNicolas Doze, je trouve que vous y allez un peu fort. NICOLAS DOZEJ'y vais fort parce que c'est quand même exactement ce qui se passe. DAVID AMIELOui, mais enfin, là, vous ne pouvez pas comparer des baisses de dépenses quelles qu'elles soient et des hausses d'impôts. NICOLAS DOZESi, si, si. Vous coupez une niche fiscale, c'est une baisse de dépenses fiscales. Vous montez un prélèvement, c'est une hausse de prélèvements. A l'arrivée, c'est de l'argent en moins dans la poche des gens. DAVID AMIELMais là, ce que vous évoquez… NICOLAS DOZEC'est très bien qu'on compare très parfaitement… DAVID AMIELMais dans les exemples que vous avez donnés, c'est quand même de la dépense. NICOLAS DOZEJe sais qu'on peut prélever en baissant la dépense fiscale, on a exactement le même effet qu'une hausse de prélèvements. C'est exactement la même chose. Si je ne vous verse pas 1 000 que j'avais l'habitude de vous verser, votre situation individuelle est exactement la même à l'arrivée et vous avez 1 000 en moins. DAVID AMIELJe ne crois pas que ce soit la même chose. Il y a des pays qui ont moins de dépenses et qui ont moins d'impôts, vous les citez d'ailleurs souvent en exemple. Vous n'allez pas me dire que c'est exactement la même chose que chez nous. Mais à la limite, peu importe. La question que vous posez, c'est effectivement de savoir si quand on réalise un effort majeur budgétaire, ça nécessitera de demander des efforts à une partie importante de la population. La réponse, elle est évidemment oui. NICOLAS DOZEElle est évidemment oui, mais nous ne répéterons pas constamment que… DAVID AMIELElle est évidemment oui. Il y a des efforts majeurs qui sont conduits par l'Etat. Je le répétais, premier contributeur à l'effort d'économie, c'est l'Etat, puisque hors défense, les dépenses des ministères seront à minima gelées par rapport à l'année 2026. Et puis effectivement, ça veut dire d'avoir des efforts aussi en matière de dépense sociale, par exemple, et là vous avez raison. Ça veut dire qu'on demande des efforts à des parties importantes de la population, c'est vrai, et je pense que le pire serait de mentir à ce sujet. NICOLAS DOZEDeux petites questions très rapides, sur les 45 milliards, de nouveaux efforts, en plus des 9 déjà engagés et qui se concrétisent en 27, l'État porte combien sur les 45 ? L'État, vraiment, l'État, la France publique, la collectivité locale, au sens large. DAVID AMIELAlors la sphère publique, dans les trois sphères publiques que l'on évoque, l'État, la collectivité locale, et la sécurité sociale. Celui qui contribuera le plus, c'est l'État. Pourquoi ? Parce que lui, les dépenses seront gelées en valeur hors défense. NICOLAS DOZEUn chiffre sur le contribution ? DAVID AMIELOn aura l'occasion de les préciser dans les prochains jours, mais je pense que c'est important. Les dépenses des collectivités locales, elles, dépenses de fonctionnement, on ne demande pas de les geler en valeur, ça c'est l'effort qu'on demande à l'Etat. NICOLAS DOZEOui, limiter la hausse par rapport à l'inflation. DAVID AMIELÇa veut dire simplement, dépenses de fonctionnement augmentent comme l'inflation. Déjà, c'est un effort important, c'est un effort qui est moindre que celui de l'État. Et les dépenses de la sécurité sociale, on dit qu'elles augmenteront davantage que l'inflation, donc vous le voyez, l'effort, là aussi, moindre que celui de l'État, donc on commence par l'État, c'est extrêmement important. NICOLAS DOZEDernier point, vraiment, il a été clairement dit qu'il y aurait un effort, un toilettage, une réflexion sur les niches fiscales. Il y en a pour 90 milliards d'Euros de niches fiscales en France. Est-ce que vous avez une idée de l'ordre de grandeur de la participation des niches fiscales au budget 27 ? DAVID AMIELD'abord, il y a des mesures qui ont déjà été prises, je l'évoquais à l'instant, en 2026, qui auront un impact sur le budget 2027. Ce n'était pas facile. Quand le SMIC a augmenté le 1er juin, les organisations patronales sont venues me voir et m'ont demandé d'augmenter les allégements généraux. NICOLAS DOZEOui, vous avez gelé les allégements… DAVID AMIELEt vous vous rappelez des débats que ça avait suscités ? NICOLAS DOZEOui, oui. DAVID AMIELDonc, évidemment, qu'on continuera à faire des efforts en matière de niches fiscales. NICOLAS DOZEPas d'idée d'ordre de grandeur ? DAVID AMIELLà aussi, on le précisera d'ici au dépôt du projet de loi de finances le 1er octobre, mais c'est extrêmement important en termes de justice. AMELIE CARROUËRMoi, je propose qu'on reprenne rendez-vous, vous revenez à ce moment-là. DAVID AMIELJe reviendrai, évidemment, comme généralement les ministres du Budget le font au moment du dépôt du projet de loi de finances. AMELIE CARROUËRMoi, je considère que c'est un deal. Vous revenez, Nicolas sera là, on sera en rendez-vous et on fera le point sur toutes ces nouvelles annonces ensemble. source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304708
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304708-david-amiel-18092026-lci-politique-economique?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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