Interview de M. Serge Papin, ministre des PME, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, à TF1 le 18 septembre 2026, sur la crise des carburants et la transmission d'entreprise.
Serge Papin (auteur), Elizabeth Martichoux (intervenant)
SERGE PAPINBonjour.
ELIZABETH MARTICHOUXBonjour Serge Papin.
BRUCE TOUSSAINTPremière question, la crise des carburants, pour commencer. L'aide aux gros rouleurs va-t-elle s'arrêter comme prévu le 30 septembre ?
SERGE PAPINToutes les aides sont prolongées. Que ce soit les aides aux pêcheurs – qui sont amplifiées d'ailleurs et passent à 35 centimes –, l'aide aux agriculteurs à quinze centimes – et qui vont d'ailleurs évoluer dans le cadre du plan d'aide sécheresse aux agriculteurs qui souffrent –, et puis l'aide au BTP de vingt centimes. L'aide aux gros rouleurs, elle concerne potentiellement trois millions de personnes. Aujourd'hui, un million et demi l'ont demandée. C'était jusqu'au 30 septembre. Nous nous réunissons lundi autour du Premier ministre pour prolonger les aides. On va réfléchir à ce qui peut être proposé pour la suite de l'aide aux gros rouleurs.
ELIZABETH MARTICHOUXDonc, vous nous dites ce matin : l'aide aux gros rouleurs ne s'arrête pas au 30 septembre.
SERGE PAPINIl y a une réflexion lundi pour prolonger les aides, et puis…
ELIZABETH MARTICHOUXVous cherchez les sous, c'est ça ?
SERGE PAPINAlors, il faut qu'à chaque fois ça soit financé, bien sûr. Parce que bon, quand on donne d'un côté par rapport aux comptes publics, il faut bien sûr à chaque fois que ça soit financé. Mais l'aide aux grands rouleurs en tant que telle ne s'arrêtera pas au 30 septembre.
ELIZABETH MARTICHOUXC'est ça, l'information qui nous intéresse, parce qu'effectivement, elle concerne trois millions de personnes. Un million et demi, vous nous l'avez confirmé, qui sont éligibles ne la touchent pas. C'est une usine à gaz.
SERGE PAPINNon, mais il y a des demandes qui ne sont pas faites. Non, ce n'est pas une usine à gaz. Il suffit d'aller sur le site du Gouvernement, de rentrer les critères. Ça concerne des salariés qui font quinze kilomètres le matin, quinze kilomètres le soir. Je rappelle aussi, Elizabeth Martichoux, que j'avais proposé qu'on double pour les entreprises une aide qui était de 300 euros ; on la passe à 600 euros. Et les entreprises, elles qui sont à même de juger quels sont les salariés qui font beaucoup de kilomètres pour venir à leur travail. Moi-même qui ai tenu un magasin dans une zone rurale... il y a eu d'autres chocs pétroliers moins gros avant, mais j'avais mis en place ça parce que, dans les zones rurales, huit salariés sur dix prennent leur voiture pour venir dans l'entreprise. Donc les entreprises peuvent aussi se saisir de ça. C'est 600 euros défiscalisés, désocialisés, qui peuvent être proposés aussi aux salariés. Donc, ça, c'est quelque chose de concret.
ELIZABETH MARTICHOUXÇa, c'est un message que vous envoyez aux entreprises…
SERGE PAPIN… Qui le peuvent.
ELIZABETH MARTICHOUX…Faites cet effort pour vos salariés.
BRUCE TOUSSAINTMais sur les gros rouleurs, pour qu'on comprenne bien, ça ne va pas s'arrêter, mais ça va changer. C'est ça que vous êtes en train de nous dire ? Vous cherchez un nouveau dispositif ?
SERGE PAPINIl y a des gens que le conflit... Parce que, qu'est-ce qu'on paie à la pompe ? On paie la crise du détroit d'Ormuz d'une certaine manière. On paie le chaos du monde, donc ça se durcit. Et là, il faut qu'on regarde.
BRUCE TOUSSAINTIl faut trouver une solution.
SERGE PAPINComment on peut accompagner le durcissement de cette crise.
ELIZABETH MARTICHOUXDonc, l'aide aux gros rouleurs, pour résumer, effectivement, elle ne s'arrêtera pas. Elle pourra prendre une autre forme, mais il y aura un coup de pouce à ceux qui font quinze kilomètres. La suppression de la taxe sur les certificats d'énergie, c'est une des taxes qui pèsent sur l'essence. La supprimer permettrait de baisser tout de suite de quinze centimes le litre d'essence. Vous l'excluez toujours ?
SERGE PAPINAlors ceux qui disent ça, c'est démagogique. D'abord, franchement, on essaie de sortir de cette dépendance le plus vite possible, de cette dépendance mortifère aux énergies fossiles.
ELIZABETH MARTICHOUXIl y a des urgences, il y a des français qui, il y a une infirmière, par exemple, qui est mise en arrêt maladie parce qu'elle ne peut pas aller en voiture à son travail.
SERGE PAPINOn a... pour les infirmières précisément, on a le leasing social qui est financé par les CEE : c'est de ces 180 000 pompes à chaleur qui vont permettre de changer des vieilles chaudières au gasoil. C'est l'artisanat derrière qui est concerné. Et je vais vous dire, Elizabeth Martichoux. On ne peut pas changer, parce que ce sont des contrats… On ne peut pas, du jour au lendemain, dire : " On arrête les CEE ". Ceux qui disent cela ne savent pas comment cela fonctionne. C'est ça le problème. C'est facile quand on dit : " Ah mais il n'y a qu'à, on va arrêter du jour au lendemain ". Non, ce sont des contrats qui sont engagés. Ce sont des usines qui sont concernées. Ce sont des milliers d'emplois, des dizaines de milliers d'emplois dans l'artisanat. Donc c'est juste démago de dire ça.
ELIZABETH MARTICHOUXVous êtes très clair. C'est la foire aux idées pour dépenser moins de carburant. Le ministre David Amiel demande aux fonctionnaires de télétravailler davantage. Bon, c'est une piste aussi dans le privé ? Là aussi, c'est un message que vous dites aux entreprises : Laissez vos salariés travailler à la maison ?
SERGE PAPINMoi, je ne suis pas un aficionado forcément du télétravail. En tant que chef d'entreprise, j'ai été... Maintenant, on ne peux pas le dire partout. Maintenant, dans cette période contrainte par la crise que nous vivons, faire appel au télétravail, je trouve que c'est une bonne idée aussi.
ELIZABETH MARTICHOUXAlors il y a quand même une bonne nouvelle, c'est vous qui la portez, donc on va la préciser pour les salariés qui ont de l'épargne. Pas tous les Français, vous allez faire en sorte de débloquer les 5 000 euros. C'est un projet que vous portez…
SERGE PAPINDepuis mon arrivée.
ELIZABETH MARTICHOUXLa possibilité de débloquer jusqu'à 5 000 euros sans condition ?
SERGE PAPINOui, alors c'est une mesure de liberté, là aussi dans le contexte qui est le nôtre. Donc les salariés qui ont de l'épargne, d'une manière défiscalisée, ils pourraient en bénéficier d'ici la fin de l'année, donc en procédure accélérée sur le plan législatif. Ça a été voté au Sénat, c'est le sénateur Rietmann qui a porté cette loi et ça va passer à l'Assemblée. Et à ce moment-là, jusqu'à 5 000 euros, ils pourront prendre dans leur épargne.
ELIZABETH MARTICHOUXDonc ça veut dire qu'avant, ces salariés qui ont cette chance d'avoir de l'épargne pourront, sans condition, parce qu'en général c'est bloqué, le faire. Ça, vous nous dites, avant Noël ?
SERGE PAPINOui. C'est ce que j'appelle, moi, une mesure de liberté.
ELIZABETH MARTICHOUXSur la transmission d'entreprise, vous portez aussi une loi, une future disposition, le " pacte Papin ". Vous aurez votre nom dans les tablettes, Monsieur le Ministre. D'un mot, parce que c'est assez complexe, vous voulez favoriser les transmissions d'entreprises ? C'est un enjeu considérable. Ça concerne plusieurs dizaines, centaines de milliers d'entreprises.
SERGE PAPIN500 000, ça concerne 500 000 entreprises. Ce que j'appelle, moi, l'économie de proximité, c'est plutôt les TPE. Les entreprises de moins de dix salariés, ils représentent 85% de nos entreprises dans ce pays. Et je veux donner envie à toute une génération de salariés d'entreprendre, essayer de rendre l'entrepreneuriat doit être accessible, et ceux qui créent de la valeur, moi, je voudrais bien qu'ils deviennent propriétaires. Et donc là, on a une possibilité de faire en sorte qu'on accompagne ces transmissions par les salariés. Par exemple, en exonérant les droits de mutation quand ils vont acheter un fonds de commerce ou une petite société. Les droits de mutation, c'est quoi ? C'est comme s'il n'y avait pas de frais de notaire quand on achète un appartement. Et puis ceux qui vont céder, ceux qui partent à la retraite et qui vont céder, on va leur dire : l'impôt sur la plus-value sera, jusqu'à un million d'euros, défiscalisé. Vous voyez, on a là quelque chose qui est une opportunité formidable. Il y a 350 000 entreprises qui vont changer de main.
ELIZABETH MARTICHOUXMerci.
BRUCE TOUSSAINTDernière séquence de cette interview, " Je n'y crois, je n'y crois pas ". Je vous fais des propositions, vous me dites « J'y crois » ou « Je n'y crois pas ». D'accord ? Un budget qui ne se fait pas censurer, j'y crois, je n'y crois pas ?
SERGE PAPINJe n'y crois. Parce que si on a l'intérêt général pour ce pays, pour la nation, il faut qu'on ait un budget.
ELIZABETH MARTICHOUXDonc c'est « j'y crois ».
SERGE PAPINJ'y crois.
BRUCE TOUSSAINTLa question était tordue.
SERGE PAPINOui, oui. Pardon, pardon, pardon.
ELIZABETH MARTICHOUXUn ministre obligé de quitter le Gouvernement pour cause de campagne présidentielle, j'y crois, je n'y crois pas ?
SERGE PAPINJ'y crois. Parce que si on veut avoir la neutralité et ne pas être influencé par la présidentielle, ce qui est notre cas aujourd'hui, il ne faut pas s'impliquer trop dans la campagne présidentielle.
ELIZABETH MARTICHOUXEt puis, une France paralysée par une grogne sociale, une colère sociale d'ici à Noël, j'y crois, je n'y crois pas ?
SERGE PAPINJe n'y crois pas, je ne le ressens pas. Je ne le ressens pas parce que je sens que les gens ont envie que le pays s'en sorte vraiment.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304709
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