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17 septembre 2026 · Gouvernement · France 2 · discours Discours

Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 17 septembre 2026, sur la rentrée scolaire, le budget 2027, la campagne pour les élections présidentielles, les violences dans le périscolaire et le questionnaire à destina

Édouard Geffray (auteur), Francis Letellier (intervenant)

FRANCIS LETELLIERBonjour Maya. Bonjour à tous et bienvenue dans les quatre vérités. À l'heure qu'il est, tous les enfants sont à l'école, normalement. L'année est lancée, en tout cas. Du point de vue politique, l'éducation est sur toutes les lèvres. Au centre de la campagne présidentielle, tous les candidats en parlent et veulent faire la révolution. Bonjour Édouard Geffray. ÉDOUARD GEFFRAYBonjour. FRANCIS LETELLIERInvité des quatre vérités aujourd'hui. Merci d'être avec nous. D'abord, faisons un point. 15 jours après la rentrée, est-ce qu'il y a un prof devant chaque élève et dans chaque classe ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, comme je l'avais dit : nous avons un nombre de postes vacants qu'on peut passer comme marginal rapporté aux 800 000 professeurs. En revanche, ce qui reste ici ou là, comme chaque année, et malheureusement, c'est assez inévitable, des groupes d'heures qui ne sont pas encore pourvus. Donc, on y travaille. FRANCIS LETELLIERÀ raison de combien, de pourcentage d'heures qui ne sont pas pourvus, ou de profs qui ne sont pas à leur poste ? ÉDOUARD GEFFRAYC'est difficile à dire, parce qu'en fait, c'est souvent des groupes d'heures dans les établissements. C'est 3 h, par exemple, parce qu'une personne est passée à 90 %, etc. Donc, on ne sait pas le quantifier en équivalent… FRANCIS LETELLIERLes syndicats, eux, ils disent : ça touche un établissement sur deux, cette histoire. ÉDOUARD GEFFRAYC'est probablement un tout petit peu excessif, mais pas forcément une vérité. Après ça, un établissement, c'est plusieurs centaines d'heures et ça peut être 2, 3 h qui manquent. Donc, ça ne veut pas forcément dire grand-chose appréhendé comme ça. Ce qui est sûr, c'est que la quasi-totalité, évidemment, des cours sont assurés. Dans le premier degré, il nous reste à peine une cinquantaine de postes non pourvus sur les 355 000. Donc, vous voyez. FRANCIS LETELLIERL'école primaire, premier degré. ÉDOUARD GEFFRAYVoilà. FRANCIS LETELLIEREt collèges et lycées ? ÉDOUARD GEFFRAYEt collèges et lycées, on est à peu près sur quelques dizaines de postes non pourvus actuellement. Donc, globalement, on a une rentrée que je qualifierais de correcte en termes de qualité service public pour les Français. FRANCIS LETELLIEREt parmi les nouveautés : l'interdiction du téléphone portable dans les lycées. Est-ce que ça marche ? Est-ce que c'est respecté ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, ça se met en place progressivement. FRANCIS LETELLIERVous voulez dire que, bon, c'est difficile ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, non, parce que… Alors, c'est assez intéressant, ce truc-là, parce que tout le monde dit : c'est quand même bien difficile de faire respecter par des élèves de quinze ans l'interdiction du téléphone portable. Mais en revanche, y compris dans… la semaine dernière, tout le monde nous dit, et c'est démontré scientifiquement, que c'est indispensable. Donc, au bout d'un moment, ça se met en place progressivement. Mais la ligne, elle est claire… FRANCIS LETELLIERTrès progressivement, vous voulez dire ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, progressivement. FRANCIS LETELLIERBon, d'accord. ÉDOUARD GEFFRAYMais la ligne, elle est claire : c'est qu'un élève, un lycéen ou lycéenne, il laisse son portable au fond du sac au lycée. Et c'est vital. C'est tout. FRANCIS LETELLIERSébastien Lecornu appelle tous les ministres à faire des économies sur leur budget d'ici la fin de l'année. Et il y a quelque chose qui est en train de monter. Vous allez me dire si c'est vrai ou faux. C'est très clair et net. Parmi les pistes pour des économies sur le budget, il y aurait les déductions fiscales, les crédits d'impôt pour les frais de scolarité qui seraient mis en cause. Vrai ou faux ? ÉDOUARD GEFFRAYÉcoutez. Enfin, à ma connaissance, ni l'un ni l'autre, en tout cas. Il y a des supputations. Mais enfin, comme ça fait des semaines que tout le monde émet des hypothèses, si vous voulez, en dehors du budget, je suis content de voir que ça intéresse tout le monde, mais il faut regarder… FRANCIS LETELLIEREt les frais de scolarité déductibles des impôts ou qui donnent droit à un crédit d'impôt, ce n'est pas remis en cause ? ÉDOUARD GEFFRAYEn tout cas, moi, à date, je n'ai aucun élément dans ce sens. Mais on a un séminaire gouvernemental avec le ministre du Budget, donc j'imagine qu'on parlera globalement du budget. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut vraiment arrêter collectivement les petites musiques qui visent en fait à faire peur à chacun pour mieux faire peur à tout le monde. Ce qui compte, c'est qu'on ait un budget à la fin. Parce que ça, par contre, si le pays n'a pas de budget, je peux vous garantir qu'on sera vraiment, pour le coup, dans une situation compliquée. FRANCIS LETELLIERDes candidats à la présidentielle promettent tous d'augmenter les salaires des enseignants. ÉDOUARD GEFFRAYIls ont raison. FRANCIS LETELLIERDonc, ça veut dire qu'il y a eu du retard ces dernières années. Vous l'actez, ça ? Il y a eu du retard ces dernières années. ÉDOUARD GEFFRAYCe n'est pas simplement une question de retard. On a deux sujets différents. Il y a eu des augmentations assez importantes entre 2022 et 2024. On est dans une situation, actuellement, budgétaire contrainte. Et surtout, la structure de rémunération des professeurs fait qu'on a beaucoup valorisé en début de carrière, mais qu'après, il y a un long plateau, en fait. C'est-à-dire qu'en gros, entre 5 et 20 ans de carrière, on ne progresse pas beaucoup. Et ça, c'est un énorme sujet. FRANCIS LETELLIERDonc, là, il y a eu du retard ? ÉDOUARD GEFFRAYIl ne faut pas forcément qualifier ça de retard. En tout cas, structurellement, la progression des salaires est très lente chez les professeurs les 20 premières années. Et après, par contre, elle s'accélère sérieusement. Et donc, c'est là-dessus qu'il faut concentrer l'effort. FRANCIS LETELLIERMais comme il faut faire des efforts sur le budget, ça, ça ne sera pas touché ? ÉDOUARD GEFFRAYOn verra bien. FRANCIS LETELLIERCe n'est pas encore acquis ? Ce n'est pas sanctuarisé ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, mais ce n'est ni l'un ni l'autre. Mais si vous voulez, arrêtons de se poser… FRANCIS LETELLIERMais je vous pose la question, parce que tout le monde se pose la question, de savoir sur qui ça va tomber. ÉDOUARD GEFFRAYEh bien, au bout d'un moment, il y aura des décisions qui seront prises, et on verra. FRANCIS LETELLIERAlors, la bonne nouvelle en tout cas, c'est que tous les candidats, je disais, s'intéressent à l'école, à l'éducation. Ils pourront faire campagne sur ce sujet partout ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, ils pourront faire campagne dans les écoles au sens où ils pourront se rendre dans les lieux. Enfin, dans les écoles, en dehors du temps scolaire. En dehors du temps scolaire. FRANCIS LETELLIERC'est-à-dire ? ÉDOUARD GEFFRAYL'école, c'est un objet de campagne. Vous voyez bien, tout le monde en parle. FRANCIS LETELLIEROui. ÉDOUARD GEFFRAYCe n'est pas le lieu de la campagne. C'est-à-dire qu'on ne va pas faire campagne au milieu des enfants. FRANCIS LETELLIERÇa veut dire ? ÉDOUARD GEFFRAYDonc, ça veut dire qu'ils pourront venir en dehors des cours pour éventuellement rencontrer des personnels volontaires, c'est-à-dire, si les personnes acceptent de les rencontrer. Aucun problème. Au contraire, ça permettra de connaître la réalité du terrain. Mais en revanche, on ne les verra pas faire le tour des classes et être photographié… FRANCIS LETELLIERVous allez leur interdire ? ÉDOUARD GEFFRAYTrès concrètement, je prends aujourd'hui une instruction qui indique très clairement cela. C'est-à-dire que tout candidat peut venir voir les équipes en dehors du temps scolaire. En revanche, un candidat ne commence pas à faire le tour des classes pour parler aux élèves et faire campagne. FRANCIS LETELLIERCe sera une circulaire ? ÉDOUARD GEFFRAYOui. FRANCIS LETELLIERC'est nouveau, ça. ÉDOUARD GEFFRAYC'est la première fois qu'on le dit explicitement. Et je crois que ça a un peu de bon sens. FRANCIS LETELLIERMais pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu'il y a eu des dérapages ? Vous craignez quelque chose ? ÉDOUARD GEFFRAYIl y a un principe de neutralité du service public, dont moi, je suis le garant. Et je considère que des élèves de dix, douze, treize ans n'ont pas à voir un candidat débarquer dans leurs salles de classe pour faire campagne. Donc, que les professeurs, bien sûr, puissent les rencontrer sur le site scolaire, évidemment. Mais les élève, ils n'ont pas besoin. FRANCIS LETELLIERAlors, peut-être dans les écoles et collèges, mais dans les lycées ? Il y a aussi, dans les lycées, des jeunes qui ont 18 ans. ÉDOUARD GEFFRAYAlors, il y a quelques jeunes qui ont 18 ans, à fortiori quand ils sont en classe prépa. FRANCIS LETELLIERDans les lycées professionnels, dans les lycées classiques. Et donc ? ÉDOUARD GEFFRAYOui, mais on ne commence pas à faire le tri sur l'âge des élèves. Il y a un principe de neutralité du service public. Donc, je n'ouvre pas une école pendant des heures de cours pour qu'on puisse y faire campagne. C'est tout. Mais c'est du bon sens, hein. FRANCIS LETELLIERVous avez des craintes, non ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, ce n'est pas une question de crainte, mais les règles sont toujours plus simples à faire respecter quand elles sont claires et quand elles sont écrites. FRANCIS LETELLIERUn autre sujet, c'est le périscolaire : les affaires d'animateurs accusées ou poursuivies de violence ou d'abus sur les enfants lors d'activités extrascolaires, en particulier à Paris. Une commission d'enquête parlementaire au Sénat en ce moment. Anne Hidalgo, ancienne maire de Paris, dit : "C'est un problème systémique. C'est le système. Il n'y a pas forcément de responsabilité personnelle ou politique". Est-ce que vous partagez ce point de vue ? ÉDOUARD GEFFRAYPas complètement. Il y a un fait sociétal, c'est qu'aujourd'hui, un enfant sur dix a été victime, alors qu'il était mineur, de viol ou d'agression sexuelle. Bon, ça, c'est un fait sociétal. Maintenant, quand on exerce une responsabilité, par définition, on prend toutes les mesures possibles pour que ce genre d'événement n'arrive pas. Et donc, je ne crois pas qu'on puisse dire, mais comme ça a été fait, d'ailleurs, pendant des années, un peu par tout le monde. Chat perché, ce n'est pas chez moi. Il n'y a pas de chat perché en matière de viol. FRANCIS LETELLIERDonc, ça veut dire que quand Anne Hidalgo dit "Ce n'est pas moi", vous dites, vous "Elle a une part de responsabilité" ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, je ne juge pas Anne Hidalgo en particulier. Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est qu'on a la responsabilité individuelle et collective d'agir. Moi, depuis que je suis arrivée, si vous voulez, j'ai publié un guide de signalement, j'ai nommé une médiatrice en charge du droit des enfants. Je porte un fichier interdit d'école dans la loi. Bon, ce sujet, c'est un combat qu'on mène au quotidien. FRANCIS LETELLIERDonc, ça, en tant que ministre. Donc, un maire doit faire aussi attention ? Il doit prendre sa responsabilité ? ÉDOUARD GEFFRAYIl doit faire en sorte que le droit soit respecté et que le cadre soit respecté. À part ça, est-ce que le cadre est suffisant ? Ça, c'est une autre question. Mais au moins, de faire en sorte que ça soit respecté. Je ne sais pas en l'occurrence. FRANCIS LETELLIERMais un maire a des responsabilités ? ÉDOUARD GEFFRAYBien évidemment. Enfin, oui, le maire a une responsabilité très précise sur ses personnels ; comme le ministre de l'Éducation nationale a une responsabilité sur ses personnels. FRANCIS LETELLIERAlors, ça nous amène à un couac de la rentrée, qui est un peu dans le même thème : le questionnaire qui devait être distribué en novembre aux élèves. ÉDOUARD GEFFRAYQui va être distribué, oui. Qui devait, qui doit. FRANCIS LETELLIERC'est toujours novembre ? ÉDOUARD GEFFRAYAh oui, bien sûr. FRANCIS LETELLIERSur les violences sexuelles et sexistes. Ça a été retoqué. Il faut qu'il soit rerédigé. Qu'est-ce qui va se passer ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, il n'a absolument pas été retoqué, puisqu'il y a une version qui est actuellement en cours de travail et de concertation avec des professionnels, les organisations syndicales, les associations de parents d'élèves, les associations de protection des enfants. Donc, il y a juste une version, si je puis dire, martyr, qui a été malheureusement diffusé dans la presse, alors que c'était juste un document de travail fait pour être complètement remanié. Donc, ça, il n'y a pas de débat. En revanche, ce qui va se passer, c'est ça qui est intéressant : c'est que ce n'est pas un questionnaire isolé, c'est un processus. En s'appuyant sur les séances d'éducation à la vie affective et relationnelle, les élèves vont tous pouvoir remplir un questionnaire pour libérer la parole et dire si oui ou non, ils ont été victimes d'actes anormaux. FRANCIS LETELLIERMais dans un cadre précis, et pas chez eux, ni dans leur coin. ÉDOUARD GEFFRAYDans un cadre précis. Non, non, à l'école. Et si dans ce cadre-là, ils le souhaitent, ils pourront laisser leur nom et leur prénom pour rencontrer des professionnels ensuite, infirmières, scolaires, psychologues, et cetera, qui déclencheront d'éventuelles poursuites judiciaires. Voilà. C'est aussi simple et lisible que ça. FRANCIS LETELLIERMerci, Édouard Geffray, d'être venu sur le plateau des 4 Vérités ce matin, où vous nous avez dit que les candidats à la présidentielle sont priés de ne pas aller à l'école quand il y a des élèves. ÉDOUARD GEFFRAYEn tout cas sur temps-scolaire, oui. source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304680
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