Interview de Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens Combattants, à BFM TV le 17 septembre 2026, sur les tensions avec la Russie, le conflit au Moyen-Orient et la dissuasion nucléaire.
Alice Rufo (auteur), Apolline de Malherbe (intervenant)
APOLLINE DE MALHERBEIl est 8 h 29 et vous êtes bien sur RMC et BFMTV. Bonjour Alice Rufo.
ALICE RUFOBonjour.
APOLLINE DE MALHERBEMerci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens Combattants. De très nombreuses questions à vous poser ce matin, parce que la situation est de plus en plus tendue après de multiples provocations. Lorsque l'on regarde ici en France, le prix du carburant, les blocages, les images que vous allez pouvoir voir en direct sur BFMTV de Frontignan où le blocage s'intensifie, à Nice, à Sète, ce sont des blocages de bateaux. Tout cela, c'est aussi la conséquence de ce qu'il se passe à la fois en Iran mais aussi en Ukraine. Quelle réponse de la part de la France, de l'OTAN et de l'Union européenne ? Je voudrais simplement, Alice Rufo, reprendre le calendrier des tout derniers jours. Le 13 septembre, un drone russe qui frappe une locomotive de train de voyageurs à Kiev. Le 14 septembre, au Danemark, un incident naval, une frégate russe qui tire deux fusées éclairantes en direction d'un hélicoptère militaire danois. Le 14 septembre, en Lituanie, un drone abattu, un avion de chasse italien de l'OTAN qui abat ce drone entré dans l'espace aérien lituanien. Le 14 septembre, également en Pologne, un drone retrouvé. Un drone de type Gerbera soupçonné d'être russe. Le 9 septembre, un peu plus tôt en Roumanie, c'était une violation de l'espace aérien. Cela s'arrête quand et quelle réponse ?
ALICE RUFOCela dure et cela s'intensifie. C'est-à-dire que la Russie teste les limites et teste l'OTAN comme l'Union européenne, avec un objectif double qui est de limiter notre soutien à l'Ukraine et puis d'impressionner pour diviser, au fond, l'OTAN et l'Union européenne. Cela ne va pas s'arrêter, cela va continuer, cela va même probablement s'intensifier. Je pense qu'il faut qu'on doive la vérité là-dessus. C'est sérieux, la guerre hybride engagée par la Russie. Mais il faut répondre avec méthode et calme.
APOLLINE DE MALHERBEC'est sérieux et on doit répondre. On doit répondre comment ?
ALICE RUFOAlors d'abord en défendant la posture de l'OTAN, c'est-à-dire, vous citiez par exemple des drones, ils sont abattus ou en tout cas neutralisés par la police du ciel et par la posture robuste, honnêtement, à l'est de l'Europe. Et puis il faut aussi en fait répondre en ne lâchant pas le soutien à l'Ukraine parce que, vous citiez, j'étais à Kiev la semaine dernière...
APOLLINE DE MALHERBEVous étiez dans un des trains, on va y revenir, qui a précédé le train qui a été touché.
ALICE RUFOOui, mais en fait, les attaques en Ukraine sont beaucoup plus fréquentes, y compris sur les infrastructures civiles, et c'est tout à fait impressionnant. La dernière fois que j'y étais allée, c'était en janvier. Effectivement, tout le monde sait que l'hiver sera très difficile. Donc d'abord, il faut saluer la résistance des Ukrainiens, qui est tout à fait exceptionnelle. Mais je crois qu'il faut dire la vérité. Il y a aussi un test hybride sur l'Union européenne et sur les pays européens de l'OTAN, et il faut y répondre. C'est-à-dire qu'il faut augmenter le soutien à l'Ukraine. Il ne faut pas lâcher parce que l'objectif de la Russie, c'est bien de nous faire lâcher.
APOLLINE DE MALHERBEIl essaye de nous faire lâcher. À quoi joue-t-il, de nous faire lâcher l'Ukraine ou de nous faire basculer dans la guerre ? Est-ce qu'il y a cette idée-là à un moment ? Et est-ce que nous pourrions, nous devrions à un moment ou à un autre véritablement riposter ?
ALICE RUFONon, il n'y a pas de confrontation avec la Russie à ce stade. Et d'ailleurs tout ce que nous faisons en termes de renforcement de la posture de l'Europe, en termes d'augmentation du soutien à l'Ukraine, c'est précisément pour éviter cette confrontation et se mettre en situation de faire comprendre à la Russie qu'elle doit revenir à la table des négociations sérieusement, de bonne foi, et qu'il puisse, comme le souhaite d'ailleurs l'Ukraine, être mis fin à cette guerre qui, comme vous l'avez dit justement au début, pèse sur nous.
APOLLINE DE MALHERBEElle pèse sur nous, elle pèse aussi sur nos finances. On y reviendra, puisque désormais, et dans ce début d'élection présidentielle, un certain nombre de candidats, je recevais hier matin Fabien Roussel, disent qu'ils ne veulent plus payer pour l'Ukraine. On y reviendra, mais je voudrais vraiment m'assurer de ce qu'il se passe au front. Quand vous dites ce sont des provocations, ils testent, est-ce qu'ils testent ou est-ce qu'ils souhaitent la guerre ?
ALICE RUFOJe pense qu'ils testent, et en tout cas, ils souhaitent une guerre d'annexion en Ukraine. Ils n'ont rien abandonné à ce stade de l'objectif initial qui est de soumettre l'Ukraine.
APOLLINE DE MALHERBEEst-ce qu'il arrive des moments où, avec les autres ministres des Armée européens, vous vous dites il suffirait d'une forme d'étincelle, de la provocation de trop, du drone qui irait un peu plus loin que les autres, qui ferait des victimes pour qu'en effet ça bascule ?
ALICE RUFOOui. C'est pour cela qu'il faut répondre, je le disais avec méthode et avec calme, et surtout dans une forte unité qui a quand même été notre force au sein de l'OTAN et de l'Union européenne depuis le début. C'est pris très au sérieux par tous les ministères de la Défense européens, c'est pris très au sérieux à l'OTAN et nous, nous souhaitons une réponse coordonnée et en tout cas de la consultation systématique, justement pour éviter toute forme de malentendus. Et nous avons, comme vous le savez, des canaux qui sont toujours restés ouverts avec la Russie. Cependant, je ne veux pas, à aucun moment, laisser penser que la Russie n'est pas extrêmement agressive à notre égard sur le plan hybride, et la France est tout à fait concernée aussi.
APOLLINE DE MALHERBEÀ notre égard européen ou à notre égard français ?
ALICE RUFOLes deux. La France a été tout à fait en pointe sur le soutien à l'Ukraine depuis le départ. Et puis on a bien vu ce qui s'est passé en Allemagne.
APOLLINE DE MALHERBELe ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a déclaré hier, je le cite : " Si l'Europe, qui parle quotidiennement de se préparer à la guerre contre la Russie, venait à attaquer la Fédération de Russie, ce serait une toute autre guerre et elle serait très courte. " Comment vous comprenez cette déclaration ?
ALICE RUFOComme d'habitude avec les Russes, c'est-à-dire qu'ils inversent l'ordre des responsabilités. Jamais nous n'avons eu une posture agressive à l'égard de la Russie. Par contre, la Russie a envahi un pays souverain en Europe et teste nos limites en matière d'hybridité. Donc, les Russes ont cette tactique habituelle qui consiste à inverser les responsabilités. Je regrette que parfois cette inversion trouve des échos dans le débat politique français, parce que je pense qu'on doit la vérité à nos concitoyens, qui subissent effectivement les conséquences de la conflictualité dans le monde. Qui les subissent à la pompe, je le disais, qui les subissent aussi dans, en effet, parfois les difficultés du budget.
APOLLINE DE MALHERBEC'est en tout cas la lecture que font un certain nombre de partis, à la fois d'ailleurs du côté de la gauche ou de l'extrême gauche, et du côté de l'extrême droite. Un mot encore sur une expression qui a été utilisée par le ministre polonais des Affaires étrangères lundi et qui m'a frappé. Il dit : " Si la Russie nous attaquait et que nous décidions de ne plus nous retenir, nous les vaincrions assez rapidement. " Si nous décidions de ne plus nous retenir. Cela veut dire qu'aujourd'hui on se retient ?
ALICE RUFONon, cela veut dire qu'aujourd'hui on n'est pas en confrontation avec la Russie, mais qu'on soutient l'Ukraine. Je ne vais pas commenter ce que dit le ministre des Affaires étrangères polonais, qui d'ailleurs était à Kiev aussi la semaine dernière. Je pense que les paramètres de notre réponse à cette agression russe sont les bons.
APOLLINE DE MALHERBEAvec cette question, effectivement, des conséquences en France, je voudrais d'abord parler des conséquences politiques, parce qu'effectivement, désormais, un certain nombre de candidats, et c'était le cas de Fabien Roussel, je voudrais qu'on puisse l'écouter. Fabien Roussel qui hier matin, disait qu'il fallait cesser cet effort de guerre sur notre économie.
FABIEN ROUSSEL, CANDIDAT " PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS " A L'ELECTION PRESIDENTIELLEEt justement, moi je dis qu'il faut aujourd'hui mettre un stop sur l'économie de guerre, mettre un stop sur le surarmement de la France et de l'Union européenne. Si la France continue de préparer les esprits à une guerre à haute intensité, si la France continue à se surarmer et à faire peser le prix de ce surarmement sur le pouvoir d'achat des Français, je préfère, moi, qu'on investisse dans les hôpitaux et les écoles pour nos agriculteurs plutôt que de construire des bombes.
APOLLINE DE MALHERBEJe préfère qu'on s'occupe des hôpitaux plutôt que de l'Ukraine, en gros des hôpitaux français, plutôt que de donner des sous à l'Ukraine.
ALICE RUFOLà il parle de la défense de la France, on ne parle pas simplement de l'Ukraine. La défense du pays est la condition de notre liberté et de notre souveraineté. Donc je m'inscris en faux contre ce qui vient d'être dit. Le doublement du budget de la Défense, non seulement permet de préserver nos intérêts de sécurité, mais en plus a des conséquences positives sur les territoires en matière d'industrie de défense. Maintenant, s'agissant du soutien à l'Ukraine, je voudrais quand même rappeler les faits. La vérité aujourd'hui, le soutien à l'Ukraine, il est très largement financé par un prêt européen gagé sur les intérêts des avoirs gelés russes.Et il bénéficie aussi au fond à nos industries puisque par exemple, pour ce qui concerne les matériels antibalistiques ou les Rafale, on a une vraie coopération avec l'Ukraine sur la base de ce prêt. Donc, je crois que là, il faut remettre les choses là où elles sont. Le soutien à l'Ukraine est une condition de notre sécurité collective en Europe. Et non, il n'explique pas la situation sur le pouvoir d'achat. En revanche, les responsabilités de la Russie sont très importantes en matière de pouvoir d'achat en France.
APOLLINE DE MALHERBEPardon, mais ce que laisse entendre Fabien Roussel hier, c'est qu'en renforçant notre propre défense, nous créons les conditions d'une guerre. C'est-à-dire qu'au fond, dit-il, nous sommes des va-t-en-guerre.
ALICE RUFONon, je ne suis pas d'accord, ce n'est pas vrai. Renforcer sa défense, c'est être en mesure de faire face à la réalité du monde. Quelle est l'alternative ? De nous montrer faibles face à des pays qui sont agressifs vis-à-vis de nous, qui nous testent en permanence, et expliquer qu'au fond, on est tellement embêtés par la situation internationale qu'on va se désarmer ? Je pense que c'est une erreur parce qu'il est probable que c'est ce que cherchent nos adversaires.
APOLLINE DE MALHERBEMarine Le Pen, hier soir, disait, je cite : " À proportion de ce que nous faisons jusqu'à présent, qui est considérable dit-elle, nous disons que nous ne pouvons pas le faire. " Elle parle de l'aide à l'Ukraine. " Ce n'est pas un acte d'hostilité à l'égard de l'Ukraine. Nous pouvons continuer à former leurs soldats, leurs armées. On peut continuer à leur apporter du matériel pour pouvoir se défendre. Mais financièrement, nous ne pouvons plus. "
ALICE RUFOOui, c'est une manière de faire porter sur l'Ukraine la responsabilité. J'aimerais bien savoir comment, du coup, faire face à une situation de guerre menée par la Russie contre l'Ukraine qui, elle, souhaite la paix. Comment faire alors pour en sortir, est-ce qu'il faut répondre aux conditions du Kremlin ?
APOLLINE DE MALHERBEEt en même temps, jusqu'à quand ? Est-ce que cela pourrait durer des années ? Est-ce que cette guerre qui s'est installée désormais...
ALICE RUFOL'hiver en Ukraine va être difficile. Tout le monde le sait. Mais ce que je sais, et ça, c'est le Président Zelensky qui le dit, c'est qu'il souhaite la paix. Il souhaite des négociations et il l'a dit à plusieurs reprises. Il souhaite aussi un cessez-le-feu. Il l'a dit aussi à plusieurs reprises. Pour l'instant, et je suis désolée pour ceux qui n'arrivent manifestement pas à bien nommer les responsabilités, à ce stade, le Kremlin refuse.
APOLLINE DE MALHERBELe Kremlin refuse et le Kremlin est responsable de la situation dans laquelle on est, dites-vous, et dans laquelle, évidemment, l'Ukraine est. Mais jusqu'où devons-nous aller ? À la fois dans le soutien financier, mais aussi y compris dans l'engagement peut-être même de nos soldats ? Un journaliste reporter de guerre russe, Cyrille Amoursky, à Moscou, qui est régulièrement invité d'ailleurs dans les médias, il est ukrainien. Il évoque le soutien de Raphaël Glucksmann à un projet qu'il mène qui est le projet Sky Shield qu'il porte. Ce projet Sky Shield, dit-il, permettrait de protéger le ciel ukrainien et il invite à ce que des pilotes français soient engagés dans ce projet, ce à quoi, dit-il, Raphaël Glucksmann a apporté son soutien. Est-ce que ça, en termes justement de limites sur notre rôle à nous, Français, de soutien ou de cobelligérants... Où est la limite et est-ce qu'il faudrait aller jusqu'à ce projet Sky Shield ?
ALICE RUFOC'est une très bonne manière de formuler les choses. La question de la limite en fait, jusqu'à maintenant, au début de la guerre, c'est la France qui a plutôt été leader. On s'en est mis beaucoup puisque la Russie n'arrêtait pas de mettre des lignes rouges en expliquant à l'époque que si on livrait des casques, c'était une ligne rouge.
APOLLINE DE MALHERBEEt qu'on allait déjà être considérés comme cobelligérants.
ALICE RUFOOn a changé les choses en la matière et on a été plus loin dans le soutien à l'Ukraine, et c'est très bien. Maintenant, sur ce projet et ce débat que je connais et qui existe, je pense qu'on n'en est pas là aujourd'hui. Par contre, on a une urgence tout à fait importante, c'est qu'effectivement la menace en Ukraine vient du ciel, des drones à réaction et des missiles balistiques. Et donc l'urgence, là où en tout cas nous pouvons agir, je peux à ma place agir, c'est de renforcer la protection du ciel de l'Ukraine par de la défense aérienne et antimissile et par de la coopération pour permettre à l'Ukraine d'avoir une armée de l'air solide. D'où aussi le travail que nous menons sur les Rafale.
APOLLINE DE MALHERBEVous choisissez évidemment chacun de vos mots, et je le comprends bien parce que précisément ils sont scrutés. Je vous pose la question des pilotes puisqu'ils sont évoqués pour ce projet Sky Shield. Est-ce qu'il pourrait y avoir des pilotes français dans le sol ukrainien ?
ALICE RUFONon, il y a de la formation des pilotes ukrainiens.
APOLLINE DE MALHERBEOn n'ira pas plus loin.
ALICE RUFOA ce stade, on ne va pas plus loin.
APOLLINE DE MALHERBEEt le fait que Raphaël Glucksmann soutienne ce projet, est-ce que ça vous paraît périlleux ?
ALICE RUFOJe trouve qu'il est bon que dans le débat démocratique qui est devant nous, il y ait des discussions là-dessus. Ce que je dis simplement, c'est que j'étais à Kiev la semaine dernière et que nous, on a toujours répondu aux demandes que nous faisaient les Ukrainiens, qui aujourd'hui, pardon de me concentrer sur l'hiver qui va être rude, leur demande est la protection de leur ciel par des livraisons d'équipements et par l'acquisition de systèmes de défense antimissile.
APOLLINE DE MALHERBEAlice Rufo, vous êtes ministre déléguée aux Armées. Les mots d'Emmanuel Macron hier, qui dit : " La priorité, c'est de rétablir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, artère vitale pour le passage du pétrole. " Au moment où l'on se parle, quelle est la situation ? Elle est confuse. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus précisément ? Le détroit d'Ormuz est-il ouvert ou fermé ? Le détroit de Bab-el-Mandeb est-il périlleux ?
ALICE RUFOAlors la situation de blocage dans le détroit d'Ormuz, liée à la guerre entre l'Iran et les États-Unis, est toujours très difficile. Il y a quelques bateaux qui passent, mais ce n'est pas du tout le même niveau de flux qu'avant la guerre. Et pour ce qui concerne Bab-el-Mandeb, il y a effectivement une évolution qui est liée à la situation, à ce qui s'est passé avec les Houthis. Cela dit, nous, nous sommes présents. Pour ce qui concerne l'opération Aspides, il y a deux frégates françaises qui exercent la liberté de navigation et qui le font dans des conditions valables de sécurité. Premièrement, ça, c'est pour ce qui concerne Bab-el-Mandeb. Deuxièmement, pour ce qui concerne Ormuz, vous savez qu'on est disponibles. On l'a dit et redit, et on a travaillé avec nos partenaires régionaux. Le président de la République, d'ailleurs, continue de le faire aujourd'hui. Il a eu beaucoup d'appels téléphoniques avec ses homologues de la région ces derniers jours pour essayer de rétablir cette liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et de sécuriser les flux à Bab-el-Mandeb.
APOLLINE DE MALHERBEIl est où le Charles de Gaulle ?
ALICE RUFOIl n'est plus dans la région, mais nous travaillons avec des moyens dans le cadre de l'opération Aspides pour avoir une appréciation de situation. Encore une fois, la posture de la France n'est pas celle des États-Unis dans la région et nous voulons une solution politique à cette crise au Moyen-Orient qui pèse très lourdement sur nous et sur les prix à la pompe, vous venez de le montrer. Et en tout cas, chacun, je crois, doit agir à sa place. Et pour ce qui concerne notre posture, nous sommes prêts, et d'ailleurs nous agissons, pour faire en sorte que la liberté de circulation maritime permette le rétablissement de la...
APOLLINE DE MALHERBEJusqu'où ? Et quelles sont les perspectives ? C'est-à-dire qu'il y avait il y a quelques mois maintenant, ce grand moment où le Président Trump a signé à Versailles, ce qui était censé être le début d'un accord de paix ou d'une cessation, en tout cas, de la guerre, au moment où l'on se parle. Il est caduc, ce document ?
ALICE RUFOJe ne crois pas. Enfin, je ne peux pas me prononcer sur un document qui a été négocié par les États-Unis.
APOLLINE DE MALHERBEMais qui a été signé sur notre sol et sous les yeux du Président.
ALICE RUFOJe constate simplement, effectivement, que la situation n'est pas réglée au Moyen-Orient. Donc, il faut y travailler parce que nous, on a un sujet pour parler des intérêts de la France, de sécurisation des approvisionnements. On a un sujet de rétablissement des flux, et c'est pour cela, c'est pour les intérêts de la France et de l'Europe qu'on agit. Maintenant, pour ce qui concerne la négociation entre les partenaires de la région, on l'a toujours soutenue et on a toujours dit, depuis le premier jour de ce conflit, qu'il n'y avait pas de solution militaire ni offensive à ce qui se passe au Moyen-Orient. Donc, on continue nos efforts en ce sens et je comprends. Je comprends que ce soit long.
APOLLINE DE MALHERBEC'est long, et c'est long, effectivement, pour nos compatriotes. C'est long parce que les prix au bout de la chaîne, c'est-à-dire à la pompe, s'installent durablement désormais très haut. Et si je vous écoute, je ne vois pas de perspectives à court terme, c'est-à-dire je ne vois pas de perspectives dans les jours ou les semaines qui viennent.
ALICE RUFOOn travaille, on avance. Mais encore une fois, comme je vous disais, la situation au Moyen-Orient, comme d'ailleurs la situation en Ukraine, elle a des conséquences militaires, elle a pour nous des conséquences économiques. Et donc, en fait, il faut agir sur les différents volets. Le Gouvernement agit pour soutenir, je vous laissais écouter votre antenne, les professions les plus en difficulté. Il agit aussi à l'échelle européenne sur la sécurisation des flux, sur les prix. Donc chacun à sa place fait tout ce qu'il peut pour faire en sorte que les conséquences des crises géopolitiques que nous subissons effectivement soient modérées pour les Français.
APOLLINE DE MALHERBEAlice Rufo, un mot encore sur la dissuasion dite avancée. La dissuasion nucléaire intégrée, c'est l'idée que la France puisse faire profiter ses alliés de sa dissuasion nucléaire. Cette proposition, elle vient effectivement d'Emmanuel Macron. La Finlande dit rejoindre le club, l'Estonie dit y réfléchir. Quelle est l'avancée des négociations avec les uns et les autres ? Des discussions ?
ALICE RUFOLà, en tout cas, elles sont bilatérales, les discussions avec chacun des pays. C'est une bonne nouvelle que la Finlande, après la Norvège, ait rejoint cette proposition de la France, je le redis, non pas de partager la dissuasion nucléaire française, qui reste entièrement souveraine...
APOLLINE DE MALHERBEOn décidera seuls…
ALICE RUFOOui.
APOLLINE DE MALHERBECe n'est pas parce que, à un moment, si l'Estonie, par exemple, faisait partie de ce groupe de pays dans la dissuasion nucléaire intégrée, à un moment, on disait : " Écoutez, on a vraiment besoin que vous tapiez " Non, ça n'existe pas.
ALICE RUFONon, non, ça n'existe pas. La dissuasion française n'est pas partagée en l'espèce. En revanche, on matérialise sa dimension européenne, mais la décision reste entièrement dans les mains du président de la République française.
APOLLINE DE MALHERBELa discussion avance. A la fin, vous espérez être combien dans ce groupe qui serait protégé par notre nucléaire ?
ALICE RUFOL'idée n'est pas de faire du volume, si vous voulez. L'idée c'est d'engager un dialogue bilatéral qui porte vraiment pays par pays, non seulement effectivement sur la dimension européenne de la dissuasion nucléaire, mais aussi conventionnel, c'est-à-dire comment on renforce au fond la posture de l'Europe ensemble. Il est ouvert ce dialogue, il est proposé à nos amis européens, au-delà même de l'Union européenne, puisque la Norvège a rejoint cette discussion. Nous sommes coordonnés avec les Britanniques, c'est ouvert et on fait pays par pays.
APOLLINE DE MALHERBEUn dernier mot Alice Rufo sur les blocages. On voit d'ailleurs, pour ceux qui nous regardent sur BFMTV et je le décris pour ceux qui nous écoutent sur RMC, les images de ces blocages-là. C'est Frontignan, hier c'était Fos-sur-Mer. Dans le même temps, les ports de Nice notamment et de Sète sont, semble-t-il, bloqués sans qu'aucun bateau ne puisse ni rentrer ni sortir. Est-ce qu'à un moment il a été envisagé une réquisition de l'armée ? On sait que par le passé, lorsque des raffineries par exemple avaient pu être bloquées, l'armée... Est-ce que l'armée se tient prête ? Est-ce que vous savez si ces discussions ont déjà été évoquées ?
ALICE RUFONon, pas à ma connaissance. Vous savez que les forces armées françaises sont venues à l'appui de beaucoup de choses ces derniers temps, notamment cet été avec les feux de forêt, mais là, je crois qu'il faut que chacun agisse à sa place. Et en tout cas, pour ce qui concerne les armées, elles sont dans une posture qui permet de venir à l'appui des discussions diplomatiques en cours qui, nous l'espérons, pourront aboutir.
APOLLINE DE MALHERBEDonc, vous avez suffisamment à faire à l'extérieur de la France. Merci Alice Rufo d'avoir répondu à mes questions. Je rappelle que vous êtes ministre déléguée aux Armées.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304711
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