Interview de M. Benjamin Haddad, ministre délégué, chargé de l'Europe, à LCP le 17 septembre 2026, sur les relations euro-canadiennes, les tensions avec la Russie, la dissuasion nucléaire, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, les i
Benjamin Haddad (auteur), Oriane Mancini (intervenant)
ORIANE MANCINIOn va parler de l'Europe et des menaces de Donald Trump avec le ministre Benjamin Haddad, qui nous rejoint. Et Donald Trump qui menace de rompre les échanges commerciaux avec l'Union européenne après qu'Ursula von der Leyen a dit vouloir faire du Canada le premier pays membre associé de l'Union. Trump est-il hostile à l'Europe puissance ? On va en parler avec vous, Benjamin Haddad, bonjour.
BENJAMIN HADDADBonjour.
ORIANE MANCINIMerci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Ministre délégué chargé de l'Europe. Interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle.
CHRISTELLE BERTRANDBonjour Oriane. Bonjour Benjamin Haddad.
BENJAMIN HADDADBonjour.
ORIANE MANCINIOn va revenir sur le discours d'Ursula von der Leyen et notamment cette mesure qui fait réagir jusqu'au Président américain : Ursula von der Leyen qui veut donc ouvrir la porte au Canada pour qu'il devienne membre associé de l'Union européenne. D'abord, est-ce que la France va ouvrir la porte ? Vous êtes d'accord avec ça ?
BENJAMIN HADDADMoi, je trouve que c'est une très bonne idée d'approfondir les relations avec le Canada. Et d'ailleurs, le Canada fait partie de la coalition des volontaires qui a été créée par la France pour soutenir l'Ukraine et travailler sur les garanties de sécurité, a été invité à la dernière Communauté politique européenne. C'est la première fois qu'on avait un État qui n'était pas européen ou du continent européen qui participait sur le plan de l'énergie, sur le plan de la défense et de la vision du monde plus généralement, c'est-à-dire d'un attachement au droit international, au multilatéralisme et à la démocratie libérale. On a beaucoup de choses à faire avec le Canada. Je ne sais pas quelle forme institutionnelle ça doit prendre dans la relation avec...
ORIANE MANCINICe que je veux dire, on peut approfondir la relation et en faire un membre associé de l'Union européenne, il y a un fossé, pas grand comme l'océan Atlantique, mais un peu quand même.
BENJAMIN HADDADAujourd'hui, ce statut de membre associé, comme vous le savez, il n'existe pas, donc il reste à définir. Donc encore une fois, moi, je ne sais pas quel titre et statut ça doit prendre. En tout cas, effectivement, nous avons tout intérêt, aussi bien entre la France et le Canada et l'Union européenne et le Canada, à approfondir cette relation.
ORIANE MANCINIVous n'applaudissez pas des deux mains sur ce statut de membre associé ?
BENJAMIN HADDADMais c'est un débat qui a lieu depuis quelque temps. On en a parlé aussi d'ailleurs pour l'Ukraine l'an dernier. Donc la question qui se pose, c'est comment est-ce qu'on peut mieux ancrer des relations avec des pays qui sont alignés, qui sont affinitaires, qui sont de notre voisinage, qui n'ont pas vocation à rentrer dans l'Union européenne, mais avec lesquels, effectivement, on peut resserrer les liens.
CHRISTELLE BERTRANDMais est-ce que, de votre point de vue, il faut entamer des discussions pour définir vraiment ce qu'est ce statut de membre associé ? Puisque, comme vous le disiez, l'Ukraine s'est déjà vu proposer ce même statut. C'est un statut qui n'existe pas. Est-ce que la France serait demandeuse d'ouvrir des discussions pour en définir précisément les contours ?
BENJAMIN HADDADMoi, je crois que nous avons aujourd'hui déjà plusieurs institutions et plusieurs formats dans lesquels on peut déjà approfondir la relation avec le Canada. Évidemment, au niveau de l'Union européenne, on a un accord commercial. On peut regarder la façon dont on peut y mettre plus de contenu. Je pense encore une fois à la question des minerais critiques, à l'énergie, à la défense, l'aérospatiale, la Communauté politique européenne, où le Canada a été membre récemment, sur les sujets liés à la défense, la coalition des volontaires, qui est chargée de réfléchir aux garanties de sécurité qu'on va donner à l'Ukraine après la guerre, mais aussi de coordonner notre soutien actuel à l'Ukraine. On voit que le Canada partage des valeurs et des intérêts qui sont convergents avec les pays européens. Dans ces cadres-là, on peut aussi approfondir déjà l'existant dans la relation avec le Canada.
ORIANE MANCINIOn sent votre prudence, un enthousiasme modéré sur cette proposition précise. Est-ce que, pour Ursula von der Leyen et pour l'Union européenne, est-ce que pour l'Union européenne plutôt, c'est un moyen de mettre le drapeau européen sur un pays où Donald Trump plante très bien le drapeau américain ? Et est-ce que pour Ursula von der Leyen, c'est aussi un moyen pour elle de faire oublier qu'il y a quelque temps, elle signait des accords commerciaux avec Donald Trump ?
BENJAMIN HADDADNon, mais là, je pense que vous faites de l'interprétation sur les sujets qui ne sont pas liés. Le Canada, encore une fois, est un pays avec lequel nous partageons beaucoup d'intérêts et de valeurs en commun, est un pays qui a manifesté depuis longtemps sa volonté de trouver des façons de se rapprocher de l'Europe sur les questions de défense, sur les questions d'énergie. Et donc je trouve que c'est bienvenu. Et donc on n'a pas besoin d'aller interpréter sur les États-Unis ou non. C'est dans notre intérêt de travailler plus avec le Canada, de travailler d'ailleurs plus avec d'autres États qui ne sont pas membres de l'Union européenne. Je pense au Royaume-Uni, à la Norvège, à l'Australie sur la question des minerais. Il y a encore une fois beaucoup de partenaires qui sont des démocraties, qui partagent nos valeurs, notre vision du monde. La volonté aussi de ne pas se retrouver spectateur passif d'un affrontement entre les États-Unis et la Chine et d'incarner une voie indépendante. Eh bien, à ce moment-là, travaillons effectivement avec le Canada. Et d'ailleurs, le président de la République sera avec le Premier ministre Mark Carney dans les prochains jours.
ORIANE MANCINIAu Canada ?
BENJAMIN HADDADA Saint-Pierre-et-Miquelon, comme vous le savez.
ORIANE MANCINIA Saint-Pierre-et-Miquelon.
CHRISTELLE BERTRANDSi cette proposition est faite au Canada, ça n'a aucun rapport avec le fait que Donald Trump ait jeté son dévolu sur le Canada ? Ce n'est pas une mesure de protection, en fait, ou une forme de solidarité envers le Canada ?
BENJAMIN HADDADMais bien sûr que nous sommes solidaires et proches du Canada. Et comme je vous le dis, l'objectif, c'est justement de voir la façon dont on peut incarner nos valeurs, nos intérêts communs et travailler ensemble à cette voie indépendante dans les relations internationales.
ORIANE MANCINIDonald Trump, ça ne lui a pas du tout plu, cette proposition d'Ursula von der Leyen. " Act hostile ", dit-il, si elle était mise en oeuvre. Comment vous réagissez à sa menace, il y a quelques heures, de rompre les accords commerciaux avec l'UE si cette proposition voit le jour ?
BENJAMIN HADDADBon tout d'abord, moi, je n'ai pas pour habitude de commenter toutes les déclarations du Président des Etats-Unis. Il y en a déjà beaucoup.
ORIANE MANCINIMais là, c'est une menace directe sur l'Union européenne.
BENJAMIN HADDADEt puis, par ailleurs, ce n'est pas à une puissance étrangère, ce n'est pas aux États-Unis ou à qui que ce soit de choisir les orientations politiques et géopolitiques des Européens. Encore une fois, nous avons une relation avec le Canada. Nous sommes tout à fait en droit de chercher à l'approfondir pour incarner, exprimer nos intérêts, nos valeurs communes. Et donc ce n'est pas aux États-Unis ou à qui que ce soit d'avoir un veto sur les relations de l'UE ou du Canada.
ORIANE MANCINIDonc vous ne céderez pas à cette forme de chantage de Donald Trump ?
BENJAMIN HADDADCe n'est pas dans notre habitude.
ORIANE MANCINIEst-ce que vous n'avez pas l'impression, quand vous entendez Donald Trump, qu'il y a une forme d'hostilité face à l'UE et face à l'Europe puissance ?
BENJAMIN HADDADMoi, je vois déjà des tendances de long terme au-delà de la personne de Donald Trump, qui ont déjà même été exprimées par des Présidents démocrates pour dire que la priorité, c'était la Chine, pour faire du protectionnisme parfois à l'encontre des intérêts européens. Pensez à l'Inflation Reduction Act de Joe Biden. Je pense qu'au-delà de Donald Trump, qui a sa personnalité, il y aura des tendances qui continueront, d'ailleurs, quel que soit le Président suivant, qu'il soit démocrate ou républicain. Et donc fondamentalement, la seule conclusion qu'il faut en tirer pour nous, c'est d'investir dans notre autonomie stratégique, dans notre propre puissance, dans la réduction de nos dépendances, sur le plan militaire, bien sûr, mais aussi sur le plan énergétique, sur le plan technologique. Nous avons des alliés, mais nous avons aussi des intérêts à faire valoir. Nous devons pouvoir assumer aussi des rapports de force. Et donc moi, je suis plutôt d'avis de ne pas commenter toujours ce que disent les autres, mais de se concentrer sur ce que nous devons faire nous-mêmes pour affirmer la puissance européenne.
ORIANE MANCINIAlors justement, Ursula von der Leyen qui a proposé la création d'un conseil de sécurité européen sur l'Union européenne, le Canada, la Norvège, le Royaume-Uni. Est-ce que là, vous y êtes favorable ?
BENJAMIN HADDADVous savez que c'était une proposition initiale du président de la République. C'est le président de la République qui avait parlé de ce conseil de sécurité. Et je trouve qu'effectivement, il faut ouvrir la réflexion sur la façon dont on peut travailler sur les questions de défense et de sécurité au niveau européen, y compris avec des États qui ne sont pas aujourd'hui membres de l'Union européenne, mais qui contribuent à l'architecture de sécurité. Bien sûr, le Royaume-Uni. C'est pour ça, d'ailleurs, que le président de la République avait choisi de créer la coalition des volontaires pour l'Ukraine avec le Royaume-Uni. Bien sûr, la Norvège, qui est un partenaire avec lequel nous avons approfondi aussi les relations de défense. Et donc je crois qu'il faut effectivement avoir cette réflexion sur l'articulation entre l'Alliance, l'OTAN, l'Union européenne qui peut servir notamment à financer la coopération industrielle, donc à faire émerger aussi une base industrielle de défense autonome à travers ces instruments comme SAFE, comme le prochain budget européen, le cadre financier pluriannuel. Et donc un conseil de sécurité qui pourrait agréger les principales puissances pour parler de l'avenir de ces questions de sécurité sur le continent européen, pourquoi pas en effet.
ORIANE MANCININotamment face à la menace russe ?
BENJAMIN HADDADNotamment face à la menace russe.
ORIANE MANCINIComment vous l'évaluez aujourd'hui, l'état de la menace russe ? Elle est faible ? Elle est modérée ? Elle est forte ?
BENJAMIN HADDADMoi, je vois déjà la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine, naturellement, et c'est pour ça que soutenir les Ukrainiens, c'est notre première ligne de défense face à cette menace de la Russie. Mais on voit effectivement la Russie qui menace toutes nos démocraties européennes par ses ingérences, par ses attaques cyber, par ses attaques hybrides, comme on l'a vu encore se multiplier ces derniers jours. Et donc dans ce contexte, il faut rester calme et ferme. La Russie cherche à nous intimider, à nous diviser. Elle a échoué ces dernières années. Ces dernières années, nous avons d'ailleurs toujours sous-estimé...
ORIANE MANCINIVladimir Poutine, il n'arrive pas à intimider l'Europe selon vous ?
BENJAMIN HADDADNon, au contraire. Mais au contraire, regardez, ça fait quatre ans qu'il croit que nous allons nous désunir, que nous allons nous affaiblir, que nous allons perdre notre détermination. Et au contraire, aujourd'hui, les principaux soutiens de l'Ukraine, ce sont les Européens. Nous étions, d'ailleurs, il y a quelques années, fixés des lignes rouges, des limites à nous-mêmes, comme le fait de livrer des armes, des chars, des capacités de frappes en profondeur. Et nous avons accéléré notre soutien à l'Ukraine. Et c'est aujourd'hui l'Ukraine qui regagne du terrain. Donc il n'y a aucune raison d'exagérer nos faiblesses ou de s'autoflageler. Au contraire, nous avons montré que nous étions capables d'être unis, forts, déterminés. Ce n'est que dans la force que l'on dissuade la menace.
ORIANE MANCINIEt vous étiez, d'ailleurs, en Ukraine il y a quelques jours. Les Russes, qui ont qualifié mardi d'imprudente l'initiative française de dissuasion nucléaire avancée. Qu'est-ce qu'il faut voir derrière ce terme ?
BENJAMIN HADDADÇa fait des années, encore une fois, que la Russie, par sa rhétorique, essaie d'intimider. Je crois qu'encore une fois, il ne faut pas surréagir ou y prêter beaucoup d'attention.
ORIANE MANCINIEst-ce que cette initiative met une cible russe dans le dos de la France ?
BENJAMIN HADDADMais non, cette initiative contribue à la sécurité de la France et de nos partenaires. Rappelons de quoi il s'agit tout de même. Il s'agit de dire que, bien sûr, la dissuasion nucléaire et la décision de la dissuasion nucléaire resteront toujours intégralement françaises. En particulier, la décision du président de la République. Mais que, naturellement, comme l'avait dit depuis le général de Gaulle, les intérêts vitaux de notre pays ont une dimension européenne. C'est-à-dire que ce qui se passe à nos frontières, la sécurité de nos alliés, évidemment que ça a un impact sur la sécurité des Français. Donc on réfléchit à la façon dont on peut mettre en commun des forces, stationner des forces de dissuasion chez nos voisins, faire participer à des exercices en commun pour contribuer à la sécurité du continent.
ORIANE MANCINIMais qu'on comprenne bien, la Finlande y a adhéré il y a quelques jours, c'est le dixième pays à y adhérer. Est-ce que ça veut dire si Helsinki est attaquée par les Russes, on sort l'arme nucléaire ?
BENJAMIN HADDADMais ce n'est pas sur un plateau télé que je vais commencer à annoncer ce genre de déclaration. Et vous savez que ces décisions...
ORIANE MANCININon mais il faut qu'on comprenne qu'est-ce qu'il y a concrètement derrière ce terme de...
BENJAMIN HADDADAttendez. Laissez-moi terminer. Si vous me posez une question avec une telle gravité, il faut en parler effectivement avec calme. Ce sont évidemment des décisions qui sont sous le parrainage du président de la République. Maintenant nous avons des alliés, nous avons des garanties de sécurité. Je vous rappelle donc que nous sommes membres de l'Otan. La Finlande d'ailleurs est membre depuis peu de l'Otan. C'est l'une des conséquences de l'invasion de la Russie... enfin de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Et donc la France honore sa parole, elle est aux côtés de ses partenaires. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons approfondi nos relations sécurité de défense avec nos partenaires sur... je rappelle que nous avons des troupes dans les pays Baltes par exemple, comme en Estonie à qui je suis allé rendre visite il y a quelques mois. Nous sommes Nation cadre de l'Otan en Roumanie. Nous avons beaucoup approfondi notre partenariat de défense avec la Pologne, précisément pour dissuader la menace et renforcer la sécurité européenne.
ORIANE MANCINIMais du coup qu'est-ce que ça implique de plus que nos engagements qui sont déjà présents en tant que membre de l'Otan ?
BENJAMIN HADDADLa dissuasion avancée. La dissuasion avancée, elle crée de l'incertitude, qui est l'adversaire. Elle renforce, encore une fois, la sécurité des Européens, en particulier aussi dans un climat d'incertitude sur la guerre anti-sécurité américaine et l'avenir de la relation transatlantique. Elle permet aussi d'ailleurs d'intégrer nos partenaires à la dimension conventionnelle de la dissuasion nucléaire. C'est-à-dire autant la dissuasion nucléaire elle-même, comme je vous le disais, restait 100% française, y compris d'ailleurs dans son financement, mais sur la partie conventionnelle, c'est-à-dire les capacités de frappe en profondeur, les mécanismes d'alerte avancée, on peut avoir des coopérations industrielles avec nos partenaires. C'est une discussion que nous avons, par exemple, avec les Allemands et avec d'autres. Et donc ça contribue, une fois de plus, à la sécurité des Français et de nos voisins.
ORIANE MANCINIPour qu'on comprenne bien, juste, Benjamin Haddad, pour finir là-dessus, donc nous, on leur apporte le parapluie nucléaire. Eux, qu'est-ce qu'ils nous apportent en échange ?
BENJAMIN HADDADEh bien, comme je vous le disais, par exemple, le fait de pouvoir contribuer de façon conventionnelle à renforcer notre dissuasion avec des coopérations sur les mécanismes d'alerte avancée ou les capacités de frappe en profondeur.
ORIANE MANCINIEt financièrement parlant ?
BENJAMIN HADDADMais je viens de vous répondre.
ORIANE MANCINIOui, mais enfin, c'est des moyens, c'est ça ?
BENJAMIN HADDADOui, c'est des moyens.
ORIANE MANCINIOn va finir sur ce sujet.
BENJAMIN HADDADMais je tiens à le préciser, parce que, financièrement, il ne s'agit pas du financement de la dissuasion qui reste 100% française, naturellement.
ORIANE MANCINIEt la décision aussi.
BENJAMIN HADDADEt la décision aussi, parce qu'on entend beaucoup de fake news, comme vous le savez, sur ce sujet.
ORIANE MANCINIC'est pour ça que c'est bien de le préciser. Sur le numérique, parce que là aussi, il en a été question hier, lors du discours d'Ursula von der Leyen et les réseaux sociaux. Christelle.
CHRISTELLE BERTRANDOui, lors de son discours, elle a proposé une interdiction des réseaux sociaux. C'était une demande d'Emmanuel Macron. Lui aurait aimé qu'ils soient interdits dès l'âge de 15 ans. Elle a proposé 13 ans. C'est un recul par rapport à...
BENJAMIN HADDADNon, parce que c'est exactement la proposition que nous avons envoyée à la Commission européenne. C'est-à-dire, entre 13 et 15 ans, vous avez effectivement la possibilité d'avoir un contrôle parental ou une validation parentale. Puisque, comme vous le savez, il y avait une première proposition. Nous étions en discussion aussi bien avec la Commission européenne. Il y a eu aussi la décision du Conseil constitutionnel. Donc nous avons travaillé à avoir une nouvelle proposition qui est compatible avec les deux décisions.
CHRISTELLE BERTRANDCe n'est pas une manière de contourner la décision du Conseil constitutionnel ?
BENJAMIN HADDADC'est une façon d'y répondre. De répondre aussi aux problématiques qui ont été soulevées par le Conseil constitutionnel. Mais au-delà de ça, ce que j'ai entendu hier, c'est justement le leadership qui a été incarné par la France. C'est nous qui avons mis ce sujet de la protection des mineurs, de la santé mentale des enfants face aux réseaux sociaux dans le débat européen. C'est nous qui avons créé une dynamique avec les gouvernements européens à ce sujet. Ça a été repris par la présidente de la Commission européenne. Il faut se féliciter de la proposition européenne en ce sens. Et d'ailleurs, je voudrais dire au-delà de ça, sur ce discours sur l'état de l'Union qu'on a entendu hier, quand on parle de réduction des dépendances, quand on parle de questions de sécurité, de sécurité commerciale aussi face à la Chine avec les surcapacités subventionnées dans le domaine industriel qui viennent déstabiliser nos filières, de protection des enfants dans l'espace numérique, c'est bien l'agenda de la France. C'est bien les propositions de la France, d'ailleurs, depuis 2017 et les discours sur la souveraineté européenne du président de la République qui sont aujourd'hui au coeur de l'agenda européen. Il faut s'en féliciter.
CHRISTELLE BERTRANDDonc là, elle en a parlé dans son discours. Après, j'imagine que le processus va être long pour la mise en place. Est-ce qu'on peut imaginer un aboutissement avant la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron ou ce n'est pas imaginable ?
BENJAMIN HADDADOui, c'est notre objectif, effectivement, de pouvoir avoir un texte avant la fin du quinquennat.
ORIANE MANCINIUn mot sur les réseaux sociaux et le risque d'ingérence. On est en pleine campagne présidentielle en France. Est-ce que ça vous inquiète et est-ce que vous avez les moyens efficaces de lutter contre ces ingérences ?
BENJAMIN HADDADAlors ces ingérences, vous le savez, on les voit déjà depuis plusieurs années dans l'espace informationnel. On le voit aussi bien en France, qui est l'un des pays les plus ciblés en Europe par ces ingérences, en particulier venant de la Russie. On l'a vu d'ailleurs aussi dans des processus électoraux en Europe. Je pense à ce qui s'est passé en Moldavie ou en Roumanie. Moi, je me suis rendu dans ces pays où on a vu des contenus artificiellement amplifiés sur les réseaux sociaux, que ce soit sur TikTok ou Telegram, en particulier par la Russie. Donc il faut être extrêmement vigilant. Nous avons un État de droit européen sur ces sujets. Nous avons des textes, notamment le Digital Services Act, qui permet de dire de façon très concrète que ce qui est interdit dans le monde réel doit être interdit dans le monde virtuel, que ce soit la haine en ligne, les ingérences, la manipulation de l'information, la manipulation des algorithmes. Nous avons des outils européens. Il faut pouvoir les utiliser, effectivement, pour protéger notre espace informationnel.
CHRISTELLE BERTRANDUrsula von der Leyen a aussi abordé un autre sujet international. Elle a qualifié d'inacceptable la décision du gouvernement israélien de faire avancer le projet de colonie E1. La France a déjà pris des mesures contre ça, et notamment interdit les importations issues des colonies israéliennes. Est-ce qu'il faut aller plus loin sur ce sujet-là ?
BENJAMIN HADDADVous connaissez l'attachement de la France à la solution à deux États. Le président de la République était lui-même beaucoup impliqué sur ce sujet, avec notamment la déclaration aux Nations unies il y a exactement un an. Et tout le travail que nous avons fait en faveur d'un cessez-le-feu, en faveur de l'aide humanitaire aux Palestiniens, il y a eu les annonces, en effet, du ministre Jean-Noël Barrot, et donc on travaille effectivement avec nos partenaires sur ce sujet pour, encore une fois, continuer à donner une espérance à cette solution politique qui est la seule voie pour avoir un État palestinien qui reconnaît l'existence et la sécurité des Israéliens, et évidemment sans le Hamas, et débarrassé du Hamas, Hamas parce que quand même est désarmé...
CHRISTELLE BERTRANDMais là, est-ce qu'il faut aller plus loin dans les sanctions ?
BENJAMIN HADDAD Vous l'avez vu déjà, des mesures qui ont été annoncées par...
ORIANE MANCINIEst-ce que vous nous confirmez, Benjamin Haddad, que Sébastien Lecornu demande une baisse de la contribution des États membres au budget de l'Union européenne ?
BENJAMIN HADDADNon, ce n'est pas ça. Je vais vous expliquer de façon très claire. Tous les ans, on a le budget européen, et là, nous avons des nouvelles recettes pour le budget européen, notamment une taxe sur Google de 4,6 milliards d'euros. Ce que nous avons dit, c'est qu'à partir du moment où vous avez des nouvelles recettes pour l'Union européenne, automatiquement, ça doit faire baisser les contributions de tous les Etats membres.
ORIANE MANCINIDonc il demande une baisse de la contribution des États membres ?
BENJAMIN HADDADNon, mais tous les ans, nous avons cette discussion. C'était déjà le cas l'an dernier. L'an dernier, entre ce qui avait été prévu initialement pour notre contribution et la contribution finale, ça avait légèrement baissé. Je tiens à le dire parce que j'entends parfois dans le débat public certains dire qu'il s'agit d'un rabais, mais ce n'est en aucun cas. Nous, nous nous battons depuis des années, et ça va être d'ailleurs l'un des enjeux de l'adoption du prochain cadre financier pluriannuel, qui est le budget sur la période 2028-2034 de l'Union européenne, pour créer des ressources propres de l'Union européenne, et de dire : l'Union européenne a besoin d'un budget ambitieux pour soutenir nos agriculteurs, pour la cohésion des territoires, pour investir dans la défense, dans le spatial, dans l'intelligence artificielle, mais tout ça ne peut pas reposer uniquement sur la contribution nationale des Etats membres. Aujourd'hui, c'est à peu près 90 % du budget de l'Union européenne qui est financé par la contribution nationale des Etats membres. Si on veut un budget ambitieux mais qu'on ne veut pas, effectivement, constamment faire augmenter notre contribution, on a besoin de ressources propres. Ça peut être la taxe carbone aux frontières, la taxe sur les petits colis, un... européen comme ça a été proposé par la Commission, une taxe sur les services numériques. Il y en a une en France, mais vous savez que ce serait beaucoup plus efficace si on le faisait au niveau des 27. Et donc il faut se féliciter, effectivement, d'avoir ces nouvelles ressources. Et là, c'est le cas, effectivement, de cette amende Google, qui doit pouvoir faire diminuer les contributions.
ORIANE MANCINIIl doit ruisseler, c'est ce que dit Sébastien Lecornu. Ça doit ruisseler sur les amendes. Ça veut dire que, pour le budget de la France, vous souhaiteriez que ça chiffre à combien ? Ce n'est pas un rabais, mais cette moindre contribution.
BENJAMIN HADDADAlors ça, ça fait l'objet des discussions. J'ai vu le commissaire au Budget, Piotr Serafin, la semaine dernière à Bruxelles, pour effectivement essayer d'évaluer, je n'ai pas encore de chiffres à vous donner à ce stade, mais évaluer la façon dont ça pourrait faire baisser la contribution de tous les États membres, y compris donc celle de la France, et pour demander, comme nous le faisons chaque année aussi, à la Commission européenne de maîtriser son augmentation de dépenses, en particulier ses dépenses...
ORIANE MANCINIDonc ça veut dire que vous ne demandez pas un rabais, compte tenu de nos difficultés budgétaires.
BENJAMIN HADDADNon, mais de toute façon, encore une fois, ça, ce n'est pas une discussion que vous avez d'année en année. Il s'agit, encore une fois, lier à cette nouvelle recette, qui est une bonne nouvelle, cette amende-là, en l'occurrence, qui a été infligée à Google, 4,6 milliards d'euros, effectivement, que ça se traduise en une ressource propre pour l'Union européenne, que ça fasse baisser la contribution.
ORIANE MANCINIParce que la question du rabais, elle est dans le débat du Rassemblement national depuis longtemps : il faut qu'on contribue moins à l'Union européenne. Bruno Le Maire, qui n'est pas le moins européen du lot, dit qu'il faut la baisser de 5 milliards. Qu'est-ce que vous dites de ça ?
BENJAMIN HADDADMais moi, je vais vous dire, c'est une erreur. Je vais vous expliquer de façon très claire pourquoi. Si moi, demain, je vais voir les partenaires européens et je leur dis : la France veut un rabais. Qu'est-ce qu'ils vont me répondre ? Ils vont dire : très bien, on baisse la PAC et vous la financez au niveau national. La France est le premier bénéficiaire des fonds européens et en particulier le premier bénéficiaire de la politique agricole commune. Donc derrière, il faut aller expliquer à nos agriculteurs : on va baisser vos paiements directs pour baisser la contribution française. La France bénéficie de son appartenance au marché intérieur et à l'Union européenne. En revanche, comme je vous le disais, nous, nous travaillons pour le prochain cadre financier pluriannuel à ce que l'Union européenne se dote de ressources propres, comme la taxe carbone aux frontières, comme la taxe sur les services numériques, donc des ressources qui pèsent sur les acteurs extérieurs à l'Union européenne qui ne viennent pas alourdir la charge fiscale des Européens pour pouvoir effectivement faire face aux besoins d'investissement dans l'IA, dans la défense, dans le spatial, pour pouvoir continuer à assurer la sécurité alimentaire des Européens à travers la politique agricole commune. Mais si demain vous venez dire : on va entailler le budget européen, très bien. Mais venez l'expliquer à nos régions qui touchent la cohésion, à nos agriculteurs qui touchent la PAC, à nos entreprises qui touchent les fonds Horizon, à nos étudiants qui veulent aller faire des déplacements à Erasmus, etc.
ORIANE MANCINIDernière question sur Gabriel Attal.
CHRISTELLE BERTRANDGabriel Attal est à Reims aujourd'hui pour répondre justement au discours d'Ursula von der Leyen. Est-ce que c'est le rôle d'un candidat issu de l'ex-majorité présidentielle de répondre de cette manière, quitte à interférer dans la position de la France ?
BENJAMIN HADDADNon. Alors comme vous le savez, ce n'est pas le candidat que je soutiens dans cette élection présidentielle. Cela étant dit, je trouve ça bienvenu que des candidats viennent exprimer leur vision de l'Europe.
CHRISTELLE BERTRANDCe qui va être visiblement très critique, soulignant que l'Europe n'a pas réussi à lutter contre la désindustrialisation en France.
BENJAMIN HADDADOn peut parler après des sujets de fond et déclinés, mais je crois que c'est important que l'Europe soit au coeur de cette campagne. Tout d'abord parce que, regardez les sujets dont nous avons parlé aujourd'hui. La pression de la Russie, la relation avec Donald Trump, les questions de dissuasion nucléaire. On ne peut pas faire l'économie d'un débat sur les questions internationales, géopolitiques, du contexte qui nous entoure dans l'élection présidentielle. La question qu'on se pose dans cette élection présidentielle, c'est : qui vous voulez aux manettes, qui vous voulez dans le PC Jupiter quand on aura peut-être à nouveau des crises géopolitiques et internationales. Par ailleurs, je voudrais aussi rappeler que nous avons aujourd'hui deux forces, La France insoumise et le Rassemblement national, qui sont des forces anti-européennes, qui sont des forces alignées sur l'agenda de monsieur Poutine, qui se sont opposées à tous les tournants au soutien à l'Ukraine. Madame Le Pen, qui, il y a dix ans, sans rappel, faisait campagne pour le Frexit et la sortie de l'Europe. Je ne crois pas que c'est ce que souhaitent les Français. Donc je pense qu'effectivement nous parlerons d'Europe, nous parlerons de géopolitique dans cette campagne présidentielle.
source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2026
La source —
vie_publique · nº 304710
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