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23 septembre 2026 · Gouvernement · Sud Radio · discours Discours

Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire, à Sud Radio le 23 septembre 2026, concernant l'aide pour le gazole non routier en faveur des agriculteurs, les conséquences de la sécheres

Annie Genevard (auteur), Jacques Cardoze (intervenant)

ANNIE GENEVARDBonjour Jacques Cardoze. JACQUES CARDOZEAucun mot pour les agriculteurs hier de la part du Premier ministre et des ministres, c'est un oubli ? ANNIE GENEVARDNon pas du tout, je crois qu'il faut bien prendre la mesure de ce que le Gouvernement vient d'annoncer pour les agriculteurs. Il se trouve que j'avais annoncé avant la réunion d'hier la prolongation du guichet GNR, donc l'aide pour le gazole non routier qu'utilisent les agriculteurs, jusqu'à la fin de l'année. Donc l'annonce était faite. JACQUES CARDOZESur le GNR, précisément, un certain nombre d'agriculteurs réclament une augmentation, comme ça a été obtenu par les pêcheurs, de quinze centimes à trente centimes. Est-ce que c'est envisageable ? ANNIE GENEVARDAlors, je viens d'annoncer, il y a quelques jours, un plan massif d'aides et de soutien aux agriculteurs dans de très grandes difficultés, vous le savez, après l'été qu'ils ont passé. Donc maintenant, ce plan d'un milliard trois, un milliard trois, c'est un plan très significatif et qui traduit vraiment le soutien du Gouvernement à nos agriculteurs, mon souci maintenant, c'est qu'il soit déployé le plus vite possible pour que cet argent arrive sur le compte des agriculteurs. JACQUES CARDOZEOn va en parler dans un instant. Fait nouveau ce matin, sur Sud Radio, le président du syndicat des céréaliers de France a annoncé des chiffres catastrophiques pour les moissons, 6,5 milliards de pertes pour le global, soit un coût de 900 euros par hectare. Les céréaliers vous demandent une aide de 450 euros par hectare. Qu'est-ce que vous leur répondez ? ANNIE GENEVARDJe leur réponds comme je le réponds à toutes les filières, beaucoup ont souffert. Le maraîchage de plein champ a beaucoup souffert. Les producteurs de betteraves souffrent beaucoup. Les céréaliers également. Et donc je reçois toutes ces filières, on regarde chacune d'entre elles pour évaluer la situation, pour voir ce que déclenchera l'assurance, parce que beaucoup sont assurés. Et il n'y a pas que l'argent de l'État, il y a aussi l'argent des assurances, il y a aussi l'implication des banques, il y a l'implication des collectivités territoriales. Donc on regarde la situation et on essaie d'apporter des aides au plus près des besoins. JACQUES CARDOZEVous confirmez ces chiffres, 6,5 milliards d'euros de pertes pour le global, c'est considérable et ça fait quatre années, ça suit une trajectoire qui est très mauvaise. Est-ce que vous confirmez ces chiffres ? ANNIE GENEVARDIl faut qu'on travaille avec eux, qu'on voie les choses. Moi je n'ai aucune raison de ne pas faire confiance dans l'évaluation qu'ils font. Et c'est vrai, la situation des céréaliers qui jusqu'alors était épargnée est durement touchée par deux phénomènes. D'abord la sécheresse qui a empêché les cultures de lever convenablement. Et puis la canicule durable et l'effondrement des cours mondiaux, parce que pour leur malheur, les prix ne sont pas fixés pays par pays, ce sont des cours mondiaux et les cours se sont depuis plusieurs années maintenant très considérablement affaiblis. Donc on fera tout ce qu'on pourra pour les épauler et surtout dans le plan d'un milliard trois que je viens d'annoncer et auquel il faut ajouter encore une fois l'argent des assurances, les efforts que feront les banques, les collectivités territoriales. Et ce qu'il faut, c'est leur donner les moyens de relancer la production, qu'ils aient les moyens de semer, de planter, d'irriguer, de mettre des engrais. JACQUES CARDOZELe président du syndicat des céréaliers nous disait que 10% environ des céréaliers sont touchés, certains ne pourront pas se relever. C'est pour eux que vous pourriez envisager des aides ? ANNIE GENEVARDC'est tout particulièrement pour ceux-là que nous avons déployé ce plan d'urgence, parce que rien ne serait pire que d'arrêter de produire. JACQUES CARDOZEAlors ce plan d'aide, où en est-on exactement ? Combien d'éleveurs, d'exploitations sont en difficulté aujourd'hui ? Est-ce que déjà vous revoyez vos chiffres à la hausse ? Vous avez dit entre 30 et 35 000 début septembre. Où en est-on aujourd'hui ? ANNIE GENEVARDAlors j'ai pris la décision en accord avec le Premier ministre de décider d'un plan global mais d'un déploiement dans les territoires à la main des préfets en lien avec les représentants des agriculteurs. Ça n'aurait aucun sens que la ministre dise : " Dans tel département, il faut faire comme ci, comme ça. " Ce sont les forces locales qui connaissent le mieux les situations et qui ont la charge de le déployer. JACQUES CARDOZEEt on en est où du calendrier actuellement ? ANNIE GENEVARDLes choses se passent aussi rapidement que possible pour un certain nombre de dispositifs. Je vais vous le dire, je pense qu'il faut aller plus vite encore. Et c'est la raison pour laquelle je demande à mon administration d'être vraiment très réactive, notamment pour le déploiement des aides sur le GNR où il y a encore du retard. L'administration doit se mettre au diapason de l'urgence de la situation des... JACQUES CARDOZEQu'est-ce que vous souhaitez quand vous dites que ça doit être plus rapide ? Quel est votre souhait à vous ? ANNIE GENEVARDJe pense que dès le début du mois d'octobre, ils doivent voir sur leurs comptes bancaires les premières aides arriver. JACQUES CARDOZEDonc concrètement, dès le début du mois d'octobre, les premières aides doivent arriver ? ANNIE GENEVARDC'est ce que j'ai demandé aux préfets, c'est ce que j'ai demandé aux administrations territorialisées, c'est ce que j'ai demandé à la DGFIP, à la Direction générale des Finances publiques, avec mon collègue David Amiel, et nous y travaillons. JACQUES CARDOZEParce que le problème est là, pour beaucoup, c'est un problème de trésorerie également. ANNIE GENEVARDC'est un problème de trésorerie, c'est la question de pouvoir relancer la production. On a commencé les semis, là, donc il faut qu'ils aient des semences, il faut qu'ils aient des engrais, il faut qu'ils aient de quoi faire leur récolte en 2025, c'est extrêmement important. Et puis au-delà de ça, Jacques Cardoze, ce qu'il faut bien comprendre c'est que ce qu'ils ont vécu les a durement éprouvés, bien sûr dans leur trésorerie, mais je dirais dans leur mental, dans leur moral. C'est une épreuve terrible pour eux-mêmes de voir le travail d'une année qui est perdu, au point qu'ils s'interrogent sur le sens même de leur activité. Et c'est la raison pour laquelle la première chose que j'ai dite à tous les préfets de France, je leur ai dit : " Votre première préoccupation, c'est d'être attentif à l'état psychologique de la profession. " J'ai mis en place une cellule sécheresse dans tous les départements, j'ai activé tous les dispositifs sentinelles, parce qu'il faut qu'on soit attentif aux signaux faibles de la souffrance qu'ils éprouvent, et de pouvoir les épauler. Rien ne serait pire que de les laisser à la solitude de leur épreuve. JACQUES CARDOZEOui, à ce propos, je rebondis sur ce que vous nous avez dit, parce que ce matin le président des céréaliers nous disait quelque chose à propos des normes, et qu'il demandait également pour le basculement lorsqu'on veut passer au bio, que ça puisse aller plus vite, parce que vous le dites, un certain nombre aujourd'hui d'agriculteurs se posent des questions, s'interrogent sur le sens, et veulent peut-être basculer sur un autre type de production. Il prenait l'exemple de deux autres pays qui vont trois ou quatre fois plus vite que nous, un an ou quatre ans je crois au Brésil, et huit ans chez nous. ANNIE GENEVARDAlors je ne sais pas exactement ce que recouvrent ces chiffres, en tout cas ce que je peux vous dire c'est que ce que nous avons vécu cet été, ce que les agriculteurs ont subi, nous oblige à accélérer les transitions climatiques et environnementales. C'est indispensable. Et là il faut qu'on se mette autour de la table pour savoir quoi cultiver, où cultiver, comment cultiver. Il faut de l'eau. C'est l'objet de la loi d'urgence qu'on vient de voter. JACQUES CARDOZEMais concrètement, ça veut dire aussi des mesures qui pourraient être prises pour accélérer ces transitions ? ANNIE GENEVARDBien sûr, il y a, après ce plan d'urgence d'un milliard trois, qui sera probablement d'ailleurs supérieur, il faut un plan de relance. JACQUES CARDOZEC'est-à-dire ? ANNIE GENEVARDC'est à l'étude. JACQUES CARDOZEÇa pourrait donc être au-delà d'un milliard trois que vous aviez déjà annoncé ? ANNIE GENEVARDC'est possible. En tout cas, il faut dans la foulée un plan de relance pour donner des perspectives et de l'espoir au monde agricole qui en a infiniment besoin. JACQUES CARDOZEAlors, vous receviez hier avec le Premier ministre la Coordination rurale qui prévient que les manifestations des agriculteurs reprendront dans les prochaines semaines pour exprimer la colère globale. Si ces derniers n'étaient pas écoutés, ils parlent d'une quatrième année de mobilisation. Est-ce que vous avez réussi à les apaiser ? Quelles sont leurs demandes ? ANNIE GENEVARDÉcoutez, d'abord, avec le Premier ministre, nous recevons tous les syndicats. Nous avons bientôt achevé. Le dernier syndicat sera reçu aujourd'hui. Et bien sûr, on est à l'écoute. Hier, nous avons reçu la Coordination rurale. Le dialogue a été tout à fait paisible et constructif. On a émis des hypothèses qu'on a partagées avec eux. S'agissant de leur proposition de creuser des réserves d'eau, je les ai mis en garde. Je leur ai dit : " Ne faites pas ça, n'amenez pas les agriculteurs à se mettre en défaut avec la loi. " JACQUES CARDOZEOn précise, Madame la Ministre, qu'ils disent vouloir creuser pour constituer des réserves en eau et ils vont jusqu'à ce terme : " Que ce soit légal ou pas, on va appeler tous les paysans français à creuser ". Qu'est-ce que vous leur dites ? ANNIE GENEVARDJe leur dis que cet été a révélé que la question du stockage de l'eau est devenue une évidence. C'est devenu une évidence et de ce point de vue-là, tous nous l'ont dit, tous les syndicats nous l'ont dit. Il faut pouvoir se préparer. Alors la France irrigue très peu par rapport à d'autres pays. Il faut qu'elle irrigue davantage. Il faut qu'elle stocke au moment où l'eau est abondante, pas n'importe comment, de façon intelligente, appropriée à la situation hydrologique des territoires. Mais il faut stocker de l'eau. Maintenant, je crois que la question est entendue. Simplement, on vient de voter une loi d'urgence qui propose de doubler le stockage de l'eau agricole. Alors je dis aux agriculteurs de la Coordination rurale : ne vous mettez pas en défaut vis-à-vis de la loi. C'est vous qui seriez convoqués ensuite au tribunal et condamnés. Ce n'est pas comme ça qu'il faut procéder. En revanche, il faut que tous les territoires qui disent « on a besoin de stockage de l'eau » proposent des projets, travaillent avec les préfets à des projets. JACQUES CARDOZEComment ? ANNIE GENEVARDIl faut qu'ils se mettent ensemble, avec les Chambres d'agriculture, avec les organisations de producteurs, avec les organisations syndicales, et disent : " A tel endroit, c'est une réserve collinaire qui peut être appropriée, à tel endroit, c'est une réutilisation des eaux usées, à tel endroit, c'est une réhabilitation. " JACQUES CARDOZEIl y a des solutions qu'on n'utilise pas aujourd'hui, parce que ce n'est pas la première fois que vous dites : " On irrigue mal ou on irrigue peu, en tout cas, en France ". ANNIE GENEVARDMais il faut, l'État... JACQUES CARDOZEIl y a du travail à faire, on peut faire mieux. ANNIE GENEVARDMais bien entendu, on peut faire mieux, tout en préservant le milieu naturel. Il faut que les projets émanent des territoires. On est, en France, un peu contradictoire. On veut laisser l'initiative au terrain, et en même temps, quand on laisse l'initiative au terrain, on dit : " Mais l'État doit dire ". Non, l'État ne peut pas dire : " À tel endroit, il faudra faire ci, à tel endroit, il faudra faire ça ". JACQUES CARDOZEElles vont se faire ces réunions très vite, parce qu'il y a urgence, on le voit avec ces sécheresses. ANNIE GENEVARDElles sont permanentes dans les territoires avec les services déconcentrés de l'État. JACQUES CARDOZEEt souvent, les gens nous disent, les interlocuteurs, pardon de vous couper Madame la Ministre, mais ils nous disent : " Ça n'avance pas assez vite ". ANNIE GENEVARDMais pour que ça avance, il faut des projets. Les engagements financiers sont là. Ils ne demandent qu'à être déployés. Le Premier ministre a doublé le fonds hydraulique qui permet d'amorcer le financement de projets de stockage. Ça fait deux ans que nous finançons, que nous cofinançons des projets de stockage. Donc il y a un appel à projets, il faut y répondre. JACQUES CARDOZEAlors, le plan d'urgence, vous nous l'avez annoncé ce matin, il pourrait être supérieur au milliard trois. Je rappelle que la FNSEA a dit précisément : " Le compte n'y est pas " et que la Coordination rurale dit qu'on est loin des pertes. De combien pourrait être cette réévaluation ? C'est à l'étude ? ANNIE GENEVARDNon, mais tout ça se discute au fur et à mesure où nous remontent les données du terrain. Ce que je veux dire, pour dissiper peut-être un malentendu, des pertes, il y en a, elles sont importantes. L'État ne peut pas compenser toutes les pertes de production et je crois d'ailleurs que c'est un message qui est entendu par les agriculteurs. C'est comme quand une entreprise perd un marché, elle ne va pas voir l'État pour dire : " Vous devez compenser la perte d'un marché ". La perte de production, c'est une réalité évidemment, elle ne doit pas décourager les agriculteurs de continuer leur activité et de relancer la production. C'est la raison pour laquelle on allège les charges, on aide pour financer les engrais, on prend en charge une partie des cotisations sociales, on met à la main des territoires un fonds de réarmement pour acheter des semences, parce qu'il y a des agriculteurs qui n'ont pas de quoi acheter des semences, qui n'ont pas de quoi acheter des engrais. Vous voyez, c'est du concret, mais on ne pourra pas, l'État ne pourra pas faire comme si la saison de production avait été normale. JACQUES CARDOZECombler toutes les pertes en tout cas. Annie Genevard, sur les assurances, on sait que neuf éleveurs sur dix ne sont pas assurés, que huit agriculteurs sur dix ne sont pas assurés, faut-il rendre l'assurance obligatoire pour certaines filières ? ANNIE GENEVARDC'est une question en tout cas qui doit être débattue. Et du reste, au niveau... JACQUES CARDOZEQuelle est votre opinion à vous ? ANNIE GENEVARDMoi je me pose la question, parce que vous voyez, quand les assureurs me disent que les agriculteurs sont passés à côté de deux à trois milliards d'indemnisations assurantielles, je me dis que c'est du gâchis. Et donc, je leur ai dit aussi : " Pourquoi est-ce que vous n'arrivez pas à vendre vos produits d'assurance ? " L'État prend en charge 70% de la cotisation d'assurance. 70%. Donc, il faut identifier les freins à l'assurance, mais l'assurance, c'est la meilleure façon de dérisquer l'activité agricole. JACQUES CARDOZEVous ne seriez pas contre le fait de la rendre obligatoire en tous les cas ? ANNIE GENEVARDEn tout cas, pour les productions de valeur, celles qui font perdre aux agriculteurs beaucoup de revenus, la question mérite d'être posée. Aujourd'hui, huit agriculteurs sur dix ne sont pas assurés. JACQUES CARDOZEAnnie Genevard, ministre de l'Agriculture, est notre invitée. Dans la deuxième partie de cet entretien, une auditrice nous appellera pour nous parler du fait d'acheter français à bas prix. Elle a du mal. On parlera aussi un peu de politique, du match Attal-Philippe. Et puis, dans vos trois minutes pour convaincre, madame la ministre, vous avez choisi d'aborder la question de la prochaine PAC, enjeu majeur à venir. Dans quelques secondes, à tout de suite. (…) JACQUES CARDOZEAnnie Genevard, ministre de l'Agriculture, est notre invitée sur Sud Radio ce matin. Dans quelques secondes, vous réagirez à la question d'un auditeur sur la cherté de notre alimentation, puis au match que se livrent Gabriel Attal et Édouard Philippe dans le hashtag de Benjamin Glaise. Mais tout d'abord, madame la ministre, dans vos trois minutes pour convaincre, vous souhaitez aborder la question de la négociation de la prochaine PAC. Pourquoi elle est essentielle ? ANNIE GENEVARDElle est essentielle parce que, d'abord, c'est une politique utile, utile aux Français. Elle garantit du revenu pour les agriculteurs. Elle les aide dans leurs investissements, dans la transition climatique et environnementale. Et c'est ce qui permet d'apporter, dans l'assiette de chaque Français, une alimentation de qualité. JACQUES CARDOZEIls peuvent espérer plus ? ANNIE GENEVARDAlors, il faut déjà espérer autant. Et notre combat, mon premier combat, celui du Premier ministre, du président de la République, c'est de faire en sorte que cette Politique Agricole Commune demeure. C'est la première politique de l'Union européenne. Vous savez, il est de bon ton, souvent, de critiquer l'Union européenne. Mais la politique agricole, c'est une politique fondamentale si nous voulons conserver, en Europe, de la production alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Parce que sinon, nous serons dépendants. JACQUES CARDOZEAlors, il y a le budget que vous pourriez obtenir. Mais ensuite, il y a la répartition. Actuellement, dans l'agriculture, on a un peu le sentiment qu'il y a deux poids, deux mesures. Aujourd'hui, les gros sont les plus gros bénéficiaires, vous allez me dire, c'est mathématique. Mais ce ne sont pas forcément ceux qui, proportionnellement, en ont le plus besoin. ANNIE GENEVARDBon d'abord, je pense que ça n'est pas exact. Mais je voudrais vous parler de la prochaine PAC. Puisque là, on est en train de négocier la PAC qui va courir de 2028 à 2034. C'est un enjeu fondamental. Et moi, je veux dire qu'aussi bien le président de la République que le Premier ministre ont dit que pas un euro ne manquera à la Politique Agricole Commune en France. C'est quand même 45 milliards sur la période. JACQUES CARDOZEMais les négociations ne font que commencer. ANNIE GENEVARDMais les négociations, elles se conduisent en ce moment. Chaque mois, je suis à Bruxelles. Chaque mois, je parle de la PAC et de la nécessité de conserver un budget. Parce que c'est un budget qui est essentiel pour produire de l'alimentation et de la souveraineté alimentaire en France. JACQUES CARDOZEEst-ce que vous avez bon espoir d'obtenir ce que vous souhaitez ? ANNIE GENEVARDÉcoutez, en tout cas, je me bats avec acharnement. Et je pense que nous sommes nombreux en Europe. Mais il y a aussi des pays qui voudraient diminuer cette PAC. Qui voudraient la rendre moins commune. JACQUES CARDOZEDiminuer notre part, vous voulez dire ? ANNIE GENEVARDQui voudraient diminuer la Politique Agricole Commune. C'est par exemple la déclaration de l'Allemagne. C'est un danger majeur pour notre agriculture. Donc moi, je veux que ça demeure une priorité. Qu'elle demeure commune. Parce que si elle n'est pas commune, ça veut dire que les pays de l'Union européenne vont être en compétition les uns avec les autres. Et ça, ça n'est pas possible. Et puis, je pense qu'on demande beaucoup à nos agriculteurs. On leur demande de produire. On leur demande d'investir. On leur demande de renouveler leurs pratiques. De renouveler les générations. Si on ne les épaule pas, avec les épisodes comme celui que nous venons de connaître cet été, on va achever de les décourager. Donc, le combat du moment, c'est la Politique Agricole Commune. Et c'est un enjeu capital de l'Union européenne. JACQUES CARDOZEAlors, Annie Genevard, pour nos auditeurs, il y a aussi la question, évidemment, de ce qu'il y a dans notre assiette. On va écouter ce que Cynthia a à vous dire. CYNTHIA, AUDITRICEBonjour Madame Genevard, Cynthia de Narbonne. Ma question est la suivante. Je suis maman de trois enfants et j'aimerais pouvoir acheter de bons produits chez nos agriculteurs. Mais c'est hors de prix. Que proposez-vous pour rendre accessibles les produits de notre terroir ? Merci à vous pour votre réponse. ANNIE GENEVARDAlors, bonjour Cynthia. D'abord, je voudrais vous dire que vous êtes maman de trois enfants. Vous avez envie qu'ils puissent avoir une alimentation de qualité. Et je voudrais vous en féliciter, vous en remercier, parce que c'est précisément ce que peut produire notre agriculture. L'agriculture française est de grande qualité. Et il faut qu'elle puisse effectivement être rémunérée à un juste prix. JACQUES CARDOZEAlors, comment on fait ? ANNIE GENEVARDEt donc, là, c'est toute une chaîne qui doit se mobiliser pour ça. Et dès le début de la crise, j'ai dit à la grande distribution : " Faites un effort pour mettre en avant les produits français ". JACQUES CARDOZEIls ne le font pas. ANNIE GENEVARDIls ne le font pas... Je ne serai pas aussi catégorique que vous. En tout cas, ils doivent le faire parce que le jour où nos producteurs seront trop fragilisés pour produire, ce sont eux qui seront en difficulté pour vendre. Donc, mettre en avant les produits français et les mettre en vente à un juste prix. Et c'est ça qu'il faut travailler. JACQUES CARDOZEAnnie Genevard, on vient d'apprendre que la consommation de bio reprenait des couleurs en 2025. Les chiffres sont bons ? ANNIE GENEVARDLes chiffres sont bons. D'ailleurs, aujourd'hui, c'est la journée européenne du bio. Et en vous quittant, je vais rejoindre les producteurs de bio. C'est une très bonne nouvelle. C'est une très bonne nouvelle parce que c'est une part importante de la politique que je conduis et que je soutiens. On a besoin d'une production diversifiée. Et le bio reprend des couleurs. C'est une bonne nouvelle et c'est à encourager. JACQUES CARDOZEAllez, on passe à la politique avec vous, Benjamin Glaise. BENJAMIN GLAISEOui, on en parle sur les réseaux sociaux : Edouard Philippe et Gabriel Attal qui règlent leurs comptes. Depuis quelques jours, ils s'envoient chacun leur tour des piques. La dernière en date, elle nous vient du maire du Havre. Alors que Gabriel Attal se vante d'être meilleur que lui en campagne politique, Édouard Philippe lui répond dans un livre publié aujourd'hui par deux journalistes. Je le cite : " Amusant mais aussi très très immature. " Il parle de Gabriel Attal. " Dire je suis meilleur en campagne que lui, ça veut dire quoi ? Il a gagné quelles campagnes ? " Il y répond lui-même : " Trois campagnes législatives dans les Hauts-de-Seine avec l'étiquette macroniste. " Voilà pour cette citation. Au rang des petites piques, on avait aussi celle-ci de Gabriel Attal ce week-end. Il parlait bien d'Édouard Philippe. GABRIEL ATTAL, CANDIDAT A L'ELECTION PRESIDENTIELLES'il y a une chose qui m'interpelle aujourd'hui ou qui me déçoit, c'est que pour beaucoup, la campagne semble ne pas avoir démarré. Beaucoup cherchent à endormir cette campagne pour gérer une avance sondagière en se disant finalement : plus la campagne démarre tardivement, plus je peux gérer une avance que j'ai aujourd'hui. Moi, je cherche à réveiller cette campagne en mettant surtout des idées dans le débat. Sur la question des sondages, si on se replonge il y a un an, il n'y avait pas de match possible dans le bloc central. Le sentiment qui était donné, c'est qu'il y avait un seul candidat naturel, en avance, légitime, qui était par ailleurs candidat depuis plusieurs années. Aujourd'hui, ça n'est plus le cas. Aujourd'hui, il n'y a plus de favori. BENJAMIN GLAISEIl faut arrêter les enfantillages ou pas, Annie Genevard ? ANNIE GENEVARDJe crois, moi, j'ai connu ces épisodes dans ma famille politique. Et je vois bien que pour l'emporter, il faut davantage attaquer l'autre que de faire valoir ses propres atouts. J'invite chacun... moi, je ne suis pas l'arbitre des élégances entre Édouard Philippe et Gabriel Attal, mais que chacun se rappelle quand même l'enjeu fondamental devant lequel est notre pays, c'est-à-dire d'éviter un deuxième tour que nous ne voulons pas. Donc que chacun, pour l'intérêt de la France, évite ce scénario catastrophe. Chacun, dans le bloc central, dit : " Nous ne voulons surtout pas d'un deuxième tour Mélenchon-Le Pen. " Mais il faut pour ça s'en donner les moyens et cesser de s'attaquer l'un l'autre. BENJAMIN GLAISEDerrière Bruno Retailleau, c'est votre choix, à vous ? ANNIE GENEVARDMoi, vous savez quelle est ma famille politique, donc ce sont Les Républicains, Les Républicains ont un candidat. Je dis simplement que... BENJAMIN GLAISEQue vous soutenez, du coup, pour être clair. ANNIE GENEVARDDont j'ai dit qu'il était notre candidat et que je le reconnais comme tel. Mais je dis aussi, il faudra, le moment venu, se donner les moyens d'éviter ce duel dont nous ne voulons pas. BENJAMIN GLAISEComment ? Parce que le PS a pris de l'avance, ils sont en plein dans leur primaire, La France Insoumise et le RN, ils ont leur candidat, le bloc central et la droite sont divisés. Comment départager ? ANNIE GENEVARDIl y a une question, il y a une double question, il y a une question de temporalité. Jusqu'où il faut aller dans le temps pour ne pas aller trop loin et rendre les choses irrémédiables ? Ça, c'est la première chose. Autrement dit, il faudra, le moment venu, je le crois, j'en suis persuadée, un seul candidat. Et ça, il ne faut pas que le choix arrive trop tard, parce que ça ne marchera pas. Les gens n'y croiront pas. BENJAMIN GLAISEPrimaire, pas primaire ? ANNIE GENEVARDPourquoi pas une primaire ? Et la deuxième condition, c'est qu'ils ne se soient pas étripés au point de ne plus pouvoir se rassembler. JACQUES CARDOZELà, on a plutôt le sentiment que Gabriel Attal ne veut pas lâcher l'affaire, si vous me permettez l'expression. ANNIE GENEVARDMais personne ne veut lâcher l'affaire à ce stade, personne ne veut lâcher l'affaire, parce que chacun joue sa carte et c'est le jeu démocratique. Bon, la démocratie, c'est aussi une compétition, mais une compétition qui doit être saine et respectueuse les uns des autres. JACQUES CARDOZEComment il faudra arrêter les comptes ? ANNIE GENEVARDMoi, je pense que certains disent… Je vois que la date ne cesse pas d'être reportée. On disait novembre, ensuite on a dit janvier, certaines voix parlent de février, c'est bien tard. Moi, j'ai vu que des choix tardifs emportaient toujours des campagnes qui n'aboutissent pas comme on le souhaiterait. JACQUES CARDOZELa division créera un problème et le risque de ne pas être au second tour. ANNIE GENEVARDLa démocratie se nourrit du débat, c'est normal. Et que chacun fasse valoir ses atouts, c'est normal. Mais tout ce qui va du côté de l'attaque personnelle, de la mise en cause, laisse forcément des traces et empêche le rassemblement. BENJAMIN GLAISEEt alors, ils ne parlent que de sondages, ça va jouer finalement sur les sondages ? ANNIE GENEVARDC'est très compliqué de les partager. Vous savez, pour avoir fait quand même un certain nombre de campagnes électorales et de les avoir souvent remportées, je sais trop bien qu'une campagne, c'est d'abord une dynamique. Soit vous prenez la vague, soit vous prenez le toboggan. Donc, il y a des moments où vous sentez que la dynamique est de votre côté. BENJAMIN GLAISEEt là, vous sentez le toboggan ? ANNIE GENEVARDNon, je ne sens pas le toboggan pour aucun d'entre eux. Je pense que ça, pour le coup, c'est trop tôt pour le dire. Et puis, les Français, je l'espère, vont s'intéresser aux programmes que proposent les candidats. JACQUES CARDOZEBen écoutez, on verra ça dans les prochains jours, dans les prochaines semaines, les prochains mois. Et vous reviendrez, bien entendu. Merci infiniment à Annie Genevard d'avoir été notre invitée ce matin. Très belle journée consacrée au bio aujourd'hui. Et à vos prochains rendez-vous, bien sûr, dans le monde agricole. Dans un instant, la vérité en face et tout de suite le journal. source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304727
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304727-annie-genevard-23092026-sud-radio-politique-agricole?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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