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23 septembre 2026 · Gouvernement · BFM TV · discours Discours

Interview de M. Serge Papin, ministre des PME, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, à BFM TV le 23 septembre 2026, sur la crise des carburants et l'inflation.

Serge Papin (auteur), Apolline de Malherbe (intervenant)

SERGE PAPINBonjour Apolline de Malherbe. APOLLINE DE MALHERBEVous êtes le ministre en charge de tous ceux qui se lèvent tôt le matin et qui bossent, particulièrement les PME, le Commerce, l'Artisanat, le Tourisme et le Pouvoir d'achat, et qui souvent doivent prendre leur voiture pour aller travailler. Bref, l'une des cibles de ces aides hier. Est-ce que ces cibles seront vraiment touchées ? Et surtout, est-ce que ces aides seront vraiment perçues ? Voilà parmi les questions que je voudrais vous poser ce matin. Essayons de tirer aussi les leçons de ce qui a été annoncé hier. Vous êtes satisfait ? Vous estimez que tout le monde, face à ces difficultés, va réussir à être aidé, toutes les catégories ? SERGE PAPINAlors écoutez, on augmente la somme. Donc on passe de 0,20 euro d'aide à 0,40 euro et on augmente le nombre d'ayants droit. Donc c'est 0,40 euro quand même pour ceux qui travaillent. Comme vous venez de le dire. Il faut faire 30 kilomètres par jour. Cela concerne 5 millions et demi, pratiquement 6 millions de Français, versus 3 millions dans la première période, et tout le monde y a droit. C'est très simple. Alors je profite de votre antenne... APOLLINE DE MALHERBEJ'aime beaucoup votre "c'est très simple". Il va falloir que vous m'expliquiez comment c'est très simple. Parce qu'on part quand même d'un constat. Pardon. Vous dites que cela va concerner 5 millions puisque la précédente concernait 3 millions. SERGE PAPINPresque 5 millions et demi. APOLLINE DE MALHERBESauf que sur les 3 millions qui y avaient droit, il n'y en a que 1,5 million qui l'ont demandée. SERGE PAPINVoilà. Parce qu'il y a eu aussi, je vous rappelle, on a pensé à un moment, sans doute, les Français qui y avaient droit ont pensé que le conflit allait s'arrêter parce que ce serait ça la vraie solution. Et après, il est reparti. Aujourd'hui, on ouvre jusqu'à 2 050 euros pour une personne seule par mois qui y a droit, c'est 4 000 euros et quelques pour un couple, 4 030 euros précisément. Donc ça veut dire que ces personnes, alors elles vont sur le site impots.gouv.fr. Une fois qu'elles ont rentré les critères, c'est déclaratif. L'argent est versé à partir du mois d'octobre. Ceux qui se sont inscrits sur la première période, ils auront le renouvellement automatique. Donc c'est vraiment très simple. 0,40 euros ce n'est quand même pas rien. Les aides sont doublées. Donc ça concerne un grand nombre de personnes. APOLLINE DE MALHERBEDonc vous dites : "C'est hyper simple. On y va, on clique et on y a droit " ? SERGE PAPINVoilà. APOLLINE DE MALHERBEC'est déclaratif. SERGE PAPINC'est déclaratif. Et en plus c'est automatique. Une fois que vous êtes enregistré, jusqu'au mois de décembre, vous touchez les 100 euros. Et donc voilà, en un clic on peut être sur le site... APOLLINE DE MALHERBEAlors moi, j'adorerais que ce soit aussi simple que ce que vous nous dites, mais vous l'avez peut-être vu ce matin, il y a notamment dans le Sud-Ouest, en Occitanie, la Fédération des transports routiers qui interpelle le Gouvernement. Pourquoi ? Parce que les aides promises n'ont toujours pas été versées, celles d'il y a six mois. SERGE PAPINAlors il y a eu... Bon l'administration a mis un petit peu de temps. C'est réglé. Donc elles vont être versées. APOLLINE DE MALHERBEC'est réglé ? SERGE PAPINC'est réglé. Il en était question hier... APOLLINE DE MALHERBEVous nous dites ce matin : "c'est réglé". SERGE PAPINJ'ai eu une discussion avec mes collègues de Bercy sur ce sujet-là : c'est réglé, ça va être versé. Voilà. Et donc il y a eu... APOLLINE DE MALHERBEEt ça va être versé quand ? SERGE PAPINLà, c'est versé dès la fin de ce mois. APOLLINE DE MALHERBE... les aides d'urgence, c'est comme ça qu'on l'appelait, pour le mois de mai qui n'ont toujours pas été versées. SERGE PAPINEt maintenant que c'est en route, certaines ne l'ont pas été spécifiquement — les transports. Le reste l'a été. Donc une fois que maintenant les choses sont en route, ça va se passer d'une manière mécanique. APOLLINE DE MALHERBEMais pour qu'on puisse être sûr qu'on parle de quelque chose de concret, c'est-à-dire que moi je suis quand même frappée : on fait des promesses, mais si le sonnant et trébuchant n'arrive jamais dans la poche des Français, ça n'a aucun intérêt. SERGE PAPINOui. Il faut que le cash arrive dans la poche, bien sûr. Mais il a fallu un petit peu de temps. APOLLINE DE MALHERBEMais vous nous dites ce matin : "Oui, elles seront versées". SERGE PAPINEt les aides de 0,40 euro seront versées en octobre. APOLLINE DE MALHERBEOK. En octobre. SERGE PAPINEt ceux qui se sont inscrits pendant la première période n'auront même pas besoin... les 1 million et demi là qui se sont inscrits quand l'aide était à 0,20 euro, ils auront leurs aides renouvelées mécaniquement dans la version 2 à 0,40 euro. APOLLINE DE MALHERBEIl y a tous ces secteurs qui estiment avoir été abandonnés : oui, les transporteurs routiers — mais vous dites ce matin que ça va être réglé —, les taxis, les auto-écoles. Qu'est-ce que vous leur dites ? SERGE PAPINLes transporteurs routiers au passage, c'est que est, ce qu'on appelle, en pied de facture. Donc en principe, il y a une obligation à ce qu'il y ait une facturation supplémentaire s'il y a des coûts supplémentaires du gasoil. Je le dis parce que je me suis occupé de cette partie-là quand j'étais... APOLLINE DE MALHERBEOui, parce que pour ceux qui ne l'auraient pas encore réalisé, vous étiez à ce micro dans votre précédente casquette : le patron des magasins U. Mais Serge Papin, cela veut dire qu'en fait, ce que vous dites, c'est qu'il va falloir répercuter aussi ces coûts sur... Cela veut dire que la facture du transporteur va augmenter et donc mécaniquement, c'est de l'inflation ? SERGE PAPINNon, mais il y a des coûts qui vont être répercutés, bien sûr, sur la logistique. Les coûts de transport ont un peu augmenté. APOLLINE DE MALHERBEAlors on va y venir, parce qu'évidemment je vais vous interroger sur l'inflation, puisque certains de vos ex-confrères de la grande distribution commencent à estimer qu'on va au-devant d'une inflation nette, voire même d'un chiffre, enfin de deux chiffres — c'est ce que dit le patron d'Intermarché. Je vais vous interroger sur l'inflation, mais je voudrais qu'on reste précisément sur la question des aides au carburant. Je ne sais pas si vous avez vu ce que fait le Japon. Je me suis dit au fond, quand j'ai lu l'article de mes excellents confrères des Echos sur le Japon, je me suis dit : mais en fait, comment c'est possible que chez nous ce soit encore si compliqué ? Le Japon, ils ont décidé et ils ont aujourd'hui l'essence la moins chère de tous les pays du G7. Et pourtant, ils sont 100 % importateurs, ils n'ont même pas un seul raffineur ou entreprise sur la péninsule du Japon. Et pourquoi ils sont moins chers ? Parce qu'ils ont décidé de bloquer les prix. Ils ne sont pas communistes, les Japonais, mais ils ont décidé de bloquer les prix en payant directement, notamment aux raffineurs et aux distributeurs, la différence. Au final, depuis le début de la crise, ça leur a coûté 6 milliards. Alors OK, 6 milliards c'est beaucoup, mais ça leur a coûté 6 milliards mais ça n'a freiné en rien ni la consommation, ni la croissance. Et c'est surtout hyper lisible, hyper simple. Pourquoi chez nous c'est si compliqué ? SERGE PAPINMais bloquer les prix, c'est qui finance le blocage. D'ailleurs, soit vous bloquez les prix... APOLLINE DE MALHERBEAh non mais ils le financent en effet. SERGE PAPINOui. Si. C'est financé par l'Etat. APOLLINE DE MALHERBEC'est l'État qui paie directement la différence. SERGE PAPINNon, mais vous proposez... alors le Japon n'a pas la même économie que la nôtre. Ça veut dire que là, on paye par la dette. On est d'accord. APOLLINE DE MALHERBETout à fait. SERGE PAPINC'est-à-dire qu'on demande au contribuable de payer ce que le consommateur... APOLLINE DE MALHERBEEnfin, là vous allez en faire quand même de la dette aussi. Un peu moins. SERGE PAPINAh ben non ! Elle est financée, cette dette. Là, les 450 millions qui sont le coût des 0,40 euro là, plus des aides ciblées, c'est financé par des dépenses moindres, notamment les dépenses de l'État. Ça coûte 1,4 milliard globalement, qui sont financés. Donc nous, tout ce qu'on fait comme dette, compte tenu des finances publiques, on ne va pas recréer en plus de la dette pour la laisser à qui la dette ? Aux successeurs, aux contribuables, aux enfants ? APOLLINE DE MALHERBESi vous étiez remarquables sur la dette, ça se saurait ! SERGE PAPINAttendez. APOLLINE DE MALHERBENon mais la situation est quand même épouvantable. SERGE PAPINNon, mais justement... APOLLINE DE MALHERBEEt elle est bien plus épouvantable encore que vous n'aviez promis qu'elle le serait. SERGE PAPINNon mais c'est pour ça qu'on fait du ciblage aux travailleurs. 0,40 euro, vous vous rendez compte ? C'est quand même important comme aide pour ceux qui vont au travail. Je réponds à votre première question qui est de dire : qu'est-ce que vous faites pour ceux qui se lèvent le matin et qui prennent leur voiture ? On fait 0,40 euro. APOLLINE DE MALHERBESerge Papin, il y avait deux autres options : le blocage des prix, je viens d'en parler, la question de la baisse des taxes ou la baisse des CEE, c'est-à-dire des certificats d'économie d'énergie. L'un de vos anciens confrères, Michel-Edouard Leclerc, dit : c'est cela qu'il faut faire. C'est aussi la position de monsieur Retailleau. Suspendre ces 17 à 20 centimes par litre, et cela peut être suspendu du jour au lendemain, c'est sur décret. Ce qui finance la transition écologique, non ? SERGE PAPINNon. Alors je vais vous dire pourquoi. Bon, tous les débats sont bons d'ailleurs. Sur cette histoire des CEE, il faudrait qu'il y ait une opération de transparence. Je pense que le Premier ministre l'a souhaité. Il va demander à sa ministre de l'Energie, Maud Bregeon, d'organiser un événement pour parler de la transparence : qui finance, à qui ça va, etc. On a besoin de comprendre. APOLLINE DE MALHERBEParce qu'on ne sait pas très bien où vont ces 17 centimes. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Cour des comptes. La Cour des comptes qui dit que c'est une usine à gaz. SERGE PAPINIl y a besoin de transparence. A quoi ça sert aujourd'hui ? Ce sont les énergies fossiles, donc le carburant, qui financent notre immunité, si je puis dire, aux futures crises en développant l'usage à l'électrique. Je vais vous dire, il y a une usine, ArcelorMittal, qui est à Dunkerque, qui est en cours de construction, qui va créer un four à arc électrique pour l'acier : c'est 50% financé par les CEE. Vous avez beaucoup d'auditeurs qui sont des artisans et qui nous écoutent là ce matin : eux, ils vont sur leurs chantiers. Qu'est-ce qu'ils vont faire sur leurs chantiers ? Ils vont mettre en place des pompes à chaleur. Comment sont aidées ces pompes à chaleur ? Par les CEE. Qu'est-ce que vous croyez ? Ce sont des devis qui ont été passés il y a trois mois, qui ont été acceptés, ils vont mettre un mois de chantier. Et vous croyez qu'au claquement de doigts on peut dire "on arrête" ? Si c'était aussi simple que ça, vous croyez qu'on ne l'aurait pas fait ? Et Michel-Edouard qui dit : "OK, on va arrêter les CEE parce que ça va faire baisser un peu les prix des carburants." Pendant ce temps-là, il dit : "On va monter les bornes sur les parkings pour vendre de l'électricité aux voitures électriques qui progressent de 40%, et je vendrai l'électricité moins chère." Mais comment il finance les bornes sur le parking ? Par les CEE ! Donc il faut avoir conscience de tout cela. Donc qu'on ait un débat sur les CEE, moi j'y suis favorable aussi, le Premier ministre aussi, bien sûr. Mais qu'on dise qu'au claquement de doigts on puisse l'arrêter par décret, on ne peut pas. Voilà, c'est aussi simple que ça. APOLLINE DE MALHERBEOn ne peut pas. Et je sens aussi chez vous le fait de pointer du doigt une forme d'hypocrisie chez certains. SERGE PAPINBien sûr, parce qu'évidemment il y a un côté démagogique à ça. Parce qu'on a besoin de financer les usages de l'électricité. Notre indépendance énergétique en dépend. Là, on vit une transition. Et s'il y a une vertu à cette crise, c'est qu'on est d'ailleurs le seul pays d'Europe à pouvoir le faire parce qu'on produit suffisamment d'électricité. Donc il faut qu'on aille vers l'énergie électrique pour les voitures, pour le chauffage et pour les engins de chantier, etc. APOLLINE DE MALHERBEVous promettez de faire toute la transparence sur la façon dont sont utilisés ces 0.17 à 0,20 euro sur le CEE ? SERGE PAPINExactement. APOLLINE DE MALHERBEC'est la Cour des comptes qui le demande et qui dit qu'au fond, tout ça est quand même une certaine usine à gaz et qu'on ne sait pas sur les 0,17 euro ce qui va vraiment à la transition énergétique. SERGE PAPINJe suis d'accord. Il faut qu'on mette en place une opération de transparence pour que tout le monde comprenne et qu'on ait conscience qu'on en a besoin. Je rappelle que les CEE, c'est une contribution, ce n'est pas une taxe, une contribution qui est donnée. Donc le budget de l'État n'a rien à y voir. APOLLINE DE MALHERBEIl y a un autre point sur lequel on se demande de plus en plus s'il y a une vraie transparence, c'est sur la marge des raffineurs et notamment de Total. Est-ce qu'là, il y aura une mission flash qui va être à l'Assemblée nationale ? C'est Aurélie Trouvé de LFI qui va la mener. Mais du côté de LR et notamment des porte-parole de Bruno Retailleau, ils disent exactement la même chose. Ils disent : il faut la transparence aussi sur les marges. Donc honnêtement, quand et LR et LFI se posent à peu près la même question, c'est peut-être qu'il y a un sujet quand même avec les marges de Total. SERGE PAPINMoi, je vais vous dire une chose : je n'ai pas envie d'embêter Total. Je vous le dis parce qu'aujourd'hui, on fait front commun, tous, l'État. Total, il vend le gazole à 2,25 euros aujourd'hui. Il doit faire 60% des volumes en France et il a 30% des stations-service. Effectivement, il n'y en a pas que chez Total. Moi je dis, heureusement qu'on a la principale major d'Europe. Il n'y en a pas en Europe... Total. Moi, ce que je souhaite, c'est que Total continue, pendant cette période de crise, à plafonner son prix à 2,25 euros pour le gazole et 1,99 euros pour le Sans-Plomb. Moi, ça me va. Et donc d'ailleurs au passage, le bénéfice que fait Total, il le fait sur le monde entier. Il ne répercute ces 2,25 euros qu'en France. Donc moi, je suis ministre du Pouvoir d'achat, ça me convient qu'on puisse trouver dans notre pays du carburant gazole à 2,25 euros. Donc je n'ai pas envie d'embêter Total. APOLLINE DE MALHERBECela, vous le dites en tant que ministre, comme vous dites ministre du Pouvoir d'achat. Sauf que pendant longtemps vous étiez de l'autre côté, je le disais, et du côté des distributeurs. Vous avez peut-être entendu Alexandre Bompard, votre ex-confrère, le patron des magasins Carrefour. Il était au micro de Maxime Switek hier soir. Il dit que Total déséquilibre le marché. Je le cite : "C'est bien pour les Français et je ne suis pas dans le Total bashing, mais comme nous ne pouvons pas plafonner, il y a un déséquilibre du marché." SERGE PAPINOui, ben Total, je vais vous dire : il produit, il raffine, il distribue, donc il maîtrise l'ensemble de la filière. Il est le seul à pouvoir le faire. Alors évidemment, moi je souhaiterais, si c'était possible, que Total puisse vendre aussi à ses, ce qu'on pourrait appeler, concurrents, qui puissent eux aussi faire le prix. Mais c'est une décision que je ne vais pas prendre à la place... APOLLINE DE MALHERBEEst-ce que ça, vous le lui avez demandé ? Parce qu'honnêtement, dans ce cas-là, ce serait juste. C'est-à-dire de dire au fond : ce que je peux faire dans mes stations, je vais en faire profiter mes confrères. Et donc puisqu'il est à la fois en effet distributeur, mais aussi celui à qui les autres achètent l'essence... SERGE PAPINÇa serait... Mais pour l'instant, Total, évidemment, on est dans une économie de marché et évidemment, il favorise son enseigne, sa marque, comme d'autres le font quand ils ont des produits qui ne sont pas chers. APOLLINE DE MALHERBEEnfin vous avez les moyens, j'allais dire, vous avez les moyens aussi de le faire bouger, Total. Vous pouvez lui dire : "Ecoutez, soit vous acceptez de vendre à vos concurrents l'essence au même prix que vous la vendez, pour que les autres distributeurs puissent eux aussi retenir les prix, soit vous avez aussi les moyens de taxer les surprofits de Total." SERGE PAPINAlors ils participent à la sur-indexation de l'IS, Total. APOLLINE DE MALHERBETout à fait. Mais enfin, vous pourriez faire plus. SERGE PAPINMoi, je n'ai pas envie de menacer Total. APOLLINE DE MALHERBEEnfin eux, ils n'hésitent pas à le faire avec vous. SERGE PAPINTotal ? APOLLINE DE MALHERBETotal, ils n'hésitent pas à le faire. SERGE PAPINNon. APOLLINE DE MALHERBEMonsieur Pouyanné, régulièrement, fait quand même une forme de chantage en disant : "Ecoutez, si jamais vous remettez une forme de fiscalité supplémentaire, j'arrêterai de plafonner." Je ne sais pas qui fait du chantage à qui. Enfin lui, il n'hésite pas. SERGE PAPINNon mais il dit Total qui remet donc les bénéfices du raffinage en France dans les prix bloqués à 2,25 euros. Je rappelle qu'aujourd'hui, 2,25 euros, si vous prenez une aide de 0,40 euro, on est d'accord, si vous allez chez Total aujourd'hui, le gazole il est à 1,85 euros. Voilà. Et ça, moi, c'est quelque chose de factuel qui existe. APOLLINE DE MALHERBEEt ça vous va. Serge Papin, sur la question des prix, on va en venir aux prix dans les rayons et de la question de la menace d'une inflation forte. Mais déjà sur les prix du carburant, quand on est déjà à 2,40 euros le gazole, 2,20 euros pour le Sans-Plomb, est-ce que vous vous dites : mécaniquement, cela va continuer à monter ? Ou est-ce qu'on peut espérer qu'à un moment ça se tasse, voire même que ça baisse ? SERGE PAPINVous parlez des prix alimentaires là ? APOLLINE DE MALHERBENon, là, je parle d'abord des prix à la pompe. Mais je vais vous interroger aussi sur les prix alimentaires. SERGE PAPINLes prix à la pompe, ce qui serait formidable, c'est que le détroit d'Ormuz se réouvre. Aujourd'hui, on est sur un prix, je l'ai dit, avec 2,25 euros chez Total. En moyenne, on est à 2,40 euros. Et avec le paquet d'aides, on fait baisser les choses. Pour l'instant, la visibilité que l'on a, c'est que ça risque de durer au moins le mois qui vient. Une crise, ça se gère au mois le mois. Là, les aides qui sont prévues, c'est jusqu'au mois de décembre. Donc voilà. Maintenant, rien n'indique, contrairement à ce qui se dit ici ou là, que le gazole un jour va coûter 3 euros. Parce que ça, je l'entends ici ou là. Rien n'indique ça. Pour l'instant, il est à 2,25 euros chez le distributeur le moins cher. Voilà, et je pense que ça va rester comme ça. APOLLINE DE MALHERBESerge Papin, ça a entraîné une baisse de la consommation. Les derniers chiffres sont abyssaux : moins 19% depuis le début du mois sur la consommation de carburant. Ça veut dire des déplacements en moins, ça veut dire des moments familiaux peut-être auxquels on renonce, ça veut dire parfois des soins, voire même — et on en a de plus en plus le témoignage — des gens qui renoncent à aller bosser parce que ça leur coûte trop cher d'aller travailler. SERGE PAPINLes 19 %, c'est au mois de septembre. Moi, je vais vous parler de juillet-août : quand les gens étaient en vacances, il n'y a pas eu de baisse de la consommation en juillet et août. D'accord. Il y en a eu en septembre parce que je vous rappelle qu'il y a du télétravail aussi qui se fait, il y a du covoiturage, c'est-à-dire que les gens s'organisent aussi. Je rappelle qu'il y a beaucoup de véhicules électriques qui sont vendus. C'est aujourd'hui 40 à 50 % de ventes de véhicules électriques. On a mis en place le leasing social grâce aux CEE. C'est 50 000 voitures. Donc à un moment, il ne va pas falloir être surpris : il y a une baisse du carburant fossile parce qu'on développe l'énergie électrique. Donc il y a aussi cette mécanique qui va beaucoup plus vite. Et les choses s'accélèrent. APOLLINE DE MALHERBEEt c'est, comme vous le disiez, peut-être le seul point vertueux de cette crise. Allons-nous vers un retour de l'inflation ? Thierry Cotillard, le patron des magasins Intermarché, dit que tous les indicateurs, je le cite, "sont dans le rouge" et il n'exclut pas une inflation à deux chiffres. Est-ce que c'est aussi... SERGE PAPINOn ne va pas jouer à se faire peur tout le temps comme ça. Moi, je ne suis pas du tout d'accord avec cette vision des choses pour l'instant. APOLLINE DE MALHERBEPourquoi il dit ça ? SERGE PAPINNon mais je ne sais pas. Parce que probablement il est en train de préparer les négos. APOLLINE DE MALHERBEParce que c'est un bras de fer avec les négos. SERGE PAPINLes négos qui s'ouvriront le 1ᵉʳ décembre, on est bien d'accord. Là, à l'heure où on se parle, c'est ça que je regarde : l'inflation, elle est de moins de 1% dans les produits alimentaires. Et la consommation alimentaire, elle tient. D'ailleurs, il y a eu un autre de ses collègues qui a parlé — vous parliez d'Alexandre Bompard, il s'est exprimé je crois sur votre antenne hier soir — et il disait à peu près la même chose que moi dans ce domaine-là sur l'inflation. APOLLINE DE MALHERBEC'est très intéressant ce que vous dites quand même Serge Papin. Ça veut dire : attention, quand chacun de ces grands patrons de la distribution s'exprime — mais vous êtes très bien placé pour le savoir parce que vous avez été à leur place —, il y a ce qu'ils disent pour les Français et il y a ce qu'ils disent pour alerter ceux avec qui ils vont être dans les négos, notamment les grands industriels de l'agroalimentaire avec qui ils vont négocier pour prévenir déjà. SERGE PAPINOui. Je trouve qu'ils attaquent de bonne heure ! Mais évidemment, il va y avoir toutes les négos. Alors bien sûr qu'il y a des choses dont il faudra tenir compte. Bien sûr qu'il y a des conséquences. Je vais vous dire, il y a des conséquences climatiques sur la production agricole. APOLLINE DE MALHERBEL'agriculture. SERGE PAPINBien sûr, qu'il va y avoir des conséquences de ce côté-là. APOLLINE DE MALHERBEParce qu'on a, de l'autre côté, quelqu'un comme Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA, qui à ce même micro la semaine dernière disait : "Il faudra accepter une petite inflation sur les produits alimentaires, parce que ça ne peut pas se faire au détriment des agriculteurs." SERGE PAPINOui. Petite inflation, ce n'est pas une inflation à deux chiffres. APOLLINE DE MALHERBEOui, ce n'est pas une inflation à deux chiffres. Donc il alerte excessivement. SERGE PAPINEt puis je vais vous dire, les agriculteurs, j'ai discuté avec eux. Qu'est-ce qu'ils disent ? Attention à ne pas trop parler d'inflation parce que ça casse l'image, notamment dans les fruits et légumes. On se dit : "Ça y est, les fruits et légumes sont chers parce qu'il y a eu la sécheresse, etc.", alors que des agriculteurs, il y en a plein qui produisent quand même, pas tout à fait dans les mêmes quantités, mais ils ne voudraient pas que les produits soient condamnés à une mévente parce qu'on imagine que tout d'un coup tout a progressé. Moi, je peux vous trouver... J'ai téléphoné à des magasins, il y a des produits de fruits et légumes qui sont moins chers que l'an dernier. APOLLINE DE MALHERBEQui sont moins chers que l'an dernier, c'est important de le dire. Mais allez-y, vous avez votre liste. Vous avez votre liste de courses. SERGE PAPINJ'ai les prunes Reine-Claude qui sont moins chères. APOLLINE DE MALHERBEC'est le moment d'en acheter. SERGE PAPINJ'ai les carottes qui sont moins chères, à 0,35 euro, et j'ai le potimarron qui est à 1,19 euros, c'est moins cher. APOLLINE DE MALHERBEC'est le moment ! C'est le début de l'automne. SERGE PAPINVoilà. Le problème c'est qu'il faut avoir le discernement. APOLLINE DE MALHERBED'accord, mais en tout cas, ces produits-là sont moins chers que l'an dernier et c'est bon aussi de le noter. Un mot, Serge Papin, parce que je regardais les chiffres des ventes notamment de Shein. Je sais que c'était un de vos combats. Est-ce que vous estimez aujourd'hui l'avoir gagné ? SERGE PAPINÉcoutez, on n'a peut-être pas gagné la guerre, mais on a une belle victoire parce qu'ils sont en chute dans leurs ventes en France de 40% à peu près. C'est dû à quoi ? APOLLINE DE MALHERBEC'est Shein, c'est Temu... SERGE PAPINAliExpress, etc., c'est dû aux sanctions qui ont été portées par l'Europe et par la France. APOLLINE DE MALHERBESurtout par l'Europe, parce que celles de la France ont été largement contournées. Mais enfin ça a donné un signal. SERGE PAPINOui. Et puis on est allé se battre à l'Europe... APOLLINE DE MALHERBEC'est pour ça que je dis que celles de l'Europe ont eu une efficacité. Les nôtres, pas grand-chose. SERGE PAPINEt puis tout le déploiement qu'on a fait sur les petits colis, etc., ça compte aussi. Et puis je vais vous dire, il y a un éveil des consciences. Moi, je suis content de ça, parce que les voient bien que ce sont des produits qui ne sont pas conformes vis-à-vis de notre code de la consommation, dont certains sont dangereux. On fait faire des prélèvements avec la DGCCRF, etc. qui contrôle : à chaque fois, ce sont les mêmes choses qui ressortent : "Attention, ils ne sont pas conformes, ils sont dangereux." Donc les gens se méfient. APOLLINE DE MALHERBEVous pensez que c'est par prise de conscience, et ce n'est pas parce que tout simplement ils n'ont plus de sous et que donc ils sont obligés de renoncer à des achats qui peut-être n'étaient pas absolument nécessaires ? SERGE PAPINOui. Et puis il y a du Made in France actuellement qui est de plus en plus accessible. On a des industries françaises qui vendent du textile — je pense au Slip Français, je pense à des jeans qui sont faits à moins de 40 euros, etc. Donc il y a de nouveau un redémarrage... APOLLINE DE MALHERBEDonc la France se bat et elle y arrive. SERGE PAPINIl y a un retournement un petit peu de situation. APOLLINE DE MALHERBEJe vais vous laisser partir, Serge Papin, mais j'avais quand même une dernière question : est-ce que le pape et Céline Dion vont sauver la France ? SERGE PAPINEh bien en tous les cas, ça fait venir... Moi qui suis ministre du Tourisme, ça fait venir beaucoup de touristes dans ce qu'on appelle les ailes de la saison, l'arrière-saison. C'est sûr qu'en termes d'événements, c'est quelque chose qui contribue à l'attractivité. APOLLINE DE MALHERBEAu moment où on se parle, vous avez des chiffres ? Vous avez pu regarder un peu ? SERGE PAPINOui. Le mois de septembre en matière d'activité touristique, singulièrement à Paris, va très bien. source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304729
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304729-serge-papin-23092026-bfm-tv-crise-des-carburants?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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