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24 septembre 2026 · Gouvernement · RCF Radios Chrétiennes Francophones · discours Discours

Interview de M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, à RCF le 24 septembre 2026, sur la sécurité autour de la visite du Pape et les actes antireligieux.

Laurent Nunez (auteur)

NATHANAËL DE RINCQUESENOui, bonjour Laurent Nunez. Alors, Léon XIV sera demain à Paris : un week-end heureux et paisible pour tous les catholiques de France. J'imagine que vous, en tant que ministre de l'Intérieur, vous avez une autre vision de ce déplacement papal ? LAURENT NUNEZIl y a une vision, si vous le prenez d'un point de vue de la sécurité, oui, effectivement. C'est un défi important d'assurer la sécurité du Saint-Père, bien sûr, de ses différents déplacements à Paris, puis à Lourdes, puis à Metz. Mais c'est aussi une des tâches importantes de protection des nombreux fidèles qui vont assister aux différentes séquences, dont la messe, évidemment : sur la messe à la Concorde et sur les Champs-Élysées, qui est un événement qui va se dérouler sur un espace ouvert, donc, qui suppose évidemment des mesures de protection maximale. NATHANAËL DE RINCQUESENVous avez peur de quoi ? Est-ce qu'il y a des réels motifs d'inquiétude aujourd'hui pour ce déplacement ? LAURENT NUNEZNon, il n'y a pas de menace caractérisée sur la venue du Saint-Père dans notre pays. Il n'y a pas de menace caractérisée. On reste évidemment toujours attentif chaque fois qu'il y a un grand rassemblement de personnes, qu'il y a une très haute personnalité qui visite notre pays. Evidemment, on est toujours très attentif à la menace terroriste, au risque aussi d'actes de délinquance. Il va y avoir beaucoup de monde dans les rues de Paris. Donc, voilà, on prend en compte toutes ces missions. Mais il n'y a pas de crainte particulière. Et surtout, il n'y a pas de menace caractérisée à l'endroit, à l'encontre, du Saint-Père. NATHANAËL DE RINCQUESENLa lutte anti-drone est une priorité de ce dispositif. Pourquoi cette menace-là en particulier ? C'est aujourd'hui la menace à la mode, entre guillemets, quand on protège une population. LAURENT NUNEZOui, les drones sont utilisés. On le voit sur certains théâtres extérieurs. Comme on dit souvent, les drones sont parfois utilisés comme des armes de guerre. Donc, voilà, on reste très attentif à la lutte anti-drones. On a des gros dispositifs de lutte anti-drone partout dans la capitale, bien sûr. Il y en aura en Seine-Saint-Denis, il y en aura à Lourdes, il y en aura à Metz : pour détecter un engin qui pourrait être malveillant. Mais on voit bien sur certains théâtres extérieurs : où les drones sont utilisés évidemment dans le cadre de conflits. Mais aussi, ils peuvent l'être par des terroristes. On l'a vu dans certains pays. Donc, c'est pour ça qu'on reste très attentifs aussi au contrôle des drones qui vont survoler la capitale, et surtout à la capacité à les neutraliser le plus vite possible. NATHANAËL DE RINCQUESENAlors, je ne sais pas si une comparaison est possible, mais est-ce que la visite du pape est similaire à l'organisation des Jeux olympiques ? Est-ce que c'est la même approche, le même dispositif ? Même si là, vous avez eu trois mois pour préparer ce déplacement. LAURENT NUNEZOui, enfin, il y a des points de similitude. Vous avez énormément de personnes qui se rassemblent en un endroit unique autour d'une haute personnalité, autour du Saint-Père. Voilà. Il y a des points de similitude, évidemment. Donc, il y a une déambulation, il y a un public qui va être massé dans les rues de Paris. Donc, il y a des points de similitude, mais ce n'est pas tout à fait le même événement. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que les services et les forces de sécurité intérieure... Je veux saluer évidemment le travail qui a été effectué par le préfet de police pour l'agglomération parisienne, la préfète des Hautes-Pyrénées, le préfet de Moselle, l'ensemble des forces de sécurité intérieure. Il y a eu un travail de préparation en amont qui, comme vous l'avez souligné, a commencé il y a maintenant plusieurs mois, et qui vise donc à bien préparer cette visite. NATHANAËL DE RINCQUESENAlors, on peut peut-être préciser que c'est une visite apostolique. LAURENT NUNEZAbsolument. NATHANAËL DE RINCQUESENCe n'est pas une visite d'Etat. Donc, vous avez été, entre guillemets, un petit peu passif devant les contraintes qu'on vous a imposées. Est-ce qu'il y a des événements que vous n'auriez pas faits ou pas recommandés, par exemple ? LAURENT NUNEZNon, non, l'organisation s'est faite librement. Nous, nous encadrons, nous sécurisons. Voilà, c'est le principe même de la liberté de culte, parce que c'est ça qui va s'appliquer, qui est en jeu. Et donc, voilà. Donc, nous, notre seule préoccupation, c'est la sécurité des populations évidemment, et la sécurité du Saint-Père, et éviter qu'il y ait des troubles à l'ordre public. NATHANAËL DE RINCQUESENEt le rendez-vous de la Concorde, c'est quand même particulièrement complexe. On va avoir une foule de 600 000 personnes. LAURENT NUNEZ600 000 personnes. NATHANAËL DE RINCQUESENPeut-être plus. Alors, une question, ce matin, nous a été posée, parce que vous avez donné une information hier soir. Il y en a une autre qui a été donnée hier matin par le général Wattecamps. Est-ce qu'on peut, si on n'est pas inscrit, si on n'a pas le fameux QR code, approcher de la zone et tenter de voir passer le pape ? LAURENT NUNEZOui. Alors, d'abord, une précision : 600 000 personnes, ça veut dire une régulation qui est effectuée aussi par la préfecture de police, en lien évidemment avec l'organisateur, avec la conférence notamment. Donc, on crée des box, de manière à ce que le public soit bien cantonné dans certaines zones, qu'il n'y ait pas de va-et-vient de mouvements de foule, puisque les gens vont vouloir évidemment suivre le déplacement du Saint-Père. Donc, il y a des box qui sont créées, il y a des barriérages, il y a tout un dispositif de sécurité. Evidemment, l'accès doit être régulé, d'où la mise en place de ces QR codes, qui sont recommandés, qui sont préférables, qui sont souhaitables. Mais comme cela a été dit, évidemment, les personnes qui n'en sont pas munies pourront également y rentrer. Mais avec le QR code, vous avez aussi le fléchage de votre box, la rue par laquelle vous allez accéder à la box sur l'espace public, sur les Champs-Élysées, non loin de la Concorde. Donc, voilà, c'est le QR code. Ça reste important. Ce n'est pas la condition sine qua none, mais c'est vraiment souhaitable. C'est préférable. NATHANAËL DE RINCQUESENEt en plus, il faut, j'imagine, anticiper les fouilles. Et le contrôle de ces QR codes va prendre beaucoup de temps. LAURENT NUNEZBien sûr. Indépendamment du QR code, vous avez des fouilles, des palpations, puisque le périmètre de ces box, c'est ce qu'on appelle un périmètre de protection antiterroriste. C'est une loi de 2017 qui a permis l'instauration de ces périmètres, où pour y accéder, vous êtes forcément fouillé, palpé. Et quand vous refusez de vous livrer, de vous soumettre à ces palpations, à ces fouilles, on peut vous refuser l'accès. Donc, voilà. Donc, les palpations, ça prend du temps. Donc, évidemment, tout ça sera régulé très rapidement. Mais il y effectivement un petit temps d'attente à prévoir, évidemment. NATHANAËL DE RINCQUESENSur l'échelle des événements à sécuriser, quand on est ministre de l'Intérieur, la place de la Concorde, la messe place de la Concorde, c'est ce qu'il y a de plus complexe. En tout cas, c'est sur votre podium de difficulté ? LAURENT NUNEZTout ce qui se passe en espace ouvert, oui, c'est forcément plus sensible. NATHANAËL DE RINCQUESENParce que c'est très, très, ouvert quand même, la place de la Concorde. LAURENT NUNEZC'est effectivement plus sensible. Voilà. Donc, ça veut dire qu'il faut encadrer le public. Ça veut dire qu'il faut aussi tenir les points hauts : avec des tireurs de précision un peu partout. Et puis vous avez les autres séquences. Ce sont évidemment les déambulations du Saint-Père dans la papamobile, où là, vous avez même un contact au plus proche du public. Et donc, au-delà des dispositifs de protection des effectifs, vous avez une bulle autour, notamment, de la papamobile. Donc, pour bien sécuriser le Saint-Père. NATHANAËL DE RINCQUESENComment on fait pour sécuriser une déambulation ? Le pape va s'approcher des fidèles, que ce soit sur les sur les Champs-Élysées, à Lourdes, notamment lorsqu'il ira à la Grotte. Ça fait partie des incontournables. Là, vous avez une stratégie particulière ? Vous n'êtes pas obligé de tout nous dévoiler. LAURENT NUNEZNon, je ne vais pas tout dévoiler. Mais en même temps, c'est très classique. Quand on entoure une haute personnalité, il y a toujours une bulle d'effectifs qui sont à proximité, que parfois, on ne repère pas forcément, et qui vont avoir pour mission de protéger physiquement, évidemment, la personnalité, mais surtout d'intervenir dès qu'il détecte un comportement anormal chez une personne qui se trouve dans l'environnement immédiat. NATHANAËL DE RINCQUESENAlors, trois villes, trois ambiances, excusez-moi l'expression, trois configurations en tout cas très différentes. Il y a la foule dense à la Concorde, l'affluence internationale à Metz, et un format, donc, un petit peu plus resserré du côté de Lourdes. Est-ce que vous avez justement une approche différente pour ces trois rendez-vous, sachant qu'en plus, vous êtes ministre en charge du Culte et vous interviendrez directement à Metz ? LAURENT NUNEZOui. Alors, d'abord, effectivement, pour la sécurisation, les dispositifs qui sont retenus sont les mêmes. Il y a des périmètres de protection, il y a des services spécialisés, des démineurs, de la lutte anti-drones, des effectifs sur la voie publique pour sécuriser le public. Ils sont, sur les trois sites, les mêmes, finalement. C'est la même philosophie, c'est le même état d'esprit. Evidemment, on s'adapte à la configuration des lieux. Moi, pour ce qui me concerne, je suis ministre de l'Intérieur, et donc, aussi, ministre des Cultes… NATHANAËL DE RINCQUESENEst-ce qu'on peut avoir les deux casquettes en même temps ? LAURENT NUNEZBien sûr. Non, non, bien sûr. Je participerai aux séquences de vendredi, à l'Elysée, avec le président de la République. Je serai à ses côtés, avec le Saint-Père et les personnes qui ont été invitées. Et puis je serai sur la séquence messine également, notamment au dialogue interreligieux, où je représenterai le Gouvernement comme ministre des Cultes. Et j'accompagnerai évidemment le président pour la rencontre des chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union européenne. NATHANAËL DE RINCQUESENMais pour la messe place de la Concorde, par exemple, la place d'un ministre est davantage quand on est ministre de l'Intérieur, est davantage à l'extérieur, en train de surveiller, ou, justement, aux côtés du pape, en tant que ministre en charge du culte ? LAURENT NUNEZAlors, là, c'est la casquette ministre de l'Intérieur qui va prendre le dessus, puisque je serai à l'extérieur, notamment avec le préfet de police, pour la sécurisation de cet événement majeur. Mais le Gouvernement sera, comme vous le savez, représenté. Et pour d'autres séquences, j'y serai comme ministre des Cultes. NATHANAËL DE RINCQUESENVous interviendrez directement. LAURENT NUNEZMais sur la séquence de la messe, où il y a 600 000 personnes dans les rues de la capitale, où, donc, il y a des enjeux de sécurité qui sont là, on est très serein, très confiant. NATHANAËL DE RINCQUESENPriorité sécurité. LAURENT NUNEZAbsolument. Absolument, voilà. Absolument. NATHANAËL DE RINCQUESENAlors, comment est-ce qu'on gère une messe catholique, Place de la Concorde, avec tout ce que cela incarne comme symbole pour la France, quand on est un ministre de la République en charge du Culte ? Ça doit être quand même un sacré casse-tête ? LAURENT NUNEZNon, ce n'est pas un casse-tête, c'est un principe français. C'est un principe républicain, qui est celui de la laïcité. La laïcité, c'est le libre exercice du culte pour chacun des cultes. C'est ce que, comme ministre des Cultes, je me dois d'assurer. C'est aussi, évidemment, la neutralité pour les agents publics, pour les services publics. Et donc, voilà. Donc, cette messe ne pose aucune difficulté. La seule limite à l'organisation d'événements culturels sur l'espace public, c'est le trouble à l'ordre public. C'est la seule limite. La loi est ainsi faite. Et c'est une très bonne chose. Voilà tout. Le rôle du ministre des Cultes, c'est de faire en sorte que tous les cultes puissent s'exprimer et que chacun ait la liberté de croire ou de ne pas croire. NATHANAËL DE RINCQUESENAlors, récemment, vous avez donné des chiffres concernant les atteintes ou les attaques, qu'elles soient physiques ou matérielles, contre des objets cultuels. Est-ce que la France est aujourd'hui un pays où l'on peut pratiquer sa foi, se rassembler massivement pour un événement religieux sans avoir peur ? LAURENT NUNEZOui, il le faut. On a une montée des actes antireligieux d'une manière générale, qu'il s'agisse des actes antisémites, les actes antimusulmans, les actes antichrétiens, qui ont augmenté pour le premier semestre : de plus de 6%. On est à peu près un peu plus de 450 actes. Alors, à 85%, ce sont des atteintes aux biens, notamment dans les églises, d'ailleurs. Il y a une vraie préoccupation sur des atteintes aux biens, des dégradations. Mais ces actes antichrétiens augmentent légèrement. Donc, ça reste évidemment une de nos préoccupations. Et ils augmentent de 6% depuis le début de l'année. Et ça représente environ 40% des actes antireligieux. Donc, on a pris le problème à bras le corps. On a eu des assises territoriales qui se sont tenues partout sur les actes antireligieux. Et il y a bien cette idée de prendre le problème à bras le corps, de bien rappeler que tout le monde peut exercer son culte librement et qu'il n'y a pas d'atteinte à avoir vis-à-vis des religions. NATHANAËL DE RINCQUESENAlors, depuis quelques semaines, nous avons un nouveau chroniqueur à RCF Notre-Dame : c'est Christophe Barbier. Et il avait une question à vous poser. Je vais vous demander de mettre le casque et d'écouter la question de Christophe, monsieur le ministre. CHRISTOPHE BARBIERMonsieur le ministre de l'Intérieur, craignez-vous que la visite du pape en France ne relance les ardeurs de ceux qui commettent des actes antichrétiens, notamment du vandalisme dans les églises ? Est-ce qu'ils ne vont pas en profiter ? NATHANAËL DE RINCQUESENÇa rejoint un petit peu ce dont vous nous vous nous parliez. Mais est-ce que vous avez des craintes particulières pour les prochaines semaines ? LAURENT NUNEZNon, je ne pense pas qu'il y ait. Je n'ai pas de crainte particulière par rapport à la venue du pape, d'atteinte dans les églises. C'est vrai que, je le redis, on a une augmentation des actes antichrétiens : plus 6%, 85%, des atteintes aux biens. Et beaucoup d'églises qui sont frappées. Donc, ça reste une de nos préoccupations, d'une manière générale. On ne craint pas de montée des actes antichrétiens avec la venue du pape. Très franchement, non. Mais on va rester extrêmement vigilants. Il y a des consignes qui sont passées, notamment aux militaires de la gendarmerie, puisque ces atteintes ont aussi beaucoup lieu en zone rurale, et donc dans les zones gendarmerie, pour être extrêmement vigilants, mais en lien avec chaque responsable de paroisse. Et les choses se passent plutôt très bien. NATHANAËL DE RINCQUESENUne toute dernière question sur votre métier. Depuis 1905, le ministère de l'Intérieur gère administrativement les cultes. Comment définissez-vous ce rôle aujourd'hui, dans une société où, malheureusement, le fait religieux est souvent réduit à une question d'ordre public ? LAURENT NUNEZMoi, j'interprète mon rôle comme étant aussi une question d'ordre public et de sécurité, c'est-à-dire faire en sorte que chaque fidèle, quelle que soit sa religion, puisse pratiquer librement son culte et qu'il ne soit pas inquiété pour ce faire. Mais c'est aussi, et c'est aussi, c'est le deuxième volet, et moi, il me passionne, c'est de favoriser le dialogue interreligieux. C'est extrêmement important. Je crois que notre pays est un pays qui est actuellement divisé. On a besoin de paix, on a besoin de concorde, on a besoin de dialogue. Et de ce point de vue, la venue du Saint-Père en France va contribuer, je pense, à cette concorde. Voilà. Les gens ont besoin de se parler, de se respecter, d'être tolérants les uns envers les autres : ce qui correspond quand même au message de Léon XIV. source : Service d'information du Gouvernement, le 25 septembre 2026
La source — vie_publique · nº 304743
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304743-laurent-nunez-24092026-rcf-pape?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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