Électricité française et captation de la valeur ajoutée numérique
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Bruno Rojouan (auteur)
M. Bruno Rojouan attire l'attention de Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'intelligence artificielle et du numérique sur la valorisation de l'avantage électrique français au service du développement de l'intelligence artificielle et de la souveraineté numérique européenne. Selon le bilan électrique 2025 publié par Réseau de Transport d'électricité (RTE) en février 2026, la France a enregistré un nouveau record d'exportations nettes d'électricité, avec un solde de 92,3 TWh, soit près de 17 % de sa production annuelle. Cette dynamique s'est poursuivie au premier semestre 2026 avec 51 TWh d'exportations nettes, un nouveau record semestriel selon la direction générale du Trésor. Dans le même temps, RTE relève que la consommation française demeure environ 6 % inférieure à celle de la période 2014-2019. Ces exportations valorisent la production française et les interconnexions participent pleinement à la sécurité du système électrique européen. Mais cette abondance constitue également un avantage comparatif particulièrement stratégique avec le développement de l'intelligence artificielle (IA). Dans son rapport Energy and AI publié en 2025, l'Agence internationale de l'énergie estime que la consommation électrique mondiale des centres de données pourrait plus que doubler d'ici 2030 pour atteindre environ 945 TWh, principalement sous l'effet de l'IA. L'accès à une électricité abondante, stable, compétitive et bas-carbone devient ainsi un facteur déterminant de localisation des capacités de calcul. La France a déjà engagé une politique visant à tirer parti de cet avantage pour attirer des centres de données. L'enjeu est désormais de ne pas s'arrêter au premier maillon de la chaîne de valeur. La puissance de calcul alimentée par cette électricité permet ensuite de développer les modèles, applications, services et propriété intellectuelle où se concentre l'essentiel de la valeur ajoutée de l'IA. Accueillir les infrastructures sans favoriser le développement des activités qui les exploitent exposerait ainsi la France à disposer d'un intrant stratégique sans capter suffisamment la valeur issue de sa transformation, comme l'Europe en a déjà fait l'expérience dans les chaînes de valeur des matières premières critiques ou des semis-conducteurs. Cet enjeu se pose également au niveau européen, alors que l'Union européenne accélère le développement de ses capacités de calcul. La localisation de ces futures infrastructures constitue une occasion de mieux articuler politique énergétique, politique industrielle et souveraineté numérique. Il souhaite donc savoir comment le Gouvernement entend transformer l'avantage électrique français en un avantage industriel et technologique durable, en favorisant la captation en France et en Europe de la valeur ajoutée de l'intelligence artificielle, et comment la France entend faire valoir cet atout dans la localisation des futures infrastructures stratégiques européennes de calcul.
La source —
senat_questions · nº 458e6468:1a0a25ed341:-7fa4
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