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2 octobre 2026 · Gouvernement · BFM TV · discours Discours

Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à BFM TV le 2 octobre 2026, sur le blocage des lycées.

Édouard Geffray (auteur), Apolline de Malherbe (intervenant)

APOLLINE DE MALHERBEBonjour Édouard Geffray. ÉDOUARD GEFFRAYBonjour. APOLLINE DE MALHERBEMerci d'avoir accepté de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes, bien sûr, le ministre de l'Éducation nationale. Colère lycéenne ou violences urbaines : quelle réponse, quelle situation ce matin ? Très nombreuses questions, évidemment. On vous attend sur toutes ces questions-là, et en particulier sur la situation ce matin. Est-ce que vous avez des nouvelles ? Est-ce que vous savez combien de lycées bloqués, combien de lycées fermés ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, nous n'avons pas de chiffres de lycées bloqués ce matin, pas encore. En revanche, nous aurons un peu plus de 400 lycées qui seront fermés aujourd'hui. Soit parce qu'il y a eu des dégradations matérielles qui empêchent, en fait, l'accueil des lycéens. Je pense par exemple aux destructions de systèmes incendie. Et donc, on ne peut plus accueillir des lycéens tant qu'ils n'ont pas été réparés. Soit parce qu'il y a des personnels qui ont été directement et délibérément visés. Et dans ce cas-là, il y a aussi mon devoir d'employeur, qui est de protéger non seulement les élèves, mais les personnels. Et dans ces hypothèses-là, les établissements ont été fermés aujourd'hui. APOLLINE DE MALHERBEComment vous voyez la journée qui vient ? Et vous aurez une rencontre, on va y revenir, évidemment, avec les organisations syndicales. Mais est-ce que les éléments que vous avez laissent imaginer un retour au calme ou, au contraire, une poursuite des mouvements ? ÉDOUARD GEFFRAYA ce stade, c'est difficile à dire, notamment parce que ce qui circule sur les réseaux sociaux est généré par IA et généré par des gens qui ne sont pas des élèves des établissements, et donc qui peuvent laisser croire qu'il y a beaucoup d'établissements concernés quand ce n'est pas le cas. Donc, c'est difficile à saisir. En revanche, ce sera, vous l'avez dit, une journée de dialogue. Ça, c'est sûr. Je vais voir aujourd'hui les organisations syndicales des personnels, les associations de parents d'élèves, les associations de lycéens et les élus du Conseil national de la vie lycéenne. APOLLINE DE MALHERBEEnfin ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, pas enfin, parce qu'en fait, toute la semaine, on a vu, j'allais dire, des élus, notamment au niveau local. Puisque l'une des difficultés de ce mouvement, c'est qu'il n'y a pas de revendications nationales. Tout est parti de revendications locales, d'ailleurs, assez diverses. Et en réalité, moi, ma conviction profonde, c'est qu'il y a des réponses qui pourront être trouvées, très concrètes, au niveau local. Et ça, on a déjà commencé à le faire. APOLLINE DE MALHERBEMais quand je vous entends, hier, dire : "Dès lundi, une grande plateforme de concertation permettra à tous les lycéens qui le souhaitent d'exprimer leurs attentes, leurs inquiétudes et leurs propositions, individuellement, collectivement, chaque voix pourra être entendue, les contributions seront analysées localement et j'organiserai une restitution nationale", pensez-vous que ça soit à la hauteur ? ÉDOUARD GEFFRAYMoi, je pense qu'aujourd'hui, nos jeunes, ils ont besoin de se sentir écoutés. APOLLINE DE MALHERBEEt donc, une plateforme ? ÉDOUARD GEFFRAYD'abord, c'est quand même… pardon, mais… APOLLINE DE MALHERBENon, mais ça me fait penser au Grand Débat. Vous vous souvenez, après les gilets jaunes ? On ne sait pas ce que sont devenus les cahiers de doléances. On ne sait même pas s'ils ont été lus. ÉDOUARD GEFFRAYLà, en l'occurrence, tout sera publié. Mais surtout, il y a deux éléments. C'est soumis à l'IA, ce qui fait que, justement, les gens pourront aussi interroger par eux-mêmes la base. Donc, ça, c'est la première chose. Deuxième élément, ça rentre pour le coup dans les codes de nos jeunes, parce qu'ils ont l'habitude d'aller très vite sur leur téléphone, etc. Et donc on utilise un outil qui est à leur portée. Puis, troisième élément, c'est que moi, je tiens à ce que l'expression puisse être à la fois individuelle et collective. Il y a des cadres collectifs organisés, notamment les conseils de la vie lycéenne, qui sont actuellement réunis dans tous les établissements concernés. Il y a des instances académiques et des instances nationales qui sont réunies en ce moment même. Mais il y a aussi des individus qui peuvent avoir besoin de s'exprimer sur ce qui ne va pas. Et ça donnera la possibilité, comme ça, d'avoir une photographie, si je puis dire, exacte, puisque tous auront la possibilité de participer. APOLLINE DE MALHERBELes lycées qui, pour de nombreux d'entre eux, ont vécu des dégradations, des scènes de chaos, de casse, d'incendies, de jets de mortier. Si on en vient d'abord à la question du bilan. On sait qu'il y a de nombreuses villes, que ce soit Nice, Dijon, Besançon, Valence, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Rennes, Saint-Étienne, Orléans, Strasbourg et Rouen, ainsi que leur agglomération, Nantes, évidemment, avec le lycée Nelson-Mandela. Est-ce que vous avez une idée du nombre de lycées qui sont véritablement dégradés et même, j'allais dire, de la facture ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, il y a 1 207 lycées qui, hier, ont été perturbés ou bloqués. Ça, c'est la première chose. Depuis le début de la semaine, il y a probablement au moins plusieurs dizaines, voire plus d'une centaine de lycées qui ont connu des dégradations, on va dire, sévères : grilles renversées, loges incendiées. Parfois, il y a même des logements de fonction qui ont été incendiés. Il faut quand même le savoir. APOLLINE DE MALHERBEDes logements de fonction dans lesquels il y avait des… ÉDOUARD GEFFRAYIl y a un logement de fonction dans un lycée à Lyon qui a donc été occupé par un personnel de l'Éducation nationale, qui a été saccagé par des individus extérieurs, qui ont véritablement saccagé l'établissement. APOLLINE DE MALHERBEEst-ce qu'il y a, d'ailleurs, des endroits où des incendies ont eu lieu alors qu'il y avait des élèves, des professeurs qui ont été mis en danger ? ÉDOUARD GEFFRAYHier, à Nantes, vous avez vu le lycée Mandela, dont l'entrée… Le lycée Mandela qui avait dix ans, hein. APOLLINE DE MALHERBEOui, flambant neuf, hein. ÉDOUARD GEFFRAYDont l'entrée a été ravagée par les flammes. Il y avait, au moment où l'incendie s'est déclaré, 160 élèves en internat. APOLLINE DE MALHERBE160 élèves qui étaient à l'intérieur ? ÉDOUARD GEFFRAYA l'intérieur, en internat, qui ont été évacués, évidemment, par les personnels ; auxquels je rends hommage d'ailleurs, parce que depuis une semaine, on a des personnels de l'Éducation nationale qui sont parfois visés et qui protègent une chose, laquelle, je crois, qui s'appelle le service public de l'Éducation. Et actuellement, ce qu'on voit, c'est une tentative de destruction dans cet endroit du service public d'Éducation. Quand on s'en prend aux bâtiments, quand on s'en prend aux personnels et que c'est un service public et que ce sont des agents publics, on cherche à détruire un service public. APOLLINE DE MALHERBEOn en vient à la question de la responsabilité politique, puisque vous imputez notamment une forme de responsabilité à LFI et ses proxys, ce sont les mots utilisés par Matignon hier. Mais comment vous distinguez ? Vous dites : "Il s'agit d'individus extérieurs au lycée". Comment vous faites pour distinguer les casseurs ou ces individus dont vous dites qu'ils viennent pour détruire le service public de l'Éducation, et les lycéens ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, quand on regarde ce qui se passe. Et moi, j'appelle les proviseurs qui ont été blessés pour, d'abord, prendre leurs nouvelles. APOLLINE DE MALHERBECombien de proviseurs blessés ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, à ce stade, on a eu 65 personnels blessés, on a eu 40 proviseurs parmi eux qui ont été blessés. 40, quand même. Donc, je les appelle au fur et à mesure pour avoir évidemment de leurs nouvelles, et puis pour leur apporter mon soutien. La plupart me disent : "Les personnes que j'avais en face de moi, ce n'étaient pas mes élèves." Quand même. Je veux dire, au moment des faits violents. Donc, on a des individus violents, ça a été aussi documenté par le renseignement territorial, qui prennent en otage le mouvement, infiltrent les groupes de lycéens. Et ensuite, évidemment, il y a des lycéens qui, j'allais dire, dans la chaleur du moment, suivent. Mais au départ, on n'a pas forcément de lycéens violents, en tout cas très peu. On a des individus extérieurs, très clairement, ça, c'est documenté, qui sont là pour nuire. Accessoirement, quand même, quand vous avez des tirs de mortiers, je rappelle que les mortiers, ce n'est pas en vente libre, vous ne les trouvez pas à l'épicerie à côté de chez vous. Donc, ces gens-là aussi ont une logistique qui leur permet de faire ce qu'ils font. APOLLINE DE MALHERBEUne logistique, ça veut dire une organisation, ça veut dire une volonté, une anticipation. On va y venir. Mais vous parliez des dégâts. Un certain nombre de présidents de région, Grand-Est, Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France, disent que les chiffres sont considérables, qu'ils se chiffrent à plusieurs millions d'euros de dégâts. Gérald Darmanin dit : "Il va falloir que les casseurs paient, voire même, y compris les parents." Quelle est votre position là-dessus ? ÉDOUARD GEFFRAYD'abord, c'est effectivement les collectivités locales qui engagent des financements potentiellement énormes. Et c'est autant d'argent qui n'est pas mis dans la rénovation des bâtiments. Donc, c'est quand même un peu embêtant. Parce que, par ailleurs, il y a quand même un gros travail fait par les régions pour rénover les bâtiments. On parle du lycée Paul-Éluard de l'autre jour à Saint-Denis : il y a 45 millions d'euros qui sont engagés pour des travaux qui ont commencé cet été, quand même. Donc, il y a de l'argent qui est mis sur la table par les régions. Et donc, tout ça, c'est de l'argent et des moyens qui sont distraits. Deuxième élément : qui paye ? D'abord, il y a d'abord un cadre légal, c'est-à-dire que je rappelle que quand on attrape un casseur, qu'il a cassé quelque chose, il peut être condamné à réparer ce qu'il a cassé. Et après, il y a effectivement, j'allais dire, des débats entre les régions et les élus locaux. Mais ça, c'est une autre histoire. APOLLINE DE MALHERBEEt certains évoquent, c'est le cas de Bruno Retailleau, je crois que ça a été évoqué aussi par une partie de la droite et du centre, l'idée de revenir à la loi casseurs, qui était une loi qui a été en vigueur jusqu'en 1981, qui est une loi qui disait que tous ceux qui participent sont coresponsables et d'ailleurs, se partagent en quelque sorte la facture. C'est une loi à laquelle François Mitterrand avait mis fin. Mais l'idée que ce n'est pas parce que vous n'êtes pas celui qui a vraiment tenu le marteau pour casser, par exemple, une barrière que vous n'êtes pas aussi responsable et qu'il faut partager la facture de manière à ce que ce ne soit pas le contribuable qui paye. Qu'est-ce que vous pensez de cette idée ? ÉDOUARD GEFFRAYMoi, le principe du "qui casse paie", je n'ai pas de problème. Après, dans ce genre de mouvement, on a beaucoup de lycéens qui, en fait, j'allais dire, sont à moitié spectateurs ou se font surtout confisquer leur mouvement, ce qui est le cas quand même actuellement : ils sont en train de se faire confisquer le mouvement par des individus. Je suis plus prudent. APOLLINE DE MALHERBEVous avez parlé, c'est Matignon, précisément, d'un mouvement de blocage des lycées par manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche. Qu'est-ce que vous voulez dire ? ÉDOUARD GEFFRAYQuand on regarde le film de ce qui s'est passé : les événements commencent le 18 septembre au lycée Saint-Exupéry à Créteil, où il y avait objectivement des problèmes, notamment de ressources humaines. APOLLINE DE MALHERBEEt c'est d'ailleurs, notamment, les professeurs qui, à ce moment-là, soutenus par leurs élèves… ÉDOUARD GEFFRAYIl y avait un mouvement réel et avec, objectivement, une situation qui n'était pas normale, au passage, qu'on a résolu pour la quasi-totalité dans la semaine qui a suivi quand même. Parce qu'il manquait une infirmière, il manquait un directeur des travaux, il manquait un proviseur adjoint. Tout ça a été pourvu dans la semaine qui a suivi. Donc, on a réagi, on a trouvé des solutions. Mais très clairement, trois jours plus tard, c'est-à-dire le 21 septembre, le lundi 21, vous avez un député LFI qui vient sur site, qui harangue la foule et qui incite sur les réseaux sociaux ensuite à propager le mouvement. Et ensuite vous avez des députés LFI… APOLLINE DE MALHERBELouis Boyard. ÉDOUARD GEFFRAYLouis Boyard. Vous avez des députés LFI, ensuite, qui font le tour des établissements en incitant aux blocages, aux manifestations, etc. Et au moment où les choses dégénèrent, et c'est là que, pour le coup, il y a quand même un sujet, au moment où les choses dégénèrent, où des individus extérieurs commencent à tirer des mortiers, et cetera, au risque de blesser les élèves, ces mêmes élus incitent à l'extension des blocages. Et c'est là que moi, je dis que c'est irresponsable. C'est quand on a la responsabilité de mineure… Pardon, moi, j'ai la responsabilité de 12 millions de mineurs. Aujourd'hui, il y a une chose que je sais : c'est que les envoyer sur des lieux de blocage, c'est les mettre en danger compte tenu des éléments qu'il y a autour. Et ça fait une semaine que je le dis. APOLLINE DE MALHERBEÉdouard Geffray, je le rappelle pour ceux qui nous rejoignent, que vous êtes le ministre de l'Éducation nationale. Vous dites, si je vous écoute bien, qu'ils ont organisé ces blocages, c'est-à-dire le premier à Créteil, vous dites : "Ça, c'est un mouvement spontané de professeurs et d'élèves", et j'ai le sentiment que vous donnez à ce premier mouvement une certaine légitimité, mais vous laissez entendre que la suite aurait été orchestrée, organisée, à la manœuvre. Qui, au fond… L'œuf et la poule : qui commence, qui incite ? ÉDOUARD GEFFRAYUne fois encore, au départ, on a un mouvement, on a un mouvement qui est un mouvement que je considère comme, j'allais dire, vraiment audible et auquel je réponds, en plus. Bon, mais après ? Alors, toujours pareil, il y a une part de mobilisation spontanée, et puis il y a aussi une part de structuration et surtout de légitimation d'un mouvement. Quand vous avez des élus qui font le tour des établissements et qui incitent publiquement au blocage, on ne peut pas dire qu'ils n'ont pas joué un rôle. Aujourd'hui, chercher à se défausser en disant : "Non, ce n'est pas nous", ce n'est pas possible. Ils ont contribué très clairement à la cristallisation du mouvement. APOLLINE DE MALHERBEJean-Luc Mélenchon estime que c'est aussi, que c'est l'inverse, que ce sont les policiers, que c'est d'abord la responsabilité du Gouvernement et des élus depuis longtemps d'avoir abandonné les lycées. Mais il dit ensuite que "la sauvagerie policière", je le cite, avec aussi des accusations de racisme à l'endroit de l'État, ont envenimé les choses, avant de dire hier que les Insoumis appellent, je cite, "A la non-violence des méthodes de lutte". ÉDOUARD GEFFRAYÉcoutez, je suis ravi qu'il appelle à la non-violence parce qu'il est temps. Parce que quand on emploie un vocabulaire de type "discipline de combat", "lutte", "bloquer tout", etc., avec des mineurs, il ne faut pas se demander ensuite et demander ensuite si les interprétations sont subtiles. Je suis très heureuse qu'il appelle enfin à la non-violence. Ça, c'est une bonne nouvelle. Mais de manière générale, si vous voulez, on peut chercher à passer la responsabilité indéfiniment. Il y a eu très clairement, et c'est leur choix politique, ils ont assumé dès le départ de vouloir cristalliser, reprendre et étendre le mouvement. Bon, c'est comme ça. Maintenant, ce qui compte, parce que personnellement, je suis responsable, notamment de mes élèves. Maintenant, ce qui compte, c'est de faire en sorte que nos enfants ne soient plus dans la rue parce qu'ils sont en danger. Donc ça veut dire qu'il faut que tout le monde se mobilise. On est une communauté éducative. Donc les parents, très clairement, doivent se mobiliser et doivent dire à leurs enfants… APOLLINE DE MALHERBEÇa veut dire quoi les parents doivent se mobiliser ? Vous estimez que les parents ont une forme de responsabilité ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, mais je pense qu'actuellement, si vous voulez, c'est assez intéressant, la façon dont c'est traité, c'est comme si c'était un tête-à-tête entre l'État et les mineurs. Mais l'école, ce n'est pas un tête-à-tête entre l'État et les mineurs. L'école, c'est une communauté éducative. Vous avez des parents, vous avez des élèves, vous avez des professeurs. APOLLINE DE MALHERBEEt vous leur dites : "Calmez vos enfants". ÉDOUARD GEFFRAYSurtout, aidez-nous à les protéger. APOLLINE DE MALHERBEJ'avais Émilie tout à l'heure, une mère de famille. Son fils est en première au lycée Balzac, à Tours. Elle était en larmes quand elle m'a appelée sur RMC. Cela fait trois jours qu'elle demande à son fils de rester chez elle parce qu'elle a peur pour lui. Elle dit : "J'ai peur et je ne sais pas où on va." Et elle accusait, d'un côté, l'extrême gauche, disait-elle, d'une forme de responsabilité, mais elle disait, de l'autre côté : "L'État n'est pas capable de tenir les choses." Elle vous sentait complètement débordé. Et elle disait, par ailleurs : "Il n'y a aucun plan B." Moi, je lui disais : "Mais est-ce que votre fils a au moins des cours à distance ?" Elle me disait : "Non, il a reçu un polycopié en PDF." Ce ne sont pas des cours à distance. Elle était désespérée. ÉDOUARD GEFFRAYAlors, il y a plusieurs choses. D'abord, je comprends qu'elle soit évidemment inquiète, mais il faut prendre les choses dans l'ordre. Aujourd'hui, il existe dans tous les établissements, comme au niveau national, des instances de dialogue qui sont en train de se réunir et qui fonctionnent. Et donc, il faut dire à nos jeunes qui sont représentés qu'il y a des discussions, qu'il y aura des solutions et qu'ils pourront tous s'exprimer dès lundi, y compris individuellement, pour ne pas… APOLLINE DE MALHERBEMais honnêtement, j'ai l'impression que c'est quasiment un numéro vert que vous nous mettez en place. C'est-à-dire que je ne sais pas si c'est audible, si ça peut même passer le mur du son. ÉDOUARD GEFFRAYIl y a une question de savoir si la démocratie est encore audible quand tout le monde appelle à la contourner. C'est ça, le problème. Si vous faites un court-circuit de la démocratie par la violence, évidemment, la démocratie est moins audible. Mais dans un État de droit, c'est ce à quoi je crois, et ce que je sers, c'est quand même la démocratie qui permet d'en sortir. La démocratie, c'est se réunir dans des instances avec des élus ou même sans élus, d'ailleurs. Les gens que je reçois ne sont pas tous élus, mais ce n'est pas grave. APOLLINE DE MALHERBEEst-ce que vous ne regrettez pas de ne pas, justement… Vous dites que vous croyez au dialogue et à la démocratie. Est-ce que vous ne regrettez pas de ne pas leur avoir parlé plus tôt ? ÉDOUARD GEFFRAYLa difficulté qu'on a eue, si vous voulez, c'est qu'une fois encore, si je prends le cas de Saint-Exupéry, nous avons traité un certain nombre de sujets. Depuis, le mouvement s'est étendu et on voit bien que l'une des difficultés, c'est que c'est un mouvement qui n'a pas de revendications nationales. On n'est pas sur quelque chose de, si je puis dire, classique. Il n'y a pas un gros objet contre lequel il se serait mobilisé et dont on pourrait discuter. Il y a un ensemble de revendications, souvent d'ailleurs très ancrées dans une réalité locale. Aujourd'hui, l'enjeu, c'est à la fois de répondre à sa revendication locale et, pour ce qui est du national, de distinguer les sujets, de les prendre avec eux. APOLLINE DE MALHERBEMais quand on regarde hier soir, vous avez annoncé que vous alliez renoncer, dans le budget, à remettre des frais d'inscription à l'entrée des BTS. Cela veut donc dire qu'ils ont bien fait de se mobiliser ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors ça, en l'occurrence, c'est le fruit… Ce n'est pas le fruit d'une mobilisation lycéenne et c'est quelque chose qui était parti bien avant, évidemment, dans le projet de loi, dans les travaux du projet de loi. Et d'ailleurs, l'idée, c'était quand même, là aussi, dans un cadre démocratique, qu'on ait un débat parlementaire sur une vieille question qui est que, notamment en classe préparatoire, aujourd'hui, vous avez un grand nombre d'élèves qui sont très favorisés. On ne parlait pas des boursiers et qui ne payent pour autant aucun frais. Bon, j'ai parlé hier, sur l'action syndicale, on en a parlé avec LFI et les organisations syndicales, en Conseil supérieur de l'éducation, parce qu'il y avait un Conseil supérieur de l'éducation, il y avait unanimité pour dire que ce n'était pas une bonne idée. Et donc j'ai annoncé dès hier soir que, bien sûr, on prendrait l'initiative de le retirer. APOLLINE DE MALHERBESur les APL, est-ce que vous le ferez aussi ? Ça, ça n'est pas forcément votre domaine, le logement mais ça touche beaucoup les jeunes. ÉDOUARD GEFFRAYMoi, je parle de ce qui me concerne. Mais c'est une autre question. Sur ce sujet-là, en tout cas, très clairement, j'ai dit qu'on retirait la question. Mais, une fois encore, le cadre démocratique doit permettre de traiter tout ça. APOLLINE DE MALHERBECet après-midi, vous allez leur promettre quoi ? Vous allez leur dire quoi ? Ils appellent déjà à une journée décisive mardi prochain, le 6 octobre. ÉDOUARD GEFFRAYAlors d'abord, je vais les écouter. Pardon, mais c'est quand même ça, la base. Parce qu'aujourd'hui, je ne suis pas sûr d'ailleurs qu'ils soient très écoutés, y compris médiatiquement. On les montre beaucoup, on montre beaucoup la casse. APOLLINE DE MALHERBENous, on a reçu beaucoup. J'ai reçu plusieurs, plusieurs fois des leaders syndicaux. Enfin, vous dites : "Vous allez les écouter." J'ai su par mes confrères de RTL que, hier matin, alors que vous étiez physiquement dans les mêmes locaux, vous-même, ainsi que le leader lycéen, vous ne vous êtes même pas parlé. Vous n'avez pas profité de cette occasion en vous disant : "Je vais aller le voir, je vais lui parler." Vous vous disiez que ce n'était pas le moment, que vous attendiez quoi ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors déjà, ce n'était pas le moment, dans l'entrée d'un studio, de commencer à avoir une discussion de fond ? Donc je l'ai salué à l'entrée et à la sortie. On n'a effectivement pas eu une discussion de fond. Il se trouve que je le reçois cet après-midi s'il le souhaite. Je l'ai invité cet après-midi, donc je pense qu'il sera là. C'est le représentant de l'Union syndicale lycéenne. APOLLINE DE MALHERBEAh, il n'a pas répondu encore ? ÉDOUARD GEFFRAYEncore écoutez, je n'ai pas vérifié ce matin avec mon secrétariat hier. APOLLINE DE MALHERBEMais enfin, hier, il ne vous a pas répondu ? ÉDOUARD GEFFRAYNormalement, il est invité, en tout cas, et je pense qu'il sera là et qu'on pourra avoir une vraie discussion, comme d'ailleurs avec les autres associations lycéennes, parce qu'il n'y en a pas qu'une. Et comme avec les élus lycéens. Je rappelle qu'il y a des élus lycéens partout en France. Et donc, pour reprendre ce qu'on disait, c'est quand même ça qui est important : un, on écoute. Deux, on voit ce qui relève de sujets nationaux et on traite les sujets nationaux. Et après, au niveau local, et tous les recteurs sont en train de le faire, et tous ces établissements sont en train de le faire, on regarde ce qu'il y a du niveau local et on traite ce qui relève du niveau local. Il faut traiter les sujets que les lycéens nous communiquent, ça c'est clair, mais ça se traite dans un cadre de confort démocratique APOLLINE DE MALHERBEEst-ce que vous avez anticipé ? On a quand même l'impression que ce mouvement vous a largement échappé, pour reprendre les mots d'Émilie, cette mère de famille. Elle estimait d'ailleurs que ça avait échappé à tout le monde, y compris aux lycéens à l'origine du mouvement. Mais est-ce que ce mouvement ne vous a pas largement échappé ? Est-ce que vous ne l'avez pas sous-estimé ? Vous disiez : "Cela a commencé le 18 septembre. ÉDOUARD GEFFRAYVendredi dernier, je n'aime pas beaucoup Twitter, encore moins en mode alerte. Vendredi dernier, j'ai publié exclusivement sur les réseaux sociaux en disant : "N'appelons pas à la génération des blocages, c'est irresponsable parce qu'on va mettre nos enfants en danger". Simplement, à ce moment-là, toute la France était occupée par un autre événement, au demeurant d'ailleurs, qui s'est bien passé, avec le pape. APOLLINE DE MALHERBEOn a presque envie qu'il revienne là, honnêtement, pour apaiser les choses. ÉDOUARD GEFFRAYOui, mais enfin, je veux dire, moi, vendredi dernier, j'étais déjà en train de dire, et on était tous en train de dire : "Attention, il y a quelque chose qui est en train de se passer." Ce mouvement est en train de se faire récupérer par des tiers. APOLLINE DE MALHERBEDonc vendredi, vous avez eu l'impression de ne pas être entendu ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, ce n'est pas que je n'ai pas été entendu, c'est qu'il y a des gens qui vont continuer sciemment à aller faire le tour des blocages et attiser, attiser les flammes. Donc effectivement, maintenant, on a une situation qui s'est dégradée parce qu'en fait, le mouvement a changé de nature, parce qu'il a été pris en otage très clairement par des groupuscules violents. Et c'est à ça qu'il faut mettre fin. APOLLINE DE MALHERBEAujourd'hui, la question des lycéens, au fond, l'urgence, c'est la question de la lutte contre la violence. Quand vous dites "Des groupuscules violents", vous avez parlé, Matignon a parlé de LFI, de ces "proxys" d'ultra-gauche. Je recevais tout à l'heure le président de la région Grand Est, qui disait qu'il y avait, y compris, des éléments internationaux, des gens qui venaient notamment d'Allemagne ou de Suisse, comparables, disait-il, à des situations de Black Blocs, où on a des personnes qui sont effectivement dans une sorte de lutte internationale. Est-ce que c'est aussi ce que vous constatez ? Qui sont les profils ? ÉDOUARD GEFFRAYJ'aurais juste un point, l'urgence pour moi, entre ces questions nationales, c'est les élèves et c'est les lycéens. Ça, c'est mon urgence. Bon, et par ailleurs, il y a une nécessité d'ordre public qui relève du ministère de l'Intérieur, qui est de faire en sorte que des éléments ultra-violents… Et donc, là-dessus, je n'ai pas d'éléments à vous donner pour savoir s'ils viennent de l'étranger ou pas, mais enfin, à priori, ils sont quand même essentiellement du territoire national. Mais ça, c'est un sujet intérieur, pour faire en sorte que ces éléments ultra-violents ne puissent nuire ni à nos services publics, ni aux biens, ni aux personnes. APOLLINE DE MALHERBEÉdouard Geffray, comment vous voyez la suite ? Vous avez dit tout à l'heure : "J'ai alerté sur le fait que nos enfants étaient en danger." Est-ce que vous redoutez un drame ? ÉDOUARD GEFFRAYQuand vous avez des éléments violents, ultra-violents comme ceux qu'on a vus… Enfin, hier, ils ont mis le feu à un établissement dans lequel j'avais 160 internes, quand même. Enfin, il faut se rendre compte de ce qui se passe. J'ai des personnels de la région à Marseille qui ont été aspergés d'essence parce qu'ils tentaient d'éteindre un incendie et on leur a tiré dessus des pétards. Donc, si la question est de savoir si, dans un contexte de violence comme ça, il est possible qu'il y ait un drame qui arrive, autant contre nos élèves, contre le personnel, enfin… Moi, je considère déjà que des drames, certes pas ultimes, mais enfin quand même, il y a eu des situations dramatiques et c'est pour ça qu'une fois encore, je rappelle et j'appelle vraiment tout le monde au calme et à l'apaisement : la classe politique, les élèves, les jeunes qui essaient de les récupérer. Il faut que tout le monde s'apaise. APOLLINE DE MALHERBEVous estimez que la réponse police a été proportionnée ? C'est ce qui leur avait été demandé, proportionné. Mais on sait que quatre enquêtes de l'IGPN ont été ouvertes, au moins quatre. ÉDOUARD GEFFRAYJe crois que vous dites vous-même les chiffres et d'ailleurs les termes. Laurent Nuñez a demandé une réponse policière qui soit évidemment et strictement proportionnée et qui tienne compte notamment de nos élèves pour les protéger. Ensuite, vous avez des gens qui s'infiltrent, qui sont ultra-violents, et c'est là que les choses deviennent évidemment plus compliquées. D'où l'importance pour les élèves d'être en cours ou d'être chez eux. Et puis il y a effectivement eu quatre enquêtes qui ont été ouvertes pour mettre à jour d'éventuels manquements de certains policiers aux obligations qui pèsent sur eux. source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2026
La source — vie_publique · nº 304828
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304828-edouard-geffray-02102026-bfm-tv-blocage-des-lycees?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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