Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à Sud Radio le 1er octobre 2026, sur la contestation lycéenne, le budget pour 2027, les APL et la crise du logement.
Vincent Jeanbrun (auteur), Jacques Cardoze (intervenant)
JACQUES CARDOZEBonjour Vincent Jeanbrun.
VINCENT JEANBRUNBonjour.
JACQUES CARDOZEOn va évidemment parler logements, sujet de préoccupation majeur pour les Français. Avant cela, vous êtes également le ministre de la Ville, vous avez vécu dans votre chair les émeutes urbaines en 2013, votre propre maison avait été attaquée, une voiture-bélier en feu. Quel sentiment avez-vous devant les images de destruction des lycées que l'on voit ces dernières heures ?
VINCENT JEANBRUNÇa glace le sang pour deux raisons, d'abord parce qu'on voit à nouveau cette jeunesse pleine de violence, pleine d'envie d'en découdre avec les symboles de la République, à la fois les forces de l'ordre et les établissements scolaires. Et puis ça glace le sang parce qu'on voit à nouveau ce petit jeu malsain de La France insoumise qui vient jouer avec le feu, alimenter les braises, souffler sur tout ça pour faire en sorte que l'incendie prenne. Je me souviens très bien - vous citez les émeutes de 2023 - quand monsieur Mélenchon faisait la liste sur Twitter de ce qu'on avait le droit de brûler ou pas de brûler, et tout ça pour inciter à ce mouvement de conflictualisation dans le pays. On assiste là au début de campagne de la LFI, qui sera une campagne violente, qui sera une campagne de déstabilisation de notre pays. On voit bien que c'est extrêmement dangereux et il faut le condamner avec beaucoup de fermeté.
JACQUES CARDOZELes facs pourraient suivre le mouvement de grogne. On voit ce matin qu'à priori 10 facs sont déjà bloquées. Est-ce que vous craignez cette évolution ?
VINCENT JEANBRUNEst-ce qu'on peut arrêter deux secondes de dire que les lycées sont en train de manifester, que les facs sont en train de suivre le mouvement ? Ce n'est pas vrai. Il y a une minorité de lycéens qui viennent saccager les entrées des lycées. Ça n'empêche pas qu'il puisse y avoir de vraies revendications lycéennes, pour qu'il y ait plus de profs, qu'il y ait plus de moyens. Ça, on l'entend. J'ai manifesté quand j'étais jeune. Simplement, moi je n'allais pas manifester avec une cagoule sur la tête, et je n'allais pas manifester avec des mortiers, je ne tirais pas sur les forces de l'ordre ou sur le personnel enseignant. Je pense que tous ensemble, il faut qu'on surveille notre langage. Ce n'est pas vrai que les lycéens de ce pays sont en train de mettre le pays à feu et à sang. Il y a une minorité instrumentalisée par La France Insoumise, qui est en train d'essayer de mettre le bazar dans ce pays, et de dégrader des choses qui sont pourtant des outils essentiels. Quand on vient brûler la grille d'un lycée qui a été parfaitement rénové… Valérie Pécresse l'a très bien dit, en Ile-de-France on a mis des millions pour rénover les lycées. Paul-Eluard, à Saint-Denis, venait d'avoir une rénovation à 45 millions d'Euros. Résultat, après cette pseudo-manifestation, tout est brûlé, tout est cramé, on ne peut pas rentrer dans l'établissement, et tout ça sous les applaudissements et les danses de joie des leaders de La France Insoumise, c'est inacceptable.
JACQUES CARDOZESi je comprends bien ce que vous êtes en train de nous dire, Vincent Jeanbrun, il y a une forme de noyautage du mouvement par un parti politique ?
VINCENT JEANBRUNEvidemment. D'ailleurs on l'entend y compris sur les antennes des différents médias, vous avez des éléments de langage appris par coeur par des responsables syndicats étudiants qui sont liés à La France Insoumise et qui le font. Moi je suis élu du Val-de-Marne, où on a la chance d'avoir des députés LFI bien impliqués, bien connus, monsieur Boyard pour ne pas le citer. Ça fait déjà plusieurs semaines qu'il est en train d'aller de lycée en lycée créer le mouvement. Et ce qu'on constate c'est que ça ne le dérange pas d'être avec son écharpe tricolore, alors que derrière lui il y a des gens cagoulés, on croirait des personnes qui s'apprêtent à braquer une banque, qui tirent au mortier sur des policiers et des citoyens. Quand on est élu de la République, on se doit d'être exemplaire.
JACQUES CARDOZEJustement, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, maintient ses propos sur la violence légitime tout en appelant au calme. Quelle est votre réaction ?
VINCENT JEANBRUNÇa s'appelle se moquer du monde. Quand on dit qu'il y a une violence légitime, qu'on vient danser avec des personnes qui viennent dégrader un établissement scolaire, qui comme je viens de le dire avait été parfaitement rénové, c'est une irresponsabilité majeure et c'est dangereux.
JACQUES CARDOZEEux disent que c'est de la faute de la police.
VINCENT JEANBRUNMais pardon, mais quand on vient cagoulés avec des mortiers et qu'on tire sur la police, on s'étonne que la police essaye de réagir pour remettre de l'ordre ? C'est scandaleux. Je soutiens non seulement l'initiative de Valérie Pécresse qui est d'avoir envoyé la facture des dégradations au maire de Saint-Denis, et puis je soutiens également l'action du préfet de Seine-Saint-Denis, qui a dit qu'il attaquerait le maire de Saint-Denis pour incitation à commettre des crimes.
JACQUES CARDOZEEst-ce que le Gouvernement pourrait envoyer d'une certaine façon - si vous considérez que La France insoumise est derrière tout cela - les factures à La France insoumise ?
VINCENT JEANBRUNCe qui est certain, c'est que dans ce pays, ce n'est pas aux gens honnêtes et responsables qui ne cassent rien, de tout le temps payer pour ceux qui viennent casser et qui sont, je le rappelle, une minorité. Et de fait, il y a cette logique. Et le texte qui est actuellement en train d'être travaillé de casseurs-payeurs, où on doit effectivement pouvoir dire : "Quand vous participez à une manifestation violente, et que vous vous y maintenez et que vous applaudissez, que vous encouragez ceux qui brûlent, ceux qui cassent, eh bien, on doit pouvoir, vous aussi, vous mettre à contribution. C'est de la justice."
JACQUES CARDOZEPour finir, sur ce thème, est-ce que la police doit lever le pied pour éviter que ça dégénère ?
VINCENT JEANBRUNQu'est-ce que ça veut dire "lever le pied" ? On condamnera toujours toute violence policière. Une violence policière, c'est quoi ? C'est quand la violence n'est pas légitime. En revanche, protéger un bien public, protéger des personnes innocentes… Parce qu'il y a 83 policiers qui sont blessés aujourd'hui, vous avez aussi des personnels enseignants, vous avez aussi ce qu'on appelait les CPE à mon époque, vous savez, le personnel qui encadre, qui ont essayé de s'interposer, qui ont essayé avec des extincteurs d'aller éteindre les incendies, ceux-là aussi ont été blessés. Donc, la police doit jouer son rôle avec le sérieux qui la caractérise et défendre les innocents et les biens publics.
JACQUES CARDOZEVincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement. Aujourd'hui, c'est le grand jour pour le budget. L'idée est que plusieurs catégories de la population soient mises à contribution, c'est ce qu'on comprend à travers les informations dont on dispose. Est-ce que vous confirmez, ce matin, le gel des APL pour 2027 ?
VINCENT JEANBRUND'abord, je vais vous dire que ce budget, c'est un budget de courage, mais un budget qui va éviter que dans quelques années, il y ait un budget beaucoup plus brutal. Parce que c'est parce qu'on fera des efforts aujourd'hui, en les choisissant, qu'on évitera demain d'avoir des budgets ultra brutaux où on n'aura plus aucun choix sur rien. Donc, l'Etat, on est parti du principe simple, c'est que c'est lui qui devait faire le plus gros effort. Et donc, l'Etat, lui, va réduire ses budgets. Il va montrer l'exemple. Et ensuite, chacun va être mis un petit peu à contribution avec cette idée qu'il y a deux, trois choses qui ne seront, par exemple, pas revalorisées. C'est le cas des APL. Vous l'avez dit, il est proposé qu'elles soient gelées. Les APL sont gelées et de fait pas revalorisées à partir du 1er octobre 2027. Donc, c'est une mesure qui est assez éloignée quand même. Mais, je veux le redire ici, il n'y aura aucune allocation qui sera diminuée.
JACQUES CARDOZEGel total ?
VINCENT JEANBRUNLes allocations ne seront pas diminuées. Elles seront évidemment maintenues. Mais simplement, elles ne seront pas revalorisées au niveau de l'inflation.
JACQUES CARDOZEPas revalorisées, ça veut dire gel total à partir du 1er octobre 2027.
VINCENT JEANBRUNC'est ce qui est la copie d'entrée du Gouvernement, effectivement. Vous le savez, on vient au devant des parlementaires pour discuter avec eux de cette réalité budgétaire avec quelques fondamentaux. Le premier, pas d'augmentation d'impôt. Le deuxième, il faut tenir le déficit parce que sinon, ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui seront en difficulté.
JACQUES CARDOZEOn va vous répondre monsieur le ministre qu'avec une inflation à 3%, c'est forcément du pouvoir d'achat en moins.
VINCENT JEANBRUNLes impôts aussi, ce serait du pouvoir d'achat en moins. Et en l'occurrence, c'est une des règles qu'on s'est fixée. Un déficit qui doit être maintenu parce que sinon, c'est notre avenir direct, le nôtre, ce de nos enfants et nos petits-enfants, qui serait mis à contribution. Et encore une fois, l'Etat montre l'exemple en faisant le plus d'efforts.
JACQUES CARDOZECombien ça doit rapporter ? Ça a été estimé ?
VINCENT JEANBRUNVous voulez dire à l'échelle des APL ? On est sur plusieurs centaines de millions d'Euros.
JACQUES CARDOZEPlusieurs centaines de millions d'Euros ?
VINCENT JEANBRUNEn année pleine, ce sera évidemment plusieurs centaines de millions d'Euros. Les APL, c'est un budget considérable, c'est 17 milliards. L'idée, c'est de dire que cette année, dans le contexte que nous connaissons, il n'y a pas cette revalorisation à partir du 1er octobre 2027.
JACQUES CARDOZECertains vous diront, est-ce que ce n'est pas dérisoire à l'échelle de l'Etat ? On se souvient, au début de la présidence Macron en 2017, des fameux 5 Euros qui avaient fait polémique. Est-ce que, finalement, ce n'est pas dérisoire ce gel-là de plusieurs centaines de millions au regard d'un budget lorsque l'on parle de 54 milliards d'économies ?
VINCENT JEANBRUND'abord, dans la situation dans laquelle on est, ce sont toutes les petites rivières qui vont faire les grands fleuves. Et pour que, justement, ce soit le plus indolore possible, il faut que ce soit des petites choses par-ci, par-là. Deuxièmement, vous aurez noté qu'à l'époque, vous avez cité les 5 Euros, c'était au moins 5 Euros. Il y avait une diminution des APL. Là, en l'occurrence, ce n'est pas du tout le propos. Il n'y a pas de diminution des allocations, elles ne sont simplement pas revalorisées au niveau de l'inflation. Par ailleurs, il y a quand même des bonnes nouvelles pour le monde du logement dans ce budget, avec notamment moins 500 millions, donc un demi-milliard de prélèvements sur les bailleurs sociaux pour que les bailleurs sociaux puissent produire du logement social et abordable et rénover le parc existant qui en a grand besoin. Il y a une autre bonne nouvelle pour le secteur privé, c'est la possibilité d'accéder à la propriété avec un prêt à taux zéro, celui qu'on connaissait jusqu'ici, qui est prolongé dans le temps. C'est une première bonne nouvelle. Et puis la création, l'invention d'un nouveau prêt à taux zéro, qu'on appelle le prêt à taux zéro parentalité, qui permettra à celles et ceux qui nous écoutent de pouvoir accéder à la propriété en étant soutenus par l'Etat dès l'instant où il y a un enfant à naître ou jusqu'aux trois ans de l'enfant. C'est une nouveauté qui coûte, elle aussi, plusieurs centaines de millions d'Euros et ça permet de relancer la machine du logement, c'est important.
JACQUES CARDOZEOn va revenir sur toutes les nouvelles annonces sur lesquelles vous travaillez actuellement. Mais d'abord sur les APL et notamment pour les étrangers, vous allez instaurer un délai de carence ?
VINCENT JEANBRUNLà, il y a une question de justice. Il faut que vos auditeurs comprennent que quand vous êtes Français expatriés, donc vous ne payez plus vos impôts en France. Vous revenez en France, il y a un délai de carence qui est de 12 mois pour pouvoir avoir droit à nouveau aux allocations.
JACQUES CARDOZEÇa s'adressera à qui exactement ?
VINCENT JEANBRUNÇa c'est pour les Français expatriés. Là, le propos est de dire qu'on va aligner les personnes étrangères qui arrivent sur le territoire national sur ce régime des Français expatriés qui reviennent en France. Je pense que c'est une justice. On ne va pas considérer qu'un Français qui revient en France serait moins bien traité que quelqu'un qui arrive pour la première fois. On l'aligne. C'est une économie, là aussi, c'est une petite rivière, mais qui participe à cet effort collectif.
JACQUES CARDOZECombien ?
VINCENT JEANBRUNLà aussi, on avoisine la centaine de millions d'Euros. Il faut le regarder comme quelque chose qui ensuite est sur la durée. Et c'est pour ça que c'est rentable sur la durée.
JACQUES CARDOZECertains y voient une façon de s'attirer le vote du RN ou en tous les cas la clémence du RN pour le vote final.
VINCENT JEANBRUNCe n'est pas du tout le sujet. Le sujet, c'est d'aller regarder dans le budget des choses qui pourraient être, j'allais dire, mises à jour. Et vous m'accorderez quand même que si un Français expatrié peut attendre 12 mois pour avoir droit à nouveau à ses allocations, puisque, de fait, il ne contribuait pas et ne payait pas ses impôts avant, une personne qui arrive pour la première fois sur le territoire national va pouvoir attendre aussi une douzaine de mois.
JACQUES CARDOZEOn précise qu'en parallèle du vote du budget, il y a une loi logement en préparation et au menu des discussions parlementaires. Gabriel Attal a estimé, lundi, que la politique du logement a été, je cite, un grand plantage économique du macronisme depuis 2017. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
VINCENT JEANBRUNJe réponds que dès que j'ai pris mes fonctions, j'ai souvent dit que je n'étais pas ministre du Logement, mais ministre de la Crise du logement.
JACQUES CARDOZEMais c'était vrai ce qu'il a dit ou pas ?
VINCENT JEANBRUNOn connaît dans ce pays la pire crise du logement depuis l'après-guerre. Donc la situation est gravissime. Et c'est pour ça d'ailleurs que je compte sur la mobilisation de toutes les formations politiques. Lorsque le texte arrivera à l'Assemblée nationale, parce que le logement n'est même plus un sujet de droite ou de gauche.
JACQUES CARDOZEQuand arrivera-t-il à l'Assemblée nationale ?
VINCENT JEANBRUND'ici la fin de l'année, j'espère au mois de novembre. C'est ce qui est aujourd'hui dans les tuyaux.
JACQUES CARDOZEOn parle de la date du 16 novembre, vous la confirmez ?
VINCENT JEANBRUNC'est ce qui est envisagé, je vous le confirme. Maintenant, on va voir. D'autant plus que vous savez qu'il faut qu'on soit très souples sur les dates, parce qu'on va commencer l'analyse du budget prochainement. Et l'année dernière, par exemple, la partie 1 du budget avait été rejetée, ce qui avait libéré du temps. Donc peut-être même que ce texte pourrait être examiné avant même le 16 novembre.
JACQUES CARDOZEDans tous les cas, en novembre. C'est ce que vous nous annoncez ce matin ?
VINCENT JEANBRUNL'idée c'est que ce soit le plus rapidement possible, au plus tard en novembre. Le Premier ministre a écrit au monde du logement que ce texte serait examiné à fond avant la fin de l'année. Donc on a besoin que les forces politiques se concentrent dessus, soient mobilisées dans l'hémicycle, parce que je crois que le logement, ce n'est plus un sujet de droite ou de gauche, c'est un sujet qui touche tous les Français, dans le monde du logement social, dans le monde du secteur privé. C'est ça qu'on veut relancer avec ce texte.
JACQUES CARDOZEL'un des points qui apparaît aujourd'hui assez choquant, c'est celui de retraités qui ont du mal à se loger. Une femme de 65 ans témoignait ces dernières heures en disant qu'on lui avait demandé une caution alors qu'elle avait une bonne pension. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de retraités qui ont du mal à se loger - je parle de location - dans le privé, alors qu'ils ont les moyens. Et on dit que c'est la faute des assurances qui ne couvrent pas les impayés. Est-ce que c'est un point sur lequel vous travaillez ?
VINCENT JEANBRUNLa vérité, c'est que vous citez les retraités, mais on pourra prendre toutes les catégories : des étudiants qui n'arrivent pas à se loger, des jeunes actifs qui n'arrivent pas à se loger. Et d'ailleurs, on a dans notre pays aujourd'hui du renoncement aux études, faute de logement, du renoncement au premier emploi, faute de logement. Vous avez les logements qu'on n'arrive pas à avoir, mais aussi les logements qu'on n'arrive plus à quitter. On parle souvent de violences faites aux femmes, par exemple. Vous avez des femmes qui restent dans un logement où elles ne sentent pas en sécurité, faute de pouvoir en trouver un autre. Donc la situation est extrêmement grave. Sur cette question du fait, au fond, que les propriétaires aujourd'hui, qu'on appelle propriétaires bailleurs, ceux qui mettent en location leurs biens, sont très inquiets, pendant longtemps, parce qu'ils avaient peur des squats. Aujourd'hui, les lois, d'abord avec Guillaume Kasbarian, et aujourd'hui avec la loi RIPOST qui vient d'être adoptée, on a à peu près protégé nos… enfin, pas à peu près d'ailleurs, on a protégé les bailleurs du squat. En revanche, il y a la question des impayés, et – pardon de le dire comme ça - de ce que parfois on peut appeler les professionnels de l'impayé. C'est une minorité, mais elle fait beaucoup de mal à tous les locataires, parce qu'on est sur des profils qui vont régulièrement ne pas payer leur loyer. Je distingue ça de ceux qui, à un moment donné, ont un coup dur et vont avoir du mal à payer. Résultat, problème de confiance du propriétaire, qui va demander des garanties sur des garanties sur des garanties.
JACQUES CARDOZEEt comment vous faites pour lutter contre cela ? Est-ce que vous allez proposer des choses ?
VINCENT JEANBRUNOn travaille actuellement - et j'ai missionné un rapport là-dessus - sur ce qu'on appelle la relation locataire-propriétaire, pour se garantir et se sécuriser, à la fois pour protéger le locataire des marchands de sommeil et des propriétaires véreux. Là aussi, on a une toute petite minorité, mais elle fait du mal à tout le monde. Et puis de l'autre côté, les professionnels de l'impayé. Il y aura, j'espère, des solutions fortes dans ce rapport, de façon à ce qu'on puisse améliorer les choses dans ce pays.
JACQUES CARDOZEEt qui pourrait figurer dans le projet de loi ?
VINCENT JEANBRUNCette partie-là, pas forcément, parce que le calendrier n'est pas le même. En revanche, il y a beaucoup de choses qui pourraient être faites de façon réglementaire, donc pas forcément avoir besoin d'une loi.
JACQUES CARDOZEEn tous les cas, il y a également la question de la construction. Votre priorité dans ce plan de relance, c'est de relancer la construction plus vite. Comment ?
VINCENT JEANBRUNEn fait, je parle souvent des Jeux Olympiques du logement. L'idée, c'est que dans ce pays, les normes, les procédures, ont tellement complexifié les choses, qu'il faut parfois jusqu'à 8 ans pour faire sortir un projet de terre, quand la construction physique, elle, est de 2 ans, 2 ans et demi maximum. Tout le reste, c'est quoi ? C'est de la paperasse, c'est l'administratif, c'est des procédures trop longues, la bureaucratie, comme on sait la faire. Tout ça, il faut l'écraser. Et pour le coup, on a su le faire pour les Jeux Olympiques où on a construit de la qualité, de la sécurité, des choses accessibles.
JACQUES CARDOZEEn période normale, on ne savait pas le faire ?
VINCENT JEANBRUNEn période normale, jusqu'ici, on ne savait pas le faire. Dans le projet de loi, on a des articles qui vont permettre de s'inspirer des Jeux Olympiques. J'ai appelé ça "Opération d'intérêt local". Le maire et le préfet décident d'une zone où on peut construire beaucoup plus vite, et on va pouvoir le faire.
JACQUES CARDOZECombien vous vous fixez l'objectif ? Combien d'objectifs de logements construits chaque année ?
VINCENT JEANBRUNLe Premier ministre a fixé un cap à 2 millions de logements supplémentaires d'ici 2030. Qu'on se comprenne, ça signifie de la construction neuve et de la réhabilitation à neuf, parce qu'il y a aussi du patrimoine abîmé, qui n'est plus exploitable aujourd'hui, qu'il faut aller rénover en faisant les deux, en faisant du logement privé et du logement social, on doit pouvoir atteindre cet objectif.
JACQUES CARDOZEEst-ce que cet objectif sera atteint réellement ?
VINCENT JEANBRUNSi on a un texte de loi qui permet d'accélérer les choses, comme on vient de se le dire, de ramener l'investissement, et notamment l'épargne des Français, vers le logement, qu'on fait confiance au maire, et qu'on en profite pour avoir de vrais outils de réhabilitation et de rénovation du logement, alors oui, on peut y arriver.
JACQUES CARDOZEEn tous les cas, c'est la promesse. Christian Jeanbrun, ministre du Logement et de la Ville.
VINCENT JEANBRUNNon, Vincent Jeanbrun, presque.
JACQUES CARDOZEPardon ?
VINCENT JEANBRUNVincent Jeanbrun.
JACQUES CARDOZEVincent Jeanbrun, pardon. Décidément, j'écorne votre nom, pardon. Ministre du Logement et de la Ville, vous êtes notre invité ce matin. Dans la deuxième partie, un auditeur vous interpellera sur la reconstruction suite aux incendies en Gironde, et puis il y aura l'actualité des réseaux sociaux, qui nous emmènera vers la polémique Bardella-Mediapart, et j'y ajouterai que le Président a également donné votre avis. Et puis il y aura vos trois minutes pour convaincre, et notamment votre souhait par rapport à la santé environnementale dans le logement. A tout de suite.
(…)
JACQUES CARDOZEVincent Jeanbrun, ministre du Logement et de la Ville, est notre invité ce matin dans le grand entretien sur Sud Radio. Dans vos 3 minutes pour convaincre, vous avez souhaité, monsieur le ministre, venir sur la santé environnementale du logement. Vous vous demandez comment adapter les bâtiments à cela.
VINCENT JEANBRUNOui, c'est un vrai sujet, la santé environnementale. C'est au fond tout ce dans quoi on baigne. Quand on parle de santé environnementale, c'est l'alimentation, c'est l'air qu'on respire, c'est le bruit autour de nous par exemple. J'ai créé, avec quelques amis, un think tank sur la santé environnementale dans les logements et en ville. Maintenant que je suis ministre du Logement, je vois à quel point tout ça est nécessaire. Je me souviens, quand j'étais député, d'avoir reçu en permanence une jeune fille qui, suite à une infiltration d'eau dans le mur de son logement, une bactérie s'était développée et elle en a perdu les deux poumons. Elle a subi une greffe totale des poumons. C'est quelque chose qu'il faut qu'on mesure collectivement.
JACQUES CARDOZEEst-ce que le plan de relance logement contiendra des points spécifiques par rapport à cela ?
VINCENT JEANBRUNSur la santé environnementale en tant que telle, pas forcément parce que c'est du réglementaire et c'est quelque chose que je veux travailler avec des associations. J'ai eu la chance, cette semaine, de lancer un institut porté par des entreprises responsables autour de la Maison Saine. Et puis en revanche, quand on parle de santé, maintenant il faut aussi prendre en compte la canicule. Effectivement, là, dans le plan relance logement, il y a tout un volet qui va permettre d'améliorer le fait de protéger, pour dire les choses simplement, les logements de la chaleur l'été, notamment...
JACQUES CARDOZECes fameuses passoires et les fameuses bouilloires thermiques.
VINCENT JEANBRUNExactement. En fait, maintenant, il faut qu'on pense le logement non plus comme simplement une boîte dans laquelle on vit ou on dort, mais bien un élément qui participe de notre santé.
JACQUES CARDOZEQuelle décision ? Qu'est-ce qu'il y aurait comme dispositions par rapport à cela ? Une idée ?
VINCENT JEANBRUNDéjà, pouvoir installer des volets partout sans que la réglementation ne vous en empêche. Parce que c'est bien beau de dire aux propriétaires : "Ce serait bien de mettre des volets", sauf que si vous avez l'Etat qui de l'autre côté via, par exemple, les Architectes des bâtiments de France qui dit "Non, ce n'est pas possible", là on a un problème. Donc il faut que tout le monde... A la fois on préserve le patrimoine, c'est évident, mais qu'on le fasse intelligemment pour préserver la santé des gens. Le logement, c'est la santé des gens.
JACQUES CARDOZEMonsieur le ministre, on passe à la question d'un auditeur.
BEATRICE, AUDITRICEBonjour monsieur le ministre. Je suis Béatrice sur la commune du Porge. Je voulais savoir quel délai vous vous donniez pour reconstruire notre commune, sachant que des habitants ont toujours des problèmes sur les permis de construire, ils n'arrivent pas à avoir leur autorisation. Donc voilà, je veux juste savoir quel délai vous mettiez pour la reconstruction de notre commune ?
VINCENT JEANBRUNMerci pour cette question. Moi, j'ai eu l'occasion de le dire, je veux qu'on puisse reconstruire la Gironde plus vite que Notre-Dame. On a, dans le projet de loi relance logement, introduit un article qui va permettre d'avoir des procédures accélérées et dérogatoires pour pouvoir reconstruire toutes les zones victimes de ces incendies terribles. En plus, c'est quelque chose qui restera dans le droit après. C'est-à-dire une fois que ce sera installé, le Premier ministre pourra, sur simple décret, dire : "Suite à telle catastrophe, je déclenche ce statut dérogatoire".
JACQUES CARDOZEMalheureusement, ça, ce sera pour après, j'ai envie de dire. Mais pour ceux qui, aujourd'hui...
VINCENT JEANBRUNEt là, pour ceux qui sont là, on se l'est dit tout à l'heure, d'ici - on l'espère, fin novembre - le texte de loi sera voté, ce qui permettra de déclencher des outils dérogatoires pour que, petit un, on gagne du temps : 5 à 24 mois pour tout ce qui est délais de recours, etc. et puis des normes de construction accélérées. En gros, l'idée c'est de permettre, à gabarit identique, de reconstruire peu importe ce que dit le nouveau PLU et de le faire avec des délais raccourcis sur les délais de recours. On a même des recours qui ne pourront pas être faits contre ces projets, ce qui va vraiment faire gagner du temps…
JACQUES CARDOZELes indemnisations n'arrivent toujours pas aux habitants qui se plaignent de cette lenteur pour le moment. Est-ce qu'on ne peut pas les accélérer ?
VINCENT JEANBRUNLà, on parle du volet assurantiel. On est en train, avec les services de l'Etat locaux, de faire le point : quelles sont les assurances qui jouent le jeu, quelles sont les assurances qui jouent moins le jeu. Le Premier ministre l'avait dit quand il s'était déplacé à Bordeaux : on dira ceux qui sont exemplaires et qui font le boulot, et on dira aussi ceux qui ne font pas le boulot. A un moment donné, il faut que la vérité soit dite.
JACQUES CARDOZEOn passe à l'actualité des réseaux sociaux avec vous, Félix Mathieu. Emmanuel Macron a réagi hier aux propos antisémites prêtés à Jordan Bardella par Mediapart.
FELIX MATHIEUOui, réaction du Président Macron lors de sa conférence de presse depuis Madrid, après sa rencontre avec le Premier ministre espagnol. Le chef de l'Etat était interrogé sur ces propos violents et antisémites tenus, selon Mediapart, par Jordan Bardella lorsqu'il était jeune militant du FN.
EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISELa lutte contre l'antisémitisme est une des priorités de la République parce qu'elle est existentielle à la République elle-même. Jamais nous n'accepterons de propos antisémites. Les propos qui ont été rapportés sont évidemment gravissimes et inacceptables. Ils ne souffrent pas quelque commentaire que ce soit, ils appellent à la condamnation la plus extrême. Ça n'est pas la République. Et la deuxième chose, ils impliquent que les responsables clarifient la ligne, les mots et les gens qui, dans leur partie, peuvent prononcer de telles choses.
FELIX MATHIEUAlors cette réaction présidentielle a provoqué la colère de Jordan Bardella. Lui conteste avoir tenu ces propos antisémites qui lui sont attribués par Mediapart. En réponse à cette réaction du Président Macron, le président du RN a commenté, je le cite : "Après le 7 octobre 2023, j'ai marché dans les rues de Paris, je me suis rendu en Israël, pas lui ! ». Vincent Jeanbrun, est-ce que vous avez un doute, vous, sur la véracité de ces propos attribués à Jordan Bardella par Mediapart ? Et est-ce que le chef de l'Etat a eu raison de réagir à ce stade ?
VINCENT JEANBRUNDans les propos du chef de l'Etat, il y a une condamnation de l'antisémitisme et du racisme. Là-dessus, défendre la République, c'est évidemment condamner toutes les formes d'antisémitisme et de racisme. D'ailleurs, au passage, il faut les condamner d'où qu'elles viennent. J'espère que Mediapart mettra la même énergie à aller débusquer les propos antisémites et les propos racistes à La France insoumise qui, en ce moment, joue là aussi beaucoup avec le feu. Maintenant, monsieur Bardella aura à dire si ces propos sont vrais ou pas. S'ils sont vrais, ils sont évidemment absolument condamnables et ça le discrédite et ça le disqualifie, c'est une évidence.
JACQUES CARDOZEEt si ces propos sont vrais, est-ce que la carrière de Jordan Bardella est terminée ?
VINCENT JEANBRUNIl tombera sous le coup de la loi puisque l'antisémitisme et le racisme sont condamnables. Donc c'est à la justice derrière de s'en saisir et de voir s'il faut le rendre… enfin le condamner, peu importe, éligible ou pas éligible, ce n'est même pas le sujet. On est d'accord en République pour condamner...
JACQUES CARDOZEMais il sera disqualifié, il sera hors du champ du jeu politique selon vous ?
VINCENT JEANBRUNEvidemment.
JACQUES CARDOZEVincent Jeanbrun, Bruno Retailleau a estimé, ce matin, que la question se pose de l'interdiction de La France insoumise. On en parlait au début de cet entretien et vous disiez vous-même que La France insoumise jouait un jeu dangereux. Est-ce que vous êtes d'accord avec les propos de Bruno Retailleau ?
VINCENT JEANBRUNEn fait, c'est très simple. Aujourd'hui, vous avez une formation politique qui assume, et le dit régulièrement, de vouloir tout bordéliser dans une philosophie trotskiste pour mettre le chaos dans le pays. Donc effectivement, il faut qu'on les combatte par tous les moyens possibles et notamment condamner.
JACQUES CARDOZEMais est-ce que la question d'interdiction se pose ?
VINCENT JEANBRUNJe ne suis pas juge, je ne suis pas juriste, mais en fait on en vient à se poser cette question-là parce que vous avez une formation politique qui défile écharpe tricolore à la poitrine avec des violents, avec des gens cagoulés qui tirent au mortier sur des policiers. A un moment donné, ça interpelle.
JACQUES CARDOZEÇa interpelle. La question se pose pour Bruno Retailleau. Et pour vous ?
VINCENT JEANBRUNMais le sujet, encore une fois, c'est moins de les interdire que de les combattre, c'est de faire en sorte que leur idéologie recule et que chaque fois qu'ils se retrouvent à participer à un événement violent, ils puissent être, eux aussi, tenus responsables et condamnés.
source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2026
La source —
vie_publique · nº 304831
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