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30 septembre 2026 · Gouvernement · RTL · discours Discours

Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 30 septembre 2026, sur les violences et les dégâts matériels engendrés par les blocages dans les lycées et les heures de cours non assurées sur une année.

Édouard Geffray (auteur), Céline Landreau (intervenant)

ÉDOUARD GEFFRAYBonjour. CÉLINE LANDREAUL'Union syndicale lycéenne appelle à poursuivre la mobilisation aujourd'hui encore. Est-ce que vous êtes inquiets ce matin ? ÉDOUARD GEFFRAYMoi, ce qui m'inquiète, ce n'est pas, une fois encore, qu'il y ait des mobilisations ou que des lycéens puissent avoir des revendications, pour une simple raison d'ailleurs : c'est qu'il y a des cadres pour ça, c'est-à-dire qu'il y a des instances de dialogue social dans tous les lycées, qu'on appelle des conseils de vie lycéenne, où les lycéens peuvent discuter avec les adultes de l'établissement, chef d'établissement, etc., pour répondre éventuellement à leur demande. Ce qui est inquiétant… CÉLINE LANDREAUVisiblement, les discussions sont compliquées parce qu'elles ne se font pas dans ces cadres-là. ÉDOUARD GEFFRAYPrécisément parce qu'il y a des personnes qui entretiennent l'idée qu'il ne faut pas respecter la démocratie, mais qu'il faut avoir recours à des actions violentes. Le droit de manifester, c'est une liberté fondamentale. Les instances démocratiques doivent être respectées. La violence, c'est non. Et donc, pour répondre aux autres questions, ce qui m'inquiète, par contre, c'est la violence. Depuis le début de la mobilisation, nous en sommes à 76 personnes qui ont été blessées dans des établissements, soit des élèves, soit des personnels. 18 personnels ont été blessés. Hier, on a vu des scènes invraisemblables, un jeune qui a perdu l'usage d'une partie de la main parce qu'il a tiré un mortier, évidemment, qu'il ne savait pas s'en servir, un élève. On a des proviseurs qui ont été agressés avec des tirs tendus de mortier. On a des professeurs qui ont été frappés et, pour certains, pourchassés par des voyous. Donc on est quand même loin, dans ces cas-là, d'une mobilisation sereine. Et puis, évidemment, les endroits où les choses se sont très bien passées et où des lycéens ont fait part de leurs demandes ou de leurs revendications, dans ce cas-là, évidemment, il faut que d'abord ils soient écoutés, entendus. Et puis le dialogue, évidemment, a lieu. CÉLINE LANDREAUVotre collègue au Gouvernement, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a prévenu que les forces de l'ordre seraient à nouveau envoyées aujourd'hui dans les lycées bloqués. Il y avait encore 45 blocages totaux hier soir. Le but, c'est qu'il n'y en ait plus aucun ce soir. ÉDOUARD GEFFRAYLe but surtout, c'est de permettre aux élèves d'aller en cours. Parce que quand, il faut voir ce qu'on appelle un blocage total, un blocage total, c'est parfois quelques dizaines d'élèves qui empêchent tous les autres d'aller en cours. Et la priorité dans un pays comme le nôtre, c'est, dans un pays démocratique, c'est de permettre aux élèves d'aller en cours. On n'a pas besoin de protéger les élèves de l'école, on a besoin de les protéger des violences qui ont lieu à l'extérieur. Donc, il faut pouvoir leur permettre de rentrer, de se mettre à l'abri d'abord, et d'ailleurs à l'extérieur. Et puis, évidemment, de pouvoir aller en cours et puis éventuellement, dans ce cadre-là, une fois encore, de discuter avec leur professeur. CÉLINE LANDREAULe président de l'Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, qui appelle à la mobilisation, sera face à Marc-Olivier Fogiel dans ce studio dans quelques minutes. Qu'est-ce que vous voulez lui dire ce matin ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors moi, je n'ai pas encore eu l'occasion de rencontrer Monsieur Rani et donc on verra. CÉLINE LANDREAUVous allez pouvoir le croiser à la sortie de ce studio, il est dans les locaux. ÉDOUARD GEFFRAYJe ne sais pas dire à quel titre il s'exprimera, puisque je crois qu'il est également candidat à La France insoumise aux dernières élections municipales, sur une liste, donc. CÉLINE LANDREAUMais ça, c'est un problème ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, pas du tout, mais c'est juste qu'on voit bien qu'une forme de superposition entre des considérations politiques, dans certains cas, et puis des considérations lycéennes qui, une fois encore, sont entendues et légitimes. Et moi, ce que je crois surtout, c'est que le président du syndicat de l'Union syndicale lycéenne, par définition, sait qu'il y a des instances démocratiques. Et compte tenu de la diversité des revendications, on voit bien qu'en réalité, ce sont des choses qui ont vocation à être traitées au niveau local. Quand vous regardez la diversité des revendications, il y a des élèves qui, à juste titre, disent : "On a besoin que nos professeurs soient remplacés quand ils sont absents", et on y travaille. J'ai fait ça un peu plus tard la semaine, de dire que sur le site de Créteil, il y a des lycéens qui vous disent qu'il y a des problèmes de locaux, de cantine, etc. Et donc on y travaille avec les collectivités territoriales, évidemment, ce sont les régions qui sont responsables du bâti des lycées. Tout cela se traite dans un cadre organisé qu'on appelle les conseils d'administration d'établissement, qui permettent de répondre à leurs demandes. CÉLINE LANDREAUDonc, vous êtes en train, en creux, de dénoncer une instrumentalisation politique ? ÉDOUARD GEFFRAYUne récupération. En tout cas, ça, je crois que c'est quand même assez manifeste, si j'en crois le nombre. CÉLINE LANDREAUEt vous accusez La France insoumise d'attiser ces tensions aujourd'hui ? ÉDOUARD GEFFRAYVous avez des élus de La France insoumise qui font le tour des lycées concernés, et vous avez hier un élu, en l'occurrence le maire de Saint-Denis, qui a expliqué que la violence était légitime, pouvait être légitime, mais que bien sûr, on cherchait à l'éviter. Parce que, comme toujours, vous avez toujours le côté : on pousse le bouchon et puis après ça on dit "Mais ce n'est pas moi". Bon. CÉLINE LANDREAUBruno Retailleau l'a qualifié de factieux, le maire de Saint-Denis, vous reprendriez ces propos ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, moi, je ne qualifie pas les gens parce que ce n'est pas dans ma nature de qualifier les autres. J'observe simplement que dire que la violence est légitime, un crime ou un délit, ce n'est jamais légitime. Par définition, en démocratie, on est dans un État de droit. Donc la violence, elle n'est pas légitime. Ce qui est légitime, ce sont les revendications, d'un certain nombre de revendications quand elles portent, en l'occurrence, sur la vie scolaire, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de revendications au passage. Mais lorsque les revendications portent sur le fonctionnement, l'institution scolaire, elles sont légitimes. Elles doivent être entendues, écoutées. Moi, je vois des lycéens chaque semaine depuis mon arrivée. Elle veut être entendue, écoutée, elle doit être travaillée avec eux. Ça, c'est légitime. Et une fois encore, ça se résout dans un cadre organisé. CÉLINE LANDREAUCes violences, elles ont provoqué des dégâts matériels, notamment Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, a chiffré à Saint-Denis, dans l'établissement dont vous parliez, le lycée Paul-Éluard, à plus de 100 000 euros. Elle a la facture. Elle assure qu'elle va l'envoyer au maire de la ville, justement parce qu'il a considéré que cette violence était légitime. Elle a raison, c'est à la ville de payer les dégâts. Quand un maire tient de tels propos. ÉDOUARD GEFFRAYMais j'allais dire ça, pour le coup, c'est quelque chose qui regarde à la fois la région et la ville. Et puis on verra bien. Mais en tout cas, juste parce qu'il faut quand même prendre un peu de recul, où est l'intérêt général ? Quand on est élu de la République ou quand on a des responsabilités politiques ou syndicales ou autres, la seule question qui doit nous obséder tous les jours, c'est : où est l'intérêt général ? Est-ce que l'intérêt général aujourd'hui, c'est de défoncer des grilles d'établissements qui sont censés protéger nos élèves contre d'éventuelles intrusions extérieures ? Est-ce que l'intérêt général, c'est les 40 jeunes cagoulés qui sont entrés dans un établissement de Lyon et qui ont détruit toutes les fenêtres d'un établissement, ce qui fait qu'on ne pourra pas scolariser les élèves dans des conditions de sécurité normales et de confort minimales en termes de circulation de l'air ? CÉLINE LANDREAUParlons des dégâts matériels. Le chiffrage, c'est 100 000 euros rien que pour cet établissement de Saint-Denis, près d'un million en Île-de-France. Est-ce que vous avez déjà une vision nationale, du coup de ces revendications ? ÉDOUARD GEFFRAYOn n'a pas de vision nationale, d'autant plus que ce sont les régions qui sont propriétaires, une fois encore, des locaux des lycées, qu'ils entretiennent. Donc on n'a pas de vision nationale. Mais il n'y a pas que le matériel, encore une fois, je reviens là-dessus, il y a l'humain. Moi, j'ai 18 personnels qui ont été blessés et un certain nombre d'entre eux, en cherchant à mettre à l'abri les élèves par rapport aux tirs de mortier venus de l'extérieur. On a 55 élèves qui ont été blessés, une fois encore, et pas plus tard qu'hier, moi, j'ai un jeune de 15 ou 16 ans qui a perdu définitivement la main parce qu'il a tiré un mortier qui lui avait été passé par des voyous. Il faut arrêter. Honnêtement, il faut arrêter. CÉLINE LANDREAUVous parliez des revendications, parfois légitimes, des lycéens sur les heures de cours non remplacées. Un rapport d'information sur les heures d'enseignement perdues dans l'Éducation nationale était examiné hier en commission des finances à l'Assemblée. Il est réalisé par le député RN Anthony Boulogne. Il pointe le non-remplacement de 20 millions d'heures de cours dans les collèges et lycées sur l'année scolaire 2024-2025. Ces chiffres, d'abord, est-ce que vous les contestez ? Et si ce n'est pas le cas, comment vous comptez améliorer ça ? Ce n'est pas acceptable en l'état. ÉDOUARD GEFFRAYAlors, on a une très grande difficulté qui est qu'effectivement, aujourd'hui, on a presque 10 % des heures de cours, tout compris dans l'année, qui ne sont pas assurées pour une raison ou pour une autre, incluent les examens du baccalauréat et du brevet. CÉLINE LANDREAUOui, c'est un peu plus de 7 % si vous enlevez les examens. ÉDOUARD GEFFRAYNon, mais attendez, ce n'est pas pour relativiser, mais c'est pour savoir ce qu'on traite. On a 7 % des heures qui, aujourd'hui, ne sont pas remplacées. Évidemment, comme d'ailleurs mes prédécesseurs, je m'y suis attelé. On a quelques évolutions assez importantes. C'est que vous voyez, par exemple, à la rentrée, là, on a investi dans le second degré, donc pour les collèges et les lycées, à baisser de 57 % le nombre de postes qui étaient vacants à la rentrée. CÉLINE LANDREAUIl y a des annonces qu'on voit sur votre site, un millier d'annonces de postes à pourvoir, mais comment vous faites pour trouver les candidates par rapport à cette heure de cours pour un prof d'espagnol. ÉDOUARD GEFFRAYExactement ! Et vous avez tout dit. La très grande difficulté, c'est qu'on peut être parfois sur des questions très dispersées, sur des groupes d'heures très dispersées, 3 h ici, 4 h, etc. CÉLINE LANDREAUDonc, c'est insoluble, c'est ça que vous dites ? ÉDOUARD GEFFRAYJe ne dis pas que c'est insoluble, je dis que c'est beaucoup plus compliqué que ne le laisse penser un tableur Excel. L'école, ce n'est pas un tableur Excel, c'est 60 000 implantations en France et un Français sur cinq, c'est un Français sur cinq qui est dans les murs de l'école tous les jours. Et donc on a évidemment une difficulté, un Français sur cinq. Et là aussi, on y travaille, on s'y attelle, on fait plus que s'y atteler. Je dis qu'on travaille tous les jours. Mais je confirme qu'en tout cas, ces chiffres ne sont pas acceptables et qu'il faut évidemment tout faire pour les réduire. Après, le 0 %, enfin le 100 % de remplacement, c'est quelque chose qui est statistiquement quasiment impossible, il ne faut pas se mentir non plus. On peut réduire, mais pas autant qu'on voudrait. source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2026
La source — vie_publique · nº 304804
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