Interview de M. Serge Papin, ministre des PME, du commerce, de l'artisanat, du tourisme et du pouvoir d'achat, à LCI le 30 septembre 2026, sur la baisse du pouvoir d'achat, la taxation sur les produits sucrés, les prix des carburants, l'électrification e
Serge Papin (auteur), Amélie Carrouër (intervenant)
SERGE PAPINBonjour Amélie Carrouër.
AMELIE CARROUËRMerci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin. Qu'allez-vous faire ? Qu'allez-vous faire, vous, ministre du Pouvoir d'achat ? Qu'allez-vous faire ? Les familles françaises ont perdu 1 200 euros en moyenne depuis 2024. Révélations du Monde ce matin. La France traverse une crise de pouvoir d'achat historique. Depuis 2019, les salaires réels sont en baisse. C'est extrêmement rare et le pouvoir d'achat baisse deux années de suite, ce qui n'est pas arrivé depuis 1960. Qu'allez-vous faire ?
SERGE PAPINJ'ai vu l'article du Monde qui est effectivement bien documenté. Qu'est-ce qu'il dit, cet article, au fond ? C'est qu'on fait face à une crise, une crise géopolitique sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ça, ça a des conséquences. Bien sûr, ça a des conséquences sur l'attentisme des entreprises, ça a des conséquences sur l'incertitude des entreprises, donc sur l'investissement, sur l'emploi, sur la rémunération, bien sûr. Et puis on vit une instabilité politique. Alors, face à ça, qu'est-ce que fait le Gouvernement ? Qu'est-ce que fait l'Etat ? Il joue un rôle d'amortisseur quand même. Parce que, en fait, le problème principal pour l'instant, c'est les carburants. Donc il y a des aides qui sont faites au niveau des carburants pour faciliter ceux qui travaillent. On va y revenir. Il y a aussi des primes d'activité sur les bas salaires. D'accord, parce que c'est une moyenne dont on parle, on est d'accord ? Non, mais attendez.
AMELIE CARROUËRC'est la classe moyenne qui a le plus souffert, celle qui gagne autour du salaire médian, 2 200 euros net par mois.
SERGE PAPINVoilà. Alors, vous parlez, on parle du salaire médian. Moi, je parle, par exemple, du SMIC. Le SMIC, il a augmenté depuis le début de l'année de 3 à 4%. Donc voilà, ces salaires-là sont préservés. Ce pouvoir d'achat-là, il est préservé. Il y a la prime d'activité aussi qui a été portée jusqu'à…
AMELIE CARROUËRCa pourrait être gelé ?
SERGE PAPINCe qui pourrait être désindexé, ce n'est pas la même chose. Mais là, vous parlez du PLF 2027, là on parle de l'article dont vous parlez, c'est tout de suite et maintenant. Et donc la prime d'activité a été une compensation. Il y a les chèques énergie qui sont aussi une compensation. Donc, l'État, en fait, qu'est-ce qu'il fait, l'Etat ?
AMELIE CARROUËRMais quel est…
SERGE PAPINNon mais attendez, est-ce que… Non mais qu'est-ce qu'on fait ? Là, déjà, l'Etat, dans cette crise géopolitique, dans cette instabilité politique, il y joue un rôle d'amortisseur. Et ça, c'est quand même quelque chose. Et avec des comptes publics qui sont quand même dégradés.
AMELIE CARROUËRVous me le permettez, vous le savez très bien, monsieur le ministre. Il y a des gens qui sont en crise, qui sont en colère, qui sont certains, on va y revenir...
SERGE PAPINBien sûr, je ne mesure pas tout ça.
AMELIE CARROUËRC'est juste pour comprendre la question, il y a ceux qui sont descendus dans la rue, même des pompiers, nos héros encore de cet été, et qui disent : "Ce n'est pas suffisant, il nous faut plus, donnez-nous plus et vous verrez." Les questions des Français. Honnêtement, celles qui vous sont adressées ce matin, elles sont poignantes, elles donnent la chair de poule. Et donc ils nous disent : "Qu'allez-vous faire de plus ?" Je vous relaie cette question.
SERGE PAPINJe sais, vous savez, c'est un gros enjeu, le pouvoir d'achat, c'est l'enjeu des présidentielles. Il faut absolument que les salaires augmentent dans ce pays. Ça, c'est tout l'enjeu. Pour que les salaires augmentent, il faut que les entreprises dégagent des marges de manoeuvre. Donc c'est tout l'enjeu. Il faudrait que les salaires nets augmentent. Ils sont trop…
AMELIE CARROUËREt ça, on va le faire comment, alors ?
SERGE PAPINEh ben justement, c'est la question de la présidentielle.
AMELIE CARROUËRQuelle est votre position à vous, ministre du Pouvoir d'achat ?
SERGE PAPINEh bien, je pense qu'il faut qu'il y ait… Il y a trop… Enfin, l'écart entre le salaire brut et le salaire net est trop important, aujourd'hui, c'est à peu près 51%. Donc, il faut qu'on revoie, bien sûr, le financement, il faut qu'on revoie le financement des retraites, le financement en ce moment aussi de la santé, qui est porté par les charges sociales aujourd'hui. C'est un modèle qui est rendu au bout. Et donc c'est le débat.
AMELIE CARROUËRL'augmentation de la TVA sociale, monsieur le ministre.
SERGE PAPINAlors, c'est une option, l'augmentation, c'est proposé par des candidats à la présidentielle. Effectivement, s'il y avait une augmentation de la TVA à 20%, il y a plein de candidats à la présidentielle qui le proposent. Dire qu'on augmente la TVA à 20% de manière à alléger les charges sociales, pourquoi pas. C'est une option. Mais en tous les cas, c'est la seule façon de s'en sortir au niveau du pouvoir d'achat, c'est d'augmenter les salaires. Et puis deuxième option, moi, je milite aussi pour qu'il y ait un partage de la valeur.
AMELIE CARROUËREt donc...
SERGE PAPINAlors participation, intéressement, que les fruits de la croissance bénéficient aux salariés aussi. Je milite aussi pour que l'épargne salariale se développe. Donc c'est aussi une option. Mais pour ça, il faut que les entreprises fassent des résultats, qu'elles puissent créer de la valeur. Donc, vous voyez, c'est tout un enjeu aussi de stabilité économique et de stabilité politique.
AMELIE CARROUËRIl faut qu'on voie, parce que beaucoup de choses vont se décider à l'aune de la présidentielle.
SERGE PAPINBien sûr.
AMELIE CARROUËRLa question des retraites sera tranché en 2027, la TVA sociale, ce sera 2027. Ça nous renvoie quand même à dans quelques mois. Je voudrais savoir, juste pour mesurer la situation pour les Français. En attendant, la crise du pouvoir d'achat va s'aggraver et dans quelle mesure et à quelle vitesse ? Quels sont les chiffres dont vous disposez ? A quoi faut-il, pour les Français, que l'on regarde se préparer, leurs prix de l'alimentation par exemple, les prêts ?
SERGE PAPINAlors l'inflation, selon l'INSEE, en France, ça va être aux alentours de… C'est ce que les chiffres de l'INSEE, 2,1, peut-être un peu plus. Mais voilà, l'inflation alimentaire, il en a été question dans votre émission juste avant. On est, pour l'instant, sur une inflation qui est de l'ordre de 1%. Donc il n'y a pas eu de dérapage des prix de l'alimentation. Je parle en moyenne. On ne va pas dire qu'ici ou là il n'y a pas eu des prix, comme je pense le prix de la tomate a augmenté, mais on peut dire que le prix d'autres produits ont baissé. En moyenne, c'est 1%.
AMELIE CARROUËRLa projection, c'est quoi ? A quoi faut-il se préparer ? C'est ça la question.
SERGE PAPINÇa va dépendre, bien sûr, de la crise, la continuité ou pas de la crise géopolitique ? Pour ce qui concerne la partie alimentation, il y a des négociations qui vont s'ouvrir, là, à partir du 1er novembre. Donc il va y avoir évidemment
AMELIE CARROUËRVous demandez aux distributeurs d'en faire un peu plus, Serge Papin ? Parce que vous avez été patron de Système U. Est-ce que vous avez demandé aux distributeurs…
SERGE PAPINMoi, je suis ministre du Pouvoir d'achat, ministre du Commerce et ministre des PME. Donc, vous voyez, j'ai les casquettes qui sont… Je dois tenir compte un petit peu de tout. Donc, je sais que la production agricole a besoin aussi d'être accompagnée. Je sais que l'industrie agroalimentaire a besoin d'être accompagnée. Et en même temps qu'au niveau du pouvoir d'achat, il ne faut pas faire n'importe quoi. Donc, il y a une négociation qui va démarrer, et moi, je veillerai en particulier à ce que les PME françaises soient bien considérées dans ces négociations.
AMELIE CARROUËRJe dois le dire, je suis très ambitieuse pour vous ce matin. J'ai quand même beaucoup de questions, vraiment, parce qu'elles sont toutes très consternantes. Le pouvoir d'achat. On voit émerger dans les dernières pistes le budget présenté, c'est demain. Il y a des pistes qui émergent. Il y a notamment une piste sur la taxation sur les produits sucrés. On parle des gâteaux, de la pâte à tartiner ou la simple purée de carottes, même sans sucre ajouté. C'est ce que je disais. Est-ce que vous confirmez que c'est sur la table ?
SERGE PAPINÉcoutez, il y a un problème dans ce pays d'obésité, de diabète et donc de consommation excessive de sucre. Ce n'est pas sur la table d'aujourd'hui, ce dont vous parlez. Ça fait plusieurs années qu'on en parle. Moi, je ne suis pas pour qu'il y ait une augmentation des produits. Il y a un débat aujourd'hui, et ce débat va être porté parce que le projet du PLF qui va être présenté, il va faire l'objet d'un débat démocratique. Donc, qu'est-ce que c'est qu'un produit trop sucré ? C'est un produit qui fait que les enfants, notamment dans les produits qui sont concernés par les enfants…
AMELIE CARROUËRVous confirmez que c'est sur la table ?
SERGE PAPINÇa fait partie des choses qui sont sur la table.
AMELIE CARROUËRVous êtes fondamentalement d'accord avec cette idée ?
SERGE PAPINNon, mais non, mais attendez.
AMELIE CARROUËRJe vous pose la question. Je vous demande, j'insiste : est-ce que vous êtes, oui ou non, d'accord avec une telle…
SERGE PAPINJe ne suis pas d'accord pour les taxes. Moi, je vais vous dire.
AMELIE CARROUËRLe monde agroalimentaire est déjà monté en pression en disant que ça a un impact sur les prix des caisses.
SERGE PAPINJe sais, je ne suis pas pour les taxes. En même temps, moi, j'ai des enfants, dont un ado, je vois qu'il mange. Aujourd'hui, vous savez qu'un gamin de neuf ans aujourd'hui, il a mangé autant de sucre à neuf ans que son grand-père qui a vécu toute une vie. On a un problème quand même.
AMELIE CARROUËRC'est presque une situation sanitaire selon vous ?
SERGE PAPINIl y a cet enjeu, oui, parce qu'il y a trop d'obésité et trop de diabète. Alors moi, j'ai pas dit qu'il fallait forcément passer par les taxes, mais en tous les cas, vous voyez, ce matin, ça permet d'ouvrir le débat.
AMELIE CARROUËRAlors voilà, il est ouvert et il faut parler aussi du carburant quand on parle de pouvoir d'achat en ce moment. D'ailleurs, vous l'avez effleuré il y a quelques instants. Question, question très concrète : les grands rouleurs ont-ils demandé désormais en masse leur aide ? Il y a une semaine encore, sauf erreur de ma part, 1,8 million des personnes éligibles ne l'avaient pas fait. Est-ce que c'est en train de s'arranger ?
SERGE PAPINCela change, bien sûr, parce que la première vague était de 0,20 euro. Bon, il y a eu un apaisement au mois de juillet, donc on a ouvert le guichet au mois de juin. Au mois de juillet, on s'est dit : "Tiens, ça y est, le détroit d'Ormuz est rouvert, ça va aller mieux". Là, on voit que l'horizon, malheureusement, est bouché. On est passé de 0,20 euro à 0,40 euro, on est passé de 3 millions d'ayants droit à quasiment 6 millions. Ça veut dire que tous ceux qui sont en dessous de 2 050 euros nets par mois vont bénéficier de cette aide de 0,40 euro. C'est très simple. En deux clics sur info.gouv une fois que vous êtes dedans, c'est déclaratif. Vous bénéficiez des 0,40 euro pour peu que vous rouliez 30 kilomètres. Ils sont beaucoup plus nombreux aujourd'hui et j'en profite puisque pour ceux qui écoutent et qui sont concernés, allez-y, vous y avez droit ! Allez sur info.gouv. Et une fois que vous êtes dans le site, eh bien c'est mécanique. Si ça dure après le mois de décembre et ça sera automatique.
AMELIE CARROUËRIl y avait un autre sujet, c'était les retards de versement, on a eu des témoignages dans cette matinale d'entrepreneurs qui appelaient à l'aide en disant : "J'ai eu des aides en avril, depuis le mois de mai, je ne vois rien venir." Ça s'arrange ?
SERGE PAPINLà, ça y est, tous les guichets sont ouverts. Il a fallu pour certains guichets un petit peu de temps parce que, bon, c'est des systèmes d'information à mettre en place. Ça y est, c'est fait. Et maintenant la mécanique est en place. Donc tout ça roule bien.
AMELIE CARROUËREncore une question très pratique : la prime pour pousser, encourager les entreprises à verser une prime défiscalisée de 600 à 1 000 euros.
SERGE PAPINOui, jusqu'à 1 000 euros.
AMELIE CARROUËRJusqu'à 1 000 euros, c'est débloqué, ça a été publié ?
SERGE PAPINOui, ça, là, on peut le faire tout de suite.
AMELIE CARROUËRLà, on peut le faire tout de suite.
SERGE PAPINDonc les 600 euros, sans problème, les 1 000 euros… Donc, c'est la proposition, c'est jusqu'à… On n'est pas obligé d'entrer, ils ne sont pas obligés de faire 1 000 euros et peuvent voir qu'il faut avoir le discernement, ceux qui viennent en voiture ou pas.
AMELIE CARROUËRAlors, les entreprises, elles se sentent un peu sous pression et elles entendent aussi qu'on leur parle d'électrification. L'avenir, c'est l'électrification. Mais certaines lèvent le doigt en disant : " D'accord, mais nous, on fait comment ? On n'a plus de sous ? Est-ce que vous allez nous aider pour sortir ?" Est-ce que ce sera le cas ?
SERGE PAPINBien sûr, il faut s'immuniser contre la dépendance aux énergies fossiles, on le voit bien. Donc moi, par exemple, pour le BTP, avec qui j'étais hier soir, eh bien on va débloquer une aide à l'électrification, par exemple des camionnettes de chantier jusqu'à 9 500 euros, premier cas. Deuxième cas, on est en train de travailler avec un consortium bancaire pour mettre à disposition des prêts bonifiés. Après, pour ce qui concerne les grands rouleurs, il y a l'électrification, le leasing social qui permet d'avoir des voitures électriques dans de très bonnes conditions. Vous voyez, il y a tout un dispositif.
AMELIE CARROUËRLes artisans, c'est ouverture d'un guichet d'électrification pour les artisans. C'est une annonce que vous nous faites ?
SERGE PAPINJusqu'à 9 500 euros pour les camionnettes.
AMELIE CARROUËREt le coût total de la mesure, c'est…
SERGE PAPINC'est aux alentours de 16 millions, le guichet pour cette...
AMELIE CARROUËRDonc, à partir de quand ?
SERGE PAPINLà,
AMELIE CARROUËRLà, ça y est, c'est une annonce que vous faites ce matin et c'est en route.
SERGE PAPINOui, oui, c'est exactement ça.
AMELIE CARROUËRAlors, quand on parle carburant, quand on parle d'énergie, on parle beaucoup de Total. Et là, ma question très directe, c'est : est-ce que vous manquez de courage ? Je précise quand même ma question puisque je reconnais qu'elle est très directe. C'est Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui, hier encore, dans les rues de Paris, disait : "Il faut un peu de courage politique pour affronter Total." Vous, vous avez déjà répondu : "Je n'ai pas envie d'embêter Total." Manquez-vous de courage ? Comme le dit la patronne de la CGT ?
SERGE PAPINJe pense qu'on n'a pas du tout la même idée du courage. Moi, je vais vous dire, j'ai géré des crises quand j'étais président de Système U. Euh, ça m'est arrivé pas mal de fois. Là, on est au coeur aussi d'une crise. Quand on est au coeur d'une crise, on gère les priorités. On verra après, après la crise, après la crise. On verra s'il faut discuter avec Total, avec les raffineurs. S'il y a eu des excès, pour l'instant, Total a pris un engagement, donc de mettre le prix maximum à 2,25 euros et 1,99.
AMELIE CARROUËRVous avez peur de froisser Total pendant la crise, c'est ça ?
SERGE PAPINNon mais, mais alors pas du tout ! Je veux simplement, moi, que cet engagement, il dure tant que la crise dure. On a la chance quand même, il faut le dire, d'avoir cette major qui fait du résultat dans le monde entier et qui permet de bloquer uniquement en France les prix. Bon, on verra après, il y aura des bilans qui seront faits. Mais là, au coeur de la crise, moi je vais vous dire, je suis ministre du Pouvoir d'achat, je trouve que le fait que ce soit bloqué à 2,25 euros, c'est quelque chose qui rend service.
AMELIE CARROUËRJ'ai encore pas mal de questions pour vous. Je vous ai préparé psychologiquement. Il y a de l'ambition ce matin.
SERGE PAPINAllez-y.
AMELIE CARROUËRLe gaz, ça va être terrible. C'est un nouveau mur en termes d'énergie qui arrive. C'est demain, le prix de référence augmentera de 6,3 % au 1er octobre pour les entreprises que vous représentez et dont vous vous occupez. Est-ce que vous allez aider ?
SERGE PAPINNon, mais c'est pour ça qu'il faut aller vers l'électrification.
AMELIE CARROUËRIl n'y aura pas d'aide sur ce point particulier ?
SERGE PAPINJe n'ai pas, là, de connaissance d'aide spécifique, sauf à aller tout de suite vers l'électrification. Ça, c'est des choses qu'il faut activer. Ça permet d'ailleurs les… Je le dis au passage, les C2E permettent de financer toute l'électrification de ceux qui utilisent les énergies fossiles. Je pense notamment au boulanger avec lequel je discute, qui est en train… des artisans boulangers qui vont passer du four à gaz au four électrique.
AMELIE CARROUËRMonsieur le ministre, il faut absolument que je vous interroge sur les retraites. C'était attendu, mais Édouard Philippe a présenté, c'était hier, sa réforme des retraites, proposant de porter progressivement la durée de cotisation à 45 ans et l'âge de départ à 65 ans. On parle de plan choc, mais pour vous, c'est un bon plan ? C'est un mauvais plan ?
SERGE PAPINIl faut repenser les retraites. Il y a de plus en plus de retraités et de moins en moins d'actifs.
AMELIE CARROUËR45 ans pour la durée de cotisation et l'âge de départ, 65 ans, c'est la bonne idée ?
SERGE PAPINÉcoutez, le bon côté, c'est qu'il met au débat une option qu'il veut lui défendre. Eh bien, il réouvre ce sujet-là qu'il faut de toute façon réouvrir parce qu'on a un sujet, on a un gros sujet avec le financement des retraites et tous ceux qui veulent essayer de faire diminuer la dette sans s'attaquer au sujet des retraites, ils n'y arriveront pas.
AMELIE CARROUËREt après, on passe aux questions des Français. Mais on vit bien avec 2 000 euros par mois. C'est ce qu'a dit le ministre de l'Économie. Je rappelle que c'est vous qui avez un peu mis le débat des retraites avant l'été dans l'atmosphère.
SERGE PAPINJe n'ai pas parlé de 2 000 d'ailleurs, j'ai parlé de la CSG.
AMELIE CARROUËROui, mais vous parliez de geler à partir de 3 000.
SERGE PAPINJ'ai pas dit non. Mais moi, j'ai dit qu'il fallait qu'il y ait un transfert générationnel à faire. Pourquoi ? Parce que moi, je suis à un âge où j'ai conscience que les actifs… Les jeunes actifs ont besoin d'être aidés. Et moi, ce que j'avais mis en débat, c'est de dire qu'au fond, il pourrait y avoir un allégement de la CSG sur les actifs et qui soit porté par des retraités. J'avais cité le chiffre à l'époque de 3 000 euros. C'était un peu un transfert générationnel. Pourquoi j'ai dit ça ? Parce que moi, dans les discussions que j'ai avec des retraités, à partir du moment où c'est tracé et à partir du moment où ils se disent :" Tiens, ça va aider des jeunes et ça ne va pas dans un budget dont on ne sait pas où, après, où ça va aller." Là, il y avait une attention particulière, c'est ça. Après, les 2 000 euros, bon, la question, c'est toujours insuffisant.
AMELIE CARROUËRBon, c'est clair, on avance sur les questions de Français et je vous l'avais dit, elles sont particulièrement touchantes ce matin et elles ressemblent surtout à des témoignages. Donc on va prendre ce que je vais appeler le témoignage de Karine, qui est à Toulouse. Karine, elle nous dit ce matin : "Moi, je travaille en CDI depuis quatre ans dans une clinique, je touche 1 435 euros au départ." Moi, j'ai dû me séparer de ma voiture. Je voudrais poursuivre parce que Karine, elle nous écrit un long message. Elle voudrait changer de quartier. Elle se sent en insécurité dans le sien. Elle ne peut pas, un T1 à Toulouse à proximité de son travail, c'est 700 euros par mois. Il faut trois fois le loyer. Elle ne l'a pas, elle a 52 ans, elle n'a plus de parents. En fait, elle lance un cri même ce matin. Et elle vous dit une chose, Monsieur le ministre. Elle vous dit : "La situation est devenue dramatique. Plus que des factures, plus que des factures et le travail psychologiquement usant." Elle est à bout, Karine, et elle vous demande ce qu'elle doit faire et ce que vous allez faire surtout.
SERGE PAPINOui, mais alors théoriquement, Karine, si elle peut avoir des aides à côté de cela, notamment la prime d'activité, elle y a droit. Après, je ne sais pas si elle vit seule ou si elle a des enfants.
AMELIE CARROUËRElle est célibataire.
SERGE PAPINElle est célibataire, mais théoriquement elle peut aussi avoir des aides. Alors effectivement, elle est dans une clinique, donc ça veut dire qu'elle est aide-soignante ?
AMELIE CARROUËROn n'a pas le détail pour le coup. Elle nous précise juste qu'elle travaille dans une clinique, Karine.
SERGE PAPINNon mais c'est sûr, c'est le sujet des 1 435, Karine, elle est au SMIC, donc voilà, c'est des salaires qui sont insuffisants. Je suis d'accord avec vous, ça nous renvoie à l'augmentation des salaires qu'il faut sans doute revoir.
AMELIE CARROUËRRevoir l'augmentation du SMIC, vous y êtes favorable ?
SERGE PAPINNon, mais il faut qu'il y ait une augmentation des salaires nets. C'est tout le débat qu'il va y avoir au niveau des présidentielles. Et moi, évidemment, je milite pour qu'il y ait une augmentation du salaire net dans le pays. C'est sûr.
AMELIE CARROUËROn prend maintenant la question, le témoignage de Joël de Sète qui nous dit ceci, qui nous dit : " Je gagne 2 000 euros, j'ai…" Alors, Joël, c'est cela. Est-ce qu'il ne serait pas plus intéressant de demander le RSA et de rester chez moi, plutôt que de continuer à travailler dans ces conditions ? Et c'est là que je précise que Joël, il gagne 2 000 euros, il a 1 500 euros de charges. Il nous précise qu'il est fonctionnaire territorial. Il est à 80 kilomètres de son domicile. Il paye 500 euros de carburant par mois et si sa voiture tombe en panne, il ne peut plus travailler. Il ne pourra pas la remplacer. Il vous dit : "Est-ce qu'il ne serait pas plus intéressant pour moi de rester au RSA chez moi."
SERGE PAPINIl a le droit à l'aide grand rouleur, donc il peut aussi demander l'électrification de sa voiture. Il sera aidé dans le cadre du leasing social. Et puis il n'aura pas… Alors moi, je lui dis à Joël, il n'aura pas la même chose avec le RSA que s'il a son salaire de 2 000 euros aujourd'hui. Non, c'est pas… Il n'y a pas assez de compensation, là. Quand on ne travaille pas.
AMELIE CARROUËROui mais vous comprenez la priorité ?
SERGE PAPINJe comprends. Non, mais c'est tout l'enjeu. Écoutez, il va y avoir le débat aux présidentielles. C'est tout l'enjeu du pouvoir d'achat et de l'augmentation des salaires. C'est le débat est parti. Comment on augmente les salaires nets ? Voilà, c'est le vrai sujet.
AMELIE CARROUËREffectivement, vous renvoyez aux présidentielles, là. Vous ditez : "Je ne peux rien faire pour les Français".
SERGE PAPINSi, on a nos amortisseurs qui sont en place. Je les ai dit : aides aux grands rouleurs pour les carburants, prime d'activité. Voilà, partage de la valeur que moi, j'encourage, bien sûr, mais le débat sur la couverture des coûts, des retraites, de la santé, de l'aide sociale qui dépendent des charges salariales et des charges patronales, il faudra les rediscuter.
AMELIE CARROUËREncore une question bonus. On a très peu de temps, mais Franck de Lyon s'adresse aussi peut-être à l'ancien responsable de Système U, patron de Système U que vous étiez. Pourquoi ne pas bloquer les prix de certains produits de première nécessité ?
SERGE PAPINÉcoutez, les produits de première nécessité, la grande distribution, aujourd'hui, elle fait des efforts de marge sur ces prix-là. Moi, j'ai des discussions avec les distributeurs pour, et certains le font déjà, pour qu'il y ait un panier dit sain et qui soit proposé à prix coûtant. Voilà. Donc ça, c'est des discussions que l'on a. Je sais que certains distributeurs le font.
AMELIE CARROUËROn suivra les négociations qui reprendront, et vous viendrez peut-être nous en parler, à ce moment-là, j'aime bien donner des rendez-vous, comme ça, on s'engage ensemble. Vous l'avez aperçu en direct, c'est Nicolas Doze qui a fait son entrée. Bonjour Nicolas.
NICOLAS DOZEBonjour.
AMELIE CARROUËRAllez, vous êtes face au ministre Serge Papin.
NICOLAS DOZEJuste une information qui, pour l'instant, n'a pas été commentée. Est-ce que vous confirmez que, dans le budget 2027, un effort de 3 milliards d'euros supplémentaire sera demandé aux entreprises en limitant les allégements de cotisations ? Cela a été fait après la hausse du SMIC en 2025, où on a gelé ces allégements qui auraient théoriquement dû augmenter. Le chiffre est de plus de 3 milliards d'euros d'efforts supplémentaires sur les allégements de cotisations.
SERGE PAPINEcoutez, le budget, il va être proposé demain. Je ne vais pas vous faire aujourd'hui les commentaires de choses qui vont être portées demain par le Premier ministre sur le budget.
AMELIE CARROUËRC'est une piste.
SERGE PAPINEt je rappelle, il y a des pistes comme ça mais je rappelle que ce budget, on est dans un État démocratique. Donc, il va être proposé d'abord à la représentation nationale et il va faire l'objet de débats, de discussions, potentiellement d'amendements. Donc, le budget qui va être présenté, là, c'est un budget qui est fait pour être discuté.
NICOLAS DOZEDonc, c'est ni confirmé ni infirmé. Nous attendons demain.
SERGE PAPINAttends, c'est pas long, hein ?
NICOLAS DOZEAh oui, mais pour un journaliste, 24 h, c'est terrible.
AMELIE CARROUËRC'est une année !
NICOLAS DOZEConstamment, les candidats aux différentes élections ou les politiques sont sollicités. Que ferez-vous pour le pouvoir d'achat ? Que pouvez-vous faire pour le pouvoir d'achat ? Expliquez-nous quelle sera la solution pour le pouvoir d'achat. Est-ce que le politique, qu'il soit aux affaires comme vous actuellement ou dans l'opposition, a la main sur le pouvoir d'achat ? Est-ce que le pouvoir d'achat dépend de différents amendements qu'on glisse dans le budget ? Le pouvoir d'achat ne dépend-il pas d'autres choses dont personne ne parle jamais, qui sont les gains de productivité ?
SERGE PAPINOui, le pouvoir d'achat, il dépend aussi d'une certaine confiance. On voit bien l'économie aujourd'hui, elle est dans l'incertitude, elle est dans l'attentisme compte tenu de ce que disait tout à l'heure, crise géopolitique, instabilité, instabilité politique dans le pays. Bon, tout ça fait que ça bloque l'investissement, ça bloque l'emploi. Donc il faudrait retrouver de la confiance. C'est l'économie, c'est ça, c'est de la confiance. Et à ce moment-là, on repart en investissement. Et puisque vous parlez du mot productivité, il y a un gros enjeu dans le pays, qui est notamment les plans de robotisation qu'il faudrait avoir pour gagner en productivité. Beaucoup de PME sont intéressées et moi, je suis en train de travailler sur un suramortissement pour la robotisation et l'investissement dans les entreprises.
NICOLAS DOZEDu pacte dont il est question, sur le fait d'assurer un amortissement pour l'innovation.
AMELIE CARROUËRJe me permets, parce que le temps file, mais il y a deux chiffres qui viennent de tomber en direct, c'est la baisse de la consommation, 0,5 %. Un commentaire ?
SERGE PAPINOui. Alors c'est… c'est la consommation de quand, à quand ?
AMELIE CARROUËRD'août.
SERGE PAPINOui, sur le mois d'août. Oui alors, ce n'est pas la baisse de la consommation sur l'année, parce que sur l'année elle tient bon, mais peut-être en août, je ne sais pas. Il faudrait voir après ce que ça donne au niveau… Parce que le tourisme est plutôt… Moi, j'ai les chiffres du tourisme qui sont plutôt bons. Il y a eu peut-être des arbitrages qui ont été faits au mois d'août.
AMELIE CARROUËRL'autre chiffre, peut-être plus important : l'inflation, plus 3% sur un an en septembre.
SERGE PAPINOui. Alors ça veut dire que l'inflation est… L'INSEE parlait de 2,1. Là, il faudra voir ce que ça donne. Là aussi, il faut lisser sur l'année, mais de septembre à septembre, 3%. Et ça veut dire qu'il y a eu, notamment à cause du carburant, parce que le vrai problème de l'inflation, c'est l'augmentation des prix du carburant, c'est le prix de l'énergie.AMELIE CARROUËR
Vous-même, vous tous, vous aviez même sous-estimé cette année, l'inflation
SERGE PAPINNon, on n'a rien sous-estimé, on n'a rien sous-estimé. Non. Après, moi, j'ai les chiffres de l'INSEE, on voit bien. C'est, en fait, ce qui tire l'inflation, c'est encore une fois, c'est le carburant. La France est quand même le pays où il y a le moins d'inflation en Europe. Si on prend par exemple l'Espagne qui caracole un peu en ce moment, son inflation dépasse 5%.
AMELIE CARROUËRMerci beaucoup, Monsieur le ministre, d'avoir été notre invité aujourd'hui. J'avais dit, on avait pas mal de choses à voir ensemble. J'avais à peu près encore une dizaine de questions, mais comme on s'est dit qu'on se revoyait bientôt, voilà, j'ai bon espoir. Nicolas Doze, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
NICOLAS DOZEOn attend demain alors avec impatience.
source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2026
La source —
vie_publique · nº 304806
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé