Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur les relations entre la France et l'Espagne, à Madrid le 29 septembre 2026.
Emmanuel Macron (auteur)
Vos Majestés, Monsieur le Premier ministre, Madame la présidente du Congrès des députés, Mesdames, Messieurs les ministres, Monsieur le président du Tribunal constitutionnel, Madame la présidente du Tribunal suprême, Madame l'ambassadrice, Monsieur l'ambassadeur, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Madame la présidente de la Communauté de Madrid, Monsieur le maire, Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités, chers amis, merci pour vos mots, Votre Majesté, et pour mon épouse et moi-même, c'est un immense honneur avec notre délégation d'être là.
Permítame, ante todo, Majestad, agradecerle a usted y a su Majestad, la Reina, la querida bienvenida que brindan esta noche a mi esposa, a mí y a nuestra delegación. Este Palacio en el que hoy nos reciben es, por sí solo, un recordatorio de hasta qué punto las historias de nuestras dos naciones están entrelazadas. Quien impulsó su construcción, su antepasado Felipe V, fue, antes de convertirse en Rey de España, Felipe de Francia, Duc d'Anjou. Cuando subió al trono en 1700 y selló nuestro acercamiento, cuenta la leyenda que no tardó en proclamar «Ya no hay Pireneos».
Il faut dire qu'il s'en était déroulé de part et d'autre de ce massif, de nos Pyrénées, des querelles, des rivalités et des conflits recommencés. Des guerres d'Italie jusqu'à celles du XVIIᵉ siècle, nous nous sommes longtemps affrontés. Nous étions Français comme Espagnols, décidés à ne rien céder. De cette obstination subsiste une preuve irréfutable : le sort réservé à l'île des Faisans, sur la Bidassoa, là même où passe notre frontière. France et Espagne ont fini par en partager l'administration, 6 mois chacune. Nous y avons conclu jadis le Traité des Pyrénées et depuis, pas moins de 370 textes bilatéraux sont venus organiser nos relations dans tous les domaines, jusqu'aux Accords de Montauban de 2021 que vous nous avez fait l'amitié de rappeler et le traité d'amitié et de coopération que nous avons signé à Barcelone en 2023. Et nous y arriverons.
Une ferveur diplomatique qui dit, au-delà de nos intérêts communs, l'affection et l'admiration réciproques qui lient nos pays. Elles sont entre autres le fait de ces artistes et écrivains qui, de part et d'autre des Pyrénées, regardèrent le pays voisin avec fascination. Pour penser l'héroïsme chez Corneille, il fallait un Espagnol. Pour Victor Hugo, Mérimée, Théophile Gautier, le rêve, l'aventure venaient de ce côté des Pyrénées. Hugo, que vous avez cité, Votre Majesté, aurait bien pu échapper à notre patrimoine littéraire, lui qui se disait presque fils de l'Espagne et dont les souvenirs d'enfance dans la péninsule ibérique nourrirent en effet Hernani comme Ruy Blas et tant de poèmes. Mais je pense aussi à toute l'influence du théâtre espagnol sur notre grand siècle, de Lope de Vega à Tirso de Molina, jusqu'à Calderón, jusqu'à bien sûr Goya, Buñuel, Picasso, Dalí, qui trouvèrent quant à eux en France un lieu de création et d'émerveillement.
Oui, nos cultures n'ont cessé de se rejoindre, de se répondre, et continuent aujourd'hui de le faire. Cette année, l'Espagne a été mise à l'honneur au Festival de Cannes avec le Prix de la mise en scène remis à Javier Ambrossi, et Javier Calvo. Rosalía a rempli nos plus grandes salles de concert. Javier Cercas et Arturo Pérez-Reverte passionnent des milliers de lecteurs français. Ne dites à personne en France que Luz Casal ou Pedro Almodóvar sont Espagnols. Beaucoup de mes compatriotes continuent à être absolument sûrs qu'ils sont français. Et merci, Madame Casal, de nous faire l'amitié d'être avec nous ce soir.
Nos deux pays sont également de grandes nations sportives qui se retrouvent dans un amour partagé du beau jeu. Quoique sur les terrains de football, je crois que notre amitié a été mise à l'épreuve il y a quelques mois. Mais c'était mérité et à la fin, je peux vous dire que pour la finale, la France était derrière votre équipe, Majesté. Mais je constate qu'en tout cas, lorsque les grands clubs français veulent gagner les coupes d'Europe, ils doivent prendre des entraîneurs, des staffs et parfois même des joueurs espagnols. Quant à nos plus grands joueurs, ils décident aussi de rejoindre votre championnat, aujourd'hui ou hier. C'est le cas de Mbappé, ce fut le cas de Zidane. Rafael Nadal était chez lui à Roland-Garros. Le Tour et la Vuelta font vibrer Français et Espagnols à l'unisson. Oui, le sport aussi a eu raison des Pyrénées. En France, certains se souviennent même d'un jeune prince qui portait fièrement le drapeau espagnol aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992, avant de régater dans un voilier de la classe Soling. Vous avez su, Votre Majesté, très tôt démontrer les qualités qui vous sont aujourd'hui unanimement reconnues, celles du capitaine qui unit, dirige et tient le cap par tous les temps.
Cette familiarité entre nos deux peuples explique sans doute la facilité avec laquelle nous travaillons ensemble. La France est le premier employeur étranger en Espagne, son premier client aussi, et je remercie tous les responsables d'entreprises qui sont avec nous aujourd'hui, ce soir. L'Espagne a le premier réseau scolaire français d'Europe et reste la première destination Erasmus de nos étudiants, quand 3,5 millions de nos élèves français choisissent d'apprendre l'espagnol à l'école. Quant au Bachibac, inventé il y a un peu plus de 15 ans, il est un véritable succès entre nos deux pays.
En quelque sorte, il y a une forme d'évidence de la relation bilatérale qui vit à travers nos artistes, nos sportifs, nos chefs d'entreprise, nos innovateurs. Et nous avons beaucoup veillé, avec Monsieur le Premier ministre, son gouvernement et l'ensemble de celles et ceux qui sont là ce soir, à continuer de l'améliorer durant toutes ces années et à ne rien céder aussi de ce que nous devons et pouvons faire encore ensemble sur le plan économique, sur le plan des interconnexions, sur le plan de la défense, de l'innovation, du spatial et j'en passe.
Votre Majesté, lors de votre discours à l'Assemblée nationale en 2015, vous avez démontré une maîtrise parfaite de notre langue et en avez profité pour rappeler cet autre lien qui nous unit, le projet européen. Je suis particulièrement touché d'effectuer cette visite d'État l'année où l'Espagne célèbre les 40 ans de son adhésion à ce que l'on appelait encore la Communauté économique européenne. Ceci rappelle la force d'âme du peuple espagnol qui, après les heures sombres de la guerre civile et de la dictature, choisit résolument avec l'Europe l'unité, la démocratie et la liberté.
Dans les combats pour la liberté, Français et Espagnols se tinrent souvent côte à côte. Des milliers de volontaires français, parmi lesquels André Malraux, vinrent défendre la République espagnole tandis que quelques années plus tard, des résistants espagnols combattirent aux côtés des Forces françaises libres au sein de la Nueve. Nous n'avons pas toujours su empêcher ce sommeil de la raison que Goya avait si puissamment figuré, mais nous nous sommes engagés sans relâche pour rester maîtres de nos destins, avec cette conviction que l'histoire ne devait pas se répéter, qu'aucun peuple ne devait revivre la tragédie.
C'est le sens de notre engagement aujourd'hui : soutenir ensemble avec détermination le peuple ukrainien face à la guerre d'agression russe, refuser quelque double standard que ce soit et défendre le droit international, y compris lorsqu'il s'agit de la Palestine comme de la sécurité d'Israël, défendre un ordre international, oui, fondé sur le droit, le dialogue, bâtir ensemble une Europe en paix, une Union européenne plus forte, plus démocratique, plus prospère et plus souveraine, une Europe qui sache protéger ses citoyens et d'abord ses jeunes face aux dérives des réseaux sociaux, des plateformes numériques et de la désinformation. Oui, l'Espagne et la France ensemble ont une responsabilité éminente et une intimité évidente lorsque nous parlons d'Europe, pour défendre la dignité humaine et le droit des personnes, pour croire dans l'innovation et la neutralité carbone au milieu du siècle qui vient, pour défendre la paix et pour porter une certaine idée de notre Méditerranée, sur laquelle nous continuerons de cheminer.
Majestad, compartimos tantas luchas, tantos proyectos y tantas esperanzas. Por eso, esta cena es mucho más que un homenaje a ese arte de vivir que comparten nuestros países y que consiste en pasar horas y horas de sobremesa. Lo que celebramos esta noche es, ante todo, una amistad y un ideal profundamente libres y europeos. Al fin y al cabo, como escribieron José Ortega y Gasset, los europeos no saben vivir si no van lanzados en una gran empresa unitiva. Sigamos, pues, actuando juntos. Brindo por Su Majestad el Rey, por Su Majestad la Reina, por Sus Altezas Reales, la Princesa de Asturias y la Infanta Sofía, y por el pueblo español.
¡Viva España ! ¡Viva Francia ! ¡Viva la amistad franco-española ! ¡Viva Francia !
La source —
vie_publique · nº 304810
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé