Crise du financement de la fiction audiovisuelle française
Alexis Corbière (auteur)
M. Alexis Corbière appelle l'attention de Mme la ministre de la culture sur la crise budgétaire qui frappe actuellement le secteur de la fiction audiovisuelle française, mise en évidence lors du Festival de la fiction de La Rochelle qui s'est tenu du 15 au 20 septembre 2026. Selon les professionnels du secteur, la production française de fictions traverse un « début de crise », selon les termes du classement annuel publié par le magazine spécialisé Écran Total. France Télévisions, premier financeur de la création audiovisuelle française, a réduit son enveloppe consacrée à la fiction de 440 à 400 millions d'euros et cette enveloppe pourrait encore diminuer, selon certaines sources internes au groupe, jusqu'à 380 millions d'euros en 2027. Cette contraction n'est pas isolée : selon l'Union des producteurs de films et de programmes audiovisuels (USPA), les investissements cumulés des chaînes historiques (TF1, France Télévisions, M6, Canal+) devraient diminuer de 70 millions d'euros en 2026, soit environ 10 % de leur total, en raison notamment de la baisse des revenus publicitaires. Les conséquences concrètes de cette crise sont déjà mesurables : plusieurs productions à forte notoriété ont été interrompues (Tropiques criminels, César Wagner, Face à face), une dizaine de projets de téléfilms consacrés à des enjeux de société (précarité étudiante, esclavage moderne) ont été abandonnés par France Télévisions et le format des séries tend à se réduire, passant de six à quatre, voire trois épisodes de 52 minutes. Sur le plan de l'emploi, le nombre de semaines de tournage de fictions françaises est passé de 861 au premier semestre 2025 à 681 sur la même période en 2026, un plancher inédit depuis 2017 hors période de covid. Les professionnels alertent sur le risque de disparition ou d'absorption des petites sociétés de production par de grands groupes, ainsi que sur les conséquences dramatiques de cette situation pour les scénaristes et techniciens débutants. M. le député souligne que, dans le même temps, les plateformes étrangères de streaming, telles que Netflix, ont investi 397 millions d'euros dans la création audiovisuelle française en 2024, en application du décret du 22 juin 2021 leur fixant des obligations de financement, mais que ces investissements se concentrent sur un nombre restreint de grosses productions, sans irriguer l'ensemble de la filière ni compenser le recul des commandes des diffuseurs historiques. Ainsi, il lui demande de préciser les mesures que le Gouvernement entend prendre pour garantir la pérennité du financement de la création audiovisuelle publique et ainsi éviter une nouvelle diminution de l'enveloppe de France Télévisions consacrée à la fiction en 2027, de détailler les dispositifs de soutien à l'emploi envisagés pour les scénaristes, techniciens et intermittents du spectacle directement affectés par la baisse du volume de tournages, et d'indiquer l'évaluation qu'il fait de l'impact de l'intelligence artificielle sur les métiers de la création audiovisuelle.
La source —
assemblee_questions_ecrites · nº QANR5L17QE18659
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