Arrêt de la collecte de lait écrémé par Danone dans le Nord
Alexandre Dufosset (auteur)
M. Alexandre Dufosset appelle l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur la situation préoccupante de plusieurs dizaines de producteurs laitiers du département du Nord confrontés à la décision du groupe Danone de mettre fin à la collecte de lait écrémé cru à compter du 31 décembre 2027. Selon la Fédération nationale des producteurs de lait, environ 70 éleveurs du Nord-Pas-de-Calais seraient concernés par cette décision. Danone a confirmé que les producteurs avaient reçu dès le mois de juin 2026 une notification de fin de contrat, avec un préavis courant jusqu'au 31 décembre 2027. Le groupe justifie notamment cette évolution par la modification de ses besoins industriels et de son cahier des charges relatif à la qualité des matières premières. La difficulté est toutefois particulièrement importante pour les exploitations qui ont fait le choix de transformer elles-mêmes une partie de leur production en beurre, crème ou autres produits fermiers. La fabrication de ces produits génère naturellement du lait écrémé. Celui-ci ne constitue donc pas un résidu dont les producteurs pourraient simplement se débarrasser, mais un coproduit dont la valorisation participe directement à l'équilibre économique de leur activité de transformation. La reprise proposée par Danone de certains volumes sous forme de lait entier ne répond donc pas au problème. Ces éleveurs ne cherchent pas seulement un débouché pour leur production laitière. Ils ont besoin de continuer à valoriser le lait écrémé issu de leur transformation. Sans solution alternative, certains pourraient être contraints de réduire, voire d'abandonner, la fabrication de beurre et de crème à la ferme. Les témoignages recueillis auprès des producteurs concernés illustrent la gravité de la situation. Certains ont récemment modernisé leurs laboratoires, développé leur cheptel ou investi dans de nouveaux équipements. D'autres ont embauché des salariés spécifiquement affectés à la transformation. Plusieurs préparaient également la transmission de leur exploitation à une nouvelle génération. Un producteur a ainsi expliqué que le lait écrémé, le beurre et la crème représentent près de 35 % du chiffre d'affaires de son exploitation. C'est donc parfois le modèle économique de toute une ferme qui se trouve fragilisé, alors même que les investissements sont encore en cours d'amortissement et que des projets de reprise étaient engagés. Cette situation apparaît d'autant plus difficilement compréhensible que les volumes concernés demeurent limités à l'échelle de la filière. Danone indique que le lait écrémé représente moins de 2,6 millions de litres dans les Hauts-de-France, tandis que la région a collecté environ 2,225 milliards de litres de lait de vache en 2025. L'enjeu ne tient donc pas au poids de ces volumes dans la collecte régionale, mais à leur importance vitale pour plusieurs dizaines d'exploitations qui ont construit leur activité autour de cette valorisation. La situation doit également être replacée dans un contexte régional déjà marqué par l'érosion du tissu laitier. Les Hauts-de-France comptaient encore environ 273 000 vaches laitières fin 2025, soit une diminution de 13 % depuis 2014. Dans ces conditions, la disparition d'ateliers de transformation supplémentaires risquerait d'accélérer encore la concentration de la production et de fragiliser les exploitations familiales et les circuits courts. La transformation fermière permet pourtant aux producteurs de conserver une part plus importante de la valeur ajoutée, de maintenir des emplois non délocalisables et de proposer aux consommateurs des produits directement issus de leur territoire. Elle participe pleinement au maintien d'une agriculture de proximité, notamment dans les secteurs ruraux et périurbains du Nord. La décision de Danone est d'autant plus troublante que l'entreprise vient de réaffirmer son ancrage dans les Hauts-de-France. Le 15 septembre 2026, le groupe a inauguré à Steenvoorde une nouvelle ligne de production dans le cadre d'un investissement de 70 millions d'euros, mettant en avant plus de 400 exploitations agricoles partenaires et l'importance stratégique du bassin laitier régional. Il serait dès lors particulièrement regrettable qu'au moment où l'entreprise renforce sa présence industrielle dans la région, plusieurs dizaines de producteurs soient parallèlement fragilisés faute d'un débouché pour un volume qui demeure marginal à l'échelle du groupe mais essentiel pour leur activité. Par conséquent, il lui demande si le Gouvernement entend réunir rapidement Danone, les organisations de producteurs et coopératives concernés ainsi que les services de l'État, au besoin sous la houlette du Médiateur des relations commerciales agricoles, dont la mission est précisément de favoriser le dialogue entre les parties prenantes de la filière, afin d'examiner toutes les solutions permettant de maintenir une valorisation alimentaire du lait écrémé après le 31 décembre 2027.
La source —
assemblee_questions_ecrites · nº QANR5L17QE18703
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