Pour un soin psychique des enfants pluraliste et financé à hauteur des besoins !
Abdelkader Lahmar (auteur)
M. Abdelkader Lahmar alerte Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur la dégradation de l'accès aux soins psychiques et psychiatriques pour les enfants et les adolescents. Alors que la demande de soins psychiques des enfants et des adolescents augmente, l'offre publique recule. On dénombre 77 041 passages aux urgences pour geste auto-infligé en 2024, une hausse de + 246 % des hospitalisations en psychiatrie pour geste auto-infligé chez les filles de 10 à 14 ans. 53 % des adolescents présentent des troubles anxieux mesurables, en progression de dix points depuis 2021. Et pendant ce temps-là, le nombre de pédopsychiatres a baissé de 34 % entre 2010 et 2022. 33 800 enfants et adolescents étaient en attente d'un premier rendez-vous en CMPP au 31 décembre 2024, soit + 30 % depuis 2017, et le délai d'attente moyen pour un rendez-vous en centre médico-psychologique était de 18 mois début 2024. Bref, la jeunesse souffre et le Gouvernement regarde ailleurs. Face à cette réalité, un livre blanc, porté par des pédopsychiatres, psychiatres, psychologues et psychanalystes, tous cliniciens et professionnels de terrain exerçant auprès d'enfants et d'adolescents en souffrance psychique, a été publié en septembre 2026 avec le soutien du collectif ASAP (Accueil soin accompagnement psy). Ce livre blanc pose un constat implacable. Aujourd'hui, la décision publique participe à restreindre l'offre de soin et la pluralité des approches dont le bénéfice pour l'accompagnement des jeunes en souffrance est pourtant documenté par de nombreuses études universitaires. Les premières victimes de ces choix politiques sont les patients eux-mêmes. Désormais, les enfants en situation de mal-être ne sont plus tenus pour prioritaires tant qu'une pathologie n'a pas été diagnostiquée. La souffrance doit maintenant se présenter sous la forme d'un trouble étiquetable pour être entendue et accueillie. Une telle doctrine est absurde et interdit à de nombreux jeunes en souffrance l'accès à des professionnels formés et à des lieux d'écoute et de soin adaptés à leurs besoins. Aujourd'hui il y a urgence pour la jeunesse. Il y a urgence à ce que la psychiatrie du lien - celle qui travaille par la parole, la relation, la durée et l'alliance avec les familles - soit reconnue, évaluée par des méthodes ajustées à sa nature et financée à la hauteur de ce qu'elle documente, aux côtés d'une psychiatrie dite de précision dont les apports ne sont pas contestés mais qui ne peut être l'unique forme de soin proposée aux jeunes et à leur famille. Oui, il y a urgence à ce que la jeunesse ne soit plus le parent pauvre des politiques publiques et que la prise en compte de la santé mentale des enfants et des adolescents ne soit plus la dernière roue du carrosse des politiques de santé publique. Ainsi, il lui demande quelles réponses concrètes elle compte apporter aux douze demandes formulées par les professionnels de la santé mentale des enfants et des adolescents dans le livre blanc Le soin psychique aux enfants et adolescents, État des lieux, critiques et propositions publié en septembre 2026.
La source —
assemblee_questions_ecrites · nº QANR5L17QE18766
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